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ALVMNVS BOOK FVND
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REVVE t^V/V.
DES DOCVMENTS
HISTORIQVES
SVITE DE PIÈCES CVRIEVSES ET INÉDITES
PVBUésS AVEC
DES NOTES ET DES COMMENTAIRES
PAR
ETIENNE CHARAVAY
ARCHIYI «TE-PALÉOCRAPHE
TROISIÈME ANNÉE
PARIS
A. LEMERRE ÉDITEVR C MOTTEROZ IMPRIMEVR
37 Passage Choiseul Rne da Dragon 3|
1875-1876
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• •• • •. •• .•.
Brucl
Coiiecl'-o:i
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REVUE
DES
, DOCUMENTS HISTORIQUES
PIERRE MIGNARD
Oiarles Le Bnin étant mort aux Gobelins le la février 1690, Pierre
Mignard, son rival de gloire, lui succéda, le i«' mars, comme premier
peintre du Roi. Mignard avait refusé de feire partie de rAcadémie,%
alors que Le Brun en était directeur; Louis XIV exigea que son pre-
mier peintre fût admis, le 4 mars, à cette même Académie, qui, le même
jour, éleva son nouveau membre à la dignité de chancelier. Mignard,
en conséquence de sa charge, examinait les tableaux envoyés de Rome
par les élèves que le Roi entretenait à l'Académie de France. Il faisait des
rapports à Golbert de Villarcerf : en voici un dont Toriginal est dans la
collection de notre ami M. Alfred Bovet. Cest la critique d'un tableau
représentant le changement d'Io en vache, et peint par Daniel Sarabat,
jeune homme à l'imagination vive, au travail facile, mais ami du plaisir
et enclin à la paresse, qui était à Rome depuis le 7 juin 1691 (i).
Le aa"' décembre 1693.
J'ay veuë, Monsieur, le tableau que l'on vous a envoyé de
(1) La Tealière dit» dans sa lettre du 4 août 1693 : « Le k Sarabat a fini son tableau
^Jphigénie ; mais Q y a quelque cbose à réformer, qn*fl prétend faire à son loisir. Coomie il
l'appiiqae fortement quand il travaille, ayant Timaginatioa assez y/ire, il a plus de peine à
rectifier ou effacer ce qu'il fait, aymant son {Saisir et craignant le travail un peu plus qu*un
autre... Depuis son tableau d^Iphigénie, il en a fût un petit de la Mort de Méduse et un
tninème du CkangewieHt d'Io en vache; ils sont l*un et Tantre de quatre à dnq fifurca et
de meîDcor ^ust que le premier... t (VAcadémi€ de France d Rome par Leooy de La
s ; Paris, Didier, 1874, in-8, p. 94.)
TOMB III. I
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r\i\enY^jk A.
2 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Roine..Geluy qui Ta fait ne colore pas mal; le desseing en est
\f()H-^à?flIe, la situation du lieu, qui est propement le font
...de-sop tabïéçu, est pressé. Il ne comprend rien de Tespasse.
■ Pour 'c&tfe clans le peis où Ton voit des palmiés, il en a fait un
qui semble un panache que Ton met sur la teste d^un mulet. Il
faut sur tout qui ne s'acoutume pas affaire cest drapperies de
practique, voir le naturel et mesme si ce peut varié les estofFes,
prendre bien garde au testes. Il y a qattre famme dans son
tableau; une est veuc par derire et trois de profil. Cest les
endrois qui faut varié, la décoration ni est pas obeservée; Ton
ne met jamais un fleuve em pied que qand il cour après Are-
tuzze. Le chois de sont subjet est obesqure; qui s'acous-
tume à fini davantage. Il onts de si beaux tableaux qui ni a
qu*à suivre et imité, qui voye une fois la semainne le tableau
de la S^* Cecille d'après Rafaël, ou celuy de S* Pietro in mon-
torio. L'on voy qui na dans son esperit que les peintres du
temps qui sont à Rome, ce qui fait cognoitre qui néglige les
ensiens. Il trouve aparament trop de peines à les vouloir imi-
ter, et il est très sertaîn que si Ton ne marche sur leurs pas
Ton s^écartera toujours du bien et de la perfection. Il est bon,
Monsieur, que vous soyés informé, puisque vous voulé prendre
la peine d'en escrire à M' de La Tullière (i), de luy marqué que
lors qu'il auronts la liberté de faire un tableau qui facent tou-
jours le chois d'un beau subjet, où il y aura hommes, faoïmes
et enfants, paisage et quelque morceau d'architecture. Alors le
tableau viendra riche et plaisant. S'il y veulents peu d'ouvrages,
un homme, une fanmie et un enfant. La variété est toujours
agréable; sur tout qui s'acoutume à fini. Les magnières brois-
sés ne sont jamais de grand prix et ne sont pas dessirée. Lors-
que je parle de la décoration, celuy de Carb Marato que nous
avonts dans nostre garde meuble, il est si plaint de nudittés que
le Roy ne l'a pas voulu dans son cabinet. Il faut en vérité que
la teste tourne à un peintre de faire un fleuve auprès de sa fille
(I) La TeuKèrt, directenr de rAcadémie de France à Rome depuis 1687.
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PIERRE MIGNARD ^
Dafphné qui montre des parties qui doivent estre toujours ca-
chée. C'est outré la décoration, que le peintre sage doit tou-
jours garder. L'on peu dire icy que je me contredit, puisque il
y a eu de nos ensiens qui onts fait la mesme chose. Je dit qui
faut marché sur leurs pas et les suivres, mais il ne faut pas laissé
que de regarder quelque fois à cest pieds, et tout ce qu'il ont
fait de beau et de bien limité autant que Ton peut.
//fîtwr
Dès ce que je sauray que vous serés à Paris je vous envoye-
ray le tableau que j'ay déjà fait voir à de nos officiei-s.
En tête de la lettre on lit ces mots :
Si Sarabat par son tableau est plus fort que le peintre qui a
eu le 1* prix cette année.
Les observations de Mignard sont d'autant plus curieuses qu'elles ex-
posent les doctrines artistiques du maître. Colbert de Villacerf trans-
mit, le 27 décembre lôgS, à La Teulière le jugement du premier pein-
tre de Louis XIV dans les termes suivants : « Il a de la couleur, il est
peint fecilemcnt; la composition n'est pas bonne et le dessin est dé-
bile. 1(1)
Mignard mourut peu après, le 3o mai lôgS, à Paris, rue Richelieu ;
ilfot inhumé dans l'église Saint-Roch.
ti) L'Académie de France à Rome, p. 95.
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VOLTAIRE
Cession du privilège de sa tragédie de Tancrède au libraire Prault.
Cette pièce est curieuse surtout par Téaumération des titres du seigneur
de Femey.
Nous gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, Tun
des quarante de PAcadémie, seigneur de Femey, Caille,
Tourney, Chambési, Prégni, donnons et transportons au
s' Louis Praut, libraire à Paris, le privilège à nous accordé par
le Roy pendant six années pour l'impression d^une tragédie
intitulée Tancrède, signé Le Bègue, scellé et. registre à la
chambre sindicale des libraires, consentant que le dit Louis
Praut, petit-fils, jouisse de ce privilège aux termes d'icelui, et
m'en dessaisissant en sa faveur.
Fait au château de Femey, pays de Gex en Bourgogne,
6 juin 1761.
Voltaire.
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NICCOLO PICCINNI
Le 1 3 juillet 1787 Piccinni quitta Paris pour se rendre a Naplesoù il
arriva le 5 septembre, après avoir reçu des ovations à Lyon et dans les
principales villes de Tltalie. Bien accueilli du Roi, qui lui donna une
pension, il devint, vers la fin de 1792, suspect de libéralisme (i). Tou-
jours mal traité de la fortune, il fut réduit presque à la misère, et c^est
alors qu'il adressa à son ami Ginguené la lettre suivante où il raconte
ses malheurs (a). Ginguené, qui a été le biographe de Piccinni (3), s'est
servi de cette lettre, mais il a omis beaucoup de détails intimes qui ne
sont pas indififérents pour la par&ite intelligence de la triste situation de
l'illustre musicien.
L'original de cette pièce est dans la collection de M. Benjamin Fillon,
qui nous a autorisé à la publier.
Naples, 19 octobre 1797.
Mon bon ami, jamais de la vie j'aurois cru de me trouver où
j'en suis. Je parts de Paris sans bien, et rempli de dettes de mes
deux jolis garçons, que j'ai été forcéd'endosser jusques à dix mille
livres, et six mille, qui en ajoute le perfide Morellet, caissier
des domaines, me faisant paroître son débiteur (aprè avoir
joui, ce Tartufe, 1 1 ans de mon fond de musique, dont la vente
(i) Cf. pour let deuils Gluck et Piccinni ptr G. Desnoiresterres; Paris, Didier, 1873,
10-8, p. 399 et snîT.
(1) M. Desnoiresterres a donné on passage de cette lettre d'après ta Décade p/alotO'
pkique, an VII, i* trimestre, p. 559, du 3o frimaire.
(3) Notice sur la vie et ta ouvrages de Nicolas Piccinni par Ginguené ; Paris,
an nr. in-8.
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6 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
de la seule Didon avoit surpassé les 2000 exemplaires, qui
avoit remboursé à ce coquin toutes les dépenses de gravure,
etain, papié, impression, et c* et c* que lui avoit faites) je me
trovai donc débiteur d'environ 18000 "•, quoique, ce Tartufe,
avec sa douceur, son zèle, et sa modestie, avoit dit à M' et M^
Laborde 3 ans auparavant le 89, qu'il avoit mis, de coté, en-
viron dize mille livres, et que dans quelque tems il en auroit
placé au moins 16000 "•, mais qu'il les prioit de garder le
secret, parce que il vouloit me surprendre agréablement; mais
j'ai été surpris par le mouvement contraire, et cela devoit être
ainsi, étant dans les mains d'un banqueroutier. Un autre
article, avant de passer à Naples. Je laisse Josephîn, châtré ita-
lien, que vous devez connoître, mon procureur, pour ma rente
viagère de 2000 cents livres, pour la pension de l'opéra, et pour
cent louis sur la liste civile, où on m'avoit inscrit quelque jour
après mon départ -, en lui laissant aussi mon fond de musique,
qui, par parentèse, ce demi homme, demie femme, et enfin
neutre, soi disant, m'a vendu pour 6000 ^ en assignats. Ce
neutre crue, avec un de ses amis, appelle Gauton clerc de no-
taire, et mon cher fils l'ainé, ce triumvirat a manié la tourte,
et l'a mangé, parceque depuis 5 ans je nage dans la pauvreté
sans en recevoir un obole ; mais ne manquant pas cependant
de m'écrire, que mon fils mangé tout ; et ce fils dénaturé, que
c'étoit le châtré avec Gauton, desquels j'aurois dû me défaire,
attendu ces deux, si j e n'allois pas réparer, ils alloient me réduire
sur la paille. En vue de cela, j'écris à mon gendre, Graslreau,
à Gêne, marié à ma fille, Claire, et dans le même tems,
sachant, qu'il devoit se randre à Paris, je lui remets sur.
le papier une information du chatrè, à qui malheureusement
j'avois laissé ma procuration, avec une instruction bien det-
taillée de tout ; une nouvelle procuration à lui, avec laquelle
je détruisois celle du chatrè ; et nos certificats de vîe, de ma
femme, et de moi, le tout légalisé, et approuvé par 4 notaires,
témoins, juges, et c"^, et c^. Cet homme arrive à Paris ; fait
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NICCOLO PICaNNI 7
mander le chatrè, qui se rend sur le champ avec son ami
Gauton pour rendre les comptes de son administration.
3 Jours de suite ils y vont Tengouer, et lui présenter des
tableaux à leur manière; ce pauvre esprit se rend, se per-
suade, les ambrasse, et leur promet, qu'ils seront toujours
chargé de ma procuration. Dans le fait, il retourne à Gêne,
et de Gêne à Naples avec les mains vuides, et voulant par
force me faire 'accroire, que mon fils a tout mangé, et que
ces deux, sont deux parfaits et honnêtes hommes ; en me
remettant les comptes, et toutes les pièces dont je Pavois pré-
muni avant son départ, qui m'avoient coûté beaucoup d'argent.
Figurez- vous, mon ami, Tétat dans lequel je suis resté après
la connoissance de cette opération. Je ne veux pas vous en
dire d'avantage ; étant plus aisé à vous de pénétrer dans mon
cœur, que à moi de vous en faire la description. Dans ces
comptes j'y ai trouvé un petit papier, où il est dit, Pic-
ciftni ni touche pas sa pension de l'opéra parceque il est
émigré, mais parceque on veut qu'il vient la manger en
France selon la loi. Permettez-moi, mon bon ami, que je
vous en parle là dessus. La pension de l'opéra dans sa cons-
titution je l'ai toujours jugé une rente viagère, et non pas une
pension. Si un pauvre auteur est obligé de la gagner après six
opéra, qu'il est obligé de donner à un prix modique, selon ^
Farrêt du conseil du 76, vous voyez bien, que l'auteur en fait
les fonds ; qu'il l'achète avec son argent, et à la sueur de son
front. C'est une rente libre donc, sur la quelle, personne ne
peut y avoir le moindre droit, que l'auteur peut la manger où
bon lui semble, et toutes les lois qui si opposoient, seroient
injustes, comme c'est injuste de gagner eux, en donnant mes
ouvrages, et de faire mourir de faim l'auteur, avec Texcuse de
la loi (quand cette loi ne peut exister).
Mon ami, je me jette dans vos bras ; plaidez pour votre
pauvre ami, qui est réduit à la mendicité avec sa pauvre
âunille; si M"" Marmontel peut y contribuer, priez-le de ma
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8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
part, donnez lui le souvenir du pauvre Piccinni, et dites lui,
que ma pension de Topera est libre, et que je dois en jouir
comme en jouissent tous les auteurs, quoique absent ; il le
sait, et j^espere qu'il se joindra à vous, pour la justice, pour
Tamitié, et pour Teloquence, qui lui est si naturelle ; saluez-le
de ma part, et uniment à M' et ses chers enfants, de la part
aussi de ma femme et filles. Mon ami, je vous fais des empres-
sements aussi pour la mise de ma Qytemnestre. Si vous
voulez, vous pouvez y parvenir. Cet ouvrage, je Tai remis en
trois actes sur la partition de Topera : ces bonnes gens préten-
dent, que cette partition, à mon départ, je Tai emporté avec
moi; non, mon ami, ils en mentent, tout est resté chez eux;
je n'emportai à mon départ, que mon original, mais, si vous
pouvez parvenir à le faire donner, et ils persistent à demander
mon original, il est à Gêne dans les mains de M' Eynard
negotiant établi dans ce pay là, auquel j'ecrirois de vous le
faire parvenir à Paris, restant toujours en votre pouvoir;
comme, pour le payement, je vous laisse carte blanche pour
le prix; sous la condition qu'ils payent la somme convenue sur
le champ, et la remettra ici à M"" Trouvé, qui me la fera
passer.
A mon arrivée à Naples tout alla à seconde de mes désirs.
La i'* année on redonneront mon Alexandre aux Indes ^ au
quel j'y ajoutai 3 airs, et un trio. Le quarême je composai
Gionata oratoire qui eut un plein succès. Le printems un opéra
bouffon, et le carnaval Ercule au Termondonte à S* Charles.
Jusques à Tépoque de Topera bouffon, tout se passa le mieux
du monde. Passé cett'epoque, un jeune negotiant de Lunel
appelle Pierre Pradez Prestreau établi à Naples depuis 9 ans,
vint me demander en mariage ma fille Claire, la dotant de
Boooo ^''•, et lui offrant un trousseau de 5ooo ducats en linge,
habits, joiaux, et quantité de bijoux précieux. Après avoir
exploré la volonté de ma fille, je n'esitai un instant pour la lui
accorder. Le mariage se fit, et le jour de la noce fut célébré
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NICCOLO PICCINNI 9
chez son futur, avec tous les négociants francois, M' de la Tour
et tous les officiers, et M"" Mahon ministre de la Republique
qui furent tous invités. Ce beau jour passé, qui avoit été tel
pour moi, je fus calomnié à la Cour, et à la ville, et je fus
accusé pour jacobin. C'est de cette époque, mon ami, qu'en
m'ensevelisant vivant; personne m'a plus appelle pour com-
poser; toute la cohue de musiciens m'a jette la pierre, m'a
méprisé, et a espéré de me voir exilé, et dépouillé de la pen-
sion que notre bon Roi m'avoit accordé.
Ce magnanime prince très éclairé, me l'a laissé, et c'est avec
cette modique pension que moi, ma femme, 4 fille, et deux
sœurs nous traînons notre pauvre vie; mais moi et mon talent,
quoique vivants, nous sommes descendu au tombeau; et, ce
qui est terrible ! choisir pour prison ma maison, sans plus voir
qui que ce soit. Voilà la raison, mon ami, qu'en recevant
votre charmante lettre par M*" Trouvât, je n'ai pas pu vous
donner une réponse, ni me charger de la liaison dont vous
m'honoriez. Il commence paroître un peu de beau tems ; Dieu
fasse qu'enfin cela augmente. Voilà 5 ans que je souffre, et je
ne sais pas comment j'en ai eu la constance. Ah ! mon ami !
je ne me croiois pas réservé à tant de malheurs, dont je vous
en épargne le récit. Si vous voudriez accepter ma procuration,
6 Dieu, combien je serois heureux ! je pourrois commencer
voir le jour dans mes affaires, et recevoir quelque soulagement.
Faites moi savoir là dessus, quels sont vos intentions. Donnez
moi, je vous prie, des nouvelles de ce fils dénaturé, de qui je
n'en ai pas eu depuis un an. L'autre, qui est à Stockolm suit à
la piste les traces de celui ci ; le castrate, il en fait autant. Tout
est enseveli dans l'obscurité. Je vous y joins ci une lettre pour
la citoyenne Natalie la Borde de Nantiles mon ecolière, que, je
vous prie, mon bon ami, de remettre en ses propres mains,
et d'entrer en matière. Vous lui pouvez peindre mon affreuse
situation, et feire en sorte, que son frère, qui vient de rentrer
dans les biens de la famille, veuille me donner les fonds de la
TOME III. 2
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10 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
rente, que feu son père me donna pour me mettre à l'abri de la
misère. J^ai su, que cette rente s'en va en fumée, qu'on va
payer le tiers en numéraire, cet à dire, 700 ^^ et le reste du
capital en bons, qu'ils seront presque rien. J'aurai donc, au
lieu de 2000 cent livres, 700 pour tout. Moi âgé de 69 ans,
comment pourrai-je donner un état à mes pauvres 4 filles, et
quelque subsistance à ma femme à mon decés? Vous voyez,
mon ami, que si le citoyen Laborde voudroit avoir pitié de
moi et d'une famille accablée par la misère, il seroit un homme
bienfaisant, est vrai, mais il seroit cent fois au dessus, satisfai-
sant la volonté de feu son père, que c'étoit de nous donner du
pain. Je vous charge de beaucoup des choses à la foi. Je me
suis tu 6 ans, la bonde est lâchée tout d'un coup. Mon ami,
ayez pitié de moi. Je me jette dans vos bras. Oui : Dieu vous
aidera; vous réussirez en tout; vous aurez la gloire de relever
votre ami, et une famille, qui vous a toujours aimé, toujours
chéri. Je vous embrasse du fond de mon cœur uniment à votre
très digne, et très chère moitié ; ma femme et mes filles en font
autant, et pour la vie je suis
Peu après Piccinni quitta Naples, passa par Rome et vint à Paris,
où il se logea, c au haut du faubourg Saint-Honoré, près de la rue
Verte, dans un appartement plus qu'exigu, sans meubles autres que les
plus indispensables, et manquant de tout. 1(1) Plus tard il obtint un
appartement dans Pancien hôtel d'Angivilliers, mais il dut encore ré-
clamer des secours, c Piccinni, s'écria-t-il, meurt de feim à côté du
gouvernement françois; Piccinni meurt de faim à côté des théâtres qui
ne sont riches que par ses talens. 1 (2) Enfin, épuisé, il mourut à Passy
le 7 mai 1 800, à Page de soixante-douze ans.
(1) Gluck et Piccinni, p. 404.
(2) Id.» p. 407.
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LES CARROSSES AU XVII" SIÈCLE
RÉVOCATION DU PRIVILÈGE POUR LES CARROSSES A UN CHEVAL CIRCULANT
DANS PARIS. — FERME DES VOITURES POUR LA SUITE DE LA COUR. —
GAGES DES COCHERS ET MENEURS DE LITIERE AUX XVI* ET XVII* SIECLES.
L'usage des chars et voitures de toute espèce, si répandu dans l'anti-
quité, était considéré au moyen-âge comme un signe de faiblesse et
de lâcheté. Les malades et les infirmes seuls avaient droit de se faire
transporter; Thomme ne connaissait que son cheval; les femmes et les
moines montaient des mules ou des ânesses (i). Au xiii* siècle cependant
Tusage des voitures devint plus fréquent : Philippe le Bel défendit par
une ordonnance de 1294 que les bourgeoises eussent des chars [2). Les
rois possédaient des chars richement ornés dont ib ne se servaient
qu^en de rares circonstances. Jusqu'au xvi* siècle les chariots n'étaient
guère employés que pour porter les bagages. Sous François I*' la mode
des carrosses, déjà fort goûtée en Italie, s'introduisit en France. Henri III
se promena en coche avec sa femme dans les rues de sa bonne ville de
Paris (3). Cétait un exemple que ne pouvaient manquer de suivre les
mignons et les gentilshommes, mais ce nouvel usage était considéré
comme im indice de la corruption des mœurs, et les magistrats refu-
sèrent de s'y conformer et continuèrent à aller au Palais sur des
mules (4). Les voitures devinrent plus nombreuses sous Henri IV : ce
prince s'opposa vainement à ce que les hommes employassent ce mode
de locomotion ; lui-même périt assassiné dans un carrosse. Toutefois
les particuliers .seuls — et encore ne s'agit-il que des nobles — avaient
alors des voitures. Mais bientôt il y eut des coches de voyage et enfin
des carrosses de louage. Nicolas Sauvage, dans les premières années du
règne de Louis XIV, établit à Paris rue Saint-Martin, vis-à-vis la rue
Montmorency, dans une maison qui avait pour enseigne l'effigie de
Saint-Fiacre, un entrepôt de voitures qu'il louait à l'heure ou à la
journée (5). De là le nom de fiacres qui s'est perpétué jusqu'à nous.
En i65o Charles Villerme avait le privilège exclusif des voitures de
louage dans Paris moyennant quinze mille livres. Au mois de mai 1657
(i) Histoire des chars, carrosses, etc., par D. Rtmée; Paris, Amyot, i856, in-12, p. 5i et
(a) Traité de la police par DeUmarre, 1. 1, p. 418.
(3) Journal de rEstoille, coU. Michaad, t. XIV, p. 63.
(4) Histoire des chars, par Ramie, p. 76. ~ (3) Id„ p. 133.
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12 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
M. de Givry obtenait un privilège pour des carrosses, calèches et cha-
riots attelés de deux chevaux, qui devaient rester dans les carrefours et
lieux publics de Paris a pour y être exposés depuis les sept heures du
matin jusqu'à sept heures du soir, et être loués à ceux qui en auront
besoin, soit par heure, demi-heure, journée ou autrement (i). » Enfin
Lx)uis XIV accorda, le 3 avril lôSg, à un de ses mousquetaires, le sieur
Nicolas Picquet de Sautour, un privilège pour établir dans Paris des
calèches, carrioles ou petits carrosses à deux roues tirés par un seul
cheval. Mais la dame de Cavoy et le sieur de Montbrun, chargés de
l'entreprise des chaises portatives^ réclamèrent si vivement contre la
concurrence que leur faisaient les voitures à un cheval qu'ils obtinrent
que le Roi retirât au sieur de Sautour le privilège qu'il lui avait octroyé.
C'est ce qui ressort des lettres-patentes de Lx>uis XIV données à Paris
le 8 janvier i66i : voici le texte de ce document dont nul historien, à
notre connaissance, n'a fait encore mention.
Louis, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre,
à tous présents et advenir salut. Sçavoir faisons que le sieur
Nicollas Picquet de Sautour, Tun de nos mousquetaires, et la
damoi^elle sa sœur, ayants, sur le renvoy par nous faia en
nostre Conseil du plaçet qu'ils nous ont cy devant présenté, à
ce qu'il nous pleust leur faire don et accorder la permission
à l'exclusion de tous autres d'establir dans nostre bonne
ville, faulxbourg et banlieues de Paris, des galeches, carioUes
ou petits carosses à deux roues tirées par un seul cheval,
obtenu arrest en nostre conseil le troisiesme a\Til mil six cens
cinquante neuf, portant advis que nous leur pourrions accorder
le don pour ledit establissement. Et ayant depuis esté informé
du notable préjudice que la dame de Cavoy et le sieur de
Montbrun recevroient au don que nous leur avons faict des
chaises portatives qu'ils ont estably pour la commoditté pu-
blique dans ladite ville et faulxbourg de Paris, si celluy des
galeches, carioUes ou petits carosses à un seul cheval si faisoit,
lequel mesme ne fairoit qu'acroistre les embarras qui ne sont
desja que trop fréquentz par le grand nombre des carosses,
charettes et harnois qui rouUent incessamment dans les rues
(i) Histoire des chars, par Ramée, p. 134.
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LES CARROSSES AD XVII* SIECLE l3
de nostre dite ville, faulxbourgs et banlieue de Paris; à ces
causes et pour autres bonnes considérations à ce nous mou-
vans, après nous estre faia représenter ledit brevet et arrest
de nostre Conseil, nous avons de nostre plaine puissance et
aucthoritté royalle dit et déclaré par ces présentes signées de
nostre main, disons et déclarons que nostre intention est que
Festablissement desdites galeches, carioUes ou petits carosses
à deux roues tirés par un seul cheval, n'ayt point de lieu et ne
soit effectué dans nostre bonne ville, faulxbourgs et banlieue
de Paris, à cet effect avons révocqué et révocquons par ces
mesmes présentes tous brevetz, lettres de don et arrest que
lesdits de Saucour, sa sœur et tous autres pourroient avoir
obtenu ou pourroient cy après obtenir pour raison dudit esta-
blissement desdites galeches ou carioUes^ voulant que le tout
demeure nul et comme non advenu, faisons très expresses inhi-
bitioDs et deffances ausdits de Sautour, sa sœur et tous autres
de s'aider en aucune manière dudit don ny autre chose quel-
conque en conséquence d'icelluy pour Testablissement desdites
galeches, carioUes ou petits carosses à deux roues tirés par un
seul cheval dans nostre dite bonne ville de Paris, à peine de
confiscation et de trois mil livres d'amande. Si donnons en
mandement à nostre prevost de Paris et tous autres nos jus-
ticiers et oflSciers qu'il appartiendra que nos présentes lettres
pattentes de déclaration ils ayent à enregistrer, faire garder et
observer en sorte qu'il n'y soit contreveneu, et en cas de con-
travention a«x deffences portées par icelles faire contraindre les
contrevenans au payement de l'amande et choses y contenues,
car tel est nostre plaisir. Et aflfin que ce soit chose ferme et
stable nous avons faict mettre nostre sceel à ces dites présentes
données à Paris le viii* jour du mois de janvier Tan de grâce
mil six cens soixante ung et de nostre règne le dix-huitiesme.
Louis.
Par le Roy :
De Lomenie.
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14 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Cette même année on établit des voitures i quatre chevaux destinées
à conduire ceux qui désiraient aller aux châteaux où se trouvait la
G)ur; on les nommait voitures pour la suite de la Cour. Le sieur de
Beauvais qui avait le privilège desdites voitures éprouva le même sort
que Le mousquetaire de Louis XIV (i) : ce fut un certain Jean Paumier
qui lui succéda, comme le prouve la pièce suivante qui concerne les
voyages faits par les comédiens français et italiens à Fontainebleau en
Tannée 1687.
En la présence des conseillers du Roy, notaires gardenottes
de Sa Majesté au chastelet de Paris, soubzsignez^ sieur Jean
Paumier, officier de la maison du Roy et fermier général de
touttes les voitures pour la suitte de la Cour, demeurant à
Paris rue Saina Nicaise, parroisse Sainct Germain T Auxerois,
a confessé avoir eu et receu de messire Philippes Lefebvrc^
conseiller du Roy, trésorier général de la maison de Sa Majesté
et conunis à Texercice de la charge de trésorier des memis
plaisirs et affaires de la chambre de sa dicte Majesté, la somme
de quinze cens quarante huict livres pour louage de charetes
qui ont voiture les coffres et meubles des comédiens françois
et italiens et des musiciens tant pour Tallée que pour le retour à
Fontainebleau en mil six cens quatre vingt sept, dont quit«
tance, promettant, obligeant, renonceant, etc. Faict et passé à
Paris en la demeure du dict sieur Paumier sus désignée Tan
mil six cens quatre vingt huict lé neuâesme jour de décembre
avant midy, et a signé.
Jean Paumier.
Beaufort. Ogier.
Pour terminer voici quelques quittances qui nous fixent sur les gages
des cochers de la Cour depuis i55i jusqu'à i633. Elles nous font
connaître aussi les divei^ titres que portaient ces serviteurs.
i55i, 10 octobre. — André Tuyard, meneur de litière de Madame
Elisabeth, reçoit 45 livres tournois a pour la despence de deux mul-
letz de lictiere de madite dame » pendant un trimestre.
(i) Lettre de Sdfodio^ au procureur-général de Harlty, datée de Versailles le 34 juillet
i685. On y lit : « Monsieur, je vo«s envoyé les lettres pattentes portant revocation du pri-
vilège des carosses et coches de la Cour accordé au s^- de Beauvais, afin qw vous les fusiez
s'il vous plaist registrer. » {Dictionnaire de Jal, art. Carrostet, p. 3 18.)
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LES CARROSSES AU XVIl' SIECLE l5
i553, 2 juillet — Par devant le tabellion royal juré en la prévôté de
Saint-Germain-en-Laye, Silvain Pichot, conducteur de la litière du
corps de la Reine (i), reçoit 36 livres 5 sous tournois i;)Our un voyage
qu'il a fedt avec quatre mulets pour le service du Dauphin de Saint-
Germain à Fontainebleau, et pour la nourriture des dits mulets.
i56o, 5 juin. — Guillaume Ruelle, capitaine de six chevaux de char-
roi de la Reine mère du Roi, reçoit 55 livres i6 sous tournois pour la
nourriture et dépense de six chevaux de trait qui ont servi ordinaire-
ment pendant le mois de mai a mener et conduire les garde- robes de
l'écurie de la dite dame, à raison de 6 sous tournois par cheval chaque
jour.
i577, 21 janvier. — François Mezelier et Ambroise Coudray,
cochers de la Reine mère du Roi, reçoivent 120 livres tournois pour la
dépense de deux cochers et de deux hommes a pour servir à mener es
pals le chariot du lict de poste et des femmes de chambre de ladite
dame » pendant le mois de novembre 1576.
1577, 12 février. — Guillaume BouUard, conducteur de l'un des cha-
riots branlants de la Reine douairière, reçoit 7 livres 16 sous 4 deniers
tournois pour un quartier de rente.
1578, 4 novembre. — Par devant le notaire royal de Toulouse, Jean
Mesnier, cocher du Roi (2), reçoit 112 écus soleil et un tiers pour la
dépense et nourriture de quatre chevaux de coche à raison de 1 5 sous
par jour pour chaque cheval et de 10 sous par jour pour la dépense du
cocher.
1579, ' * octobre. — René Bruneau, conducteur de la litière du corps
de la Reine mère du Roi, reçoit 8 écus un tiers pour un quartier de
««gages.
1 584, 5 janvier. — Guillaume Regnault, cocher de la Reine mère du
Roi, reçoit 1 5 écus soleil pour un quartier de ses gages.
1629, 3o novembre. — Y von Moysan, postillon du grand carrosse du
Roi (3), reçoit 180 livrés tournois pour ses gages durant Tannée 1629.
1634, 2 décembre. — Antoine Belin, postillon du second carrosse
delà Reine (4), reçoit 326 livres tournois pour ses gages durant l'an-
née 1634.
(I) Catiierine de Médids
(a) Heori UL
(3) Unis XIII.
(4) Marie de Médcis.
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PROCÈS CRIMINEL A GRENOBLE
EN 1769
M. Léon Dewez nous communique des lettres-patentes de I-ouisXV
concernant un procès criminel qui se déroula devant la cour du Dauphiné
en Tannée 1 769. Les parties étaient Joseph Suel Lambert, bourgeois de
la ville de "Romans, demandeur, et Jacques-François-Raymond Merlin
Du Cheylas, conseiller en la cour du Dauphiné, et Jean-Jacques I>evaux,
domestique du dit Du Cheylas , défendeurs. Du Cheylas était accusé
d'avoir assassiné en duel Jacques-Thomas Suel Lambert Béguin, capi-
taine dans la légion de Flandre, fils du demandeur. Le duel avait eu
lieu en dehors de la ville de Romans : les faits sont relatés dans l'acte.
Le conseiller était contumace, mais le domestique était détenu à la
conciergerie du palais. Le jugement reconnut l'accusé coupable et le
condamna au supplice de la roue, mais en même temps il ordonna que
le procès serait fait à la mémoire de la victime, coupable aussi d'avoir
contrevenu aux lois sur le duel.
•
Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre,
Dauphin de Viennois, comte de Valantinois et Dyois, à tous
ceux qui ces présentes lettres verront salut. Sçavoir faisons
que procès criminel auroit été mû et intenté par devant notre
cour de Parlement, aides et finances de Dauphiné, entre Joseph
Suel Lambert, bourgeois, habitant de la ville de Romans,
demandeur, en requette de plainte du dix neuf juillet mille sept
cent soixante neuf, et en réparation du crime d'assassinat
commis en la personne de Jacques Thomas Suel Lambert
Béguin, son fils, capitaine dans la légion de Flandres, et en
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PROCÈS CRIMINEL A GRENOBLE I7
domages intérests, suivant les fins de la requette du vingt-huit
aoust suivant, et notre amé et féal procureur général, accusa-
teur en crime de duel et d^assassinat, demandeur en exécution
de Tarret de la cour du vingt du dit mois de juillet, d'une part,
Jacques François Reymond Merlin Du Cheylas, conseiller en
la cour, accusé contumax, Jean Jacques Devaux, domestique
du dit Du Cheylas, détenu dans les prisons de la conciergerie
du palais, accusés, d'autre, et entre notre amé et féal procureur
général, accusatair en crime de duel, et demandeur en exécu-
tion de Tarrêt de la cour du dix-sept du dit mois d'aoust, d'une
part, M^ André Suel Lambert, avocat en notre ditte cour,
curateur nommé à la mémoire du dit Jacques Thomas Suel
Lambert Béguin, son fi*ère, deffendeur, d'autre. Vu le procès
verbal du lieutenant de juge par l'ordonnance en la judicature
du mandement de Pe3rrins du dix-huit juillet mil sept cent
soixante neuf contenant l'état et la reconnoissancc du cadavre
du dit Béguin, la description de ses habits et de l'endroit où il
a été trouvé, le rapport de Joannis et Entelme, chirurgiens,
assistés de M® Monfort, médecin, lieutenant du premier chirur-
pen du Roy au département de Saint Marcellin, portant que
Béguin a reçu quatre coups d'épée mortels et un cinquième
coup qui perce de part en part le carpe de la main gauche, la
requette de plainte de l'ancien procureur aux juridictions
de Romans faisant fonction du procureur juridictionnel de
la terre de Peyrins contenant qu'il résulte du rapport des
chirurgiens que Béguin est mort de plusieurs coups d'épée,
répondue le dix-neuf du dit mois de juillet d'un décret de per-
mission d'informer, la requette de plainte de Suel Lambert
B%rin père par laquelle il demande qu'il soit informé de l'as-
sassinat commis en la personne de son fils hors les murs de
Romans, entre la porte de Jaquemart et celle de Sainct-Nicolas,
répondue le dit jour d'un décret conforme, l'information faite
le dit jour par k lieutenant par l'ordonnance contenant Taudi-
tioQ des onze témoins^ la requette de plainte de notre amé et
TOME m. 3
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l8 REVUE DES DOCUMENTS H1STX>RIQUES
féal procureur général tendante à ce qu'il soit informé du dit
duel et de la mort du dit Béguin tant à charge qu'à décharge,
circonstances, et dépendances, l'extrait de rarrêt qui ordonne
qu'il sera informé du dit duel et de la mort du dit Béguin, cir-
constances et dépendances, et porté décret de prise de corps
contre le dit Du Cheylas et un quidam habillé de jaune, du vingt
du dit mois de juillet, les exploits d'assignation aux témoins
pour déposer et être recollés dans leurs dépositions des vingt-
deux, vingt-trois, vingt-quatre, vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept,
vingt-huit, vingt-neuf, trente et trente et un du dit mois de
juillet; premier, second, trois, quatre, cinq, huit, neuf et douze,
vingt-un, vingt-quatre aoust suivant, et quatre et cinq sep-
tembre, après l'information faite par nos amés et féaux
de Revol père et de Galbert, conseillers en notre ditte cour,
commissaires en cette partie députés, commencée le vingt-deux
du dit mois de juillet, contenant cinquante-six dépositions, la
continuation d'informations faites par les dits commissaires, les
huit, neuf, douze, treize, vingt et vingt-deux aoust suivant, con-
tenant l'audition de six témoins, la continuation d'information
faite les quatre et cinq septembre de la ditte année par nos
amés et féaux de Garnier et de Chalcon, conseillers en notre
ditte cour, commissaires députés par l'arrêt de notre ditte
cour du trente-un août précédent, contenant l'audition de six
témoins, la procédure de recollement des témoins et leurs dépo-
sitions, commencée le vingt-six du dit mois de juillet, faite par
nos dits amés et féaux de Revol et de Galbert, la continuation
du dit recollement faite par nos dits amés et féaux de Gamier
et de Chalcon, des quatre et cinq septembre suivant, l'ordon-
nance rendue sur le réquisitoire du substitut de notre amé et
féal procureur général le vingt-six juillet dernier portant injonc-
tion à Bon et Colomb de remettre entre les mains du greffier
de la procédure les parties de l'épée du dit Béguin qu'ils ont en
leur pouvoir, le procès-verbal de la ditte remission faite le dit
jour par le dit Bon de trois morceaux de lames d'épée, l'or-
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PROCES CRIMINEL A GRENOBLE I9
donnance contenant nomination d'oflSce de deux experts pour
procéder à la vérification des trois morceaux de la lame d'épée
et donner leur rapport par forme de déposition de Tétat, lon-
gueur et grosseur des morceaux d'épée, le procès verbal de
perquisition du dit Du Cheylas et devant son domestique con-
tenant assignation à quinzaine pour le remettre dans les pri-
sons de la conciergerie du palais du vingt-deux du mois de
juillet, rexploit d'assignation à cris publics au dit Du Cheylas
et Deveau du sept aoust suivant, la requette de notre amé et
féal procureur général et l'arrêt de notre ditte cour qui commet
nos amés et féaux Depina et Deplan de Sieyes/conseillers en
notre ditte cour, pour prendre les réponses personnelles de
Joseph Renchon dit Revol et de Pierre Lambert, domestiques
du dit Du Cheylas, qui avoient étés constitués prisonniers,
du trois aoust suivant, les réponses personnelles du dit Joseph
Renchon dit Revol et Pierre Lambert du dit jour, la requette
de notre amé et féal procureur général et l'arrêt qui met en
Kberté les dits Ruchon dit Revol et Lambert et ordonne
qu'ils seront assignés pour déposer en l'information du douze
du dit nQois d'aoust, les conclusions de notre amé et féal pro-
cureur général tendantes à ce que le procès soit réglé à l'extra-
ordinaire et que le procès soit fait à la mémoire de Béguin,
l'extrait de l'arrêt qui règle le procès à l'extraordinaire et
ordonne que le recollement vaudra confrontation au dit
Du Cheylas et que le procès sera fait à la mémoire du dit Bé-
guin et nomme pour curateur André Suel Béguin son frère,
l'exploit d'assignation au curateur pour prêter serment et
donner ses réponses, la procédure de prestation de serment du
dit André Suel Béguin, les réponses personnelles du dix-sept
du dit mois d'aoust, les conclusions de notre dit amé et féal
procureur tendantes à ce que le procès soit réglé à l'extraordi-
naire et les témoins confrontés, si besoin est, au curateur, l'extrait
de l'arrêt qui règle le procès à l'extraordinaire et ordonne que
les témoins seront confrontés, si besoin est, au dit Suel curateur.
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20 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
du dix-huit du dit mois d^aoust, la requette de notre dit amé et
féal procureur général et l'ordonnance de notre ditte cour sur
icelle qui subroge nos amés et féaux de Chalcon ou de Revol
père, conseillers en notre ditte cour, la procédure contenant la
confrontation de douze témoins au dit curateur, des vingt-
deux et vingt-trois aoust, l'exploit d'intimation au dit Deveau
de Tarrêt portant décret de prise de corps contre luy sous la
dénomination d'un quidam habillé de jaune du vingt-neuf aoust^
contenant le procès verbal d'écrou du dit Deveau dans Içs
prisons de la Conciergerie du palais où il s'est remis, la requette
de notre dit amé et féal procureur général tendante à ce que De-
veau soit interrogé, l'extrait de l'arrêt portant que le dit Deveau
sera interrogé par les commissahres rapporteurs du procès, les
réponses personnelles du dit Deveau du vingt neuf août, les
conclusions de notre dit amé et féal procureur général tendante
à ce que le procès soit réglé à l'extraordinaire vis à vis le dit
Deveau et que les sieurs conseillers commissaires soient au-
thorisés à recevoir la déposition des témoins qui pourront être
produits, à recoller, confronter, interroger et decretter s'il y
échet, et ordonner qu'ils se transporteront à Romans, l'arrêt
de notre cour conforme aux dittes conclusions du trente du dit
mois d'août, les exploits d'assignations aux témoins pour être
confrontés au dit Deveau des premier, second, trois et quatre
septembre suivant, la procédure contenant cinquante-deux
confrontations des témoins au dit Deveau commencé le pre-
mier septembre et finie le neuf du dit mois, les réponses per-
sonnelles du dit Deveau du quatre du dit mois de septembre,
les exploits d'assignation à Jean Pierre Migouret pour compa-
raître pour être confronté au dit Deveau du deux du dit mois
de septembre, la requette du substitut de notre amé ^ féad
procureur général et ordonnance sur icelle des sieurs conseil-
lers commissaires portant injonction au dit Migouret de satis-
faire aux dittes assignations à peine d'amende et d'y être con-
traint par corps, l'exploit d'intimation au dit Migouret de la
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PROCES CRIMINEL A GRENOBLE 21
dittc requette et de Tordomiance du quatre du dit mois, autre
requette de plainte du dit substitut de notre amé et féal procu-
reur général contre ceux qui ont pratiqué, intimidé et fait ab-
senter les témoins, l'ordonnance des dits sieurs commissaires
portant qu'il sera informé des faits y contenus tant à la charge
qu^à décharge, circonstances et dépendances du cinq du dit
mois de septembre, l'exploit d'assignation aux témoins du dit
jour, l'information aussy faite le dit jour contenant l'audition
de quatre témoins, les réponses personnelles du dit Deveau du
neuf du dit mois de septembre, la requette de notre amé et
féal procureur général et l'arrêt sur icelle qui ordonne que le
dit Deveau sera recollé en ses interrogatoires et confronté au
dit B^uin Suel curateur et que le recollement vaudra confron-
tation vis à vis le dit Du Cheylas, du treize du dit mois de sep-
tembre, le recollement du dit Deveau en ses interrogatoires et
sa confrontation au dit Suel Béguin curateur, du dit jour, les
rq)onses derrière le barreau du dit Suel Béguin curateur, les
réponses sur la selette et par atténuation du dit Deveau du treize
du dit mois. Vu de la part du dit Suel Lambert père la procu-
ration qu'il a passé le vingt cinq août dernier à Dubois, son
procureur, pour poursuivre le procès et demander des domages
intérests, la cédulle de présentation faite le vingt huit du dit
mois d'août par le dit Dubois, la requette remonstrative et
Textrait de la rémission du procès au greffe de la cour signifié
le dit jour ; Vu les conclusions et additions des conclusions de
notre amé et féal procureur général des onze et treize sep-
tembre mil sept cent soixante neuf au rapport de M' Chanet,
substitut, et oui le rapport de nos amés et féaux Françob Sé-
bastien DefHna et Jean Deplan de Sieyes, conseillers en notre
ditre cour, commissaires en cette partie députés, le tout vu et
examiné, notre ditte Cour, les chambres assemblées ou étoit le
s'œmte de Clermont Tonnerre, lieutenant général pour le Roy
en Dauphiné, dit la contumace bien instruite contre le dit Du
Cbeylas, et adjugeant le proffit d'icelle. Ta déclaré atteint et
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22 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
convaincu des crimes de duel, de s'estre rendu au lieu du com-
bat avec des précautions defifensives, d'avoir traîtreusement
assassiné de plusieurs coups d^épée le dit Béguin à terre et hors
de deffenses, pour réparation de quoi a déclaré le dit Du
Cheylas privé et déchu de son état et office de conseiller en
notre ditte cour et le dit office vaccant par forfaiture, duquel
office le dit Seigneur Roy est supplié d'éteindre le titre, conunc
aussi a dégradé le dit Du Cheylas de noblesse et Ta déclaré
infâme, a condamné le dit Du Cheylas à être livré entre les
mains de l'exécuteur de la haute justice pour être par lui tra-
duit en la ville de Romans, et là en chemise, teste nue, la
corde au col, ayant au poing une torche ardente de cire jaune
du poid de deux livres, être conduit devant la porte de la prin-
cipalle égKse de Romans, où à genoux il déclarera que mé-
chamment et traîtreusement il a assassiné le dit Béguin de
plusieurs coups d'épée à terre et étant hors de deffenses et qu*il
en demande pardon à Dieu, au Roy et à la justice, et de suite
il sera conduit à la place principale de la ditte ville de Romans
pour y avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompues sur un
echaffeau qui sera dressé à cet effet et ensuite mis sur une rôtie
la face tournée vers le Ciel pour y rester jusqu'à ce que mort
naturelle s'en suive, ses armes préalablement noircies et brisées
en sa présence au bas du dit echaffeau par le dit exécuteur, a
déclaré le dit Seigneur Roy quitte et déchargé envers le dit
Du Cheylas de la finance et gages du dit office et de quelqu'au-
tres choses que ce puisse être dont le dit Seigneur Roy pour-
roit être redevable envers le dit Du Cheylas, comme aussi a
condamné le dit Du Cheylas en l'amende fixée aux deux
tiers de ses biens appliquables sous le bon plaisir du dit Sei-
gneur Roy par égale part et portion à l'hôpital général de Gre-
noble, à celuy de la Providence de la même ville, et à l'hôpital
général du dit Romans, attendu l'extrême besoin des dits hô-
pitaux, a condamné le dit Du Cheylas en l'amende de dix livres
envers le dit Seigneur Roy, et, attendu la contumace du dit Du
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PROCES CRIMINEL A GRENOBLE 23
Cheylas, ordonne que le présent arrêt sera exécuté par effigie
sur la place du dit Romans, au surplus pour les causes résul-
tantes des procédures, a condamné le dit Du Cheylas en la
somme de douze mil livres envers le dit Suel Lambert père
pour luy tenir lieu de domages intérests ; et en ce qui concerne
le dit Béguin Ta déclaré mort coupable du crime de duel; pour
réparation de quoi ordonne que sa mémoire sera et demeurera
éteinte et suprimée à perpuité, a pareillement déclaré le dit
Seigneur Roy quitte et déchargé envers le dit Béguin de tous
arrérages d'appointements, pensions et de toutes autres choses
que ce puisse être, dont le dit Seigneur Roy pourroit être re-
devable envers le dit Béguin, ordonne que sur les biens du dit
Béguin il sera prélevé une amende fixée aux deux tiers des dits
biens, laquelle cédera au proffit du dit Suel Lambert père, et
en ce qui concerne le dit Deveau Ta condamné pour les causes
résultantes des procédures à tenir prison pendant une année et
ensuite à servir le dit Seigneur Roy sur ses galères en qualité de
forçat pendant l'espace de quatre ans, étant préalablement flétry
par le dit exécuteur à la place du Breuil de cette ville sur Té-
paule droite d'un fer ardent portant l'empreinte des trois lettres
G A L, lui fait inhibitions et defFenses de rompre son ban sous
peme de la hart et l'a condamné en l'amende de dix livres en-
vers le dit Seigneur Roy et aux dépens le concernant, a con-
damné le dit Du Cheylas aux dépens envers le s' Lambert
père, ensemble en tous ceux des procédures et frais de justice,
même solidairement en ceux cy dessus prononcés contre le dit
Deveau, au surplus faisant droit sur le réquisitoire de notre
amé et féal procureur général, ordonne que Constalin, ouvrier
en fer blanc, demeurant au dit Romans, et la Moret mère, dé-
signée et mentionnée dans les procédures, seront adjoumés en
personne aux délays et à la forme de l'ordonnance pour ré-
pondre de leur bouche aux interrogats qui leur seront faits
par les commissaires rapporteurs du présent arrêt pour, les
dittes réponses et les conclusions de notre amé et féal procureur
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24 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
général vues, être pourvu ainsy qu'il appartiendra, ordonne que
le présent arrêt sera imprimé et affiché dans les villes de Ro-
mans et de Grenoble et par tout ailleurs où besoin sera. Sy don-
nons en mandement au premier notre huissier dans cette ville
et son territoire et hors la ditte ville et son territoire à Tun des
huissiers ou sergents requis à la requette de Joseph Suel Lambert
mettre le présent arrêt à due et entière exécution de point en
en point selon sa forme et teneur à rencontre de tous qu'il
appartiendra, en contreignant réellement et d'eflFet par toutes
sortes de voyes de justice dues et raisonnables tous ceux qui
pour ce seront à contraindre, et pour ce faire toy dit huissier
faira tous actes et exploits de justice requis et nécessaires de
ce faire te donnons pouvoir ; en témoin de quoy nous avons
fait mettre et apposer le scel de notre chancellerie à ces dittes
présentes. Donné à Grenoble en Parlement, les chambres ex-
traordinairement assemblées, le seize septembre Tan de grâce
mil sept cent soixante neuf et de notre règne le cinquante cin-
quième. Par la cour : Laporte (?).
A la suite du document on lit la note des droits qui s'élève à i SaS livres
9 sous 6 deniers.
Le conseiller Du Cheylas méritait, selon la juridiction du xvin* siècle,
doublement la mort, d'abord comme duelliste, puis comme homicide
avec guet-apens. Aussi lui appliqua-t-on le supplice de la roue édicté par
une ordonnance de Henri II, de iSSy, contre les meurtres et homicides
de guet-apens (i).
Citons, pour bien montrer la différence des peines, deux condamna*
tions prononcées à la même époque contre un duelliste et un meur-
trier.
En 1763 Vive PAmour, cavalier au régiment de Çonti, est pendu
pour avoir tué en duel un cavalier en garnison à Gray.
En 1778 Pierre Labrouille est condamné, pour assassinat avec pré-
méditation, <c à avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vife,
puis à être exposé sur une roue, la £aice tournée vers le ciel, jusqu'à ce
que mort s'ensuive (2J. »
(i) Les pénalités anciennes^ par Charles Desmtze; Paris, Pion, 1866, in-8, p. 78.
(2) Curiosités des anciennes justices d*après leurs registres, par Charles Desmaie ;
Paris, Pion, 1867, in-8, p. 340.
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tttmMOTirà ^rijïtï^t^ c^^tsrtK âaâcu.fv^'^
•ôi^t*^ ^CrniiHna^ Î5Spti|$$ p flm^e^u*^i»raÊP
Awt^^T^ inertie^
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VENTE D^UNE PIÈCE DE PRÉ
SITUÉE PRÈS SAINT-JEAN DE LOSNE
1274
Acte de janvier 1278 (1274, n. s.) par lequel Gniet de Saint-Jean de
Losne vend, par devant le curé et les échevins du dit Saint-Jean de
Losne, à Laurent, fils de feu Gautier, une pièce de pré sise en la prairie
de Saint-Jean et de Saint-Eusèbe, moyennant vingt-sept sous forts de
Dijon.
Voici le texte et la traduction de ce document ; nous appelons Tatten-
tioD des linguistes sur certaines formes de noms propres contenues
dans cette charte.
In nomme Domini amen^ anno incaraationis ejusdem
M* ce* Lxx* tertio mense januarii , ego Groetus de Sancto
Johanne juxta Laudonam notum £ado omnibus presentibus et
fiituris quod ^o, pro utilitate et neccessitate mea, laude et con-
sensu Gualie,uxoris mee, Arguae et Mariete, fiiiarum mearum,
vendidi, tradidi, concessi et quitavi in hereditatem perpetuam
Larentio, filio quondam Valterii, et ejus heredibus, vendidi, tra-
didi, cocKessi et quitavi in hereditatem perpetuam unam pedam
prati continentem drdter mediam secturam prati sitam in
preeria de Sanao Johanne et de Sancto Eusebio ubi dicimr en
pré Borjon juxu pratum Terrid dicti Paquer ex una parte, et
TOME III. 4
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26 REVUE DES DOCUBIENTS HISTORIQUES
juxta pratum Vionis dicti Noire de Sancto Johanne, ex altéra^
scilicet pro predo vinginti septem solidorum fcntium Dsrvio-
nensium de quibus ego recepi et habui a diao Laureniio per-
fectum et legitimum pagamentum in pecunia numerata« Et
propter hoc ego de dicta pecia prati omnino devestiens predic-
tum Larentium et ejus heredes corporaiiter investivi. Insuper
ego predictus Groetus, Gualie, uxor sua, Arguae et Marieta,
fiiie ejusdem, tenemur et promittimus per juramentum nostnim
prestitum corporale super sancta Deî evangelia, pro nobis et
nostris heredibus, quos nos ad hoc obiigamus, dictam pedam
prati dicto Larentio et ejus heredibus semper et ubique garan-
tire et nos opponere pro eis in omni curia et respundere propter
hoc contra omnes personas, quodenscunque super hoc fiierimus
requisiti, et conservare indempnes si qui calumpniatores appa-
rerent, quod absit, et in nuUo contraire de cetero per nos vel
per alios, verbo, faao vel consensu seu ratione qualibet quae
jure canonico et civili contra predicta posset obid seu did. In
cujus rd memoriam et testimonium ego Haymo, curatus ec-
desie Sancti Johannis, et nos Henricus, filius Acon, clericus,
Bisundus Oylerius, Andréas Borrelerius et Petrus li Ayvrous,
tune ville Sancti Johannis juxta Laudonam scabini et jurati, ad
requisitionem parcium litteris istis sigilla nostra apposuimus,
scilicet nos predicti scabini apposuimus sigillum 'communie
dicte ville Sancti Johannis. Actum anno et mense predictis.
Au nom du Seigneur amen. L'an de l'incarnation dudit Seigneur
M ce Lxx trois, au mois de janvier, je Gruet de St-Jean de Losne, savoir
fais à tous présents et à venir que je, pour mon utilité et nécessité, avec
l'approbation et le consentement de Gualie, ma femme, d'Argué et
de Mariete, mes filles, j'ai vendu, délivré, concédé et quitté en toute
propriété, à Laurent, fils de feu Gautier, et à ses héritiers, une pièce
de pré, contenant environ une demi-£auchée de pré (i), sise en la prairie
de S^-Jean et de St-Eusèbc, au lieu dit en pré Borjon près le pré de
(t) Sectura prati est Téquivalent âefalcata pratijun^ fauchée de pré désignait l'étendue
de terrain qu*uo homme pouvait faucher dans la journée.
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VENTE d'une pièce DE PRÉ 27
Thierry, dit Paquer, d'une part, et près le pré de Guyon, dit Noire de
St-Jean, d'autre part; à savoir pour le prix de vingt-sept sous forts de
Di)on, dont j'ai reçu et eu dudit Laurent partit et légitime paiement en
argent comptant. Et à cause de ce, je de ladite pièce de pré (me) dévé-
tissant entièrement ai investi corporellement le susdit Laurent et ses
héritiers. En outre, je susdit Gruet, Gualie, ma femme. Argue et
Manete, mes filles, nous sommes tenus et promettons par notre ser-
ment corporel prêté sur les S^ Evangiles de Dieu, pour nous et nos hé-
ritiers, que nous obligeons à ce, de garantir toujours et partout cette
pièce de pré audit Laurent et à ses héritiers, et de nous porter garant pour
eux en toute G>ur, et de répondre à cause de ce contre toutes personnes,
autant de fois que sur ce en aurons été requis, et de les maintenir in-
demnes si quelqu^un leur intentait une action, ce qu'à Dieu ne plaise, et,
du reste, n'aller en rien à rencontre par nous ou par d'autres, en parole,
en action, ou par consentement^ ou par quelque cause que ce soit, qui
par droit canonique et civil pÛt être objectée ou dite contre les choses
susdites. En mémoire et témoignage de quoi, je, Haymon, curé de
Féglise de St-Jean, et nous, Henri, fils d'Acon, clerc, Bisunce Lhuil-
lier, André Lebourrelier, et Pierre le Ayvrous, à présent échevins et
jurés de la ville de S^-Jean de Losne, à la requête des parties, avons à
ces lettres apposé nos sceaux, à savoir, nous échevins susdits, avons
apposé le sceau de la commune de ladite ville de SWean. Fait Tan et
le mois susdits.
La charte est munie des sceaux du curé et de la commune de Salnt-
Jean-de-Losne avec les légendes suivantes :
/ ^ CVRATI SCI mus LAVDVNE
-♦- S CONMVNIE SCI lOHANIS
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SOULÈVEMENT DE LA VENDÉE
Mars 1793
Le 10 mars 1793, à la nouvelle de la levée extraordinaire décrétée par
la Convention, une insurrection éclata dans TAnjou. Le même jour,
les paysans du Marais se soulevèrent et s'emparèrent de Machecoul. Le
directoire du département de la Vendée prit aussitôt des mesures pour
réprimer les troubles. A Fontenay-le-Comte le mouvement fut étou£Eë,
mais l'insurrection gagna les campagnes de Clisson, de Châtillon, de
Bressuire (i). Une bande conduite par le perruquier Gaston occupa, le
i5 mars,Challans dont les administrateurs s'étaient réfugiés aux Sables^
puis Chantonnay. Le général Marcé marcha contre les insurgés, mais
ses troupes, surprises au milieu des marais par les paysans, furent mises
en déroute le 19 mars. Cest dans ces graves circonstances que les admi»
nistrateurs des districts de Challans et des Sables, alarmés du récent
triomphe des rebelles qui les menaçaient de si près, écrivirent au mi-
nistre de la guerre la lettre suivante pour exposer la situation de la
Vendée et demander un prompt secours :
Les Sables, le 23 mars 1793
Tan 2* de la République.
Les adniinistrateurs des districts de Qiallans et des Sables,
réunis au conseil général de la commune de la dite ville et au
conunissaire du département de la Vendée,
Au citoyen ministre de la guerre.
Les administrateurs du département de la Vendée ne sont
pas maintenant à vous prévenir de Tinsurrection qui s^est ma-
nifestée les premiers Jours de ce mois dans un coin de notre
ressort, suite de celle de Machecoul. Certe nos supérieurs n'ont
pas oublié de vous en instruire et nous sommes convaincus que
(i) Cf. Histoire de la Révolution française par Louis BItnc, t. VIII, p. 191 et sut. Le
récit du soulèvement de U Vendée a été fait d'après les docomeats originaux que possède
M. Benjamin Fillon.
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SOULEVEMENT DE LA VENDÉE 2g
ces ravages ont fait le principal objet de la correspondance des
commissaires de la Convention départis dans ce département.
Le feu de cette insurrection allumé sur les limites du dé-
partement de la Loire inférieure a percé dans celui de la Ven-
dée. Nous avons fait tous nos efforts pour Téteindre, mais en
vain. L^incendie en fort peu de temps a fait des progrès rapides
et désastreux, elle embrase maintenant tout le département.
Nos malheurs sont incalculables ; nous avons à regreter et en
grand nombre des hommes utiles devenus les victimes des
poignards éguisés par le fanatisme religieux et nobilier : k
souvenir nous déchire le cœur.
Vous peindre notre position présente est pour le salut de la
République un tableau indispensable. Vingt cinq lieues de
côtes sont occupés par plusieurs hordes de brigands. Dans cette
étendue sont pluzieurs petits ports intéressants, tels que ceux
de Fromantine et Saint-Gilles sur Vie, soit pour se préparer
une fuite ou donner l'entrée aux émigrés ou tout autre ennemi
de la patrie. Nous ne doutons nullement que la ville des Sables
ne soit l'objet de convoitise des insurgés; sa position favorise-
rait on ne peut mieux leurs projets ; son port une fois à leur
possession deviendrait à l'instar des isles de Jersey et Gueme-
sey Tassemblage des corsaires qui seroient dans le cas d^inter-
cepter tout le commerce du golfe de Gascc^e ; cette place, avec
des fortifications, est un azile à se maintenu- long temps, il n'y
a que le bombardement qui pourait aisément débusquer Ten-
nemi.
Qtoyen ministre, depuis vingt jours nous sommes en guerre;
abandonné à nous-même, sans armes, sans munitions et pres-
que sans forces, à la rézerve de cinq cents hommes de Tisle de
Rhé qui ont eu la générosité de voler à notre secours et qui
font notre prindpalle défense, il est difficile de sortir de Tétat
d'esclavage où nous nous trouvons ; touttes communications
avec Nantes, Challans, Machecoul et Fontenay, nous sont
couppées^ et sans espoir de pouvoir les ouvrir, si nous ne
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30 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
sommes promptement secourus. Enveloppés de dnq i six
armées de ces scélérats composées d'émigrés, de prêtres dé-
portés, d'aristocrates du pays et des paysans égarés, présentent
une force formidable tant par le nombre que par des retran-
chements; Timpossibilité où nous sommes de pouvoir les attar
quer nous fait craindre que la famine n'augmente le poid de
nos malheurs.
Nous nous dispenserons de vous fatiguer les oreilles du rédt
des atrocités et des actes de brigandages qu'ont exercés ces
monstres sur les patriotes des contrées qu'ils ont conquises. La
vie des femmes et des enfants en bas âge n'a pas été respectée.
Qtoyen ministre, nous avons juré de vivre libre ou mourir.
Cette devise est bien gravée dans nos cœurs, mais avec le peu
de forces que nous avons dans nos murs, nous voyons avec la
plus vive douleur ne pouvoir résister long temps.
Nous vous le répétons, la conquête entière de ce riche dé-
partement dépend presque dans la ville que nous défendons.
Venés promptement à notre secours ; le péril est imminent.
Gourdon. — Benoist, — Robert, administrateur des Sables.
— Miourain, vice-président du district de Challans. — Merlet,
administrateur de Challans. — Bermond, administrateur des
Sables. — Merland, premier S3nidic de Challans. — Merle-
reau (?), administrateur des Sables. — Biret, premier syndic
des Sables. — P. Gaudin jeune, maire des Sables. — ChevaJ-
lereau, officier municipal. -^ Gillet (?), commissaire du dépar-
tement.
Le 29 mars, vendredi de la semaine sainte, dix mille paysans vendéens
vinrent attaquer les Sables et bombardèrent la ville à boulets rouges.
Les Sablais se défendirent vigoureusement, et, profitant du désordre
causé parmi les assi^eants par Texplosion de deux barils de poudre,
sortirent de la place et mirent en fuite les paysans, après en avoir mas-
sacré un grand nombre (i).
(i) Cf. Louis Blanc, qui a raconté ces faits d'après tes Mémoires manuscrits de Mercier
du Rocher, qoi sont entre les mains de M. Benjamin Fillon.
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ENTRÉE DE CHARLES V A SAINT-DENIS
Mai i364
Les obsèques du roi Jean ayant eu lieu à Saint-Denis le 7 mai 1 364^
Charles V se rendit à Reims où il fut couronné le 19 mai avec sa
femme ; puis il revint à Paris, en s'arrêtant à Saint-Denis. La quittance
suivante (i) témoigne de la somme payée pour élargir et mettre en état
la porte principale de Féglise de Saint- Denis par où le Roi fit son entrée.
Mathieu Brunen, maçon, demeurant à Saint Denis en France,
confesse avoir eu et receu de honorable homme et sage maistre
Edouart Tadelin, paieur des euvres de l'entrée de l'église Saint
Denis par où le Roy est entrez, sezc frans d'or du coing du roy
Jehan nostre sire que Dieux absoille, pour despecier Pentrée
de la maistre porte de la dicte église par où le Roy est entrez
au venir de son sacre et pour le reflFaire et mectre à point. De
la quele sonmie ledit Mahieu se tient pour content et à bien
paiez, etc., quîcte de ce le Roy nostre sire et le dit maistre
Edouart et tous autres, etc., et promet non venir contre, etc.,
tous, etc., obligeant, etc. Fait Tan mil ccc lxhii le samedi
premier jour de juing.
Ph. Duvivier.
(t) BibJ. nat., quittances, t. XV, pièce 18*
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LE CARDINAL DE RICHEUEU
Acte par lequel Georges de Brancas, marquis de Villars, vend au
Roi, représenté par le cardinal de Richelieu, surintendant-général de la
navigation, un vaisseau appelé le Bon Secours, moyennant 6000 livres
tournois. Voici le texte de ce document :
Fut présent en sa personne messire Georges de Brancàs^
chevalier, marquis de Villars, lieutenant-général pour sa
Majesté au gouvernement de Normandie, estant de présent à
Paris logé es faulxbourgs Saint-Honoré parroisse Saint-Roch,
lequel a recongneu et confessé volontairement avoir vendu^
quicté et délaissé, vend, quicte et délaisse par ces présentes au
Roy nostre souverain seigneur^ le acceptant par Monseigneur
Tillustrissime et révérendissime Cardinal de Richelieu, grand
maistre, chef et surintendant général de la navigation et com-
merce de France, gouverneur pour Sa Majesté de la ville du
Havre de Grâce, en vertu du pouvoir à luy donné par sa dicte
Majesté en date de (i), à ce présent et acceptant,
ung vaisseau appelle le bon secours, du port de deux cens ton-
neaux ou environ, garny de ses cables, voilles, ancres et autres
apparaux, mousquets, picques, avec six canons de fer couUé,
servans au dict vaisseau, que le dict seigneur de Villars pro-
mea fournir et livrer es mains de Monsieur le G>mmandeur
de La Porte en la présence du contrôleur général de la marine
ou son commis dans six sepmaines prochaines, dont sera faict
inventaire lors de la dicte délivrance pour en faire et disposer
(i) La date est restée en blanc.
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LE CARDINAL DE KICHELIEU
33
F
1
4
•^
II
TOME m.
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34 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
par sa dicte Majesté ainsy que bon luy semblera. Geste vente
faicte moyennant la somme de six mil livres tournois que mon
dict seigneur Cardinal en promect faire payer comptant au dict
seigneur de Villars par le trésorier de la marine de Ponant de
présent en exercice, promettant, obligeant^ remettant, etc.
Faia et passé par mon dict seigneur Cardinal avant midy Tan
mil six cent vingt sept le vingt neufviesme jour d'avril en son
hostel et par le dict seigneur de Villars en son hostel le vingt
ung* may ensuivant au dit an.
Armand Card. de Richelieu.
George de Branquas.
Ogier. De Beauvais.
Par quictance passée par devant Ogier &t De Beauvais, Tun
des notaires soubzsignez, le vingt neufiesme juillet uvi^ vingt
sept, apert noble homme André Patelé, cy devant trésorier de
la marine de Ponant, avoir payé à M'* Georges de Branquas,
marquis de Villars, les six mil livres tournois que monseigneur
le cardinal de Richelieu luy avoit promis faire payer par le
trésorier de la marine pour le vaisseau du bon secours men-
tionné au marché cy dessus et délivré par escript, laquelle
quiaance aux fins du présent escript a esté représentée aux
notaires soubzsignez par le dia s' Patelé ce jourdhuy premier
mars mil six cens trente trois et à luy à Tinstant rendue.
Patelé.
Morel. De Beauvais,
Nous reproduisons en fec-simile les signatures du cardinal de Riche-
lieu et du marquis de Villars, ainsi que deux renvois paraphés par le
cardinal.
Cette pièce m'est communiquée par Monsieur le Marquis de Ju-
milhac.
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CONCESSION DE PLACE DU BANC D 'ŒUVRE
DANS l'ÉGUSE saint- PAUL A PARIS
1706
Nous Marguillicrs de Tœuvre et fabrique de l'église Saint-
Paul à Paris, ayant égard à ce qui nous a été représenté par
Monsieur Delpéche, conseiller secrétaire du Roy, receveur
générai des finances d'Auvergne et fermier général de Sa Ma-
jesté, que Monsieur le Marquis de CaiUy luy a le dix-huit juillet
dernier ceddé et délaissé la jouissance d'un ban à quatre places
du costé de l'œuvre numéroté 2, 3, 4 et 5, et qui avoit esté
conceddé audit sieur de Cailly par nos prédécesseurs mar-
guilliers, veu la concession dudit sieur marquis de Cailly, avons
conceddé et accordé, conceddons et accordons par ces présentes
à mondit sieur Delpech ledit banc pour en jouir pour luy et
Messieurs ses enfans tant et si longuement qu'ils demeureront
sur laditte parroisse, tout ainsy que ledit sieur marquis de
Cailly en a jouy ou deub jouir, en considération de quoy
Monsieur Delpesche a fait présent à l'oeuvre de la somme de
deux cents livres, laquelle a esté mise ès-mains de M. Geoffroy
faisant la recepte, et outre à la charge de payer six livres de re-
devance par chacun an audit œuvre, dont le premier payement
échera au dernier décembre prochain. En foy de quoy nous
avons signé ces présentes et fait mètre et apposer le scel des
armes de laditte église. Fait au bureau dudit œuvre le
quatorzième jour de septembre mil sept cent six.
Suaire.
Le Mar^ de Boufflers. Noblet.
Geoftoy.
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JEAN LEMAIRE DE BELGES
Jean Lemaire (ij naquit à Bavai, dans le Hainaut, vers 1473 (a). Il
était neveu de Jean Molinet (3), qui fut à la fois son précepteur et son
protecteur (4]. En 1498 il habiuit Villefranche en Beaujolais comme
« clerc des finances au service du Roi et de Monseigneur le bon duc
Pierre de Bourbon (5) ». Cest à la louange de ce prince, mort le
8 octobre i5o3, qu'il composa, Tannée suivante, son premier livre.
Le Temple d'Honneur et de Vertus (6). Lemaire fut quelque temps
précepteur des enjoints d*un gentilhomme bourguignon, M. de Balleurre,
puis devint secrétaire de Louis de Luxembourg, comte de Ligny; ce
seigneur mourut le 3i décembre i5o3, et Lemaire entra au service
de Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien I**", par la
protection de son oncle, alors bibliothécaire de cette princesse (7]. 11
portait le titre d'indiciaire et historiographe; Molinet étant mort en
i5o7, Lemaire lui succéda dans la charge de bibliothécaire. Cest en
(i) Cest rortbographe adoptée par Lemaire dans ses lettres. Dans Its ouvrages imprimés
800 nom est écrit Le Maire oa le Maire.
(a) Daos la dédicace de ses Illustrations de Gaule Lemaire dit qvH a commencé ce Uvre
en i5oo, à l'âge de 37 ans environ.
(3) Les prénoms de Molinet et ^ Lemaire étant semblables, il est probable que Lemaire
était le filleul de son oncle.
(4) Lemaire prend le titre de disciple de Molinet dans son premier ouvrage, Le TempU
d'Honneur et de Vertus,
(5) Pierre de Beanjeu, mari d*Anne de France, fille de Louis XL II était duc de Bourboo
depuis la mort de son frire Jean 11 (i«r avril 1488).
(6) Cf. la description de ce volume dans le Manuel du Libraire de Brunet
(7) Cf., pour les deuils biographiques, Recherches sur la pie et les ouvrages de Jean
Le Maire par l'abbé Sallier {Mémoires de l^ Académie des Inscriptions, t. XIII, p. 593), et
Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, de la
principauté de Liège, et de quelques contrées voisines (par Paquot); Lonviin. 1765» 3 toI.
in-fol., 1. 1, p. 331.
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JEAN LEMAIRE DE BELGES ij
cette qualité qu'il écrivit (i) la lettre suivante à Marguerite d'Autriche
avec cette suscription : « A Madame, ma très redoubtée dame » (2).
Madame, depuis peu de jours en ça Mons"" m" Loys Baran-
gier vous fit requeste pour moy que vostre bon plaisir fiist me
donner doresenavant mon séjour ordinaire, provision et rési-
dence en vostre conté de Bourgoigne et mesmement en vostre
ville de Dole, à cause de Testude et université, laquelle re-
queste il vous a pieu me ottroyer, comme ledit s' m'a dit, dont
Je vous mercije le plus humblement que faire puis, vous sup-
pliant, Madame,^ que vostre bon plaisir soit le confermer et
ratiflBjer par ordonnance expresse, estât et appoinctement sur
ce, tel qu'il vous plaira et par voz lettres patentes.
Mais afiSn, Madame, que vostre excellence entende plus à
plain les causes motifves de madicte requeste, lesquelles par
aventure pourroient estre interprétées sinistrement et souspe-
çonnées d'inconstance, plaise vous les entendre benignement par
ceste escripture, laquelle m'est plus ydoine (3) que le parler.
Madame, feu monseigneur de Ligny, mon maistre, que Dieu
par sa grâce absoille, de son propre mouvement avoit assigné
mon lieu, avec estât compétent et prommesse de la première
prébende vacante, en sa ville de Ligny, disant que le repos
m'estoit nécessaire pour mieubc labourer (4), et le bruit conti-
nuel de court contraire.
A l'exemple de quoy. Madame, tantost après que je fuz venu
en vostre service, pour la première supplication que je vous
feiz, ce fut d'avoir mon séjour en quelque lieu solitaire, et vous
le m'accordastes en la ville d' Annessy en Savoie. Pareillement
au premier voyaige d'AUemaigne je le demanday à Besen-
son, et depuis que fustes de retour par deçà je vous fiz requeste
de mesmes pour me tenir à Louvain, à cause de l'université.
(i) La lettre est sans date, mais elle doit être de peu antérieure i la première édition des
Rhtstrations de Gaule qui fut imprimée à Lyon en iSog.
(3) Je possède actoeilement l'original de cette pièce.
PI Du ktin idaueus, coorenable.
M TwvMOcr, de tabarare.
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38 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Mais puis que ces choses n'ont point sorty leur efifect, se je re-
quiers présentement ma résidence finalle en vostre pays de
Bourgoigne, plaise vous non le imputa à la légiéreté maïs i
vraye raison fondée en expérience.
Car, Madame, j'ay expérimenté que la manière de vivre de
par deçà me seroit trop reculant mon estude et tn^ plus cous-
tengeuse (i) que mon estât ne le sçauroit porter.
Oultre plus, Madame, j'ay trouvé pour certain que nul n'est
prophète en son pays, car, comme il appert, j'ay receu par
deçà trop de malheurs, oultraiges, envies et scandales, i la
grand dampnation de ceulx qui les ont faulsement controuvez,
lesquelz sont si très lasches que ce qu'ilz disent en mon absence,
oncques n'en osèrent sonner mot en ma présence, combien que
je me soye offert à toute espreuve et aye procédé contre eulz
par voye juridicque, et néantmoins j*ay bien cogneu que par
longue et fréquente détraction de mesc^sans on peut bien estre
esloigné de benivolence.
Là où au contraire, es marches drconvoisines de Boui^oigne,
c'est assavoir Lyonnois et Bourbonnois, où ma petitesse s'est
premièrement eslevée (2), j'ay toujours trouvé amisdé, crédit,
faveur, recueil et humanité, autant ou plus que nul autre jeune
estrangier, conme scevent pluiseurs gens de bien de vostre
maison, voire et telle renommée et estimation, ce que sans van-
tise je puis dire, que de toutes choses venans de ma main,
mesmes faisans à vostre louenge et à leur désavantaige, ilz en
font sans comparaison plus grand feste que ceulx de par deçà,
excepté ceulx de vostre maison, et en ont ou désirent avoir les
doubles, ou par escript, ou par impression, tant es cours de
leurs princes comme ailleurs; laquelle chose me donne tous-
jours couraige de mieulx faire, car, comme on dit en proverbe
latin : Honneur nourrit les sciences, et sont les hommes espris
de bien faire pour avoir renommée.
(I) Coûteuse.
(3) Lemaire tTait été clerc da dac de Boorboo à ViUefrancbe en Benfctais.
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JBAN LEMÂIRE DE BELGES Sg
Parquoy, Madame, ce n'est pas merveille se j'ay plus grand
apparence de demander ma retraicte en vostre pays de Bour-
goigne que ailleurs. Joinct à ce que, oultre toutes les chose
dessus diaes, vous ferez euvre méritoire envers Dieu, car du
bien que vous me faictes. Madame, j^en fay pardcipans deux
petiz nepveux de bon esperit que j'ay recueilliz et que je tiens à
TescoUe à mes despens, délaissez comme orphenins de mon
frère aisné, leur oncle, lequel est derrenièrement mort bon
gentdarme en vostre service en la guerre de Gheldres, soubz la
charge deMons' d'Aymeries (i), lesquelz deux jeunes enfans et
leurs povres parentz prieront Dieu tousjours pour vostre bonne
santé et prospérité.
Et afiBn, Madame, que vostre bénignité entende quelz eu-
vres j'ay en main commencées mais imparfaiaes par faulte de
séjour, toutes intitulées à vostre haultesse, et dont vous avez
veu les aucunes mais les autres non, j'en ay icy noté les tiltres :
Le deuxiesme livre de la couronne margariticque, lequel est
tout minuté; ne reste que le mettre au net
Les trois livres des singularitez de Troye, qui sont à corriger
et parfaire, lesquelz j'espère de brief, s'il vous plet, faire im-
primer à Lyon, car tout le monde les demande.
La forte haye du vergier, qui sera la première expédiée, se
Dieu plet.
L'abrégé de voz cronicques et continuation d'icelles, qui ne
se peut faire synon par temps.
Ce sont les choses prindpalles qui désirent la première expé-
dition.
Et oultre plus autres choses qui s'ensuivent si comme :
Le commencement du palaix d'honneur, lequel est de vostre
propre invention et primitive ordonnance et que premier me
commandastes à Thurin, lequel je feray venir cy après au pro-
pos de la couronne margariticque.
{i) Louis de RoUin, seigneur d'Aymeries. (Cf. Correspondance de l'empereur Maximi-
lienh* et de Marguerite d'Autriche, publ. par Le Glay, 1. 1, p. a.)
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JEAN LEMAIRE DE BELGES 4I
Ua bc mondain.
Le navigaige des Indes nouvellement trouvé, que j'ay na-
guières recueilly par plusieurs pièces en Ytalie, sans perdre
temps.
La généalogie de vostre maison depuis le temps du déluge
jusques aux princes modernes, que j'ay cueilly des meilleurs
lîbraries de chrestienté.
Toutes lesquelles choses, se Dieu me donne la grâce de les
mettre en lumière soubz Tauctorité du très heureux tiltre de
vostre nom auguste, ceulx qui viendront aprez nous vous en
rendront grâces et louenges.
A tant, ma très redoublée dame et princesse, ordonnez de
mon petit estât ce qu'il vous plaira, et vous plaise vous sou-
venir de ces quatre vers adressans à ma petitesse, lesquelz il
vous pleust une fois escripre de vostre main et dicter de vostre
noble esperit, en approuvant ma rude et simple industrie,
dont je me tins et tiendray toute ma vie pour bienheureux :
Ton escriptoire a si bonne practicque
Que si la crois sera bien estimée;
Parquoy concluz : ensuyz sa rhétoricque,
Car tu scez bien que par moy est aymée.
La première partie des Illustrations de Gaule et Singularité^ de
Troye fut imprimée à Lyon par Etienne Baland (i) : le privilège du Roi
est daté de Lyon, le 20 juillet 1 5o9 (2). A la suite se trouve le Triumphe
de V Amant ver/, en deux épîtres dans lesquelles Lemaire célèbre un
perroquet de Marguerite d'Autriche, qui mourut de chagrin d*être sé-
paré de sa maîtresse (3). C'est à l'occasion de ces épîtres que la noble
(i) Xai vainemeot cherché à U Bibliothèqae nationale la première édition décrite par Brunet,
mab fai consulté on exemplaire conservé sons le numéro La ^ 4 et qui contient les trais livres
des ttlmstrations de Gaule, imprimés par Geofiiroi de Mamef, à Paris, en i5i2 et i5i3.
(2) Bmmt dit, par erreur, 30 août. Cest à cette dernière date que forent délivrées les lettres
d'entérinement.
(3) Dans sa lettre à Jean Perréal, imprimée en tête de ses épttres, Lemaire dit : > Dont
comme je fensse proochain de mettre lin à l'impression du premier livre des Illustrations et
Singularité^, |e me suis ndvisé que ce ne serait point chose malséant ne désagréable aux
lecteurs de aussi fiûre imprimer ladicte epistre..... •
TOME ni. 6
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42 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
dame adressa au po€te le quatrain qui termine la lettre publiée d-dessos,
et qui a été imprimé après la première épitre avec cette légende : Ma
dame à l'acteur (i).
Quoique Jean Lemaire eût, en i5o7, écrit Les chansons de Namur
pour la victoire eue contre les François à Saint-Hubert d^Ardetme^ il
s'était depuis singulièrement concilié la ûiveur de la cour de France par
la première partie de ses Illustrations de Gaule, Les conseils de Jean
Perréal, premier peintre de Louis XII (2), durent agir fortement sur
Lemaire qui, pauvre, ne pouvait se passer d'un protecteur puissant et
généreux. De même qu'il avait publié, en 1 509, la Légende des Véni-
tiens^ pour célébrer la ligue de Cambrai conclue par Marguerite d'Au-
triche, il fit, en 1 5 1 1 , à l'instigation de Louis XII, un traité de la diffé-
rence des schismes et des conciles de VÉglise dirigé contre le pape
Jules II, alors en guerre avec le Roi de France. En même temps, sa
très-redoutée dame lui faisait surveiller, â Bourg, la construction de
l'église de Brou (3). Chargé de choisir V albâtre destiné à cet édifice,
Lemaire le fit tirer de la perrière de Saint-Louthain, qui avait fourni
les marbres employés à la sépulture des ducs de Bourgogne à Dijon (4) ;
mais il essuya, à ce propos, d'acerbes critiques et eut à se plaindre des
religieux du prieuré voisin. Ces ennuis, non moins que la considération
dont il jouissait à la cour de France, déterminèrent Lemaire à accepter
(i) Là Bibliothèqae nttiooale possède une édition originale dn Triumpke de rmmant wert
(La ^ 1) qui n>st pas mentionnée par Bronet. C'est un in-4 de is ff. non chiffrés, sîg. d.-^. ;
il conunence par une lettre de l'auteur • Jan Le Maire de Belges^ tresbumble disciple et
Içingtain imitateur des meilleurs Indiciaires et historiographes an sien tressingulier patron et
protecteur Maistre Jehan* Perreal de Paris, Painctre et varlet de chambre ordinaire dn Roy
treschrestien >, datée de Lyon, i*' mars iSio. Puis vient le titre : ■ Seosait la piemfcic
epistre de l'amant vert A Madame Marguerite Auguste •. On lit au 5« feuillet I« quatrain <le
Marguerite d'Autriche ; au verso commence la seconde épttre. Au ia« feuillet (recto) est la
marque de l'imprimeur avec cette mention :
I Imprime a Lyon | par Estienne Baland Imprimeur de ladicte cite demonrant on lien dit
Paradis | entre la grand Rue du pont de Rbone et de Nostre Dame de Confort.
« Et se vendent andit Heu.
« Et chez maistre Jehan Richier de Paris Rhetoriciicn En la Grad Rne de saint Jehan Près
de Porte Froc douant le Faulcon. Et en Rue Mercière près du maillet Dargent. •
(3) Dans la lettre imprimée en tfte du Triumphe de Vamant vert Lemaire dit à Jean
Perréal : t Tout ce peu et tant que j'ay de bien procède de ton amistié, benivolence et avan-
oement. » Il recommanda son protecteur à Marguerite d'Autriche pour la décoratioo de
l'église de Brou (lettre du 30 novembre i5io citée pins loin).
(3) Marguerite d'Autriche, veuve dès 1 504 de Philibert le Beau, duc de Savme, fit élever
cette admirable église pour accomplir un voeu de sa beUe-mère Marguerite de Bourbon.
(4) Lettre de Lemaire de Belges i Marguerite d'Autriche, écrite de Bourg le so novembce
i5io (vente du 36 avril 1S75).
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JEAN LEMAIRE DE BELGES 43
la charge d'indiciaire et d'historiographe de la reine Anne de Bretagne.
Dès novembre 1 5 1 1 il était à Tours, correspondant toutefois encore
avec son ancienne maîtresse ( i ). Mais si le premier livre des Illustrations
de Gaule avait paru sous les auspices de Marguerite d'Autriche, le se-
cond livre, imprimé à Paris en août i5ia sur les presses de Geoffroi de
Marnef, fut dédié à Madame Claude, fille de sa nouvelle souveraine. Le
troisième livre parut en juillet 1 5 1 3 sous ce titre : « Le tiers livre des
Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye intitulé nouvellement
de France Orientale et Occidentale. » C'était un titre plus conforme à la
condition présente de Tauteur qui mettait cette fois son œuvre sous la
protection de la reine Anne.
Il semble qu'après cet ouvrage Lemaire se reposa. De tous les autres
livres qu'il avait projetés et que mentionne sa lettre publiée plus haut,
la Couronne Margaritique seule, retrouvée en manuscrit, après la mort
de l'écrivain, par un de ses élèves, Claude de Saint-Julien, seigneur de
Balleurre, fut publiée en 1 549 (2) sous ce titre : « La Couronne Marga-
ritique, composée par Jean le Maire, Indiciaire et Historiographe de
Madame Marguerite d^Austriche et de Bourgongne, Duchesse de Savoye,
Dame de Bresse, etc. » Cest un recueil en vers et en prose qui se ter-
mine par ce quatrain :
Et quant à moy qui, certes bien confesse
Que mes escrits, sont trop mal compassez
Pour illustrer si hautaine noblesse,
Pardonnez moy, car i'ay de pev assez.
De peu assej, teUe était la devise de Jean Lemaire qui avait inscrit
sur le blason placé en tête de ses Illustrations de Gaule : « Si non utile
est quod/acimus stulta est gloria. »
Sous François I»', Lemaire tomba dans une obscurité telle qu'on
ignore la date de sa mort
(1) Œ trois lettres de Lemtire de Belges adressées en i5ii et i5i3 à Marguerite d*Aa-
trkbe et à Loais Btrangier (Le Gliy, AnaUcUs historiques; Paris, Téchener, i838, in-8.
p. 9 et %xàw.},
{3) Les Illustrations de Gaule et Singularité^ de Troye par maistre Jean le Maire
de Belges. Avec la Couronne Margaritique, et plusieurs autres œuvres de luy^ non
jamais encore imprimées. Le tout reveu et fidèlement restitué par maistre Antoine du
Moulin MasconnaiSf Valet de chambre de la Royne de Navarre ; Lyon, Jeao de Tournes,
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CHARLES SECONDAT DE MONTESQUIEU
M. Louis Dangeau, auteur de la Bibliographie de Montesquieu^ vient
de trouver dans les registres de la paroisse de Saint-Michel, à Bordeaux,
Tacte de mariage du grand écrivain. Je dois à son obligeance de ûdre
part aux lettrés de cette découverte, en publiant le texte de ce docu-
ment qu'avaient vainement cherché les biographes de Montesquieu.
Le 3o avril 171 5, après la cérémonie des fiançailles et la
publication de 2 bans faite par deux diversions de dinian-
ches ou fêtes commandées, sans avoir découvert aucun en^)ê-
chement civil ou canonique reconnu, vu la dispense du 3*,
en date du 3o' avril, signée Bensemens, vicaire général, ont
reçu la bénédiction nuptiale messire Charies Secondât de Mon-
tesquieu, chevalier, seigneur baron de La Brède, conseiller au
pariement, habitant de la paroisse de Saint-Mexant, d^une
part; et demoiselle Jeanne Lartigue, de cette paroisse, de
l'autre.
Ledit mariage fait en présence du sieur Antoine Brocad,
écuyer, colonel général des Costes, M^*^ Estienne Brossier,
m^ tailleur, habitant de la paroisse S^* Eulalie, témoins à ce
requis qui ont signé, excepté le dit Brossié :
Secondât de Montesquieu, époux ;
Janne Lartigue, etpouse ;
Moreau ;
A. Brocad et Grimaud curé de Seause.
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PRIEURÉ DE SAINT-GILLES DE DUN
1243
Charte réglant le débat qui s'est élevé, devant Tofficial de Tarchidiacre
de l'église de Reims, entre le prieur de Saint-Gilles de Dun et un prêtre
deDun (i}. Le prêtre est condamné à une redevance annuelle de dix sous
forts envers le dit prieur.
L'acte est passé la veille de Saint-Gilles, c'est-à-dire le 3i août (a).
Jacobùs, decanus Christianitatis de Landres (3), et Thomas,
clericus, patronus de Montigneio(4), universis présentes litteras
visuris salutem in domino. Noverint universi quod cum dis-
cordia moveretur coram magistro Ade, officiali magistri H.,
Remencis ecclesie archidiaconi, inter G., priorem Sancti Egidii
de Duno, ex una parte, et Johannem, presbiterum de Duno, ex
altéra, super eo quoddictus prior petebat a diao J.,presbitero,
decem solidos yeterum Cathalaunensium pro capella de Duno,
et super eo quod dictus J., presbiter, a memoratopriore petebat
duos solidos veterum Cathalaunensium in precipuis festivita-
tibus anni, videlicet Natali domini^ Pasca, Penthecoste. Cum
non redderet dictus prior eîdempresbitero nisi duos solidos Pa-
risiensium veterum, tandem de bonorum virorum cuncilio et
licentia Curie in nos duos cumpromiserunt. Nos autem, veri-
(1) Don-flor-Meose^ dans le duché de Bar. (Cf. Dict. géogr, de Bnuen de La Martioière )
(2) L'original de cette pièce fait partie de ma collection de chartes.
(3) n 7 a on village de ce nom dans le pays Messin. — (4) Montigny, près de Don.
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46 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
tate diligentius inquisita, ita pronuntiavimus quod dictus pres-
biter tenetur reddere annuatim, octo diebus ante Nadvitatem
domini, domui bead Egidii de Duno, decem solidos fordum»
cum istud idem prior cuntra prefatum presbitenim per legi-
timos testes probaverit, et in hoc dictum J., presbitenim, cum-
dampnavimus. Pronunciavimus insuper quod dictus presbiter
débet habere duos solidos dictos de eadem moneta dequa cum-
muniter obladones in altari persolvuntur, maxime in prellbatis
fesdvitadbus. In eu jus rei tesdmonium sigilla nostra presendbus
litteris apposuimus. Datum anno domini M^ CC^ quadragesimo
terdo mense augusto, in vigilia bead Egidii.
Jacques, doyen de la Chrétienté de Landres, et Thomas, clerc, patron
de Mondgny, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut dans le
Seigneur. Sachent tous que comme débat était mû par devant maître
Ade, officiai de maître H., archidiacre de l'église de Reims, entre G. ,
prieur de Saint-Gilles de Dun, d*une part, et Jean, prêtre de Dun,
d'autre, sur ce que le dit prieur réclamait du dit Jean, prêtre, dix sous
vieux de Chalons pour la chapelle de Dun, et sur ce que le dit Jean,
prêtre, réclamait du dit prieur deux sous vieux de Chalons aux fêtes
principales, à savoir Noël, Pâques, Pentecôte. Comme le dit prieur ne
payait au dit prêtre que deux sous vieux Parisis, enfin sur le conseil
de prud'hommes et la permission de la Cour, ils firent devant nous deux
un compromis. Mais nous, ayant recherché plus diligemment la vérité,
nous avons ainsi prononcé que le dit prêtre est tenu de rendre annuel-
lement, huit jours avant la nativité du Seigneur, à Téglise de Saint-
Gilles de Dun, dix sous forts, comme le dit prieur contre le dit prêtre
par légitimes témoins Ta prouvé, et en ce avons condamné le dit Jean,
prêtre. De plus nous avons prononcé que le dit prêtre doit recevoir les
deux sous dits de la même monnaie dont communément les offrandes
sur l'autel sont payées, surtout dans les susdites fêtes. En témoin de quoi
nous avons apposé nos sceaux aux présentes lettres. Donné Tan du Sei-
gneur 1243, au mois d'août, la veille de Saint-Gilles.
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LA GUILLOTINE
CORRESPONDANCE ET INSTRUCTIONS DU DOCTEUR LOUIS.
GUILLOTIN. — ARTICLE DE POTION.
TABATIÈRE A LA GUILLOTINE.
L'Assemblée constituante, héritière des principes philosophiques et
humanitaires des Encyclopédistes, prit à tâche de réformer l'ancienne
l^islation criminelle et ses pénalités horribles qui avaient si souvent
soulevé rindignation publique. Un député de Paris, le docteur Ignace
Guillotin, proposa, dans la séance du lo octobre 1789, de réduire les
divers supplices à un seul, la décapitation qui, jusqu'alors réservée
aux nobles, n'entraînait pas Tinfamie. Il exprima aussi le vœu qu'on
substituât à la décapitation par la hache une machine à décoller qui,
rendant le supplice plus sûr et plus rapide, abrégerait les souflfrances
du condamné. Cette motion essentiellement humanitaire fut renvoyée à
la discussion du Code criminel, mais l'Assemblée décréta, dès le ■«'dé-
cembre suivant, l'égalité des peines, premier résultat obtenu par Guillotin.
En 1791, conformément à la proposition de ce dernier, on inscrivit
dans Tarticle 3 du titre I*' du Code pénal que tout condamné à la peine
de mort aurait la tête tranchée : puis on s'occupa de la construction
d'une machine; le docteur Antoine Louis (i), secrétaire perpétuel de
l'Académie de chirurgie, consulté par le conûté de législation, fit son
rapport le 7 mars 1792 et indiqua les moyens usités en Angleterre (2).
Une correspondance active fut échangée à ce sujet entre Louis, Roede-
rer, procureur-syndic du directoire du département de Paris, et le mi-
(1) Antoine Loois, né à Metz le i3 février 1733, était partisan de la décapitation, parce
qu'il la considérait comme le mode le plus prompt de supprimer la rie. Il avait, en 1747,
publié one Lettre sur la certitude des signes de la morty dont une nouvelle édition fat
donnée an moment même où l'anteur s'occupait de la machine à décoller.
(3) Voici le texte de ce rapport d'après une copie faite par ViUenave :
• Les difScoltés concemaat l'exécution de l'article 3 du Code pénal sont bien fondées ;
Texpérience et la raison démontrent également que le mode en usage par le passé pour tran-
dier la tête i an criminel, l'expose à un supplice plus afireux que la simple privation de la
vie suivant le vœa de la loi. L'exécution doit être faite en un instant et d'an seul coup. Les
exemples prouvent combien il est diflBdle d'y parvenir.
« Le souvenir de la décapitation de M. de Lally est récent. Il était à genoux, les yeoz
bandés : rexécuteur l'a frappé à la nuque, le coup n'a pas séparé la tête et ne pouvait le faire.
Le corps, à la chute duquel rien ne s'opposait, a été renversé en devant, et c'est par trois
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48 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
nistre des contributions publiques, Qavière (i). Un Allemand, nommé
Schmidt, focteur de pianos, vint proposer un plan de machine à dé-
coller à Louis qui recommanda Tinventeur à Roederer par la lettre
suivante (2) :
Monsieur,
Un allemand, facteur de clavecins, a cru pouvoir exercer son
ou quatre coups de tâbre que la tête a été séparée da tronc : oa a tq arec borreor cette
hacherie^ s'il est permis de se servir de ce terme.
« En Allemagne, où les exécuteurs sont plus expérimentés, par la fréquence de ces aortes
d'exécutions, principalement parce que les personnes du sexe féminin, de quelque coDditioo
qu'elles soient, ne subissent pas d'autre supplice, cependant la parfaite exécution manque
souvent, malgré l'attention de fixer le coupable assis dans un fauteuil.
• En Dannemarck, il y a deux positions et deux instrumens. L'exécution, qu*on poorrait
appeler honorifique, se fait avec sabre on coutelas. Le criminel a on bandeau sur les yeux,
il est à genoux et a les mains libres.
• Si le supplice doit porter infiimie, le coupable est cooché rar k rentre, et on lui coape la
tête avec une hache.
• Personne n'ignore que les instrumens tranchants n'ont que peu ou point d'effet lorsqullt
frappent perpendiculairement ; et, en les examinant au microscope, on voit qu'ils ne sont que
des scies plus ou moins fines, qu'il fiiut faire agir en glissant sur les parties à diviser. On ne
réussirait pas à décapiter, d'un seul coup, avec une hache on couperet dont le tranchant serait
en ligne droite; mais, avec un tranchant convexe, comme aux anciennes haches d'armes, le
coup assené n'agirait perpendiculairement qu'au milieu de la portion du cercle : mais llna-
trument en pénétrant dans la continuité des parties qu'il divise, a une action oblique en
glissant, et atteint sûrement son but.
• La structure du col dont la colonne vertébrale est le centre, composée de plusieurs oa dont
la connexion forme les enchevauchures de manière qu'il n'y a point de joint à chercher,
montre qu'il n'est pas possible d'être assuré d'une parfaite séparation en la confiant à un agent
susceptible de varier en force et en adresse par des causes morales et physiques. 11 faut
nécessairement, pour la certitude du procédé, qu'il dépende de moyens mécaniques invariablea
dont on puiise également déterminer la force et l'effet. Cest le parti qu'on a pris en Angle-
terre : le corps du criminel, fixé entre deux poteaux, est couché sur le ventre. Du haut d'une
traverse qui unit les deux poteaux on fait, au moyen d'une déclique (ou lâcher la corde
passée dans une poulie, rien de plus simple), tomber la hAche convexe dont le dos doit être
assez fort et assez lourd pour agir efficacement, comme le mouton pour enfoncer des pilotis ;
on sait que sa force augmente suivant la hauteur d'où il tombe.
• L'effet d'une pareille machine, d'une très-facile construction, est immanquable : la décapi-
tation sera faite en un Instant, suivant l'esprit et le voeu de la loi sur la peine de mort. »
(1) La correspondance de Rosicrcr et de Clavière a été publiée par Tasclwreau dans sa
Revue rétrospective (janvier i835, p. 5 et suiv.). Le» lettres du docteur Louis étaient dans
la collection de Villenave, qui les a indiquées, sans le* publier, dans l'article Guillotine de
l'Encyclopédie des gens du monde. Ces pièces et les notes de Villenave pour Varticle susdit
sont en ma possession : je publie les lettres de Louis qui sont le complément du travail de
Taschereau.
(a) Cette pièce n'est qu'en copie au dossier Villenave.
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LA GUILLOTINE 49
génie pour la machine à décoller. Je ne le connais pas, mab je
loue son industrie. Le patient ne sera ni lié, ni couché. Sa tête,
au pilori, sera tranchée d'une manière sure par une coupe
oblique. Je me &is un devoir de vous adresser ce machiniste
et un plaisir de vous assurer des sentiments respectueux dont
je suis pénétré pour vous. Monsieur.
Ce 24 mars 1 792 . Louis.
Sur Tordre du directoire Louis donna ses instructions au charpentier
ordinaire du domaine; il informa ensuite Rœderer de ses démarches tt
loi envoya le double de ses instructions (1).
A Paris, le 3o mars 1792.
Monsieur,
J'ai rempli sans perte de temps la mission que le Directoire
m'a donnée, et le jour même j'ai été m'informer de la demeure
du s' Guidon, charpentier ordinaire du domaine, et je lui ai
écrit à son domicile fauxbourg du Temple, au coin de la rue
Fontaine aux rois. Il est venu ce matin : je lui ai lu et laissé
Pinstruction que j'avois préparée et dont je joins icy copie. Il a
très bien conçu la construction de la machine. Il s'étoit fait ac-
compagner, par précaution, d'un de ses confrères, expert dans
l'art de charpenterie. Nous nous sommes parfaitement expliqués
et entendus. Le s' Guidon ira recevoir vos ordres ultérieurs et
sera porteur de mon paquet.
Je suis avec respea.
Monsieur,
(I) Lcsorigiiiaaxdi Cil plèoMfMit parti* do dotticriniltiittt.
TOME m.
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5o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Instruction donnée au s' Guidon, charpentier du
Domaine pour la construction de la machine
à décoller.
Cette machine doit être composée de plusieurs pièc» :
I* Deux montans parallèles en bois de chêne de la haut»ir
de 10 pieds, joints en haut par une traverse et montés solide-
ment sur une sole, avec des contrefiches de côté et par
derrière.
Ces deux montans seront, dans oeuvre, à un pied de dis-
tance, et auront six pouces d^épaissenr ; à la face interne de ces
montans sera une cannelure longitudinale, quarrée d^un pouce
de profondeur, pour recevoir les oreillons d'un tranchoir. A la
partie supérieure de chacun de ces montans, au-dessous de la
traverse et dans leur épaisseur^ sera placée une poulie de
cuivre.
7,^ Le tranchoir de bonne trempe, de la solidité des meilleurs
couperets, fait par un habile taillandier, coupera par sa convexité.
Cette lame tranchante aura huit pouces d'étendue transversale
et six de hauteur. Le dos de cette lame coupante sera épais
comme celui d'un^ hache ; sous ce dos seront par le forgeronr
pratiquées des ouvertures pour pouvoir, avec des cerceaux de
fer, fixer sur ce dos un poids de trente livres ou plus; si dans
les essais on trouvoit convenable de rendre plus lourde la
masse de cette espèce de mouton, ce poids sera garni d'un an-
neau de fer dans son milieu.
Le tranchoir devant glisser de haut dans les rainures des
deux montans, son dos aura un pied en travers, plus deux
oreillons quarrés d'un pouce de saillie, pour entrer dans ces
rainures.
3** Une corde assès fone et d'une longueur suffisante, passera
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LA GUILLOTINE 5l
dans Tanneau et soutiendra le tranchoir sous la traverse su-
périeure : chaque bout de cette corde sera engagé de dedans en
dehors sur la poulie correspondante, et sera arrêté extérieu-
rement vers le bas de chaque montant.
4* Le billot de bois sur lequel doit être posé le col du patient,
aura huit pouces de haut et quatre pouces d'épaisseur. Sa base
aura un pied de largeur, mesure de la distance des deux mon-
tans; une cheville amovible traversera chaque montant et
fixera de chaque côté le dit billot par sa base. La partie supé-
rieure de ce billot n'aura que huit pouces de largeur. Elle sera
creusée supérieurement d'une gouttière, pour recevoir le bord
tranchant du couperet convexe. Ainsi les rainures latérales in-
ternes des deux montans ne doivent pas s'étendre plus bas que
cette gouttière, afin que le billot ne soit pas coupé par le tran-
choir. La partie supérieure du billot sera légèrement échan-
crée pour loger à l'aise le col du patient.
5® Mais pour assujettir la tête et qu'il ne puisse la relever au
moment de l'exécution, il faut qu'un croissant de fer, en ma*
nière de fer à cheval, bien arrondi par ses bords, embrasse le
col du patient, au haut de la nuque, au niveau de la base du
crâne, où finit le cuir chevelu, et que les extrémités de ce crois-
sant assez prolongées soient percées pour être assujetti par un
boulon qui traversera la base de la partie supérieure du billot
dont l'épaisseur est de quatre pouces.
Le patient, couché sur le ventre, aura la poitrine soulevée par
ses coudes, et son col sera placé sans gêne dans l'échancrure du
billot. Toutes choses bien disposées, l'exécuteur placé derrière
ta machine pourra réunir les deux bouts de la corde qui sou-?
tient le tranchoir, et, les lâchant en même temps, cet instru-
ment tombant de haut, par son poids et l'accélération de la vi-
tesse séparera la tête du tronc, en un clin d'œil.
S'il y avait quelques erreurs dans ces détails, elles seraient
faciles à vérifier par le constructeur le moins intelligent.
Guidon demanda 5, 660 livres pour la construction de la première
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S2 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
machine, se fondant sur la difficulté de trouYer des ouvriers pour on
pareil travail réputé infiunant. Louis adressa le devis â Rœderer (t) :
A PariS) le i*' avril 1792.
Monsieur,
J'ai vu ce matin le s' Guidon, charpentier, chargé de la
fourniture des bois de justice, titre que portent ses provisions,
qui m'a donné connoissance du devb de la machine pour déca*
piter. Vous serés peut-être effrayé du prix qu'il demande pour
sa construction : il estime qu'elle pourra durer 5o ans et que,
d'après son modèle, la construction des autres pourra ne coûter
que de 12 à iSoo^- Il m'a démontré que les ouvriers qu'il em-
ployé étoient, par un absurde préjugé mais difficile i détruire,
des espèces de proscrits, qu il lui falloit payer exorbitamment
et qui ne trouveroient pas d'ouvrage dans un autre attellier de
charpeqterie, qu'il étoit obligé à entretenir chevaux, voitures et
manœuvres, pour dresser et enlever à chaque exécution les
échaffauds. Dans ce prix il comprend les escaliers, enceinte, etc.
Il croit que les coulisses doivent être garnies en cuivre;
enfin il a bien saisi le plan et senti les avantages de la con*
struction la plus soignée.
Je suis avec respect.
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Louis.
Rœderer transmit la lettre de Louis et le devis au ministre des con-
tributions publiques qui n'accepta pas le prix fixé par Guidon (2).
Schmidt fut chargé de la construction de la machine, moyennant
824 livres^ et Louis prépara les expériences, ainsi qu'il le fit savoir par
la lettre suivante (3) : "*
A Paris, le 12 avril 1792.
Monsieur,
Pendant que le s' Schmitts, faaeur d^instrumens de musique,
{i) Original dn dottier Villenave.
(i) Cf. lettres de Roederer du 5 lyril 179a et de Clt?i4K du 9 tvril 1799 {Repue réfrot-
pective,p. 11),
(3) Origiotl du dowier VilltntTe.
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LA GUILLOTINE 53
s'occupp<»t SOUS VOS (ordres de la construction de cehiiqui a une
toute autre destination, je ne perdois pas de vue le voeu général
pour la plus prompte fabrication de cette madiine. J'aip^révenu
le chirurgien de Bicetre dont je vous envoyé la réponse qui
prouve son zèle pour la chose publique. Le mécanicien vient
de me dire que l'expérience peut avoir lieu mardi prochain.
Elle doit avoir un témoin nécessaire, celui qui doit opérer pu-
bliquement et en réalité. Ainsi, Monsieur, il faut enjoindre par
un ordre précis à l'exécuteur de se transporter mardi prochain
àdix heuresdu matin au château de Bicetre où je me trouverai
pour dresser procès-verbal de l'expérience. Il demandera
H' CuUerier, chirurgien principal de cette maison.
Je suis avec respect,
Monsiwr,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur
Louis.
L'expérience eut lieu â Bicetre devant l'exécuteur des hautes-œuvres
Sanson; elle réussit parfiiitement, ainsi que Louis s'empressa de l'an-
noncer a Rœderer par sa lettre du 19 avril (1).
A Paris» le 19 avril 1790.
Monsieur,
Les expériences de la machine du s' Schmitt ont été faites,
mardi, à Bioètre sur trois cadavres qu^elle a décapités si net*
temeot, qu'on a été étonné de la force et de la célérité de son
action. Les fonctions de l'exécuteur se borneront i pousser la
bascule qui permet la chute du mouton portant le trang^v^
après que ses valets auront lié le criminel et l'auront mis en
situation. C'est de la boime trempe de l'instrument coiqpant
que dépendra, la sûreté de l'opération.
Je pense qu'il serdt utile qu'il fut construit, pour tous les dé-
partemens, sous la direction du s' Schmitt, son ingénieux in«
venteur : car on trouvera partout des charpentiers pour le
(I) Copie du àoêiier VaieotTt.
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54 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
reste, d'après les dessins et les proportions qu'ils indique-
ront.
Monsieur Moreau, juge du second tribunal criminel^ m'avok
dépêché à Bicétre un de ses greffiers, pour savoir de nioi quand
la machine pourroit servir en réalité. Le charpentier ordinaire
du Domaine étoit présent aux expériences avec Texécuteur, ses
deux frères et son fils. Ils n'ont trouvé aucune difficulté à
prêter leur triste ministère dès le lendemain. Mais k charpen-
tier a observé que Téchafaud devoît avoir une construction plus
solide qu'à Tordinaire, et que la première exécution ne pour«
roit être faite avant lundi. .
Le greffier du tribunal a porté ma réponse à Monsieur Mo-
reau, et j'avois pensé que vous seriez infcumé par lui de ce qui
s'étoit passé.
Je suis avec respect, Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Louis.
Le 23 avhl, en effet, la machine de Schmidt fonctionna pour la
première fois en place de Grève pour trancher la tête d^un voleur de
grands chemins, nommé Pelletier. Ce jour même Rooderer, prévoyant
que cette exécution attirerait une foule de curieux, pria Laiayette d'or-
donner aux gendarmes de veiller à ce qu'on ne fît aucune dégradation
à la machine (i).
Dès longtemps, à vrai dire, le mode de décapitation adopté par l'As-
semblée nationale était connu et employé. On voit une machine à dé-
coller représentée sur une gravure au xy« siècle, et c'est une doloire
glissant entre deux poteaux de bois qui décapita, dans la cour du Capi-
tôle de Toulouse, le maréchal Henri II de Montmorency (2). Cepen-
diEmt ce mode d'exécution était rarement appliqué, tandis que la ma-
chine inventée par Schmidt, mieux construite et pl^s pratique que les
anciennes, remplaça désormais tous les autres supplices. Un dessin du
temps (3) donne le plap du nouvel (instrument. Il a été publié en 1843
' (i) Revue rétrospective, p. ao.
(s) a. Guillotin et la guillotine par le D' Cbereau; Paris, 1870, in-8.
(3) Ce desaia était resté inédit jusqu*à la publicatioD de M. Du Bois.
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LA GUILLOTINE
55
A. Poteaux. — B. Traverse. — C. Hache convexe du poids d'un
quintal, attachée par deux anneaux, et qui tombe en glissant entre
deux rainures. — D. Les deux rainures. — E. Planche immobile qui
couvre la hache convexe avant Pexécution. — F. Corde qui roule sur
une pouHe et qui ti«nt à une dédique. — G. Hache concave à demeure
sur laquelle se réunit la convexe lorsqu'elle tombe. — H. Planche à
laquelle il ÙLUt donner la même concavité qu'à la hache. Cette planche
s'échappe par le bas au moment où la hache convexe se réunit à la
concave, ce qui a lieu par un rappel mécanique. — I. Ediafiiud auquel
on donnera rétendue convenable afin que le patient puisse se coucher
sur le ventre, de manière i ce qu'il soit décollé conformément à la
Consultation ou Avis du docteur Louis.
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56 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
par M. Louis Du Bois (i ), mais la brochure qui le contient est si rare que
je juge utile de reproduire ici ce plan qui senrira à Tintelligence des in-
structions du docteur Lx>uis (2).
La machine de Schmidt fut appelée d'abord Lauisette et petite Lùui^
lofiy mais le docteur Louis, n'ayant pas de situation politique, était
peu connu du public, et sa mort arrivée peu après (20 mai 1792] le fit
oublier tout à fait. Guillotin au contraire, membre de l'Assemblée
constituante, était exposé aux colères et aux railleries de ses adversaires
politiques. Sa motion fut chansonnée dans les Actes des Apôtres (3) ;
le nom de guillotine fut plaisamment proposé; il prévalut, d'où In
croyance populaire que Guillotin était l'inventeur de la nouvelle ma-
chine. Le pauvre docteur, devenu si célèbre malgré lui, mourut ft
Paris k 26 mars 1814, Je publie k fiic-simile d'une ordonnance de
Guillotin , délivrée le 1 1 fructidor an X (29 août 1802).
Cependant la nouveUe machine fidsait merveille : elle avait rendu les
exécutions plus rapides et c'était besoin, car si les membres de l'Assem-
blée constituante avaient proposé l'abolition de la peine de mort, leurs
successeurs au contraire érigèrent cette même peine en principe fonda-
menul de gouvernement. D'abord des royalistes, comme Arnaud de
Laporte, intendant de la liste civile, et de Roxoi, rédacteur de VAmi
du Roif montèrent sur l'échaâiud (24 août 1792), puis ce fîit k tour de
Louis XVI. Ensuite, la discorde ayant éclaté au sein de la Convention,
divisée en montagne et en plaine^ k parti k plus avancé renversa le plus
modéré (3i mai-2 juin 1793). Les Girondins furent proscrits; les uns,
arrêtés, périrent; les autres purent s'enfuir. Parmi ces derniers était
Jérôme Pétion, qui avait été maire de Paris après Bailly. Partisan des
idées nouvelles, instigateur de la chute de la royauté, il âdsait partie
du groupe de députés philosophes qui, si révolutionnaires en 1789, se
révoltèrent contre les excès de 1793 et furent vaincus dans une lutte
que kur conduite antérieure devait leur rendre fiitale. Ami de Ver-
gniaud, il partagea sa disgrftce, mais, plus heureux (si toutefois, dans de
telles circonstances, on peut considérer comme un bonheur U lente
agonie qui k sépara de U mort), il parvint à gagner Saint-Émilion avec
Buxot et Barbaroux. U, les trois proscrits trouvèrent asUe dans U
maison du pauvre perruquier Trocart k i*^ pluviôse an II (ao jan-
vier 1794). Petion ne quitu cette retraite que k 3o prairial suivant
{i)Reek€r€keikiiioHpi£$ €t pkytUlogiqmes imr ki gmiihiine et déisiU sur Sém$m
•nvTûgt rédigé tut pièctif^fkUlUê par M. Lomis Dm BoU; P«rb, Frinec, 1845, in-S.
(3) J« 4qU k coaunankatkui 4t cent brodiiire à foblifctiice de M. lUtlMry.
(3) a k brtdnn de M. Look Du BoU oft cettt ditotoa tM rtpii»^
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Là GUILLOTINE 5j
Fac-similé d'une ordonnance du docteur
Guillotin
I ï firucridor an X
TOME ni.
8
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58 REVUE DES DOCUMENTS HISfTOMQUES
(20 juin], alors que, dénoncé, il allait être arrêté (t). Buiot et Petion
avaient rédigé ensemble une déclaration dans laqudle ils exprimaient la
résolution de se donner la mort. Petion, sûr désormais d'édiapper â
réchafiud, exprima son horreur pour les excès sanglants des Monta-
gnards dans un article qu^il rédigea sur la guillotine. Dans cette pièce,
dont l'original appartient & M. Alfred Sensier, Petion qui, jadis, avait
demandé l'abolition de la peine de mort (2), raille impitoyablement ces
gouvernants qui, à tous les arguments, répondent par la guillotine, et,
devant cet échaâiud qu'il brave, devant la mort certaine qui le guette,
il déplore les maux innombrables qui pèsent sur la France.
Guillotine, article absolument neuf adressé aux nouveaux
éditeurs de TEncyclopédie.
Le mot de guillotine vient de Guiilotin, médecin de la fitculté
de Paris et membre de rassemblée constituante^ qui inventeur
de cette machine lui a donné son nom. Son mécanisme est si
connu de tout le monde qu^il est inutile d'en faire la descrip*»
tion. Nous nous contenterons de dire qu'il est extrêmement
simple et que son exécution est très rapide.
La guillotine a remplacé la décoladon avec le damas pour
les nobles; la potence, les échafauds, la roue et le feu pour les
roturiers. Il n'est plus qu'un genre de suplice en France pour
donner la mort; il est uniforme pour les citoyens, et toute
distincdon injurieuse à cet égard est effacée.
Le but principal de cette ihvention a été d'éviter dans les
suplices ces recherches atroces qui outragent la nature et
deshonorent l'humanité. Elle a aussi l'avantagemoral d'abréger
les souffrances de l'honmie condanmé à mort
L'application de ce supplice étoit extrememem rare. L'as*
semblée constituante avoit porté l'œil de la philosophie et de la
raison dans la réforme de nos loix criminelles. Elle avoit laissé
subsister avec r^ret la peine de mort; mais au moins avoit*
elle limité cette peine à l'incendiaire et à l'assassin.
Sous le régime soi-disant républicam cette peme s'est telle-
(t) et roavragt d« M. Chartes Vattl, Charlotte Corday §t les Ginmdint.
(a) auprès de Jér4me Petion f Paris» Gamcry, an 1 (1793^ 3 vol. iii-8^ t m, p. 58c.
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LA GUILLOTINE $9
ment étendue que les l^islateurs actuels en ont fait le principal
ressort de leur gouvernement.
Un particulier a-t-il mis en réserve une portion de grain
qu'on juge excedder celle qui est neccessaire à sa consom-
mation? la guillotine.
Un marchand a-t-il £dt une déclaration inexacte des marchan*
dises qu'il a dans son magasin? la guillotine.
Un cocher de fiacre, une servante se sont-ils permis de
parler de la royauté? la guillotine.
Un citoyen murmure-t-il contre les maux a£fireux qui dévo-
rent la France ? la guillotine.
Un général éprouve^t-il un échec? ou ne veut-il pas être le
vil instrument de la facdon dominante? .... la guillotine.
Le peuple est-il mécontent, pour Tappaiser lui faut-il des
victimes? la guillotine.
Quelle est maintenant la bannière sous laquelle on rallie
les armées dites révolutionnaires et qu'on porte à leur
tête? la guillotine.
Il n'y a pas une seule grande ville en Çrance où on n'ait
planté des guillotines dans les places publiques pour convertir
les énemis du maratisme et de la sainte montagne.
Les effets que cette machine produit sur les écrits sont
surprenans. Elle les frape de stupeur et les pétrifie au lieu de
les indigner, de les soulever. Les commissaires de la Conven-
tion nationale sont dans l'usage d'en traîner plusieurs à leur
suittepour les exposer dans les lieux où ils passent Si l'aspect
momentané de ces machines n'opère pas le bien qu'ils en atten-
dent ils les mettent (suivant leurs expressions) en permanence.
Alors le remède est souverain (et suivant encore leurs expres-
sions) ça va.
Pour insjfMrer de bonne hpure aux enfans des principes de
morslt et d'htmiimité on leur remet de bonne heure entre les
mains de petites guillotines en bois ou en ivoire très artisteùient
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6o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
travaillées. Ce sont des joujoux avec lesquels en s'amusant on
leur apprend rhistoire de la révolution.
De prétendus hommes à principes, des pédans soutiennent
que le supplice d'un homme est un spectacle affreux dont la
société ne devroit pas donner l'exemple, mais les philosophes
révolutionnaires ont démontré jqsqu'à Tévidence que ces rado-
teurs n'étoient pas à la hauteur des circonstances; que c'est .
sur le sang qu'on fonde les gouyememens libres; que la guillo-
tine devoit êtrç un divertissement public, et, pour dissiper les
sombres idées que l'image de la guillotine pourroit faire naître,
ils appellent le jeu de cette machine le jeu de la main chaude,
attendu que le patient a les mains attachées derrière le dos*
lorsqu'on place sa tête sous le fer qfuidoit la trancher.
Aussi le peuple a-t-il bien profité des leçons de ses vrais^
amis les fervens apôtres du sans clilotisme. Autrefois il avoit.la
foiblesse de s'attendrir à la vue du coupable qu'on alloit mettre
à mort; il détoumoit ses regards au moment où on lui portoit
les coups. Aujourd'hui plein d'une énergie républicaine il
regarde avec une joie avide la guillotine, et quand il a vu la
tête séparée de son tronc, qu'on lui présente cette tête toute
sanglante en signe de triomphe, il fait retentir l'air de ses cris
d'allégresse et de Vive la république.
O législateurs barbares ! jusqu'à quel point vous avez dépravé
la morale du peuple; jusqu'à quel point vous avez dénaturé le
caractère d'une nation sensible et généreuse. Non, jamais vous
ne pourrez expier les inombrables maux que vous avez fait à
la France.
PrnoN.
J'ai communiqué cette pièce à Thistorien de Charlotte Corday et des
Girondins, à M. Charles Vatel, qui en a déterminé la date. La déclara-
tion de Buzot et de Petion, que j'ai citée plus haut, est postérieure au
12 floréal (i2 mai 1794). c Après Pavoir écrite et recopiée deux fois,
m'écrit M. Charles Vatel, Petion, deliheratâ morte ferocioTy a composé
l'article ironique où il se raille de la guillotine. La preuve se trouve
dans renoncé même de la lettre. Petion parle d'un cocher de fiacre,
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LA GUILLOTINE 6l
d'une servante envoya à l'échaÊiud. Or, il n'y a, parmi les vicdmes du
Tribunal Révolutionnaire, qu'un cocher, F.-A. Mangiû, condamnera
mort le|7 floréal (26 avril) et une domestique, M.-F. Rolland, femme
de chambre de M"<> Dutillet, condamnée et exécutée en même temps
que sa maîtresse, le 20 mai ( i^^ prairial). Les Girondins, réfugiés à
Saint-Émilion, recevaient quelques journaux : ils pouvaient lire les
listes des guillotinés, leurs qualités^ leurs professions. En tenant
compte du temps nécessaire pour que ces journaux parvinssent de Paris
à Saint-Émilioa, on peut admettre que la lettre de Petion aura été
écrite dans les premiers jours de prairial (dernier de mai), bien peu de
temps avant qu'il ne fût contraint de mettre sa funeste résolution à
exécution. >
M. Charles Vatel ajoute encore ces renseignements : « La pièce
est intacte, très-bien conservée, avec ses quatre plis et sa marge,
suivant Thabitude invai^abie. de Petion. Pour savoir comment elle nous
est parvenue , suivons Fit^Aéraire des autres papiers des Girondins.
Saisis par Marc -Antoine JuUien, le proconsul de Bordeaux, ils ont été
expédiés, par estafette, au Comité de Salut public et remis à Robes-
pierre. De là, ils sont passés entre les mains de René Vatar, l'imprimeur
particulier du Comité et du Journal des hommes libres. Puis après le
9 thermidor, ils ont été communiqués p^ Vatar à ses coreligionnaires
politiques, Laurent Lecointre, Bassal, son àmi, et le conventionnel
Charles Du val, l'un des rédacteurs du journal de Vatar. Ses succes-
seurs ont été successivement sa fille; Caroline Duval, M. Raveau, mari
de cette dernière, un sieur Rozier, son neveu, un sieur Chauliac et,
finalement, M. France, qui a vendu l'ensemble de ces manuscrits en
1864. Telle est la route qu'a dû suivre la lettre de Petion. Il serait inté-
ressant de savoir comment elle est parvenue à son dernier possesseur. »
Le 20 juin 1794, Buzot et Petion, traqués par Marc-Antoine JuUien,
envoyé du Comité de Salut public à Bordeaux, quittèrent leur retraite
et s'enfuirent dans les bois de Cafol, près de Castillon sur Dordogne.
Là, ib se donnèrent la mort et on trouva leurs cadavres à demi dévorés
par ks chiens.
Un point curieux de Tartiicle de Petion est celui qui concerne les
petites guillotines données aux enfants comme joujoux. Ce feit bizarre,
qu'on pourrait imputer à la haine de Petion contre ses adversaires po-
litiqueSy paraît confirmé par les détails suivants : Le représentant Le-
jeune, dit le Moniteur du 18 prairial an III (6 juin 1795), est accusé
d'avoir h\t périr sur Téchafaud un grand nombre de patriotes, c Lejeune,
pour repaître son imagination sanguinaire, avait £ût construire une
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6a
REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
petite Ettillotine avec laquelle il coupait le cou i toutes les volailles des-
tinées pour sa table ; il s'en servait mime pour couper les firuits. Sou^
vent, au milieu des repas, il se fidsait apporter cet instrument de mort
et en fusait admirer le jeu 4 tous les convives. Cette guillotine est dé*
posée au Comité de législation. • (i) D'ailleurs, la guillotine servait
d'emblème : le cachet ft la guillotine a été reproduit par M. Charles
Vatel; l'assiette i la guillotine, si discutée, a £ût l'objet d'un travail de
M. Gustave Gouellatn (s). Enfin, M. Vatel' possède une tabatière qui
porte sous le verre du couvercle une image coloriée de la guillotine.
J'en reproduis ici la figuratidn :
il) Ce Mt m coaMl§BénMûiMnÊ In Mémoiret de MémmBiel,)iw, 11.
(3) VassieUe dite à la guillotime ptr Gasuvt GoaeUaia, avM unt plaacbt ea cookur ;
Ptrii, Jotttatt, 187s, io-8.
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ÉTABLISSEMENT DE CARROSSES DE PLACE
A VERSAILLES EN 1768
M. F. Pouy me communique la copie d'une denumde de priril^ au
roi Louis XV pour l'établissement des carrosses de place, dits fiacres, ft
Versailles, en 1768.
Le S. de la Borde, huis^er, du cfibinet de la Reine, suplk sa
Majesté de Touloir bkn lui accorder le privilège exclusif d'établir
dans la ville de Versailles des Çiarpsses de place dits Fiacres, avec
la faculté de suivre la cour dans les grands voyages de sa
Majesté et de conduire dans tous les environs de cette ville, i
Texception des endroits où les voitures de la cour ont bureau
étabU.
AL le comte de Noailles, qui protège le s' de la Borde et qui
a connaissance de sa demande, Ta recommandé au secrétaire
d'état chargé de rendre compte de ces objets à sa Majesté.
On propose i sa Majesté de fixer ce privilège à i5 années
par des lettres patentes qui seront expédiées aux conditions
qu'il ne dérogera en rien au privilège des voitures de la cour et
de plus qu'il payera à la caisse des écoles vétérinaires 2 ^ par
jour pour chaque carosse pour la i^ aimée, 3 ' pour la seconde
et 4 ^ pour les années subséquentes.
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LOUIS XIII
J'ai réuni trois lettres du roi Louis XIII ; je vais les publier successi-
vement. La première est datée de Laleu, le 4 octobre 1628 ; Louis XIII
rend compte à sa mère d'une attaque des Anglais pour secourir La Ro-
cheUe (i):
Madame
Les Anglois sont venus rataquer ce matin nostre année
navalle et nous ont anvoyié onze bnileaux, lesquels ont esté
tous arestés par nos chaloupes qui ont très bien fait leur devoir.
Jjt conbat a duré 2 heures, et a esté tiré du costé des enemis
douze ou quinze sans coups de canon un peu de loin. Ils
n'osent plus aprochér de nous à cause des bateries de terre. De
nostre costé il a esté tiré des vesseaux quelque 460 coups de
canon et des bateries de Chef de bois 60. Nous n'avons pas
voulu tirer davantage parce que ils estoint trop loin. J'ay dé-
fandu à nos vesseaux que une autre fois de ne plus tirer que à
trois cens pas et de laisér tirer les enemis sans leur faire réponce,
si ils tirent de loin comme ils ont fait aujourduy. J'oubliois à
vous dire que le feu a pris à un vesseau des leurs et avons veu
sottér tout ce qui estoit dedans. Nous croyions que ils nous
attaquerons encore toutes les marées, tant qu'ils auront de bru-
leaux, et que, quand ils auront jette tous leurs dits bruleaux,
ils s'en iront sans oser attaquer ta digue. Le vesseau de Sou-
(t) L'original de cette pièce est actuell'ïment entre mes mains.
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LOUIS XIII 65
bise (i) n'a pas aproché d'une lieue et demie de nostre année et
tiroit force coups de canon qui ne venoient pas à moitié chemin.
Il n'a esté tué aujourduy ny blesé aucun des nostres (2). Tout le
monde a veu donner dans leurs vesseaux sinq ou six coups de
canon des nostres sans ceux que nous ne pouvons pas avoir
veux. Le conbat a commancé entre six et sept et finy à neuf
heure. Si ils font toujours comme ils ont fait aujourduy ils ne
couront pas grand hazart, car ils tirent de bien loin. Je ne
manqueray à vous donner avis de tout ce qui se passera. Je
vous suplîe de m'aimer toujours en vos bones grâces et de
croire que je suis
Madame
Vostre très humble et très obéisant fils
LOUIS.
A Laleu ce 4™* octobre 1628,
à dix heures du matin.
J'ettoîs à la baterie une heure devant que le conbat eut com-
mancé.
La flotte anglaise, forte de cent quarante navires montés par six
mille hommes, était arrivée en vue de La Rochelle le 29 septembre.
Elle n'attaqua Tarmée royale que le 3 octobre et tira contre elle
cinq mille coups de canon qui ne tuèrent que 28 hommes. Le lende-
main elle renouvela son attaque • avec Ain égal succès , ainsi que
Louis XIII, présent au combat, s'empressa de le mander à sa mère
par la lettre précédente. Les Anglais bornèrent là leurs efforts pour
délivrer La Rochelle qui se rendit le 28 octobre.
La seconde lettre de Louis XIII, datée de Sainte-Geneviève-des-
Bob, près Corbeil, le 23 novembre i638, est relative à la campagne
de ]638. Le duc Bernard de Saxe-Weimar assiégeait Brisach, tandis
que le duc de Longueville tenait tête en Franche-Comté au duc de
Lorraine. Ce dernier, après de vains efiforts pour secourir Brisach,
s'empara de Lunéville ; le duc de Longueville vint assiéger cette place
venlafindu mois d'octobre; il la prit dans les premiers jours de
novembre et fit environ 600 prisonniers, parmi lesquels le sieur De Ville,
(1) Benjamia de Rohan, deuxième fils de Catherine de Parthenay.
(3) Bazin {JRisUHre de France sous Louis XIII, t. II, p. 109) dit que Tannée rojftle perdit
six hommes.
TOBIE 111. 9
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66 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
principal ministre du duc de Lorraine (i). Lx>uis XIII se réjouit de cette
nouvelle dans la lettre suivante, qui m'est communiquée par M. Delau-
nay, de Corbeil :
De S^« Geneviève des Bois ce 23* novambre i638.
J'ay esté bien aise d'aprandre la prise de Lunéville. Je vou-
drois que Deville fut où vous le souhétés. Si la nouvelle de
M' de Vilarceaux est vraye de la défaite de M' de Loraine, je
tiens Brisac pris dans peu de temps. Je trouve bon que on face
revenir d'Italie les rég^s de Freseliere et Canisi.
Il est très à propos d'envoyier le régt de La Tour à Casai.
Je le voudrois envoyiér par mer jusque à Nice de peur qui se
débande par les chemins.
Je trouve aussi bon que on envoyé les rég^s que vous me
mandés à Pignerol et dans les valées de Dauphiné.
J'aprouve le choix de la religieuse du lis pour renplir la place
de i'abesse à qui j'ay doné Tabaye de Jouare.
LOUIS.
La troisième lettre, datée de Saint-Germain-en-Laye le ii dé>
cembre 1640, est adressée â Claude de Bullion, surintendant des
finances et garde des sceaux, serviteur dévoué du cardinal de Richelieu.
Louis Xlll défend qu'on expédie aucune affaire au sieur de Cinq-Mars
sans son exprès commandement. Â la fin de Tannée 1640 cependant,
le roi semblait ne pouvoir se passer de son favori qu'il comblait de
faveurs. Cette lettre, qui m'est communiquée par mon ami M. Alfred
Bovet, prouve que dès cette époque Louis XIII, prévenu par Richelieu
et mécontent de Tarrogance du grand écuyer, prenait des mesures
contre Cinq-Mars qui ne fut arrêté que le 1 1 juin 1642.
De S^ Germain en Laye ce 1 1® décembre 1640.
Mons' de Bulion, je vous escris cette lettre pour vous faire
savoir que mon intantion est que vous n'expediyés aucune afaire
ny aucun don au s' de Cinc Mars, mon grand Ecuier, sans
mon exprès comandement, et ce sur peine d'ancourir mon in-
dignation, à quoy croyiant que vous ne ferés faute, je finiray
en priant Dieu, M' de Bulion, qu'il vous tienne en sa s^e garde.
LOUIS.
(1) Mémoires de Richelieu, coll. Micbaud, t XXIII. p. 366.
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HENRI III
LES RÉFORMÉS DANS LE VIVARAIS
en 1677
M. Firmin Boissin me communique la copie d'une lettre du roi
Henri III, écrite le 3o juin iSyy à t M. de La Barge, chevalier du-
dii seigneur, conseiller en son conseil privé , capitaine de 5o lances de
SCS ordonnances et son lieutenant -général en Vivarais, et en son
absence au sieur de Peloux, commandant audit gouvernement. »
Henri III avait, au mois de mai 1 576, accordé aux Huguenots, par
un édit de pacification, l'exercice public de leur religion. Les catho-
liques indignés se soulevèrent et formèrent la Sainte Ligue ; les États
de Blois arrêtèrent le 26 décembre 1 576 que le roi serait supplié de
réunir tous ses sujets à la religion catholique c par les meilleures et
plus saintes voies et moyens que faire se pourroit » et d'expuber de
Fiance tous les ministres de la religion prétendue réformée. Le i*' jan-
vier 1577, Henri III déclara aux députés des États € que, suivant leur
advis et requeste, il n'entendoit et ne vouloit qu'en tout son roiausme
il y eust exercice de religion autre que de la catholique , apostolique
et rommaine ; et qu'il revoquoit ce qu'au contraire il auroit accordé
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68 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
par le dernier édit de pacification, comme par force et contrainte » (i).
Cette déclaration ralluma la guerre civile : le roi de Navarre, le prince
de Condé et le maréchal Damville se soulevèrent, et le duc d'Alençon
marcha contre les rebelles. Cepedlant Henri III Élisait connaître aux
commandants des provinces ses intentions à Fégard des Réformés ; il
les leur rappela au mois de juin par la lettre suivante, adressée, comme
je Tai dit, à son lieutenant-général en Vivarais.
Monsieur de la Barge, je ne doubte pas que, suivant le mé-
moire que je vous ay cy devant envoyé contenant la déclaration
de mon intention à Tendroict de ceulx de la nouvelle opinion
et aultres leurs adhérans, vous n'ayez faict appeler devant vous
ceulx de votre charge pour leur faire entendre ma dicte intention
quant à fere fere les promesses et submissions y contenues
à ceulx qui se seront présentez. Mais comme j'ay esté adverty
qu'il y en a encore plusieurs de ceulx qui sont demeurez paisi-
blement en leurs maisons, lesquels ne se sont mis en aucun
devoir de fere les diaes submissions y contenues, ce qui faict
toujours doubter et craindre qu'il leur demeure quelque mau-
vaise volunté pour Texécuter quand ils verront l'occasion. Et
pour ce, je désire que s'il y en a en l'estendue de votre dicte
charge qui n'ayent faia les dictes submissions, vous et les bailliz
de l'estendue d'icelle, les faciez appeler et venir devant vous,
leur fète fère les dictes submissions et en retirez d'eulx ung acte
signé de leurs mains, conune il est déclaré par les dicts articles
et lettres par nous à vous et à nos bailliz et sénéchaux envoyez.
Et d'autant que j'ay aussi entendu que quelques-ungs de ceulx
qui se sont eslevez en armes contre mon service et auaorité
reviennent aprez en leurs maisons, ce qui n'est pas comme il
est à croire, sinon pour se remonter d'argent et de chevaux
pour avoir moyen de continuer leurs mauvaises délibérations,
vous enquerrez et sçaurez s'il y en aura aucuns qui se soient
retirez en votre dicte charge, et les ferez prendre et mettre pri-
sonniers, et incontinent m'advertirez de leurs noms et demeu-
(t) Journal de t^Estoille, coll. Michaad. t. XIV, p. 8o.
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HENRI ni 69
rances, en quoy m'assurant que vous n'obmettez rien de ce qui
sera requis pour Texécution de ma dicte intention.
Je prieray Dieu qu'il vous ayt, monsieur de la Barge, en sa
saincte garde.
Escrit à Chastellerauit le dernier jour de juin 1 577.
HENRY.
La guerre ne se prolongea pas longtemps ; catholiques et huguenots
étaient las de tant de désordres ; les subsides manquaient. Le 17 sep-
tembre 1577, un traité fut signé à Bergerac; l'édit de pacification fut
publié à son de trompe dans les carrefours de Paris le samedi 5 octobre.
L'Estoille assure qu'il fut fort mal accueilli et il rapporte à ce sujet
Tanecdote suivante : « Decest édit, frère Maurice Poncet, docteur fort
renommé, curé de Saint- Pierre des Arsis et ung des bons et renommés
prédicateurs de Paris , preschant dans Téglise Saint-Supplice à Paris,
où j'estois, dit ces mots : « J'oy tousjours crier par ces rues Tédit du
Roy Élit avec ceux de la nouvelle opinion pour la pacification des
troubles et leurs fiebvres quartaines. Devant que jamais il fust fait on
m'en demanda mon advis ; monsieur nostre maistre (me dit Ton) : que
vous en semble? — Il me semble, leur dy-je lors tout hautement et
franchement (comme je feray toujours en telles matières, y allast-il de
ma teste et de ma vie), que Tédit et ceux qui Font fait et les conseillers
d'icelui, que tout n'envault rien. — Taisés-vous! taisés-vous! monsieur
nostre maistre fme respondirent-ils) ; ce n'est que pour les attraper.
De ma part, je vous déclare, si j*estois huguenot, que je ne m'y
fierois pas. Ils ont autant d'ame trestous comme des mulets. »
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NAPOLEON I"
SÉJOUR A L'ILE D'AIX ET A ROCHEFORT EN JUILLET i8i5
M. Garnier, imprimeur à Chartres, a bien voulu me transmettre les
copies de trois pièces qui concernent le séjour de Napoléon à Hle
d'Aix et à Rochefort en i8i5. Napoléon, après son abdication (22 juin
181 5), fut envoyé par le gouvernement provisoire a Rochefort, sous la
conduite du général Beker. Parti de la Malmaison le 29 juin, il n'arri\'a
que le 4 juillet à Rochefort où il trouva les frégates la Saale et la
Méduse mises à sa disposition. Mais Napoléon, qui n'avait pu se décider
à accepter les moyens de fuite qui lui étaient proposés, résolut de se
confier à ses ennemis, et le i3 juillet il écrivit au prince régent d'An-
gleterre qu'il venait, comme Thémistocle, s'asseoir au foyer du peuple
britannique. Ce même jour, le comte de Jaucourt, ministre de la ma-
rine, ignorant encore la décision de Napoléon , dépêcha à Rochefort
le capitaine de frégate Henri de Rigny (i), accompagné du lieutenant
de vaisseau Fleuriau, afin de s'assurer de la pen^onne de Tex-cmpereur.
Il lui donna les instructions suivantes que je n'ai pas trouvées men-
tionnées par les historiens.
Paris, le 1 3 juillet 181 5.
Monsieur, vous ferés à Tinstant toutes vos dispositions pour
vous rendre à Rochefort et vous scrés accompagné par M. Fleu-
riau, lieutenant de vaisseau, qui, s'il y a lieu, vous secondera
dans la mission que vous avés à remplir et exécutera les ordres
quMl recevra de vous.
Voici l'objet de votre mission :
1° Napoléon Buonapartc doit être actuellement embarqué
sur la frégate la Saale, commandée par M. Philibert, cap*" de
(i) Henri Gauthier, com c de Rigny, né à Toul le 2 février 178a, était capitaine de frégate
depui<« 181 1. I^ victoire de Navann en 1827 lui valut le grade de vice-amiral. Il mourut à
Paris le 7 novembre i835.
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NAPOLÉON 1*' 71
vaisseau, et si M. le B^ Bonnefoux, préfet maritime, s'est
conformé aux ordres que je luf ai adressés le 1 o de ce mois,
une seconde frégate et un aviso qui avaient été mis sous le
commandement de M. Philibert ont dû quitter la rade de Tlsle
d'Aix et remonter la Charente.
Vous vérifierez quel est Tétat des choses à cet égard; quelles
sont les dispositions des esprits à Rochefort; quelle sensation y
a produite l'arrivée de Napoléon Buonaparte, quelle conduite il
y a tenue; vous vous assurerés de la manière la plus positive
auprès de M. le B^ Bonnefoux si Napoléon Buonaparte est
ou non à bord de la frégate la Saale; si, depuis qu'il est embar-
qué, il a fait des tentatives pour se faire mettre à terre. Dans
ce dernier cas, vous demanderés sur quel point de la côte il
voulait se faire conduire. Vous vérifierez si, dans la supposition
de son débarquement, des mesures ont déjà été prises pour
s'assurer de sa personne.
2* Napoléon Buonaparte embarqué comme passager d'après
les ordres du Gouvernement provisoire qui a cessé d'exister dès
le moment où le Roi est rentré dans sa capitale n'est plus au-
jourd'huy qu'un prisonnier placé sur une frégate c^u Roi et
dont le commandant est responsable à Sa Majesté et aux
Souverains ses alliés. Conséquamment cette frégate ne doit
plus sortir de la rade de l'Isle d'Aix jusqu'à nouvel ordre du
Roi.
3° Napoléon Buonaparte n'est pas même prisonnier du seul
Roi de France, il est celui de tous les Souverains garants des
Traités de Paris et tous les princes envers lesquels il a violé
ses propres engagements en portant la guerre et la révolte en
France, ont un droit égal sur sa personne.
4** Dans de telles circonstances, il est donc d'une consé-
quence naturelle que les moyens (quelque soit le Souverain qui
peut en faire un prompt usage) propres à s'assurer de Napoléon
Buonaparte soyent déployés immédiatement; et ce serait en
vain que le Roi de France tenterait de faire prévaloir la géné-
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72 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
rosité si naturelle à son cœur; il ne s'agit pas aujourd'huy de
sa cause personnelle seulement, il s'agit de celle de toute l'Eu-
rope que Napoléon a contraint de s'armer.
5* Je vous préviens, en conséquence, que le Commandant
des forces anglaises qui bloquent les rades de l'Isle d'Aix est
chargé par son gouvernement de sommer le commandant du
Bâtiment sur lequel se trouve Napoléon Buonaparte de le lui
remettre immédiatement.
6* Je vous charge en conséquence d'une lettre adressée par
M, Crocker, secrétaire de l'amirauté d'Angleterre, au comman-
dant de cette station. J'y joins un ordre de moi à M. Philibert
et un ordre du ministre de la guerre au commandant de l'Isk
d'Aix.
J'enjoins à M. Philibert de remettre son prisonnier au com-
mandant anglais-, le Ministre de la guerre prescrit au com-
mandant de l'Isle d'Aix de n'apporter aucune opposition à
l'exécution de cet ordre et tous deux sont prévenus que s'ils
y résistaient, ils seraient responsables du sang qui coulerait et
qu'ils s'établiraient en rébellion ouverte contre le Roi leur
légitime Souverain et qu'ils compromettraient eux-mêmes
l'existence du prisonnier, s'ils étaient assés coupables ou assés
aveuglés pour s'exposer sans succès à un combat inégal dans
la seule intention de désobéir aux ordres qu'ils auront reçus.
Ceux dont vous êtes porteur sont donc diaés par le sentiment
de l'humanité ; ce sentiment a seul déterminé dans cette cir-
constance l'intervention des Ministres du Roi, puisque les Sou-
verains alliés pourraient agir sans le concours de la France.
7** Lorsque vous aurés eu avec M. de Bonnefoux des con-
férences suffisantes, lorsque vous aurés recueilli des notions
bien positives sur la situation des Bâtiments et sur la présence
de Napoléon Buonaparte, vous vous rendrés à bord du com-
mandant de la station anglaise, vous lui remettrés les pièces
dont vous êtes chargé, vous lui ferés part dans les plus grands
détails de tout ce que vous aurés recueilli à Rochefort et je
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NAPOLÉON I*' 73
VOUS autorise même à lui communiquer la présente dépêche
dont les dispositions ont été concertées avec le Ministre de
S. M. B. afin de conserver tous les égards, tous les ména-
gements que la circonstance comportait et surtout de prévenir
des malheurs qui affligeraient profondément Sa Majesté.
8" Dès que vous croirés pouvoir le faire d'une manière par-
faitement sure, vous me rendrés compte de votre arrivée à
Rochefort, de ce que vous aurés appris et fait, mais si votre
correspondance pouvait être compromise, vous vous abstien-
driés de m'écrire et vous reviendriés en toute diligence à Paris,
aussitôt que le commandant de la station anglaise aurait exé-
cuté les ordres de son gouvernement : vous lui offirirés de vous
charger des dépêches qu'il désirerait faire parvenir à Paris.
Je compte entièrement, Monsieur, sur votre zèle, sur votre
dévoûment au Roi et sur votre discrétion.
J'annonce à M. le B°° Bonnefoux par la lettre ci-jointe que
vous vous rendes à Rochefort ainsi que M. Fleuriau pour
remplir une mission particulière et je le prie de satisfaire aux
demandes que vous lui adresserés pour tout ce qui pourra
assurer le succès de votre mission.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Le Ministre Secrétaire d'Etat au dép^ de la Marine
et des Colonies
LE d*^ DE JAUCOURT.
p. s. Il est bien entendu qu'il ne peut y avoir aucune espèce
de doute sur l'existence de Napoléon Buonaparte à bord d'un
bâtiment de Sa Majesté, en rade de l'Isle d'Aix, ou sur son
évasion.
Vous êtes donc autorisé à communiquer sous le secret cette
dépêche à M. le Baron Bonnefoux qui devra envoyer un offi-
cier sûr à bord du bâtiment sur lequel Napoléon Buonaparte
a dû s'embarquer afin de s'assurer de sa présence, ou de son
départ. Cet officier vous rapportera ce qu'il aura vérifié et il
signera sa déclaration sur le fait.
TOME III. ÏO
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74 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Vous devés aussi prévoir le cas où Napoléon Buonaparte se
voyant menacé par la station anglaise chercherait à s'enfermer
dans le fort de Tlsle d'Aix. Alors M. le Baron Bonnefoux
devra interdire toute communication avec cette Isle et la faire
cerner par des embarcations qui s'empareront de Napoléon
Buonaparte s'il tentait de s'évader et le remettront au com-
mandant de la station anglaise.
La seconde pièce que me communique M. Garnier est un rapport du
sous-commissairc de la marine Pickôme qui relate les détails du séjour
de Napoléon à Rochefort et de son embarquement sur le Bellérophon,
DÉTAILS DEPUIS l'aRRIVÉE DE l' EMPEREUR EN RADE
Le 8 Napoléon est arrivé à bord de la frégate la Saal^ où
il est resté avec la majeure partie de sa suite, l'autre ayant été
embarquée sur la Méduse,
Le 9, il est descendu pour visiter les fortifications de l'Ile
d'Aix.
Le 10, les vents étant favorables pour partir, mais voyant
qu'il était de toute impossibilité d'éluder la vigilance active des
croiseurs anglais dont le nombre avait considérablement aug-
menté depuis quelques jours et ayant perdu tout espoir d'ob-
tenir les saufs-conduits qu'il attendait, et qu'il était tromj^é par
la commission du gouvernement, et ne voulant pas exposer
la vie de 700 marins et 2 frégates, pour lui, qui ne se consi-
dérait plus que comme un homme ordinaire, la vie de ces marins
étant plus utile pour la défense de la patrie qui la réclamait, il
se décida à envoyer, dans la nuit du 10 au 1 1 , le duc de
Rovigo et le Conseiller Las Cases en parlementaire sur la
mouche n** 24, qui fut à bord du Bellérophon, monté par
l'amiral Hotham, qu'elle rencontra à 6 lieues dans l'ouest de
la tour de Chassiron, ainsi que 5 frégates, 2 corvettes, plu-
sieurs cutters et autres bâtiments légers.
Le 1 1 au matin, le parlementaire fut de retour sur la rade
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NAPOLÉON l" 75
de l'Ile d'Aix, et les messagers rendirent compte à Napoléon
que Tamiral était prêt à le laisser passer, s'il était porteur de
saufs-conduits; que dans le cas contraire, si sa personne courait
quelque danger, en restant plus longtemps en France, il pour-
rait se réfugier à bord avec sûreté, mais, sans cependant lui
donner aucune garantie, au nom de son gouvernement. Le
Bellérophon et 2 frégates anglaises vinrent accompagner le
parlementaire jusqu'à 2 portées de canon de l'Ile, où ils jet-
tèrent l'ancre, car ils ignoraient, jusqu'alors, que Napoléon fut
réellement sur la rade, croyant que l'on avait répandu cette
nouvelle, à l'Ile de Ré et à Oleron, pour détourner leur sur-
veillance d'un autre point où il aurait pu s'embarquer et se
sauver avec plus de facilité.
La nuit du 11 au 12, le prince Joseph vint visiter Napo-
léon : il lui annonça la dissolution du gouvernement et l'entrée
du Roi à Paris.
Le lendemain il est descendu avec toute sa suite composée
de (A personnes, ses bagages et ses voitures, qu'il a fait dé-
barquer de l'Ile d'Aix ; il a été constamment avec son frère,
les généraux Bertrand, Rovigo et L'Allemand.
Le 12, dans la nuit, il est arrivé à l'Ile d'Aix, 2 chaloupes
demie-pontées de la Rochelle, qu'il avait fait acheter par le
Préfet. Il les a fait armer et installer de suite et on y a em-
barqué des provisions et, dans la nuit du 1 3 au 14, il a quitté
l'Ile avec les généraux Bertrand, L'Allemand et M. de Las-
Cases ainsi que quelques personnes de sa suite.
Les embarcations se dirigeant au large, on présumait qu'elles
allaient prendre la mer, malgré que la clarté de la lune ne leur
était pas favorable, mais on apprit le lendemain qu'il s'était
rendu à bord du brick français VEpervier^ stationné à Boyard,
près d'Oleron, l'autre côté de la rade.
Le général Becker fut constamment en parlementaire toute
la journée du 14, à bord de l'amiral anglais et le soir, à son
retour auprès de Napoléon, celui-ci envoya chercher toute sa
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76 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
suite et ses bagages à Tlle d'Aix, qu'il fit embarquer à bord du
brick. Dans la nuit du 14 au i5 il mit sous voile, en parle-
mentaire, et se fit transporter à bord du Bellérophon, que
Tamiral anglais mit à sa disposition; d'où il a écrit au Prince
Régent, que nouveau Thémistocle, il se livrait avec confiance
à lui, comptant sur sa générosité comme le plus grand et le
plus loyal de ses ennemis. L'amiral a fait partir immédiate-
ment sa lettre pour le prince par une frégate de sa croisière à
bord de laquelle le général Gourgaud et le conseiller Las Cases
étaient embarqués, et le vaisseau a pris en même tems le
large.
On ignore qui a pu le déterminer à prendre une résolution
aussi désespérée, car il y avait encore quelques chances favo-
rables à tenter avant de se livrer, surtout d'après les disposi-
tions que l'on avait prises pour faciliter son départ sur les deux
chaloupes de la Rochelle; puisque celui des frégates devenait
presqu'impossible, il est probable qu'il aurait passé, puisque
ces embarcations devaient le transporter à 40 ou 5o lieues au
large, par une hauteur donnée, à bord d'un smack danois,
sorti depuis 24 heures de la Charente, chargé d'eau-de-vie,
pour un port de la Hollande où il était supposé devoir se rendre
après la visite qui fut faite à son bord par la croisière anglaise
devant l'Ile d'Aix, qui lui permit de continuer son voyage
d'après la vérification de ses expéditions. Ce smack devait re-
cevoir 200,000 firancs s'il parvenait à le débarquer à la Nou-
velle-Orléans où sa suite devait aller le rejoindre, mais au mo-
ment d'exécuter ce projet dont le succès paraissait certain.
Napoléon changea de résolution disant qu'il ne voulait pas se
noyer.
Il a été très-bien reçu du commandant du Bellérophon que
l'amiral Hotham montant le Superbe, avait mis à sa disposi-
tion, il se présenta à bord en uniforme de colonel général de
chasseurs, ainsi que les généraux et autres officiers qui l'accom-
pagnaient et qui jusqu'à ce jour étaient restés comme lui en
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NAPOLEON l*'' 77
boorgeoissur la Saal et dans Tlleoù d'après ses ordres aucuns
honneurs militaires ne lui ont été rendus.
A son arrivée à bord du Bellérophon il a témoigné au
capitaine le désir de voir son état-major et son équipage et de
visiter l'intérieur du vaisseau, ce qui lui a été accordé.
De toute sa suite, c'est le général Bertrand qui% semble être
le plus affeaé et le plus absorbé par les réflexions.
Pour extrait conforme au journal tenu à bord de la Saal,
par le soussigné S. Com'* de marine emp* aux armements du
port de Rochefort, pendant son séjour en rade où il avait été
envoyé par M. le Préfet maritime pour constater l'embarque-
ment de Bonaparte et de sa suite.
PiCKÔME.
La troisième pièce est une lettre du vice-amiral anglais Henry
Hotham adressée au capitaine de frégate Henri de Rigny. L'amiral
accuse réception de la dépêche du comte de Jaucourt, qui devient sans
objet par suite de l'embarquement de Napoléon sur le Bellérophon.
H. M. Ship Superb, Basques roads,
July i9^h ,81 5.
Sir,
Monsieur le Lieutenant Fleuriau bas delivered the lettcr you
hâve donc me the honor to address to me and the dispatch
you was charged with from M*" Croker, the secretary of the
admiralty of Great Britain; the object of which has been
rendered unnecessary, as you observe, by the embarkation of
Napoléon on board one of H. B. M. Ships, in which he
sailed for England on the 16**», and as M' Croker informs me
he has communicated to the British Government the purpost
of the letter you took charge of, there will be no occasion to
send another ship to England on that account.
Under other circumstances I should hâve bcen happy to
hâve had the honor of concerting with you measures for the
accompJishment of the wishes of our respective Governments;
and under those which exist I beg leave to express my opinion
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78 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
that you hâve done right to Keep the dispatches you was
equally entrusted with, for the Captain of the Amphitrite, and
the Commandant of Isle d'Aix.
I shall deliver this înto the hands of the Lieutenant Fleu-
riau, together with my dispatches for M' Croker, which I
beg leave to recommend to your care. I request you will
accept the assurances of my high considération, and
I hâve the honor to be,
Sir,
your very obedient servant
Henry Hotham
rear-Admiral.
A bord du vaisseau de S. M. le Superbe
Baie de Biscaîe, 19 juillet 181 5.
Monsieur,
M. le lieutenant Fleuriau a remis la lettre que vous m'avez fait Thon-
neur de m'adresser et la dépêche dont vous avez chargé M. Croker,
secrétaire de TAmirauté de la Grande Bretagne, dont le but a été rendu
inutile, comme vous le faites observer, par rembarquement de Napoléon
à bord d'un des vaisseaux de S. M. sur lequel il a fait voile pour l'An-
gleterre, le 16, et comme M. Croker m'apprend qu'il a communiqué
au gouvernement anglais le contenu de la lettre dont vous vous étiez
chargé, il n'y aura pas lieu d'envoyer un autre vaisseau en Angleterre,
à ce sujet.
Dans d'autres circonstances, j'aurais été heureux de m'entendre avec
vous sur les mesures à prendre pour Taccomplissement des désirs de
nos gouvernements respectifs; et, dans les circonstances présentes, je
demande la permission d'exprimer mon sentiment pour déclarer que
vous avez bien agi en gardant les dépêches qui vous avaient également
été confiées pour le capitaine de VAmphitrite et le commandant de l'île
d'Aix.
Je remettrai la présente missive entre les mains du lieutenant Fleu-
riau, avec mes dépêches pour M. Croker que je prends la liberté de
recommander a vos bons soins.
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NAPOLEON I^' 79
Je VOUS prie de vouloir bien recevoir les assurances de ma haute
considération, et
J'ai rhonneur d'être,
Monsieur,
Votre très-obéissant serviteur,
Henry Hotham,
contre-amiral.
L'étonnement fiit grand en Europe quand on apprit que Napoléon
s'était volontairement livré aux Anglais. Le gouvernement britannique
délibéra aussitôt sur les mesures à prendre à Tégard de son prisonnier.
« Les plus savants jurisconsultes de l'Angleterre, consultés à cette
occasion, éprouvèrent un assez grand embarras. Pourtant, en présence
du repos universel toujours menacé par Napoléon, cet embarras ne
pouvait pas être de longue durée. Notre qualité de Français conservant
une sympathie toute naturelle pour le vieux compagnon de notre gloire,
ne doit pas nous faire méconnaître une vérité évidente, c'est que l'Eu-
rope, bouleversée pendant vingt ans, tout récemment encore arrachée à
son repos et réduite à verser des torrents de sang, ne pouvait renoncer
â se garantir contre les nouvelles entreprises, toujours à redouter, du
plus audacieux génie (i). v Aussi arrêta-t-il de désigner pour prison à
l'ex-empereur l'île Sainte-Hélène, située au milieu de l'Atlantique.
Napoléon, instruit de cette décision, protesta le 4 août 181 5 contre la
conduite de l'Angleterre ; puis il choisit pour compagnons de captivité
les généraux Bertrand, Montholon et Gourgaud. Il dut se séparer de ses
fidèles serviteurs Savary, duc de Rovigo, et Lallemand, car les ordres
du gouvernement britannique défendaient à ces deux généraux de
suivre leur maître. Savary, inquiet de cette exclusion, écrivit à Jacques
Laffitte la lettre qui suit :
A bord du Bellérophon le 2 août 181 5.
Conformément à ce que vous m'avez dit, mon cher La Fitte,
je fais passer à M" Boering les lettres que je suis dans le
cas d'écrire à Paris. J'ai même pris la liberté de réclamer
leur assistance et celle de leurs amis dans la position où je me
trouve. Faites-moi le plaisir de me recomander à leur intérêt.
On me persuade icy que je dois être transféré en France. Je
(i) Histoire du Consulat et de l'Empire par Ad. Thîcrs, t. XX, p. 562.
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8o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
me refuse à le croire, parce que ce seroit m'assassiner sans
motif ni de justice, ni d'utilité, vous le sçavez bien.
Dites mille choses dé ma part à Perregaux et croyez que
quoi qu'il m'arrive je serai toute ma vie reconnaissant de vos
bons procédés.
Savary et Lallemand furent conduits à Malte pendant que le Nor-
thumberland emportait a Sainte-Hélène Napoléon et ses compagnons.
Pendant sept mois ils furent enfermés dans le fort Emmanuel. Dans la
nuit du 7 au 8 avril i8i6, Savary s'évada et parvint, sur une chaloupe,
à Smyrne. En 1819 il rentra à Paris pour purger le jugement qui Tavait,
le 25 décembre 18 16, condamné à mort. Il fut acquitte et rétabli dans
son grade. Il s'occupa dès lors de l'achèvement de ses Mémoires com-
mencés dans la prison de Malte. Il vivait à Rome lors de la révolution
de i83o. Il rentra alors à Paris, et devint, le 16 décembre i83i, com-
mandant en chef de Tarmée d'Afrique, et mourut à Paris le 2 juin i833,
à l'âge de cinquante-neuf ans.
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FRANÇOIS-SÉVERIN DESGRAVIERS MARCEAU
Pièce par laquelle Marceau, alors capitaine dans la légion germanique*
et son camarade Richer demandent à être employés dans Fétat-major
général de Tarmée des côtes de La Rochelle.
ÉTAT BES SERVICES DES CÎTOYENS MARCEAU ET RICHER, ACTUEL-
LEMENT CAPITAINES DANS LA LEGION GERMANIQUE.
Marceau a servi quatre ans en qualité de sergent dans les
troupes de ligne, puis au mois de juillet 1789 est entré dans la
garde nationale parisienne en qualité d^oflScier jusqu'au mois
de janvier 1790; a servi depuis en qualité de capitaine dans la
garde nationale de Chartres jusqu'au mois d'octobre 1791,
q>oque à laquelle il s'est enrôlé comme volontaire dans le
i*' bataillon d'Eure et Loir où il a été nommé par le suffrage
de ses concitoyens capitaine, puis adjudant-major par le gé-
néral de division, puis enfin lieutenant-colonel, où il a fait la
guerre jusqu'au sept novembre, époque à laquelle il a été
nommé par le ministre de la guerre Pache lieutenant en i*'
dans les cuirassiers de la légion germanique où il sert en
qualité de capitaine, place que lui a mérité son ancienneté
daos le corps.
Richer a servi sept ans dans les troupes de ligne puis a été,
à la formation de la garde nationale de Chartres, nommé lieu-
tenant, et a servi en cette ditte qualité dans les grenadiers de
la ditte garde nationale jusqu'à l'époque du mois d'octo-
bre 1791 où il s'est enrôlé comme volontaire et a été élu par
le suffrage de ses concitoyens à la place de capitaine au i*' ba-
taillon d'Eure et Loir, grade dans lequel il a fait la guerre
jusqu'au mois de novembre qu'il a été nommé avec son cam-
marade Marceau à une lieutenance dans les cuirassiers de la
légion germanique où il sert en qualité de capitaine, place que
lui a valu son ancienneté dans le corps.
TOME m. Il
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82 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Demandent l'un et Tautre à être employés dans Fctat-major
de Tannée.
Nous représentans de la nation députés par la Convention
nationale près Tarmée des Cotes de La Rochelle renvoyons
la présente pétition au citoyen chef de Tétat major avec invi-
tation d'y faire droit s'il est possible.
A Tours ce ig juin ijgS, Tan deux de la République une
et indivisible.
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PROCÈS CONTRE UNE SORCIÈRE
Mai i655
De tout temps on crut aux puissances occultes et on y croit encore,
le peuple attribuant volontiers à une influence surnaturelle tout
effet qui frappe son imagination ou qui étonne son ignorance. Au
moyen âge, la magie dominait les esprits inexperts à reconnaître les
causes naturelles des choses (i). Ceux qui cultivaient les sciences
étaient suspects de rapports avec le démon ; savant et médecin étaient
synonymes de sorcier et de magicien. Il semble que cette croyance à
l'intervention de la sorcellerie dans la médecine soit innée chez
l'homme, car on la retrouve chez les sauvages, qui ne reconnaissent
qu'à leurs sorciers le don de guérir.
S'il y eut des sorciers, plus grand fut encore le nombre des sor-
cières. L'esprit malin s'attaque plus volontiers aux femmes, et ce sont
elles qui dansent aux grands sabbats. La femme a en elle le don de
soigner, et elle s'est toujours occupée de l'étude des simples. Si
l'homme, seul apte à coordonner des ^lotions systématiques, s'est
attribué la prérogative d'exercer l'art merveilleux de la médecine, la
femme a d'instinct appris à guérir, et elle a arraché aux plantes le
(i) Ci, La Magie et l'Astrologie dans l'antiquité et au moyen»Sge par M. Alfred
Mtwy; Ptrif, Didier, 1860, in-8.
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84 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
secret de leurs vertus. Yseult la Blonde est, du viii* au xv siècle, le
type par excellence des vierges guérisseuses.
La recherche des propriétés curatives des simples conduisit à la
découverte de leurs principes vénéneux. L'emploi de ces plantes, leurs
mystérieux effets, inspirèrent une terreur superstitieuse. On attribua
aux femmes qui composèrent leurs remèdes avec ces plantes une
influence maligne, et de là naquirent les accusations de magie. Quel-
ques-unes de ces créatures firent servir leur science à des actes crimi-
nels; on les poursuivit comme possédées du Démon. Mis à la torture,
sorciers et sorcières confessaient leurs prétendus crimes et étaient
punis par le supplice du feu.
Avec le moyen âge ne disparut pas la croyance à la magie : les
légistes des temps modernes ne se montrèrent pas moins impitoyables
que leurs devanciers, et au xvii* siècle plusieurs procès de sorcellerie
firent grand bruit. Ceux de Louis Gaufifridi, prêtre de Marseille, brûlé
à Aix en 1610 (i), et de la maréchale d'Ancre, sont restés fameux.
Le premier fut l'occasion d'une dissertation sur les marques des sor-
ciers due à un médecin d'Aix, nommé Jacques Fontaine, qui dédia son
œuvre à Marie de Médicis (2). Fontaine raconta que Gaufifridi était
marqué en plusieurs endroits, entre autres sur les reins, et qu'on pou-
vait fourrer une aiguille avant dans la chair sans produire aucune sen-
sation. En effet, les marques que Satan imprime à ceux qui se livrent
à lui donnent à la chair une complète insensibilité ; les parties atteintes
sont comme mortes, « rendues telles par la malice du Diable, lequel
ne prétend qu'à la mort de nostre ame et de nostrc corps, du tout
opposé à son créateur. » De là une certitude entière pour distinguer
les marques sataniques des autres signes qu'on trouve sur le corps des
hommes.
La dissertation de Fontaine est d'autant plus singulière qu'elle a une
prétention scientifique. C'est comme médecin qu'il donne son opinion
sur les marques des sorciers.
Les théologiens, de leur côté, ne manquaient pas d'étudier et de
(i) Ce procès est longuement raconté par Michelet dans La Sorcière, p. 313 et tuir.
(2) Discovrs des marqves des sorciers et de la réelle possession que le diable prend
sur le corps des hommes. Sur le subiect du proce^ de l'abominable et détestable Sor-
cier Louys Gau/ridy, Prestre bénéficié en VEgiise Parrochiale des Accoules de Mar-
seille^ qui n'aguieres a esté exécuté à Aix par Arrest de la Cour de Parlement de
Prouence. Dédie a la Reine Régente de France. Par lacqves Fontaine Conseiller et
Médecin ordinaire du Roy, et premier professeur en son Vniuersité de Bourbon en.
a ville d'Aix. A Paris, chez Denis Langlois, rué S. lacques près les lacobins. M.D.CXT.
Aucc permission. — In- 12 de 45 page';.
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PROCES CONTRE UNE SORCIERE 85
dévoiler les artifices de l'esprit malin. Vers Ta fin du xvii® siècle, le Père
Louis Sinistrari d'Ameno composa un traité De Dœmonialitate^ où il
examina les rapports de Thomme avec Satan (i). Il exposa que le
Démon ne s'accole aux sorciers et aux sorcières qu'après une profes-
sion solennelle en onze cérémonies : !<> conclusion d'un pacte exprès
avec le Démon en présence de témoins; — 2*> abjuration de la foi
catholique ; — 3« rejet de toute marque de Tordre religieux auquel on
appartient; — 4° serment d'obéissance et de soumission, c les doigts
posés sur un certain volume très-noir »; — 5o promesse d'enrôler dans
leur secte d'autres créatures mâles et femelles; — 60 administration par
le Démon d'une sorte de baptême sacrilège, qui leur confère un autre
parrain et une autre marraine et un nom nouveau, qui le plus souvent
est un sobriquet bouffon ; — 7° offrande au Diable d'une partie de
leurs propres vêtements; — 8« confirmation, dans un cercle tracé sur
la terre par le Démon, des serments faits précédemment; — 90 demande
au Diable d'être rayés du livre du Christ et d'être immatriculés dans le
sien, et enregistrement dans le livre très-noir sur lequel le serment a
été prêté; — 10** promesse d'offrir au Diable, à des époques détermi-
nées, des sacrifices, comme le meurtre d'un enÊmt; — 11 <> enfin, après
ces épreuves, le Démon marque ses fidèles d'un signe qui a diverses
formes. « Tantôt c'est l'image d'un lièvre, tantôt une patte de crapaud,
tantôt une araignée, un petit chien, un loir. Il s'imprime dans les
endroits du corps les plus cachés : chez les hommes, sous les pau-
pières, ou sous l'aisselle, ou sur les lèvres, sur l'épaule, au fondement
ou ailleurs; quant aux femmes, c'est généralement aux seins ou aux
parties sexuelles (2). »
A tous les documents connus sur la sorcellerie au xvii« siècle, j'a-
joute un procès criminel intenté en mai i655 à une femme nommée
Barbille, convaincue de sorcellerie. L'affaire fut jugée à Moudon,
petite ville de Suisse, située dans le canton de Vaud. La malheureuse,
qui portait sous sa langue la marque satanique, confessa, après la
troisième torture, son crime, et raconta comment elle s'était livrée au
<ij Ce curieux traité a été récemment découvert par M. Isidore Liseux qui l'a publié sous
ce titre : De la Démoniaîité et des animaux Incubes et Succubes où fon prouve qu'il
existe sur terre des créatures raisonnables autres que l'homme, ayant comme lui un
corps et une âme, naissant et mourant comme lui, rachetées par N. S. Jésus-Christ
et capables de salut et de damnation, par le R. P. Louis- Marie Sinistrari d'Ameno,
de tordre des Mineurs Réformés de l'étroite observance de S^-Franfois, ouvrage
inéiit publié d'après le manuscrit original et traduit du latin par Isidore Liseux ;
Paris, Liseux, 1875, în-8.
h) Le Père Sinistrari, p. 19.
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86 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
Démon. On verra dans ce récit des détails analogues à ceux que men-
tionnent la dissertation du médecin Fontaine et le traité du Père Sinis-
trari. Je publie la relation de ce procès d'après l'onginal, qui porte le
sceau du châtelain de Moudon.
S'ensuit le proceds criminel de Barbille, femme de Pierre
Vesin, de Mouldon, détenue prisonnière audit lieu pour avoir
esté accusée de cas de sorcellerie en grandes realitez et soustenuë
par confrontation par Genon, fenune d'Anthoyne Ansonnet^du-
dit lieu, dernièrement suppliciée, d'estre autant sorcière qu'elle.
Dont leurs Excellences ayants esté adverdes, comme aussi des
déportements de ladite Vesin, on Tauroit en suite de leur or-
donnance sérieusement examinée sur ladite accusation, et à
confesser ses fautes et péchez, après avoir esté visitée au préa-
lable quant à la marque satanique, laquelle luy ayant esté
treuvée sammedi 29 du dernier mois d'apvril, elle en auroit
faict négative et n'auroit rien voulu confesser, tellement qu'on
Tauroit remise au lundi suivant à penser à sa conscience et à
s'adviser, sur quel jour l'honorable Justice l'ayant derechef
exhortée amiablement, elle a esté obstinée comme auparavaat
et à nier ladite marque, laquelle ayant esté revisitée, elle f'est
treuvée disparue (1), laquelle estoit en sa langue.
De sorte qu'on auroit pris examen de sa vie et ses desporte-
ments, et pariceluy s'estants descouvertzde grandscrimes de sor-
celleries, on auroit eu plus ample occasion de la suivre. Et partant
comme convaincue de ladite marque par l'attestation sermen-
taie de l'exécuteur, laquelle toutesfois il n'avoit peu espreuver,
d'autant que bien avant en la langue, on Tauroit adjugée à la
simple torture, sécutivement à la seconde avec la petite pierre,
et tiercement à la troisième avec Ut pierre de 5o livres, de jour
à autre et par les formalitez usitées, elle seroit tous) ours de-
meurée en son obstination et n'auroit voulu confesser aucun
(i) Jacques FootaiM, dans rouvrafe dté plut haut, p. i8, examine si les marques dee
sorciers se peuvent eflacer ou non. Il raconte que Madeleine de La Palud, une des héroïnes
du procès Gauffiridi, Tit ses marques disparaître après de grandes douleurs. Les théologieas
difièrent d*opinion sur le point de savoir si c'est Dien ou le Démon qui effiMe ces marques.
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PROCÈS CONTEE UNE SORCIERE 87
poinct de son examen. En après comme on auroit faict semblant
de.rattacher à la dernière géhenne avec la pierre du quintal en
laquelle cependant elle n^a esté eslevée, icelle, après encor
sérieuse exhortation que luy a esté faicte, a confessé ce que
s'ensuit :
Premièrement, qu'il y a environ 24 ans que s'en venant de
certain essert Satan s'apparut i elle au grand chemin, habillé
de noir (i), au lieu dit vers S^-Theodeloz, qui la solicita à se
bailler à lui, lequel s'estant dédairé à elle qu'il estoit le diable,
dk invoqua Dieu et il se disparut. Et deux jours après il se
rappanit à elle en son curtil vers le portail de la ville dia de
Mauborget, habillé comme devant de noir, qui avoit les pieds
fendus comme un boeuf, qui la persuada de plus fort à le
prendre 'pour son maistre, qu'elle estoit desjà sienne pour avoir
fakt des faux jurements et devoit renoncer Dieu son créateur
pour s'abandonner i luy, ce qu^dle fit sans autre résistance, et
incontinent il la marqua avec la main (2) en la langue au lieu où
la marque avoit esté treuvée, puis luy bailla de la graisse dans
une boitte avec commandement d'en faire mourir gens et bestes,
et luy dit qu'elle devoit souffler contre des personnes pour les faire
mourir, lequel s'içpelloit Pierrasset Laquelle graisse peu de
temps après elle jeaa en la Broyé (3), et une autre fois il luy en re-
bailla et du pusset, luy ayant recommandé d'en semer par des-
(I) Le D^Doa eroprantait toutes sortts de ferme*. Le Père Sinistrari riconu {p. 33)
|1iistoire d'une femme nariée, d'excellentes mœurs, nommée Hierooyma, qui fût poorsoiTie
peodant de longneA années par le Démon. L'esprit malin, dit notre théologies, c apparut 4 sa
bcfle soos la forme d'un jeane garçon ou petit homme de la plus grande beauté, 4 la
chevchire dorée et frisée, à la barbe blonde et resplendissante comme Tor, aux yeux glauques
partBs i la fleur du lin, et, pour ajouter au charme, élégamment vitu à l'espagnole. > Pour
toMcr un «fiacre (p. i33) il prit les formet d'un squelette, d'an cochoo, d'un oiseau, et même
il ei^uuta la figure du prieur du courent.
{i) Fontaine (p. 17) croit que Satan marque les sorciers avec le fer chaud et un ceruin
oigacat quH applique sur les parties touchées. D'autres prétendent qu'U feit cette opération
avec le doigt, « quand il a'eat revestu d'un corps humain on d'un aérien. 1
(3) La Broyé, ririère de Suisse qui a sa source près de Semsales, dans le canton de
Fribovfi et qaif aprèt avoir passé à Oitm, Rue^ Moudon, Payeme, traTerse le lao de Morat,
«I aort à Sogics, et va a* f«t«r dans le rive droH* du lae de Nenchàtal, près da La Sauge.
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88 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
SUS les herbes des jardins, et le jecta aussi à bas Teau sans s'en
estre servie, et une fois il la voulut battre pour ce qu'elle ne voiî-
loit employer la graisse qu'il luy bailloit, tellement que crainte
d'estre battue elle en essaya en une sienne beste porcine et en
une chèvre qui en moururent, et luy avoit persuadé de faire
mourir son mari et ses enfantz. Et luy a eu baillé de l'argent,
s'il luy sembloit qui ne fut que feuilles de chesnes, fors une
vieille batz (i) qui ne valloit rien.
Item a confessé avoir faia mourir un petit enfant masle au
Curial dudit Mouldon soubsigné, il y a environ 1 8 ans, ayant
soufflé contre en le baisant.
Item un autre enfant masle à feu le s' Isaac Buttet, il y a
environ dix ans, ayant aussi soufflé contre en le baisant.
Item un autre à Pierre Frarin, meusnier dudit Mouldon,
de mesmes ayant soufflé contre en le tenant, lequel peu de
temps après devint tout galleux, les ongles luy tombèrent de
la vioUence du mal et devint comme sec, et, ayant langui
long temps, il en mourut il y a environ six ans.
Item a confessé que le diable se faisoit toucher la main par
icelle et luy commandoit de toucher quelque personne le mesme
jour qu'il la toucheroit, et celuy qu'elle toucheroit en mouroit
sans user d'autres inventions.
Item a confessé avoir baillé mal en touchant avec sa main
gauche sur Tespaule à la femme d'Anthoni Vayre dudit
Mouldon, il a environ trois ans, aux dernières monstres géné-
rales, estant sur le pont dudit lieu, qui en devint subitement
grandement incommodée, cependant n'en est pas morte, et
encor à présent elle en est grandement incommodée et ne peut
qu'à peine travailler la vie d'elle et de sa pauvre famille.
Item a confessé avoir esté à la secte diabolique vers la ma-
ladière de Mouldon et au grand pré rière ladite ville, en laquelle
elle y a veu et cogneu réellement les ci-devant suppliciées, item
Catherine Argaud qui s'est sauvée de la prison où on l'avoit
(i) Monntie de Suisse qui T«ot 144 iScentiines de France.
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PROCES CONTRE UNE SORCIERE 89
mise après avoir subi la moyenne torture sans avoir rien voulu
eoûfésaer.
Item^ Eve^ femme de François Canin, tisseran, habitant
audit Mouldon, desjà précédemment accusée de réalité par
Genon Ansonnet, laquelle Eve est à présent détenue, et dont
la procédure est aussi envoyée à leurs Excellences avec la pré-
sente.
Item elle y a veu et cogneu et y est allée souvent avec la
vefve de Jacques Ribet qu'estoit charpentier dudit Mouldon, et
se sont fréquentées dans leurs maisons, parlants souventz des
fadcts de sorcelleries, laquelle Ribet luy a eu confessé d'avoir
faict mourir une moge ou génisse à honnorable Jean Dutoict, et
sousdent que c^est ladite Ribet qui a eu faict perdre à diverses
fois le laia aux vaches dudit Dutoict, lequel les tient en une
grange là près; item que c^est elle qui a eu faict mourir un
cheval à Pierre Bochard, et il y a 4 ans qu'elle scait qu'elle est
sorcière, lequel bestail par effea a esté mort et le laict s'est perdu
auxdites vaches, et il y a apparence que Tune ou l'autre comme
voisines les ayent faiaes mourir et ayent faia perdre le laia
auxdites vaches, laquelle Ribet a eu tenu un mauvais et mal«
heureux train à son mari et est soupçonnée de l'avoir faict
mourir, est coustumière à des maudissons, jurementz et exécra-
tions, et a esté veuë toute noire de coups par le visage sans
qu'on ait sceu qui l'avoit battue.
Item y a veu et cogneu formellement Jaques Vuagnierres
dict Simon, favre de Mouldon, qui ont eu parlez ensemble de
jour vers ledit S* Theodeloz au grand chemin, et elle luy ayant
dit qu'il avoit baillé les malins esprits à la femme d'Esdraz
Viret dudit lieu, il s'en rioit et respondit que si mesmes il les
luy avoit baillez il ne s'en repentiroit pas et que ladite Viret
estoir comme une nommée Connette. Surquoy ladite détenue
luy répartit qu'il avoit fairt grand péché de les avoir baillez à
une femme si jeune. Item a déclairé que ledit Vuagnierres
estoit le capitaine de la bande et tant sorcier qu'il n'en pouvoit
TOME III. 12
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90 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
plus et que totalement il ne vaut rien, lequel a desjà esté accusé
par d'autres et est de très mauvaise réputation et a esté desjà
exilé pour avoir commis à diverses fois acte d'adultère.
. N'ayant ladite détenue voulu confesser autre chose et ayant
requis fin de proceds, voire soustenu toutes ses confessions et
accusations estre bien véritables et jouxte icelles vouloir vivre
et mourir, et comme y ayant apparence de repentance en elle
on ne Ta suivie plus outre.
Et a esté cogneu et jugé par Thonnorable justice que d*autant
ladite détenue a esté si malheureusement oubliée d'avoir renié
et délaissé Dieu son créateur pour s'abandonner à Satan en-
nemi du genre humain et le prendre pour son maistre, duquel
elle a receu sa marque et de la graisse pour en faire mourir
gens et bestes et exécuter sa meurtrière et exécrable volonté,
comme elle a faict, icelle devoir estre remise entre les mains de
Texécuteur de la haute justice pour estre menée au lieu accous-
tumé de supplicier semblables abominables et détestables mal-
faiaeurs et criminels et là estre mise sur un eschaffaut de bois
pour estre bruslée toute vive et son corps réduict en cendres
pour fin de sa vie, punition de ses crimes et forfaicts et pour
servir d'exemple à d'autres, et ses biens escheuz à qui de droict,
sauf la grâce de nos souverains seigneurs et supérieurs.
Daté soubz le sceau de noble et vertueux Philippe de Sta-
vaye, seigneur de Bussi et chastelain de Mouldon, et signa-
ture duCurial dudit lieu soubsigné le onzième may i655.
GiRAUDET.
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PHILIPPE-AUGUSTE
II93
Charte par laquelle le roi Philippe-Auguste confirma, en 11 93, le
don que Pierre, comte de Ne vers, avait fait de Saint-Cyr à Guillaume de
Garlande. M. Léopold Delisle mentionne cette pièce dans son Cata-
logue des actes de Philippe- Auguste. J'en donne ici le texte, la traduc-
tion et le fac-similé d'après l'original qui m'a été gracieusement com-
muniqué par M. Eugène Minoret.
In nomine sancte et individue Trinitatîs. Amen. Philippus,
Dei gratia Franconim rex. Noverint universi, présentes pariter
et fiituri, quod dilectus consanguineus fidelis noster Petrus,
comes Nivemensis, Sanctum'Qricum, cum omnibus perti-
nentiis suis, dédit in perpetuum, in feodum et hommagium,
Willelmo de Garlanda, militi nostro, et heredibus suis, prop-
ter servitium quod idem Willelmus sepius et fideliter eidem
comiti eribuit. Predictus autem comes nos rogavit ut id confir-
maremus. Nos igitur, ad petitionem ipsius comitis, id confir-
mâmus. Quod ut perpetuam obtineat stabilitatem, sigilli nostri
autoritate et r^ nominis karaaere inferius annotato presentem
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92 . REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
paginam precepimus communiri. Actum Parisius, anno incar-
nati verbi M® O XO tercio, regni nostri anno quarto dedmo^
astantibus in palatio nostro quorum nomina supposita sunt et
signa. Dapifero nullo. Signum Guidonis, buticularii. Signum
Mathei, camerarii. Signum Droconis, omstabularii.
Data, vacante cancellaria.
Au nom de la sainte et individuelle Trinité. Amen. Philippe, par la
grftce de Dieu, Roi de France. Sachent tous, présents et à venir, que
notre cher fidèle parent Pierre, comte de Nevers, a donné à toujours,
en fief et hommage, Saint-Cyr, avec toutes ses dépendances, à Guil*
laume de Garlande, notre chevalier, et à ses héritiers, à cause du ser-
vice que le dit Guillaume a souvent et fidèlement rendu au dit comte.
Le susdit comte nous a prié de confirmer ce don. Nous donc, à la
demande du dit comte, nous le confirmons. Afin que cela obtienne
une perpétuelle force nous avons ordonné de munir la présente chane
de l'autorité de notre sceau et du caractère du nom royal apposé cis
dessous. Fait à Paris, Tan de Tincamation M. G. XC trois, la quatorzième
année de notre règne, étant présents en notre palais, ceux dont les
noms et les signatures sont apposés ci-dessous. L'écuyer n'étant pa-
présent. Signature de Gui, boutellier. Signature de Mathieu, camérier.
Signature de Drocon, connétable.
Donné, la chancellerie étant vacante.
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ANTOINE DESGODETZ
Antoine Desgodetz, architecte du Roi et professeur à TAcadémie
royale d'architecture (i), rend compte du jugement que vient de rendre
VAcadémie de peinture dans le concours des prix. Le premier prix de
sculpture est décerné au s' Calliot (2), et le second au s' Coustou (3) ;
ceux de peinture sont mérités par les s^ Cornicai (4) et Dulin (5). Seu-
lement ces deux derniers, soupçonnés d'avoir été aidés dans leur travail,
seront soumis par le directeur de l'Académie, NoCl CoTpel, â une
nouvelle épreuve.
A Paris le i*' aoust 1696
Monsieur,
Il y a eu aujourdhuy assemblée à rAcadémie de peinture
pour juga: les prix. Le s' Calliot a eu les voix pour le premier
prix de la seculpture et le s' Coustou pour le second ; et les
s" Conicart, élève de M' Boulogne Tesné (6), et Dulin, élève de
M' Boulogne le jeune (7) ont eu les voix esgalles tant pour le
premier que pour le second prix de la peinture, à la réserve
(1) Né en i653, mort cp* 1738, Desgodeu a laissé deaz oarrages célèbres : Les édifices
OMtiqnet de Romedessin0 et mesurés très -exactement, et Les lois des bâtiments suipont
la coutume de Paris.
(2) Je n'ai pat troQTé de renseignements sur ce sculpteur.
p) GnillauDe i*^ Constoii, fils de François et frère de Nicolas, né en 1677, mort en 1746.
(4) Michel Comicat, appelé par Desgodetz Conicart, était né en 1668. Il aniva à l'Aca-
démie de Rome en 1699, devint peintre ordinaire da Roi et mourut à Paris le 3i mars 1705
à Vàgt de trente- sept ans. (Cf. Dictionnaire de Jal.)
(5) Pierre Dnlin on d*Ulin, né en 1670, arriva à Rome la 22 mars 1700. {CI. lettre de Hooassc
da 3o mars 1700 dans l'Académie de France à Rome par A. Lecoy de la Marche» p. 1 17.)
n devint peintre ordinaire du Roi, et mourut à Paria le s8 janvier 1748. Laocret fut au
KMDbrc de ses élèves. (Cf. Dictionnaire de Jal J
(6) Bon Boologne, né en 1649, mort en 1719.
(7J Louia n Booloffoc, né en 1654, mort en 1733.
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94 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
que le s' Conicart a eu une voix de plus pour le second prix.
Il sembloit que naturellement les s" Conicart et Dulin auroient
deub tirer au sort pour le premier prix et Tautre auroient eu le
second prix, mais ils ont esté tous deux soubçonnez d'avoir
esté aydez de leurs protecteurs, ce qui a fait que Ton a jugé à
propos de leur faire peindre quelque chose dans Tacadémie
devant les officiers pour voir si ce qu'ils feront sera de la même
force que leurs tableaux, et on a pris jour pour cela à mardy
prochain. M*Coypel leur donnera un sujet le matin qu'ils pou-
ront faire pendant la journée sans sortir, et le soir on enfermera
ce qu'ils auront fait pour estre examiné en la prochaine as-
semblé.
Je suis avec un profond respect
Monsieur
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HENRI IV
14 février 1604
Pennis de chasse accordé par le roi Henn IV, le 14 février 1604, au
sieur La Fontaine le Duc.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre,
à tous ceulx qui ces présentes lettres verront salut. Sçavoir
faisons que nous, désirant gratifier et favorablement traicter
le s' de La Fontaine le Duc, nous luy avons permis et per-
mettons par ces présentes signées de nostre main de chasser et
tirer de Pharquebuz et faire chasser et tirer par Tung des siens,
en sa présence et non aultrement, à toute sorte de gibier non
deffendu par noz ordonnances, tant en ses boys, sur ses terres
et domaynes, que sur nos estangs, marais et rivières, sans
qu^au moyen des deffenses par nous faictes de chasser et tirer
de rharquebuz ny en user, ledit s"" de La Fontayne le Duc y
puisse estre troublé ou empesché par qui ny en quelque sorte
et manière que ce soit, de la rigueur desquelles noz dépenses
nous l'avons dispensé et dispensons et à icelles dérogé et
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96 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
dérogeons pour ce regard seuUement, à la charge touteffob de
n'aprocher avecq ladite harquebuz de demye lieue près de nos
foretz, bois et buissons, sur les peines portées par nos dites
deffenses. Si donnons en mandement à noz amez et féaubi
conseillers les gens tenans noz Cours de parlement, grandz
maistres anquesteurs et généraubc réformateurs de nos eaues et
forestz, maistres particuliers d'icelles, cappitaines de noz
chasses, prévostz de noz très chers et féaulx cousins les Connes-
table et Mareschaulx de France et à tous nos aultres justiciers
et officiers qu'il appartiendra, que de cette nostre permission et
contenu cy dessus ilz facent, souffrent et laissent ledit s' de La
Fontayne le Duc jouir et user plainement et paisiblement,
cessans et taisant cesser tous troubles et empeschemens au
contraire, car tel est nostre plaisir. En tesmoin de quoy nous
avons faict mettre nostre scel à ces dites présentes, données à
Paris le XIIII* jour de febvrier Tan de grâce mil six cens
quatre et de nostre règne le quinziesme.
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LOUIS DE LUXEMBOURG
COMTE DE SAINT-POL
Lettre de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de
France, écrite de Noyon le 7 septembre (1471)1 au Roy mon souverain
sdgneur » ( i ). Elle est relative aux négociations qui précédèrent le
traité du Crotoy, conclu, le 3 octobre 1471, entre Louis XI et Charles
^c Téméraire (a). Louis XI se servait en cette occurrence du conné-
table de Saint-Pol, que cependant il soupçonnait déjà de complicité
avec le roi d'Angleterre et le comte d'Armagnac (3).
Mon souverain seigneur, je me recommande à vostre bonne
grâce si très humblement que puis. Et vous plaise savoir, Sire,
qae, pour le dangier de la peste (4) qu'on dit estre à Roye, les
gens de Monseigneur de Bourgoigne et moy avons conclut de
besongner en ceste vostre ville de Noyon, où sommez.
{1) L'origiiia], que j'ai actneltement entre les malos, ne porte que la signature du connétable
deSaÎQt-Pol. La souscription qui existe au fac-similé a été écrite par le secrétaire.
{2} Us Chroniques de Jean de Troyes disent : « Depuis ledit mois de juillet jusques ao
iocr de Noél, ne fat rien fiait audit Royaume de France, sinon que les Ambassadeurs du
Koy et de mondit Sei^çneur de Bourgogne firent plusieurs allés et venues et les uns arec les
autres, pour pacifier et trouver moyen de paix et accord entre eux. »
13) Cest ce qui ressort de la présente lettre où le connétable déclare ignorer ce que
ligBtfient des lettres suspectes que le Roi loi a fait tenir.
(4) En 1471 il y eut en eâiet plusieurs épidémies qui occasionnèrent une grande mortalité
àxoi leroyanme. (Cf. Chroniques de Jean de Troyes, édition Godefroy, t. II, p. 144.)
TOME III. l3
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gS REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Sire, nous avons receu le povoir avec ung mémoire des en-
treprinsez et excès commis par mondia seigneur de Boui^oi-
gne et ses gens, en enfraignant les traictiez d'Arras (i), de
Conflans (2) et de Péronne (3), ensamble i'informadon faicte
touchant la guerre par luy encommancée en Normandie (4),
que maistre Guillaume de Cerisay a envoyée, mais Ton ne nous
a point envoyé de instructions, mémoires ne adverdssemens
des matierez que deverons mettre avant, ne des ouvertures et
fins à quoy deverons tendre, et sy est, mons' de Craon (5)
retourne devers Monseigneur de Bourgoigne. Jehan de Bouzey
m'a bien dit que ly avez parlé touchant Rethest(?). Si vous
plaise, Sire, moy mander sur tout.vostre bon plaisir, et pour
ce que n'avons point de secrétaire vous plaise nous en envoyer
ung.
Sire, je vous remercye des bonnes paroUes que avez dictez
de moy au dict Jehan de Bouzey. Et touchant le brevet que
m'avez envoyé, faisant mencion d'Armignac (6) et de connes-
table, sur mon âme je n'y entendz riens et ne sçay que s'est
ne que ce peut ou veult estre, et n'ayme ne vouldroyc aymer
personne ne faire chose qui fust en vostre préjudice.
Au regart de la lettre escripte en anglais je n'y entens aussy
riens et n'ay personne qui les sceust lyre, mais si tost que
pourray trouver homme qui les sache lyre les feray lire, et s'il
y a chose que bonne ne soit, soit contre aucuns de mes servi-
(I) Conclu, le 22 septembre 1435, entre Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe le ^
Bon, pour détacher ce dernier de l'alliance anglaise-
(3) Ce traité, signé le 5 octobre 1465, termina la guerre du Bien public.
(3) Traité imposé par Charles le Téméraire 4 Louis XI le 14 octobre 1468.
(4) 11 s'agit des tentatives faites par les Bourguignons sur les côtes de Normandie.
(5) Antoine de Craon était le principal envoyé de Charles le Téméraire. (Cf. Histoire des
ducs de Bourgogne par Barante, t. VI, p. 244. ;
(6) Jean V, comte d'Armagnac, prince fameux par la dépravation de ses mœurs, banoi, co
1460, pour avoir osé contracter mariage avec sa propre sœur, gracié par Louis XI,
entra dans la ligue du Bien public, puis se réconcilia avec son souverain pour le trahir bientôt
de nouveau. En septembre 1470 le Parlement de Paris prononça contre Armagnac la coq-
iîscation de corps et de biens; celui-ci s'attacha dès lors au duc de Guyennd qu'il excita
contre son fièrc. Après la mort du duc le comte d'Annagnac résista, dans Lectoure, aux
armes royales, mais il dut se rendre, et fut tué peu après par ordre de l^uis XI (5 mars 1473).
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LOUIS DE LUXEMBOURG 99
teurs OU aultrez, j'en feray tellement que ce sera exemple à tous
et que en serés bien contant.
Sire, touchant le fait de Eu (i), vous en avez très bien ap-
pointé de vostre grâce avec Monseigneur de Nevers, et vous
supplie qu'il vous plaise tousjours continuer en la matière qui
sera pour vostre seur et vostre filleul.
Sire, j'ay receu par Loyset l'argent que vous avoye preste à
Saint- Walery, et vous fait bon prester, car vous rendez très
bien, et quant vostre plaisir sera y mettre soixante hommes de
pied, ce qui est de neccessité faire, ce sera la seureté de la ville,
et sans icelle Je ne voy pas qu'elle se puisse bien garder, car
les gens de cheval n'y peullent guères demourer.
Sire, j'ay sceu que Mons'' le mareschal Joachin (2) a prins par
vostre commandement, comme il dit, Nicolas aux Coulombz,
commis de par moy pour vous bailli de Eu. Se le dict Nico-
las a fait chose crimineuse, et j'en eusse esté adverti, je l'eusse
prins le premier, et en ce cas n'en parle pas, mais. Sire, se aul-
tre chose y a, plaise vous le faire délivrer à caucion de ester à
droit et respondre à tout ce qu'on luy vouldra demander.
Mon souTerain seigneur, je prye Dieu nostre créateur qu'il
vous doint l'entier acomplissement de voz très haulx et très
nobles désirs. Escript en vostre dicte ville de Noyon le sep-
tyesme jour de septembre.
(i) Charies d'Artois, comte d*Eu, étant mort au mois de juillet 147 1, « fut mise saditte
Conté (TEq en la aiain du Roy, et mise et baillée ès-mains de Mgr le G>anestable, à la
grand desplaisance de Mgr le Comte de Nerers, frère de mondit Seigneur d'Eu, et qui après
bditie mort cuidoit bien joOyr de laditte Comté d'Eu et des autres terres dudit deffunct
cooune ion vray héritier. » (Chroniques de Jean de Troyes^ P- 144» )
(3) Jooctrim Ronanlt, maréchal de France.
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NOÉL COYPEL
Lettre de Noël Goypel, alors directeur de TAcadémie de peinture,
adressée à Coibert de Villacerf. Elle donne d'intéressants détails sur
TAcadémie, et montre que Coypel était en butte à l'inimitié de quel-
ques-uns de ses collègues, qui le traitaient avec un mépris dont il se
plaint amèrement.
Monsieur
Je n'ay sceu que lundy au soir que vous étiez à Paris. Je fus
mardy au matin pour avoir Thonneur de vous rendre mes très
humbles respects, mais vous étiez déjà party. J'ay receu la let-
tre que vous m'avez fait Phonneur de m'écrire, Monsieur, par
laquelle vous me marquez être satisfait de la délibération de
l'Académie au sujet des places. Je suis bien aise que vous y
ayez donné votre approbation, Monsieur, à cause de la trans-
position du Recteur et du Proffesseur qui se treuve différente
des status, et que vous m'avez marqué, Monsieur, que vous ne
prétendiez pas que Ton fit rien au contraire sans votre permis-
sion. Je soumets mon jugement. Monsieur, sur l'article des
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NOËL COYPEL •..• : •: ; V lOî *
status qui dit que nul ne peut être Chancelier .qujl àjaîr'ççç:
Recteur (aflfin qu'il soit coneu capable de la ditte charge)', aihs'y *
que dans la conduitte que j'ay tenue jusqu'à aujourd*huy dans
TAccadémie, où j'ay creu avoir contribué tout ce que j'ay peu
pour y maintenir la paix et l'union que vous m'ordonnez.
Je m'apperçoy. Monsieur, que des gens que je sçay qui ont
eu rhonneur de vous voir ce voyage, dont les manières, com-
posées de miel et d'absinte, m'ont attribué auprès de vous les
choses qu'ils font et dont ils se lavent les mains. Je suis au
déseq>oir. Monsieur, que l'on me fasse passer auprès de vous
pour ce que je ne suis pas, et, si j'ay quelque qualité désagréa-
ble à ceux qui m'en imposent, c'est d'être trop droit et trop
intègre. Je scay que c'est le vice des honnestes gens et que la
fourberie et l'imposture sont plus à la mode et plus utille pour
parvenir à ces fins, mais je croy, Monsieur, que sy ces qualitez
d'honneste homme me sont préjudiciables, elles méritent d'au-
tant plus votre protection.
Je vous ay déjà dit, Monsieur, que quelque officier, contre
rhonnesteté et ce qui c'est toujours pratiqué envers Mess'" le
Brun et Mignard, a aflfeaé dans son quartier de ne me pas
faire la moindre honnesteté, qui consiste à venir prendre les
ordres du directeur au commencement du quartier, mais qui
encore ces derniers jours m'a envoyé inviter de me treuver à
l'Académie pour me communiquer quelque chose concernant
la compagnie. Je ne sçay. Monsieur, sy je me trompe, mais
ces manières me semblent fort méprisantes, et que personne
de l'Académie n'est en droit d'en user de la sorte, eu égard à
mon caractère, la même personne me faisant en touttes occa-
sions des malhonnestetez grossières, dont jusques à présent je
n'ay rien voulu témoygner, ainsy que vous me l'aviez ordonné.
Vous voyez. Monsieur, qu'il est difficille de vivre en union avec
un homme de ce carractère, qui voudroit dominer partout et
me mettre le pied sur le ventre. Comme je ne suis pas d'hu-
meur à le souffrir, cela fait depuis long temps contre moy le
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102 .' ' REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
:'sQiçl25t'*c^son.V^ me regardant comme un obstacle à son
ambition et à ces fins. Vous m'ordonnez cependant, Monsieur,
de soutenir mon carraaère. Je tacheray de le faire toujours avec
honneur, mais j'ay besoingpour cela de toutte votre protection.
J'espère que vous voudrez bien me faire cette grâce, Monsieur,
ne croyant pas faire rien qui m'en rende indigne et que soute*
nant l'honneur que vous m'avez procuré vous soutiendrez vo-
tre ouvrage, puisque je suis avec tout le respec que je vous dois
Monsieur,
A Paris, ce 2 1 aoust 1696.
Cette lettre fait partie d'une collection qui sera vendue au mois de
décembre 1875.
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^.Av
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PIERRE DES BARRES
1269
Pierre des Barres, chevalier, seigneur de Chautnont-sur- Yonne,
atteste qae Colin, gendre de G>nstant Rouce, de Villeneuve-la-Guyard,
Changea avec les moines de PruUy une pièce de terre sise en la vallée
d'Escorche-cu pour un arpent et demi de terre près Bois-le-Comte (1).
Je Pierres des Barres, chevaliers, sires de Qiaumont, fais
asavoir à touz ceus qui ces lestres verront que Colins, li gendres
Coûtant Rouce, de Villenœve la Guiard, am ma présance dona
et otreia â toujorz au moines de Proilli une arpant et demi de
terre qui siet au Bois le Conte delez la vigne au devandiz
moines, por une arpant et demi de terre qui siet an la valée
d'Escorchecu, que li ont donée cil moine devandit an tel me-
nière que cil Colins sera tenuz à moi randre chacun an sis de-
niers de cens de celé terre que li frère de Prulli li ont baillié,
ansim cum il les me randoit de la devandite terre dou Bois le
Conte, et li frère de PruUi tenront toujorz celé devandite pièce
de terre dou Bois le Conte ausim franchemant con il faisoit
celui d'Escorchecu. Ces lestres furent donoées an Tan nostres
Seignor mil et deus cenz et cinquante VIII, ou mois demarz (2).
iij Cette pièce est actuellement eotre mes mains.
(a) 1359, n. a. L'année ia58 allait du 34 mars ta58 au i3 a?ril 1359.
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ETIENNE-ALEXANDRE BERNIER
PACIFICATION DE LA VENDEE
Étienne-Alezandre Bernier (i), curé de Saint-Laud en 1789, refusa
de prêter serment à la Constitution et devint un des chefs influents du
parti royaliste. Il se jeta dans le mouvement de la Vendée, commanda,
pour ainsi dire, avec Tévêque d'Agra, Tarmée d'Anjou, exaltant par ses
prédications les paysans bretons, qui l'appelaient Vapôtre de la Vendée.
Forcé de se cacher après la grande défaite de Tarmée royaliste, il alla
offrir ses services à Charette, qui les refusa, puis à Stofflet, qui Tac-
cueillit avec faveur et le chargea de négocier la paix avec le gouver-
nement républicain. La paix fut en effet conclue le 20 avril 1795, mais
avec une certaine défiance de part et d'autre, comme le témoigne la
lettre suivante écrite par Bernier le 2 juillet suivant (2) :
Neri, 2 juillet 1795.
Monsieur
J'ai reçu avec toute la satisfaction qu^elle devoit m'inspîrer la
lettre que vous m'avez adressée conjointement avec Monsieur
Blin. Il n'a manqué, pour la rendre complene, que votre pré-
sence. N'est-il donc pas possible que l'un de vous reste à son
[i) Né i Daon (Ma}cnne) le 3i octobre 1762.
(2) C«tte pièce fait partie d'une collection qui sera vendue tn décembre 1875.
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ETIENNE-ALEXANDRE DERNIER Io5
poste pour dissiper les nuages et que Tautre accompagne à
Paris nos envoyés ? Les trames ourdies par la perfidie de quel-
ques individus ne sont-elles pas aussi à craindre à Paris qu^à
Nantes? Ne doit-on pas de préférence porter les premiers
coups à la malveillance auprès du Comité de salut public, plu-
tôt que de lui donner la facilité d'employer ses moyens insi-
dieux à Paris, tandis qu'on s'appliquera à en détourner les ef-
fets à Nantes. Rarement on est écouté quand on plaide sa
cause à une distance éloignée. Les écrits, sans les explications
verbales, font ou une légère impression par la multitude des
affaires qui absorbent l'attention, ou sont sujets à des interpré-
tations qu'un cœur droit n'a »pu prévoir.
Nous espérons quelque succès de nos démarches. Nous vou-
lons le bonheur du peuple, même au dépens du nôtre. Nos
intentions sont pures. Mais nous avons trois grands obstacles
à vaincre : la malveillance et les insinuations perfides de quel-
ques Terroristes réfugiés, le préjugé d'une guerre antérieure
longtems soutenue, et l'obscurcissement de la paix dans les con-
trées qui nous avoisinent.
Quand on ne voit des députés qu'avec l'œil du soupçon,
n'ont-ils pas besoin d'être étayés de la voix, des talens, du cré-
dit d'un ami, contre lequel on n'a ni les mêmes prétextes à
alléguer, ni les mêmes défiances à élever. Vous m'entendez.
Pesez ces raisons avec Monsieur Blin, auquel j'offre mon res-
pect, et prenez telle détermination que les circonstances, le
bien public, le salut de votre enfant (r) et l'amour de la paix
vous dicteront.
(i) Je ne sais à qui cette pièce est adressée, mais dans une aatrc lettre de Beruier, éga-
lement sans adresse, et écrite du château du Lavoir, le 9 messidor an m (27 juin 1793), on
retrouve à peu près les mêmes termes : « Charmé, Monsicar, de la confiance que vou>
m'avez témoignée à la dernière entrevue de la Jaunay, je me joins à M. Leveneur pour
preadre en considération l'état de votre enflant chéri. Il est plus en danger que jamais. Je vou>
invite à venir, s'il vous est possible, conférer avec nous sur les moyens de par\'cnir à nos
fins, qui sont ceHes du bien public. Au nom de cet enfant chéri, du salut public et de l'amitié,
car fose employer ce mot, venez... Stofflet, Fleuriot, Scépeaux et autres vous disent mille
choses. • {L'Amateur d'Autographes, n* 23, p. 363.)
TOME III. H
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106 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
J'ai l'honneur d'être avec un sincère et respectueux attache-
ment
La paix fut rompue peu après, et la guerre civile désola de nouveau
la Vendée. Hoche triompha cette fois de Charette et de Stofflet; ce
dernier fut pris et fusillé à Angers le 23 février 1796, le jour même où
Bonaparte était nommé général en chef de Tarmée d'Italie. Bemier
parvint à s'échapper et il reparut à l'armée du comte d'Autichamp;
mais, fotigué de cette vie errante, voyant tout espoir perdu .'pour la
cause qu'il avait défendue jusqu'ici, il prit le rôle de médiateur. Il s'a-
boucha avec Bonaparte, et eut une grande part à la pacification de la
Vendée. L'ancien chef de l'armée d'Anjou, le compagnon de Stofflet ,
prodigua les flatteries au premier consul. Le 5 thermidor an vm
(24 juillet 1800), il lui écrivit en termes emphatiques (i) pour le
féliciter de la victoire de Marengo et de la paix qui allait en résulter (2 .
Il l'assura en même temps de la fidélité des provinces de l'Ouest.
Au premier consul
Général
Si au milieu de vos triomphes vous pouviez attacher quelque
prix aux félicitations d'un particulier, je vous adresserois les
miennes, mais que pourroient-elles ajouter aux témoignages
éclattans de la satisfaction et de l'admiration des Français au
(1) Bernier, en efTet, était prodigue de louanges. Cf. dans r Amateur ^Autographtt,
n« 23, p. 262, une lettre de lai à Louis Bonaparte, où il exalte le héros sauveur de la France
qui vient de ceindre la couronne impériale.
(2) L'original de cette lettre est actuellement en mes mains.
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ÉTlENNE-ALEXANDRE BERNIER IO7
14 juillet (i) ? Ce jour, Général, a du être pour vous le plus déli-
cieux de votre vie. Cest à ce moment que vous avez senti, plus
que jamais, le prix des services glorieux rendus par vous i la
patrie.
Les échos des rives de la Loire ont r^>été i Tenvi les ac-
cens de Paris. Le cœur les dictoii id, comme là où vous êtes.
Ces contrées devenues vraiment libres, puisqu'elles tiennent de
vous tout ce qu^elles désiroient, forment pour vous les mêmes
vœux que le reste de la France. La paix y produit les plus
heureux fruits. Le commerce renait, Tagriculture voit ses tra-
vaux récompensés par la perspective de la plus abondante
moisson. Tout prend un aspect riant et flatteur.
C'est en vain que l'Angleterre a fait paroitre sur nos côtes
une partie de ses flottes. Cette apparition subitte eut pu dans
d'autres tems exciter des troubles. Elle n'a produit danscelui-cy
que le mépris et l'indignation. Le peuple mieux instruit a
senti le pi^ et a scu l'éviter. Ses malheurs lui ont appris i
connoitrelegénie de cette nation qui necherche, dans nos troubles,
qu'une diversion utile à ses projets et qui voudroit, en armant,
par de fausses promesses, les Français contre les Français, se
former, au milieu de ses ennemis même, une armée d'auxiliaires.
Ces tcms ne sont plus. A peine a-t-elle trouvé deux hommes
qui voulussent courir les chances cruelles d'une nouvelle in-
surrection, et ces deux hommes ont fait de vains e£forts pour
acquérir des partisans. Partout repoussés par le peuple, ils ont
pris le parti de se dérober à la poursuite qu' en ont faite les
habitans de nos campagnes. La paix est plus ra£fermie que
jamais parmi nous. Puisse-t-elle bientôt étendre ses bienfaits
sur tout le continent. La France l'attend de vos efforts. C'est
au vainqueur de Maringo qu'il appartient de la donner i
l'Europe. Elle sera le fruit de ses triomphes et la plus douce
(i) La fSte da 14 joillet 1800 fot célébrée avec one grande pompe. Le Premier CoqsqI se
rendit ao Cbamp-de-Mars pour recevoir la garde consulaire, qui était arrivée d'Italie le
mazia et apportait les drapeaux pris dans la dernière campagne. (Cf. Histoire du Consulat
et de l'Empire, par M. Ad. Thiers, 1. 1, p. 48S.)
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I08 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
récompense qu'il puisse espérer après tant de travaux, de
combats et de victoires.
Recevez, Général, Tassurance inviolable des sentimens qui
m'attachent à vous et du profond respea que je vous ai voué.
Bbrnier.
Angers, 5 thermidor an 8.
En tête de cette lettre se trouve l'apostille suivantâ, écrite par Bour-
nenne et signée par Bonaparte :
Je prie le c*" Talleyrand de faire connaître à Bernier que
j'ai reçu sa lettre et que je le remercie.
Bonaparte.
^Ç-.^'^tt'.
.jiA~^
Une note marque que la réponse de Talleyrand fut faite le 19 ther-
midor suivant.
La paix avec Tempcreur d'Allemagne fut signée à Lunéville le
9 février 1801. Bernier travailla à la conclusion du Concordat avec
Pie VII et obtint Tévêché d'Orléans (11 avril 1802). Il mourut le
i**" octobre 1806.
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JEAN PERREAL
PEINTRE DE LOUIS XII
Jean Perreal, dit Jean de Paris, valet de chambre et peintre du Roi
dès 1498 ;i\ reçut, en i5o4 ;2), de Marguerite d'Autriche, petite-fille
de Charles le Téméraire, une pension de vingt écus d*or au soleil.
Cette princesse, veuve, cette même année, de Philibert le Beau, duc de
Savoie (3), résolut d'accomplir le vœu qu'avait fait, en 1480, sa belle-
mère, Marguerite de Bourbon, d'élever à Brou, près de Bourg-en-
Bresse, une église et un monastère de Tordre de Saint-Benoît (4). Elle
(i) Cf. Jean Perreal par M. Charvet; Lyon, Clairon- Mondet, 1874, in-8.
(2) Dans une lettre écrite à Marguerite le i5 novembre (iSog), publi«îe par M. Dufay {Essai
biographique sur Jean Perreal, 186 +, in-8), citée et commentée par M. Charvet, Perreal
rédama le paiement de la pension que Marguerite lui avait accordée. Voici les termes de
cette lettre : « Madame, depuis le temps que je receu une lettre de vous contenant en somme
que vouliez que fusse paie d'une pension que de piessa vous pieu me donner et de bon cœur
octFoier, de laquelle ay }oy deux ans, et jà sont passés troys que je n'en ai rien receu, j'ay
esté co cour tousjours, en ceste dernière guerre contre les Vénitiens, où ay eu plus de dangier
que de mal. >
(3) Philibert le Beau, duc de Savoie, mourut au château de Pont d'Ain le 10 septembre 1 504,
à rage de 2 ( ans.
(4) Marguerite de Bourbon avait fait ce vœu pour obtenir du ciel la guérison de sen époux
Philippe II qui s'était cassé le bras. Elle mourut en 1483, laissant à son mari le soin d'ac-
complir ce vœu. Ce prince mourut en 1497, confiant cette tâche à son fils Phi libert II, qui
Itti-mcme mourut en i5o4 avant d'avoir pu la remplir.
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I 10 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
obtint d'abord du pape Jules II de modifier les termes de ce vœu, en
mettant ladite église sous le vocable de saint Nicolas de Tolentin (i),
qu'elle honorait d'une dévotion particulière, et en plaçant dans le cou-
vent des Augustins et non*des Bénédictins. Le 3 septembre suivant, les
religieux prirent possession de l'emplacement qui leur était destiné (2).
La construction du couvent se poursuivit assez rapidement , malgré
Téloignement de Marguerite d'Autriche, appelée, en i507, P^^ ^^^ P^^^
l'empereur Maximilien à gouverner les Pays-Bas. Cette princesse, qui
avait confié à son indiciaire et historiographe Jean Ltmaire la direction
des travaux de Brou (3), ne manqua pas de s'assurer le concours des
artistes en renom. Perreal, peintre du Roi de France, collaborateur du
célèbre sculpteur Michel Colombe dans le tombeau des ducs de Bre-
tagne à Nantes (4), ne fut pas oublié. Il était à Lyon, revenant d'Italie,
où il avait accompagné son souverain dan$ la guerre contre les Véni-
tiens, terminée par la victoire d'Agnadel (14 mai 1 509I, lorsque Lemaire,
son protégé, vint lui demander de faire les dessins des tombeaux
que Marguerite voulait faire ériger à la mémoire de son mari et de sa
belle-mère. Perreal répondit, le i5 novembre iSog, a Marguerite (5) :
« Sy me suis mis après tant comme mon devoir envers Vostre Ma-
jesté que pour l'amour que je vous doy, etay revysé mes pourtraictures,
au moins des choses antiques que j'ay eu es parties d'Italie, pour faire
de touttes belles fleurs ung trossé bouquet dont j'ay monstre le jet au
dict Le Maire, et maintenant fais les patrons que j'espère arez en bref. •
II manda aussi qu'il avait trouvé à bon compte de l'albâtre c la plus
blanche du monde », et un bon ouvrier, • disciple du nommé Michel
Coulombe». Il ajouta : « Combien que je seroye.voulontiers près de
luy, car vous entendez assez que rien n'en empireroit, et mesmement
pour le visaige de feu Monseigneur et autres choses. » Ces offres de
service furent agréées : Perreal devint peintre et valet de chambre de
Marguerite d'Autriche (6), qui lui fit payer par un mandement, véri-
(1) RtUgieaz Auguttia, né dans It Marcbe d'Anodoe, renommé par ses vertus et pu son
talent pour la prédication, mort le 10 septembre i3o9, canonisé par le pape Eogène IV
en 1446.
(2) Cf. Histoire et description de Véglise de Brou par le P. Rousselet, et Histoire de
fégiise de Brou par Jules Baux.
(3) Fait déjà consigné dans mon travail sur Jean Lemaire de Belges.
(4) Ce travail fat exécuté de i5os à i5o6. (CL Notice sur Michel Colombe par
M. Benjamin Fillon; Fontenay-le-Comte, i865, in-8.)
(5) Lettre reproduite en partie par M Charvet, p. 5i.
(6) Cest sans doute en i5io que Perreal fut nommé peintre de Marguerite d'Autriche..
Dans sa lettre du i5 novembre iSog il prend la qualité de peintre du Roi^ tandis que, le 3
janvier 1 3 1 1 , il signe peintre de Madame, ^
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JEAN PERREAL III
fié le 1 5 juillet i3io, soixante écus d'or au soleil pour trois ans de ses
gages et pour les c pourtraiz par luy faiz et qu'il nous a derrenièrement
envoyez par Jehan Le Maire, nostre indiciaire, pour dresser les sépul-
tares que £ûsons fère en nostre couvent de Saint-Nicolas-de-Tolentin-
lès-Bourg, en Bresse (i] ».
Si le couvent de Brou s'édifiait vite, l'église n'était même pas com-
mencée. Les projets ne manquaient pas sans doute, mais aucun n'était
définitivement adopté. Jean Lemaire était desservi auprès de sa souve-
raine par les artistes ou ouvriers qu'il dirigeait; on lui reprochait d'à*
voir choisi de l'albâtre de mauvaise qualité. Le 20 novembre iSio, il
écrivit de Bourg à Marguerite d'Autriche pour se disculper, et il
recommanda, pour la construction de l'église, Perreal, de Paris, peintre
et valet de chambre de la princesse, « riche de science, d'enten-
dement, d'ingéniosité, d'audace, d'honneur, d'avoir et d'auctorité».
Perreal, en effet, était tout â la fois peintre, sculpteur et architecte,
n avait bonne envie de se rendre utile et même indispensable. Agréé
de nouveau par Marguerite d'Autriche, il écrivit le 4 janvier 1 3 1 1 â
cette princesse et à Louis Barangier, son premier secrétaire et maître
des requêtes, c Madame, ditrii à Marguerite, touchant Êdre une plate
forme pour l'esglise, je suis très joyeux m'y emploier, et me aideray
de tout ce que je ay veu en Italie touchant couvens, où sont les plus
beaux du monde, et feray sans excéder vostre voulenté, combien que
le logis ja fait est sy grant et sy magnifique que je ne sçay que l'on
dira, sinon que religieux sont plus dignes que Dieu d'estre sump-
toeusement logez (2) ». A Barangier, il parla de la même af&ire, mais
en termes plus précis. « Aussy bien l'esglise n'est pas fiiite, qui est le
principal, de laquelle esglise madite Dame m'a rescript fidre ung patron
ou plate-forme ; mais c'est chose qui ne se fait pas sans y penser, tant
au lieu que à la convenance et selon ce qu'elle me demande » (3).
L'Oise donc n'était pas commencée au mois de janvier iSii, et
Jean Perreal en faisait le plan. Le 3o mars iSii, il écrivit â Louis
Barangier : f Mons'', vous voiez la payne que je prends et de bon
cuer, tant en invencions que patrons. Et sur ma foy les derniers pour-
traiz ou patrons que j'ay faiz, tant celuy de l'esglise que des trois aul-
(1) PuW. par M. Chtrvct, p. 45. — M. Charvet pense que Perreal a fourni en i5o5 les
plans dn couvent de Brou. Les termes de cette lettre du i5 novembre iSoç, du mandement
du 27 juillet 1 3 10 et d'une lettre de Jean I^maire du 20 novembre i5io (citée dans mon
travaO sur Lemaire), ne semblent pas favorables à cette hypothèse.
(a) Oiarvet, p. 69. Lettre appartenant à M. B. Fillon.
(3) Charvet, p. 66. Pièce publiée par M. B. Fillon dans son travail sur Michel Colombe.
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112 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
très, m'ont donné baucoup de payne ; et joujours y va du mien, tant
aux alées que venues et aultres despences » (i).
Perreal se plaignait, non seulement de ses dépenses, mais aussi de
ses collaborateurs. Un sculpteur de Salins, nommé maître Thibault,
lui était particulièrement hostile, ce qui retardait les travaux. Per-
real se rendit cependant à Bourg le 9 septembre 1 5 1 1 avec Jean
Lemaire et les maîtres maçons M* Henriet et f^^ Jehan de Lorraine
€ pour besoigner aux pourtraictz de Téglise » {2). Il rendit compte de
sa visite, le 9 octobre suivant, a M« Louis Barangier, dans une lettre
restée jusqu'ici inédite (3).
Mon très honoré seigneur, très humblement à vostre bonne
grâce me recommande, vous avisent que ung peu devant
Tasumpcion de nostre Dame en aoust j'ay receu les très gra-
cieuses lettres de Madame et ay veu ce qu'elle escript à messei-
gneurs de Bourg et aux aultres, maiz quant aux lettres miennes
je suis tant joieux qu'il plest à Madame se servir de moy et
qu'elle estime mon très petit sçavoir et. s'en veult de tel servi-
teur servir.
Mons% je vous averti que je avec maistre Jehan Lemaire me
suis transporté audit lieu de Bourg et nous sommes présentez
à mesdits seigneurs et avons mené deux maistres massons, et
avec ceulx de Brou avons bien calculé, spéculé et regardé le
lieu tant à bastir que ccluy qui est basti pour les frères, et fis-
mes par cordeaux pour mieulx juger du tout, maiz considérant
le bastiment jà fait qui n'est pas peu, nous sommes tous d'un
acord délibéré de faire une esglise à iceluy correspondent, con-
sidérant plus faire ouvrage de fille d'empereur que pour aultre
regard. Sy me suis mis après et ay fait une plate forme que
mons*" rindiciaire porte, laquelle a porporcions et mesures par
le commandement de géométrie; sy peu que j'en ay veu et au
moins mal ay fait correspondre Tesglise au bastiment, comme
(i) Charvei, p. 80. Publiôo d'abord par Le Glay dans les Mémoires de la Société des
sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, année i85o.
(2) Lettre de Jean Lemaire du 8 septembre 1 5 1 1. {Mémoires de la Société des sciences de
Lille, année i85o, p. 336.)
(3) L*origina] fait partie d'une collection qui sera vendue prochainement
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JEXN PERREAL 1 l3
il est nécessaire. Voiez le, lisez les lettres dessus escriptes. J'ay
envoyé à Madame le compas dont me suis aidé, par lequel elle
peust, comme bien le scet, faire cognoistre touttes les largeurs,
haulteurs, longueurs, tant du tout que des parties.
Pour ce, Mons', sy vous plest de par vous seray excusé se
masson me blasme, disent que ne suis qu'un paintre. Certes
f ay veu de théorique ès-ars mathématiques quelque peu qui
fiadt assez â propos de mettre en acte, ce que voiez, car vous y
trouvères des choses plus nouvelles que je ne voiz jamaiz et me
suis totailement, avec le conseil de maistre Jehan Lemaire, des-
dié et mis mes petis scavoirs au regard et à Tœul de tous pour
enc^urer le faiz. Maiz quant Madame et vous tous, Messei-
gneurs, arez, par bon conseil et meure délibéradon ou seulle-
ment avec le vouloir de Madame, ordonné que ainssy se face,
et quant tel honneur me sera escheu que de Madame je sois
ordonné à ce, je vous prometz ma foy que je feray plus que
ne voiez, non pour me avancer ne le dis maiz pour ce que je
me sens fort et seur, maiz j'entends quant il vous plairoit de
venir dessà, car avec vous vouldroie communiquer et vivre, et
ne vouldroie point d'homme avec moy moindre de bon vouloir
que moy, et pour ce à vous m'adresse et ne di cecy synon
que je ne sçay à qui m'adresser quant je viens à Bourg, et m'en
suis bien aperceu par vostre absence, combien que madame
vostre belle mère et madame vostre bonne femme m'onlt fait
honneur de leurs biens et des vostres, à telles enseignes que
j'ay fait de croions qui n'est que demy couleurs le visaige de
madame la maistresse, vostre femme. Elle cuide que ce soit
grant chose, maiz quelque jour en vostre présence nous ferons
mieulî.
A revenir à propos je vous ay bien voulu escripre au long
afin qu'il vous plaise donner à entendre à Madame que je ne
vouldroie, en telle affaire que TesgUse, point estre garssonné
ne gourmande maiz avoir autorité à tout le rpoins de conduire
i5
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114 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
les choses à la vérité. Je le di pour ramour dp la sépulture,,
de quoy Je suis bien empesché avec Thomme que sçavez (i)^
et croy que je ne sçay que je feray, combien que je faiz faire
les patrons depuis que j^ay sceu que Madame veult qu'elle se
face. Maistre Jehan Lemaire vous dira bien la douleur ou
trouble en quoy j'en suis, et pleust à Dieu que je vous deusse
faire une ymage d'albastre ou de painture et je ne fusse que
seul. Je ne di plus; une aultre foiz escriprey à Madame la
vérité se je scay qu'elle se veuUe servir de moy, maiz aussy je
vous prie que en se que me pourrez aider vous me soiez pro-
pice et non fors que pour excécuter Thonneur de Madame et
esviter dommage.
Mons% je vous rescrips non pour vous rompre la teste maiz
pour vous donner à entendre que se Madame se veult servir
de moy en tel cas comme de Tesglise et sépultures, certes il est
forcé que je soie obéy en ce qu'elle veult et ce qui sera de rai-
son, ou je ne viveroye pas comme j'ay acoustumé qui est que
tousjours j'ay aymé science et la perfection d'icelle. Je n'ose dire
tout, maiz avoir la response de Madame touchant l'esglise qui
n'est pas petitte chose je vous rescripray ou parleray plus à
plain. Aussy vous dira mons"" Tindiciaire au vray ma bonne
voulenté. Jus ta illud difficile est indigent i bene operari,
combien que ce n'est pas ce qui me mainne en tout, maiz c'est
de bien commencer, de non avoir faubc raports et estre obéy
en bien faisent. Or je me débas de la chappe du moyne. Nous
verrons que Madame dira, ou celle en veult oster ou mettre
son vouloir soit fait, et je vous supplie, conuiie en celuy en qui
j'ay parfaitte fience, m'en rescripre à peu près sa concepcion.
Et encor diray je se mot que je feroye voulentiers le voyage
jusques en Flandre ce karesme, se tant il plaisoit à Madame,
pour dire ce que en papier je n'ose penser. Je ne sçay qu'il
en aviendra.
Mon9% je vous prie me pardonner et sur ce vous dis adieu
•n Maître Thibaut.
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JEAN PERREAL { 1 5
qu'il VOUS doint santé et sa grâce. A Lyon ce vnii* de octobre.
Devostre
Très humble serviteur
Jehan Pbrreal de Paris, p. d. M. (i).
S'yl vous plaisoit de sçavoir pour quoy j'ay envoyé ung filz
de XVIII ans que j'ay aux estudes à Dole, c'est pour deux cas,
car il y a ja bonne université, Fautre, car Madame m'en sara
gré et celle que ne nomme, c'est que mon petit argent sera de
lœsure (2).
La susciiption porte :
A mon très-cher et honoré seigneur mons' le maîstre,
maîstre Loys Barangier, en la court de Madame.
La pièce est scellée d'un cachet portant Tempreinte d'un camée
antique.
PeiTcal demandait à rester seul directeur des travaux. Il feitiguait la
princesse et son secrétaire de ses réclamations, et Lemaire se joignait
à lui (3). Ce dernier se rendit à Tours, pour c faire fisiire les patrons de
terre des sépultures 9, mais maître Thibaut refusa de raccompagner.
Aussi Lemaire écrivit-il, le 9 octobre i5ii, à Marguerite pour se
I^aindre du tailleur d'images. « Nulz ouvriers d'estime, dit-il, ne veullent
besoigner soubz lui (4) >. L'indiciaire s'adressa à Michel Colombe,
• habitant de Tours et tailleur d'ymaige du Roy nostre . sire », qui
reçut, le 3 décembre suivant, quatre-vingt-quatorze florins d^or pour
(i) Peintre de Madame.
(3) Ce fiut de TeoToi du fils de Perreal à TUnivereité de Dole m'a aidé à fixer la date de
la lettre. En efiet Jean Lemaire écrivit de Dole, le 9 octobre i5i i, à Marguerite d'Aatnchc,
pour loi faire part do voyage de ce jeune homme: « Madame, depuis mesdictes lettres
escripiei, f ay diligente en l'affaire par Vostre Haulteste à moy enjoinct ; comme verrez, s'il
TOBS plait, par les lettres que M* Jehan de Paris, vostre painctre. vous en escnpt, lesquelles
jt vous envoie par mon serviteur présent porteur. J*ay amené le filz dudit de Paris en ceste
voetre université de Dole aux estudes de loix et de décret, afin que son père soit tousjours
ploa endin & voetre service ; ce qu'il est desjà assez, espérant que sondit filz vous sera pour
recommandé. > {Mémoires de la Société des sciences de Ulle, année i85o, p. 337.)
(3) Lemaire dit, dans sa lettre du 9 octobre 1 5 1 1, déjà citée : ■ Madame, je pars d'icy pour
lier à Tours, selon le conseil et advis dudit de Paris, pour fisire faire les patrons de terre des
sépaltnres, ainsi qu'il vous a pieu me commander par voz derrenières lettres. Madame, je suis
contraint avec ledit de Paris de poursuivre toutes ces choses à noz despens. •
{4) Mémoires de la Société des sciences de Lille, p. 337.
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Il6 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
faire, en petit, la sépulture du feu duc Philibert de Savoie, c selon le
pourtraict et très-belle ordonnance fiedcte de la main de maistre Jehan
Perreal de Paris, painctre et valet de chambre ordinaire du roy, nostre
dit seigneur p.
Pendant ce temps, Perreal, qui résidait à Lyon, d^où il allait à Bourg
quand besoin était, avait terminé le plan de l'église de Brou. Il avait
reçu une lettre favorable de Marguerite d'Autriche; il y répondit le
ler décembre i5ii (i) :
Madame, tant et sy très humblement que faire puis à vostre
bonne grâce me recommande.
Madame, j'ay receu une vostre lettre escripte à Bosleduc (2)
dont VOUS remercie faisent mencion que avez receu la mienne
que vous escrips comme j^avoie esté à Brou et mené les mais-
tres pour aviser de Tesglise.
Madame, je vous avise que j'ay fait le patron ou pourtrait
de ladite esglise, et y ay fait tout ce que j'ay peu inventer et que
j'ay veu par tout où j'ay esté. Vray est que Ton peult adjouster
out ce quUl vous plaira, aussy Tay mis soubz vostre correcdon
comme verrez par mes lettres. J'ay aussy fait le couvent bastî
en trois parchemyns. Vous plaira avoir le tout à gré. Il y a
plus de deux moy que tout est fait, maiz, comme j'ay peu sça-
voir, Jehan Le Maire est demouré malade (3) sus les champs,
comme Ton m'a dit, il a esté à Tours vers Michel Coulombe
pour soliciter les patrons que je faiz faire de la sépulture et y a
esté long temps comme il m'a rescript. Je croy qu'il est sus les
champs pour tirer vers et portera tout.
Madame, je vous ay bien voulu rescripre pour ce que ce
pourteur est homme seur et aussy que je me tire tousjours vers
luy, car, sans mentir, je l'ay trouvé, quant je suis à Bourg,
(1) Cette lettre de Perreal, qui fait suite à la précédente, ni*a été obligeamment communiquée
par M. le comte Gilbert Borromée, de Milan, qui possède une précieuse réunion de lettres
d'artistes.
(3) Bois-le-Duc, ville du Brabant septentrional.
(3) Jean Lemaire s'était rompu le bras et était allé se faire soigner à Lyon, à ses grands
despens. Il le dit lui-même dans une lettre écrite à Jean de Mamix la 3 mai i5i i (Mémoires
de la Société des sciences de Lille, p. 333). C'est peut-Ml^ encore des suites de c«t accident
qu'il fut malade pendant son voyage à Dole.
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JEAN PERREAL I I 7
celuy qui plus congnoist mon intencion et congnoist bien que
j'ay veu conunent tout doit aler. J'ay plus communiqué avec
luy que aux aultres. Il vous pourra dire ce qu'il m'en semble.
Et, comme je vous ay rescript par Jehan Le Maire, se vous
entendez que de vostre esglise je y aye Touel ainssy que m'avez
rescript il fauldroit que j'eusse par vous quelque peu d'auaorité
et pour vostre profit, car à présent je n'y ay pas grant crédit.
Ce que j'en dis est afin tendent de bien conduire voz afifaires,
car ce dis-je pour maistre Thibault duquel ne puis chevir et
ne puis avoir ouvriers tant qu'il y sera, et puis il ne scet rien
et veult tout faire. Il a receu cent escus et ne veult bailler
argent pour paier les petis patrons que je faiz faire, maiz les
paie de mon argent.
Madame, vous en ferés ce qu'il vous plaira, maiz avec luy
ne saroie vivre. Je amasse mieulx avoir entreprins tout seul,
car aussy bien fault il que je fasse tout et que je mette les ou-
vriers en œuvre et que je les envoyé quérir.
Madame, je prie au benoist filz de Dieu qu'il vous doint sa
grâce. A Lyon ce premier jour de décembre. De vostre
La suscription porte : «
A Madame, Madame Marguerite.
La faveur de Perreal ne dura guère : maitre Thibaut (1), le tailleur
d'images, triompha du peintre de Madame. Ce dernier était sans cesse
(ij Les comptes, publiés^ par Dufay dans sa Dissertation sur les nouveaux documents
concernant l'église de Brou^ condenoent, à l'année iSoç, cette mention :
■ A nuistrc Thibaut sur sa taiche à lui baillée de uiller la sépulture de mondict
Kigneur m «c fl. •
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Il8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
exposé, tant à la jalousie des artistes et maîtres maçons, qu'au mauvais
vouloir et aux railleries des ouvriers. Ses projets, soit qu'ils fussent
trop savants, soit qu'ils parussent choquants par leur nouveauté (i),
rencontraient une vive opposition. On lui reprochait de n'être qu'un
peintre (2], et, quoiqu'il protestât de ses connaissances ès-arts mathé-
matiques, il ne put convaincre ses détracteurs. Bref la situation
devint de plus en plus difficile pour Perreal, qui recourut, mais en
vain, à sa protectrice (3). Marguerite, fiatiguée des plaintes de son
peintre, circonvenue par les ennemis de celui-ci, se décida à confier
l'exécution de l'église de Brou au Flamand Louis van Boghen (octo-
bre i5i2). Dès lors Perreal reprit ses fonctions à la G)ur de France,
Quelle part revient à cet artiste dans la contruction de l'église de Brou ?
Ses plans servirent-ils à son successeur ? Ce sont là des faits sur lesquels
on est réduit à des conjectures (4). Perreal, on le sait, montra plus
tard à Lyon ses talents d'architecte. Il mourut vers i5a8.
(i) Perreal insiste, dans ses lettres, sur la nouTeanté de ion plan et il déclare t'êtri inspiré
de Tarchitecture Italienne.
(3) Perreal le dit lui-même dans sa lettre du 8 octobre publiée plus haot.
(3) et lettres du 30 juillet et du 17 octobre i3i3, publiées par M. Chanret» p. 88 et 89.
On lit dans la première : « Madame, je croy que vous avez recau la t^>ulture de pierre
ensemble les ymaiges que vostre valet de chambre Pierrechon vous a portées. •
(4) M. Charvet traite ces questions ex professa dans son travail, auquel je renvoie mes
lecteur».
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JEAN-SIFFREIN MAURY
I M. Tabbé Maury passe pour un des orateurs les plus distingués
de nos jours. Les Panégyriques qu'il a fait imprimer, et ses succès
multipliés dans les principales chaires de Paris et dans celle de la Cour,
ont donné de lui cette idée avantageuse : elle est confirmée par son
Discours de réception à l'Académie Françoise, qui lui a obtenu l'accueil
le plus favorable du public. » C'est en ces termes que l'abbé de Fon-
tenai (i) commençait, dans le numéro du i5 février 1785 du Journal
général de France (2), son compte-rendu du discours de réception pro-
noncé par l'abbé Maury à l'Académie le jeudi 27 janvier 1785. L'abbé
Maury, prédicateur ordinaire du Roi, s'était dès longtemps acquis une
réputation d'orateur à laquelle avait ajouté encore son Traité de V élo-
quence de la chaire^ paru en 1777. Aussi avait-il obtenu, en décembre
1784^ le fauteuil du poète lyrique Lefiranc de Pompignan. Peu après il
prêcha le carême à Versailles devant Louis XVI et vit la foule des
gentilshommes et des courtisans se presser dans la chapelle royale
pour l'écouter. Cet enthousiasme flattait l'heureux abbé, avide de renom-
mée.Maury constata lui-même, dans une lettre du 22 février 1785 (3),
ses triomphes oratoires, et, ne négligeant pas les journalistes, qui, par
leurs articles, pouvaient étendre sa réputation, il envoya ses remercie-
ments à l'abbé de Fontenai pour l'article cité plus haut ; il le fit prier
aussi de venir entendre à Versailles un de ces sermons dont Louis XVI
disait : « C'est dommage ! si l'abbé Maury nous avait parlé un peu de
religion, il nous aurait parlé de tout (4). »
Versailles, cour de la Chapelle, 22 février 1785.
Je viens de lire, Monsieur, avec autant de plaisir que de
reconnaissance l'extrait que M. Tabbé de Fontenay a bien
(i) Louis-Âbel de Bonafous, abbé de Fontenai, né en 1737, à Castelnau de Brassac, prè»,
de Castres, mort à Paris le 38 mars 1806. 11 a fait plusieurs ouvrages ou compilations : le
plus estimé est le Dictionnaire des Artistes.
[t] Depuis le i"- mai 1776, l'abbé de Fontenai rédigeait le Journal général de France
qui paraissait les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine par numéro de quatre pages in-4.
Le prix de Tabonnement était de seize livres quatre sous pour Paris et la province.
(3) Cette lettre appartient à M. le baron de Girardot, qui a bien voulu m'en envoyer copie.
(4) Cf. Le cardinal Maury, sa vie et ses œuvres^ par M. Poujoulat; Paris, i855, in-8,
p. 56. >- Je ne sais si ce mot de Louis XVI est autlientique, mais c'est le cas de dire : Se non
è pero, è ben trovato.
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I20 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
voulu faire de mon discours. Je suis très-flatté de son sufirage ;
je trouve dans ses critiques mêmes (i) un ton de bienveillance
qui me plaît infiniment et qui donne une nouvelle autorité aux
éloges dont il m^honore. Permettez-moi de lui transmettre par
votre organe mes remerciements les plus sincères, en attendant
que j'aie Thonneur de les lui renouveler de vive voix dès que
je serai de retour à Paris.
Il y a une affluence extraordinaire à mes sermons qu^on
daigne écouter icy avec la plus extrême indulgence. Le Roy y
assiste, même les jours ouvriers, et vous verriez qu'il n'est pas
facile de trouver place dans la chapelle. J'ay reçu l'ordre de
prêcher le panégjnrique de saint Vincent de Paul, et je le destine
au quatrième dimanche, 6 mars prochain. C'est précisément
le jour que vous avez choisi pour venir m'entendre avec mon
frère. Vous me combleriez de joie si vous m'ameniez M. l'abbé
Brotier (2) et M. l'abbé de Fontenay. Nous dinerions tous
dans mon petit réduit apostolique, et, pendant l'intervalle du
dîné au sermon, fe vous procurerai la permission d'aller passer
une demi-heure avec M. le Dauphin (3). Vous serés enchanté de
la bonrte mine et de la gaietté de ce jeune Prince. Au surplus^
vous allés croire que je plaisante, mais en honneur je crois que
nous aurons un fort bon diné. Je serois trop heureux si Ma-
dame de la Tour vouloit être de la partie. C'est une pares-
seuse qui ne fait jamais un pas pour les apôtres, et je dois me
borner à lui renouveller l'hommage de mon respect, sans es-
pérer qu'elle fasse ce petit pèlerinage. Je la garderois pourtant
(I) L'abbé de Fontenai critiqua le passage où Maury disait que rAcadémie française « ren-
fermait les premiers hommes de la littérature et les plus yertueux, les plus dignes amis des
lettres et leurs plus zélés protecteurs. » Il déclara que ces éloges devenaient injurieux pour
ceux qui n'étaient pas de l'Académie, « et qui sont persuadés que le titre d'Académicien n'a-
joute rien au mérite de l'Homme de Lettres, n II trouva que le récipiendaire se montrait
sévère pour les poésies sacrées du marquis de Pompignan et il releva quelques expressions et
quelques tournures défectueuses.
(3) Il s'agit sans doute de l'abbé Gabriel Brotier, savant humaniste, membre de l'Académie
des Inscriptions, né en 1723, mort en 1789.
(3) Louis- Joseph-Xavier- François, fils aîné de Louis XVI, né à Versailles, le 22 octobre
1781, mort à Meudon, le 4 juin 1789.
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JEAN-SiFFREiN MAURY 121
au coin d'un feu royal et nous ne nous quitterions pas sans rire
un peu aux dépens de qui de droit. Je suis certain qu'elle ne
seroit pas fâchée d'avoir vu la cour à son aise ; je la ferois
bien placer, et elle n'auroit pas trente pas à faire pour arriver
de mon logement à la chapelle. Il n'y a que dix marches à
monter pour être au coin de ma cheminée.
On dit icy que M. l'archevêque de Toulouse (i) a la nomi-
nation de l'Empereur au cardinalat pour la première promotion
des couronnes, et que M. Necker (2) a reçu de M. le baron
de Breteuil une lettre ministérielle par laquelle on lui donne le
conseil de ne pas revenir à Paris, Je ne vous réponds pas de
ces deux nouvelles, surtout de la première, quoiqu'on s'en
contente icy comme si elle étoit authentiquement certaine.
Vous voyez qu'au milieu de mes inconcevables travaux, je
n'oublie point mes amis. J'espère que vous regarderez ce sou-
venir comme une sûre déclaration de franche amitié et que
vous ne recevrez pas sans intérêt ce foible, mais en vérité bien
méritoire hommage du tendre et respectueux attachement avec
lequel je vous embrasse. Monsieur, du meilleur de mon cœur.
Cet épanchement vaut mieux que toutes les formules.
L'abbé Maury.
La suscription porte :
A Monsieur, Monsieur de la Tour, secrétaire du Roy, rue
Saint-Jacques, vis à vis celle des Mathurins, à Paris.
Le panégyrique de saint Vincent-de-PauI, prononcé d'abord dans
relise de Saint-Lazare, fut en effet prêché devant le Roi, le 6 mars
1785. Cet exposé éloquent de la glorieuse vie de Vincent de Paul émut
beaucoup les assistants, qui ne connaissaient du grand saint que le
nom, et Louis XVI érigea, dans son propre palais, une statue à l'il-
lustre apôtre de la chanté.
(i) Étienne-Charles de Loménie de Brienne, arcbevSquede Toulouse (i763}, ne parvint au
cardinalat que le i5 décembre 1788.
(a) Necker, disgracié depuis 1781, vivait dans sa campagne près de Saint-Ouen. Il avait
pablîé, en 1 784, sous le titre d'Administration des finances^ un compte-rendu de son admi-
nistraticMi. Cet ouvrage avait produit en France et en Europe la plus vive sensation. '
Ib
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PIERRE DE BERULLE
Le Père Pierre de Bérulle, fondateur de l'Oratoire, fut élevé au car-
dinalat par le Pape Urbain VIII, au mois de septembre 1627. Louis XIII,
qui Tafiectionnait particulièrement, lui fît, à cette occasion, un don de
dix-huit mille livres tournois. Le nouveau cardinal donna quittance de
cette somme le 26 septembre 1627 (1).
Nous Pierre, cardinal de Bérulle, confessons avoir receu
comptant de M* Paul Ardier, s' de Beaur^ard, conseiller du
Roy en son conseil d^estat et trésorier de son espargne, la
somme de dix-huict mil livres tournois à nous ordonnée par
sa Majesté pour remmeublementqu^elleluy a pieu de nousdonner
à cause de nostre promotion au cardinalat De laquelle somme
de XVIII** 11. nous nous tenons contant et bien payé, en quit-
tons ledit sieur de Beauregard, trésorier de Tespargne susdite ,
et tous autres, tesmoing nostre seing cy mis le vingt-sixiesme
jour de septembre mil six cens vingt-sept.
Pierre cardinal de Bérulle.
Pour la somme de dix huict mille livres (2).
Le 26 octobre suivant, la Reine-Mère remit le bonnet de cardinal au
Père de Bérulle, qui, deux jours plus tard, informa de ce fait le cardi-
nal de Richelieu (3).
(i) Cette pièce est oonsenrée dans rexempUire de Y Histoire des Français de Sismondi
Ilustré par mon pèrci
(2) La signature et cet mots sont seuls autographes.
(3) Ci, Collection de lettres autographes et de documenU historiques sur le règne de
Louis Xm, formée par feu M. A. Pécard, décrite et précédée d'une notice par Etienne
Charavay; Paris, 1873, in-8, p. 63.
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f
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CHARLES ERRARD
COMPTES DE l'académie DE FRANCE A ROME
L'Académie de France à Rome fiit fondée, en 1666, par Colbert, sur la
proposition de Charles Errard, qui en fut le premier recteur. Les statuts
de F Académie, arrêtés par le Ministre le 1 1 février 1666, fixèrent le
nombre des élèves à douze : six peintres, quatre sculpteurs, deux archi-
tectes (1). Errard revint en France en 1673, mais il retourna à Rome
en 1675 avec le titre de directeur. Colbert avait coutume d'envoyer
à Errard les fonds nécessaires à Fentretien des élèves et aux dépenses
de l'Académie (2), et tous les trois mois le directeur rendait compte au
Ministre de l'emploi de ces fonds. Un de ces états, qui contient les
dépenses du second trimestre de Tannée i683, est conservé dans le
riche cabinet de M. le comte Gilbert Borromée, de Milan, qui m'a
gracieusement autorisé à en publier le texte.
Estât de la recepte et despenses faictes en T Académie Royalle
de Peinture, Sculpture et Architecture, establie à Rome par sa
Magesté très chrétienne, pendant les mois d'avril, may et juein
de la présente année mil six cens quastre vingt trois, que rend
à Monseigneur jColbet (3), marquis de Ceignelay et austres lieux,
conseiller du Roy en tous ses conseils et du conseil Royal, pre-
nûer ministre et segrétaire d'Estat, trésorier général, grand
commandeur de ses ordres, contrôleur général des finances et
(i) Cf. la notice historique de M. Lecoy de La Marche en tête de son onvrage intitulé
L'Académie de France à Rome; Paris, Didier, 1874, in -8.
(2) Colbert dit à Errard, dans sa lettre du 26 février i68a : c Je vous envoyé une lettre de
change de 10,000 livres poar les dépenses de l'académie, i {Correspondance de Colbert
FwbKée par Pierre Qément, t. V, p. 424.)
(3} J'ai, comme fe m'en suis tqpjours fait une règle, suivi scrupuleusement l'orthographe
de ce document, quelque bizarre qu'elle fût. I^ scribe était im Italien qui estropie souvent
les mots et surtout les noms propres.
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124 REVrE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
surintendant général des Batimants, jardins, arts et manefacr
tures de France, Charles Errard, peintre et architeae ordinère
du Roy et Recteur de la ditte Accademie.
Premièrement.
Recepte.
De la somme de neuf mil ceinq cens veingt une livre dix sols
neuf denier pour le débet et solution du compte de F Académie
des trois dernier mois passé, jenvier, febvrier et mars de la
présente année i683, rendus par le s' Errard, Recteur de la
ditte Académie, le 6' may i683, à Monseigneur Colbert, pre-
mier ministre et segretaire d'estat, cy 9521I. 10. 9.
Toutte la recepte du présente compte se monte à la somme
de neuf mil ceinq cens veingt une livre dix sols neuf de-
niers, cy 9521 1. 10 s. 9 d.
Despenses faictes en TAcadémie Royalle pendant les mois
d'avril, may et juein de la présente année i683.
De la somme de cent escus monoye de Rome payé par ad-
vanse suivant la coutume de Rome au sig' Pietro Caffarelli
pour le loyer du palais que T Académie 'occupe pendant trois
mois commancé le premier julliet et doive finir le dernier sep-
tembre de la présente année i683, suivant sa quitanse du pr.
julliet 1 683 revenant monoye de France à. . . . 354. 16. 9.
De la somme de dix escus monoye de Rome payé ausy par
advanse à Monsignor Vicentini pour le loyer d'un magazin que
Ton tient de luy, le quel est occupé de quantité de caises apar-
tenantes au Roy dans lesquelles sont les reliefs de la colonne
Trajanne, et se pendant six mois, commancé le premier juein et
doive finir le dernier novenbre de la présente année i683
suivant sa quitanse du i6* juein i683, revenant monoye de
France à ^. 35. 9. 8.
Pour de Pastellier de la longare du quel Ton paye trente
escus Tannée, monoye de Rome, Ton ne Ta pas encorre payé
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CHARLES ERRARD 125
la présente année, parce que les propriétaires plaident. L'on ne
sait pas à qui il eschera.
Somme de ce chapitre : III^ IIII" Xll. VI s. VI d. (i).
Austres despenses.
Pour la prowision du Recteur de TAcadémie Royalle, nou-
riture et entcetennement des eslèves pensionères aux arts de
Peinture, Sculpture, Architecture, Mathématiques, Anathomie
et austres nobles arts , à raison de 600 11. chaqun par année et
200 11. à chaqun de ceux qui s'en retourne en France après
qu'ils ont faict les estudes nécessaires pour se perfectioner dans
leurs arts, suivant leurs quitanses.
De la somme de sept cens cinquante livres pour le segond
quartier d'avril, may et juein de la présente année i683, de la
provvision du s' Errard, Recteur de la ditte Académie Royalle,
sa Magesté luy ayant accordé la somme de trois mil livres
chaque année de service, cy 75o. o. o.
De la somme de cent trente quastre escus quastre veingt
bajocque payé à M* Jasques Goubert, despensier de l'Acadé-
mie Royalle, pour la nouriture de huict eslèves pensionères,
savoir sellç du s' Joly (2) depuis le premier avril jusque au 27*
du dit mois, qui faict sept escus et trente neuf bajocque, selle
du s' Rousellet (3) pendant tout le mois d'avril qui est 8 escus,
(1) Cette addition a été faite après l'arrivée du mémoire à Paris. De même, en facs de
chaque article on lit des mentions comme celles-ci: Veu la quittance, Passé.
(a) Jean Joly avait obtenu le premier prix de sculpture au concours du 28 septembre 1680
dont le sujet était le fratricide de Gain (Liste des prix de Rome dans le t. V des Archives de
fart français, p. 378). Il devint sculpteur ordinaire des bâtiments du Roi et travailla aux
décorations de Versailles. (Cf. quittance de lui donnée le 27 décembre 1688, conservée dans
la collection de M. Cario Morbio, de Milan^ et analysée dans le travail de M. Ulysse Robert
sur les quittances d'artistes qui sont à la Bibliothèque nationale). Nous voyons aussi ce Jean
Joly, dont le nom est omis dans les biographies, figurer le 38 janvier i685, à l'acte de ma-
riage d'Eliwbeth G>ustou, sœur de Nicolas et de Guillaume. (CC Dictionnaire critique de
Jal, article Coustou, p. 144, f* colonne.)
(3) Jean Rousselet, sculpteur, fils du graveur Gilles Rousselet, fut reçu à l'Académie de
peinture le a8 juin 1686, sur un marbre, représentant la Poésie et la Musique^ qui est
aifctaeltement au musée du Louvre. 11 mourut le i3 juin 1693, à l'âge de 37 ans. (Cf.
Archipes de Fart français j 1. 1, p. 372, et t. H, p. 386.)
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Ï26 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
deux julles et 2 bajocque, et selle des s^Costu (i) et Barois (2)
de puis le 24^ may jusque au dernier juein, qui sont chaqun un
mois et sept jours et demie, qui faict pour les deux veingt
quastre escus cinquante ceinq bajocque, et selle des s" Feme-
ry (3), Bruant (4), Carbonet (5) et Levasseur (6), pendant les
mois d'avril, may et juein, qui font, pour eux quastre, nouante
huict escus soixante quastre bajocque, tous à raison par chaqun
mois de buict escus, deux julles et deux bajocque, revenant
monoye de France à 29 11. 3. 4., touttes les quelles sommes
joinctes en senbles font selle de cent trente quastre escus et
quastre veingt bajocque suivant sa quitan§e du premier juillet
i683, revenant monoye de France à 478. 6. 9.
(i) Ce Costu n*est autre que Nicolas Coustou, né à Lyon le 9 janvier lySS, qui avait
remporté le premier prix de sculpture, au concours de 1 68a, dont le sujet était Cain t>âtissaiit
la ville d'Héaoch. Ce grand artiste moumt à Paris le i^ mai 1733.
(2) François Barrois, né à Paris en i656, avait obtenu le second prix de sculpture au con-
cours de 1682. Il fut employé, comme sculpteur du Roi, aux travaux de Versailles. (Quittance
du 36 août 1689, dans le travail de M. Ulysse Robert, p. 68.) 11 devint membre de
'Académie le 3o octobre 1700 sur un marbre ronde-bosse de Qéopâtre mourante, puis
adjoint à professeur le 34 juillet 1703, professeur le 3 juillet 1706, et adjoint à recteur le 36
octobre 1730. n mourut le 10 octobre 1736 à Tâge de 70 ans ^et demi. (Cf. Archives de fart
français, 1. 1 et II.)
(3) Frémery obtint le second prix de sculpture au concours de 1680, dans lequel Joly
remporta le premier prix.
(4) Peut-€tre Jacques-Libéral Bruand, fils de Tarchitecte Jacques Bruand, né le 33 octobre
i663 0» membre de l'Académie d'architecture le 5 mai 1699 D, mort en 1733. (Cf.
Dictionnaire critique M Jal tX Archives de V art français, 1. 1, p. 420.)
(5) Architecte.
(6) Architecte que Colbert envoya à Rome en 1683. Dans sa lettre du 30 mars le ministre
dit à Errard: c J'ay donné un ordre au nommé Levasseur, jeune architecte, pour estrereçu
à l'Académie de Rome. Prenez soin de lui comme des autres, » (Correspondance de Colbert ,
t. V, p. 425.)
(*) La généalogie de la famille Bruand a été reconstituée par Jal. Jacques Bruand, mort en
1664, avait eu neuf enfants, dont deux portent le prénom de Jacques- Libéral et eurent pour
parrain leur oncle Libéral Bruand. Le premier naquit le 37 juillet 16 58 et le second le 33
octobre i663. Je pense que le pensionnaire de Rome devait être ce dernier, car il est probable
que le premier Jacques- Libéral mourut très-jeune et qu'en souvenir de cet enfant on donna
à un des fils qui vinrent après lui le même nom et le même parrain.
i*^) Un autre Bruand devint membre de l'Académie d'architecture en 1706. 11 s'appelait
François et était fils de Libéral Bruand, mais, étant né le 20 avril 1668, il était trop jeune
en i683 pour être pensionnaire à Rome.
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CHARLES ERRÂRD 127
Aus*" Desforest (i ), peintre, la somme de veingt quastre escus
soixante six bajocque pour le payement de sa nouriture pen-
dant les mois d^avril, may et juein, à raison de huict escus deux
julles et deux bajocque, revenant monoye de France à 29 11. 3. 4.
par diaqun mois, suivant sa quitanse du premier juillet i683,
revenant monoye de France à 87. 10. o.
Au s' Jean Batiste Goy (2), sculpteur, la somme de quastre
veingt livres dix sols pour sa nouriture pendant les mois d'avril,
may et jueint, ausy à la ditte raison de 29 11. 3. 4. par chaqun
mois, cy 87. 10. o.
De la somme de cent livre payé pour deux valest à TAcadé-
mie, cy 100. o. o.
Aux s" Desforest, peintre, et Femery, Costu et Barois,
sculpteurs. Bruant, Carbonet et Levasseur, architectes, la
somme de cent deux escus septante sept bajocque, revenant
monoye de France à trois cens soixante quastre livres onze
sols huia deniers, pour la prowision de leurs entretennement
pendant le segond quartier de la présente année, avril, may et
juein, savoir trois cens douze livres dix sols aux s" Desforest,
Femery, Bruant, Carbonet et Levasseur, pour leurs entreten-
nement pendant les mois d'avril, may et juein, et la somme de
cinquante deux livres un sols huict deniers pour Tentretenne-
ment des s" G)stu et Barois depuis le 24* may jusque au der-
nier juein, lesquelles sommes joinaes en semblés font selle de
trcHs cens soixante quastres livres onze sols huia deniers, à rai-
son de tous de 20 11. 16. 8. par chaqun mois, suivantleur qui-
tanse du premier juillet i683, cy 364. 11. 8.
(i) Charles Desforest ayait remporté le premier prix de peinture ta concours du 38 sep-
tembre 1680, dont le sujet était le fratricide de Caln.
(3) • Jean-Baptiste Goy, prCtre, docteur en théologie de la faculté de Parii, premier curé
de Véglise Sainte-Marguerite du faubourg Saint- Antoine, à Paris, avait été sculpteur dans
sa îeunesse, et il subsiste encore de ses ouvrages. Il se dégoûta de sa profetfion et embrassa
rétai ecclésiastique, dans lequel il s'est rendu recommanda ble par la charité de ses mceurs. Sa
sœur, Marguerite Catherine Goy, avait épousé M. Errard, directeur de F Académie royale de
peinture, établie i Rome. J.-B. Goy avait été à Rome et parlait assez bien des aru. H est
mort le 1 3 janvier 1738, d'une fluxion de poitrine, Agé de 70 ans. • {Àbecedario de Mariette^
t. II, p. 327.)
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128 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Au S' Jean Batiste Goy, sculpteur, la somme de soixante
deux livres dix sols pour son entretennement pendant le segond
quartier de la présente année, avril, may et juein, ausy à la
ditte raison de 20 11. 16. 8. par chaqun mois, cy. 62. 10. o.
De la somme de cent livres payé à Carlo Guerrier, modelle
de l'Académie, pour le service qu'il a rendus à la ditte Acadé-
mie pendant le segond quartier de la présente année, avril, may
et juein, suivant sa quitanse du premier juillet i683,
cy 100. o. o.
De la somme de trente escus monoye de Rome payé au s*"
Vitale Giordane, professeur Royal pour les Mathématiques,
pour les avoir enseigné aux eslèves pendant le segond quartier
de la présente année, avril, may et juein, suivant sa quitanse
du premier julieti683, revenant monoye de France,
à 106. 9. o.
De la somme de soixante escus, monoye de Rome, payé au
s' Jio Pietro Beretta, marchant de couleurs, pour son paye-
ment de deux grandes toilles sur lesquelles le s' Desforest doit
copier la dispuste du S^ Sacrement que Raphaël a peint dans
Tune des salles du palais Vatican (i), et de touttes les couUeurs,
huilles et pinseaux qu'il a fourny à l'Académie, suivant son mé-
moire et quitanse du 3 1 juein i683, revenant monoye de France
à 212. 18. o.
De la somme de veingt quastre escus quarante ceinq ba-
jocque payé à M* Bartolomeo Gregoni, maitre menussier, pour
son payement de touttes les ouvrages de menuisseris qu'il a
faict et fourny pour le service du Roy en son Académie, sui-
vant son mémoire et quitanse du 4* juein i683, revenant mo-
noye de France à 86. i5. o.
De \a, somme de cinquante un escus trente sept bajocque
payé au s' Jio Martine Fourgonne, marchant de marbre, pour
(i) Colbcrt avait écrit à Errard le 25 juin 16S3: c II est bon mesme que vous me fassiez
sçavoir ce que Ton pourroit à présent faire copier de plus beau;.à Rome, soit en peinture,
soit en sculpture, soit des plus belles 6gures que je n'ay pas encore lait copier, soit de celles
qui n'ont pas esté copiées avec toute la perfection convenable, t
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CHARLES ERKARD 129
900 payement de deux beloc de marbre blanc pour faire deux
^ures pour le Roy, suivant sa quitanse du premier may 1 683,
revenant monoye de France à •. . 182. 5. 5.
De la somme de deux escus nonante bajocque payé à Carlo
Saranni, maitre cheretier, pour son payement d'avoir apporté
deux beloc de marbre si desus du port de rip^^rande de Rome
à r Académie, suivant sa quitanse du 19* may i683, revenant
monoye de France à 10. 5. 8.
De la somme de trente six escus monoye de Rome payé à
Carlo Fllibert, marchant de charbon, pour son payement de
quarente somme de charbon qu'il a foumy pour le service du
Roy en PAcadémie, suivant sa quitanse du 12* may i683, re-
venant monoye de France à 127. 14. 9.
De la somme de cent cinquante six livres seize sols huict
deniers payé à Antonnio et Pietrouche, lustrateurs, pour leurs
payement de touttes les journée qu'ils ont travaillée à lustrer et
polir et lustrer la figure du Ganimède, que le s"" Joly a copié de
marbre, et à lustrer et polir le segond vaze de Tlphigénie ( i ) , de-
(t) Golbert avait ordonné i Çrrard de fidre copier à Rome plasleort yases antiques. Cet
oopiet étaient destinées à l'ornement des jardins des maisons royales. Dans sa lettre du
sB septembre 1679 (pob\. par Pierre Oément, p. 4o5), Colbert dit: « 11 est aussy nécessaire
que TOUS lassiez copier les grands vases de marlwe blanc qui sont à Rome, sçavoir : le grand
vase de k vigne de Médicis sur lequel est en bas-relief la fiible d'Ipbigénie. Il font encore
fdre £dre deux copies des mesmes vases que vous avez envoyez sur la dernière fluste. H
y a encore un autre vase à Rome qu'il laut faire copier de mesme, parce que ces vases sont
très-nécessaires pour les jardins des maisons royales. 1
Errard s'occupa aussitôt d'exécuter les ordres du ministre et il demanda l'autorisation de
choisir, pour ces travaux, des sculpteurs romains. Colbert lui écrivit, à ce sujet, te
39 février 1680: c Faites venir ces marbres dans les ateliers et £dtes-y travailler; mais
prenez garde qu'il n'y ayt rien de changé aux originaux, c'est-à-dire que les copies que vous
erez foire soyent des mesmes mesures, et que les omemens soyent foits avec soin et amour.
Cboisîasez, pour cela, les sculpteurs de Rome les plus propres pour cet ouvrage, et vous
devez estre «ssuré qu'aussytost que l'argent vous manquera, je vous en feray remettre de
nouveau, s Le 16 man suivant, il entretint encore Errard de ce même sujet * c Je vous ay
desja foit sçavoir que f approuvois la proposition que vous avez faite, de prendre des sculp-
tnrs romains pour foire les vases. Convenez du marché, en sorte que la dépense soit
raiaonoable et que les ouvrages soyent bien foits. 1
Errard fit loscrer let vases de Borgbèse et trartOler i celui dTphigénie. Golbert lui manda
TOME III 17
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l30 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
puis le premio: avril jusque au 3o* juein de la présente année
i683, suivant le roUe et sertificat du s"* Errard du 3* julliet i683,
cy i56. i6. 8.
De la somme de cent trente neuf livres treize sols huia de-
nier payé à Pietro Veniano, sculpteur scarpeillein, et à Sanson^
lustrateur, pour leurs payement de touttes les journée qu'ils ont
travaillé, savoir Venitiano à esbaucher la figure de la meusse
Uranie, et Sanson à lustrer et polir le segond vaze de Tlphi-
génie, depuis le premier avril jusque au 3o* juein, suivant le
rolle et sertificat du s' Errard des dits jour et an cy desus^
cy 139. 1 3. 8.
De la somme de nonante six livres dix sols trob deniers payé
au s' Canonville(i), peintre, pour son payement de touttes les
journée qu'il a travaillé à copier le tableau de TAtila que Ra-
phaël a peint dans Tune des salles du Palais Vatiquan, depuis
le premier avril jusque au 3o' juein, suivant le rolle et sertifi-
cat du s' Errard des dits jour et an cy desus, cy. 96. 10. 3,
De la somme de cent veint trois livres neuf sols dix deniers
payé pour tous les menus frais et despenses qui ont estée faicts
pour le service du Roy en TAcadémie pendant les trois mois
d'avril, may et juein de la présente année, suivant le mémoire
et sertificat du s*" Errard des dits jour et an cy desus,
cy 123. 9. 10.
ptr ta lettre du s 5 juin 1683 de ne rien négliger pour la beauté et la perfection de ces vases :
« J'apprends, par vostre lettre du 3 de ce mois, que tous avez fait lustrer le second rase de
Borghèse, et que vous fiiites avancer celuy d'Iphigénie. Continuez de £iire travailler à ces
deux vases et à les rendre les plus par&its qu'il sera possible. •
Les lettres de Colbert des 9 juillet, 24 août et 24 septembre 168a, parlent encore de ces
mêmes vases.
(1) Pierre Canovelle ou Canonville avait remporté le 2* prix de peinture an concours du
38 septembre 1680 dont le sujet était Ufrairicidtde Càim, Convaincu de nuuvaise conduite
•t de désobéissance aux ordres du Directeur, il fut chassé de l'Académie. Colbert écrivit à
Errard le 18 juin 168a : « Sur le tesmolgnage que vous me rendez de la mauvaise conduite
de Canonville et du peu d'obéissance qu'il a aux ordres que vous luy donnez, je vous envoyé
mon ordre pour le mettre hors de l'académie. • — Canonville s'amenda et il obtint son par-
don. Aussi le voyons-nous ûgurer dans Téut des pensionnaires de l'année i683.
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CHARLES ERRARD l3l
De la somme de douze escus cinquante bajocque payé au
s' Beaudri, marchant, pour son payement des estofes qu'il
a vandus pour vestir le suisse du Roy à FAcadémie, suivant
son mémoire et quitanse du 3o® juein i683, revenant monoye
de France à 44. 6. o.
De la somme de quarante ceinq julles payé à Calo [Carlo]
Reusch, tallieure suisse, pour son payement d'avoir faict Pabit
du suise du Roy en T Académie, suivant sa quitanse du
premier juUiet 1 683, revenant monoye de Franse à i5. 8. 3.
De la somme de veingt quastre escus^ monoye de Rome^
payé au s' Jio de Manche, marchant frangé, pour son
payement de tout le galon de velour et austres fournitures
qu'il a faia et foumy pour Pabit du suisse du Roy en l'Aca-
démie, suivant son mémoire et quitanse du 2* juillet i683,
revenant monoye de France à 85. 3. 2.
De la somme de dix huict escus trente six bajocque payé au
s' de la Pasience pour son payement de plusieurs chosses
qu'il a achepté pour le suisse du Roy en l'Académie, suivant
son mémoire et quitance du premier juillet i683, revenant
monoye de France à , . 65. 3. o.
Somme toutte 3873 11. i3. 7.
Toutte la recepte du présent compte se monte à la somme de
neuf mil ceinq cens veingt une livres dix sols neuf deniers,
cy 9521 11. 10. 9.
Et la despense faicte en l'Académie Royalle depuis le premier
avril jusque au dernier juein de la présente année i683 se
monte à la somme de trois mil huict cens septante et trois
livres treize sols sept deniers, cy 3873 11. i3. 7.
Partant le s' Errard, Recteur de la ditte Académie, a
encore entre ses mains pour solution du présent compte la
somme de ceinq mil six cens quarante sept livres dix sept sols
deux deniers, cy 5647 U. 17. 9.
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l32 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Faia à Rome ce 5* jour de joUiet mil six cens quastre veingt
trois.
(jimm t/rrâm
Colbert accusa réception de la pièce précédente i Errard le
28 juillet i683 : t J'ay reçu avec Tostre lettre Testât des dépenses de
l'académie pendant les mob d'avril, may et juin; je Texamineray,
Tarresteray et vous en enverray le duplicata dmis peu de jours. • Puis
il examina Tétat et y mit son visa qui est conçu en ces termes :
Veu par nous conseiller du Roy en ses conseilz, surintendant
et ordonnateur général des bastimentz, artz et manufacturez
de France, les recepte et ^espense faittes par le s' Errard
pendant le quartier d^avril dernier, lesquelles nous avons
vériffiées et approuvées, reste qui est deub par ledit s' Errard
la somme de cinq mil six cens quarente sept livres dix sept
soiz neuf deniers, de laquelle somme il fera recepte au compte
qu'il rendra du présent quartier de juillet. Faia et arresté à
Fontainebleau le septiesme aoust i683.
Colbert.
Cet état de dépenses de l'Académie de France à Rome est le dernier
que Colbert ait vu et signé, car, un mois plus tard, le ministre
mourait dans son hôtel de la rue Neuve-des-Fetits-Champs (6 septem-
bre i683).
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CARL VON LINNÉ
M. le comte Roger de Beauflfort veut bien me communiquer la
lettre de âdre part de la mort du fils du grand botaniste Linné.
L'exemplaire qu'il conserve dans sa collection fut adressé à Malesher-
bes. Il est imprimé en lettres capitales, et )'ai conservé la disposition
et la variété des caractères dans la figuration que j'en donne
ci-contre. La pièce est ornée des armes de la £unille Linné, que je
reproduis ici.
Linné fils était né à Falhun le 20 janvier 1741. Il fut un botaniste
distingué, mais bien inférieur ^â son père, auquel il avait succédé,
en 1763, comme professeur de botanique à Upsal.
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natmi kb unnue Mamrr
N.UNCIUM,
VIRUM
PERILLUSTREM atque NOBILISSIMUM
DOMINUM
CAROLUM A LINNÉ
MEDICINiE DOCTOREM; ad REGIAM ACADEMIAM
UPSALIENSEM MEDICINiE ac BOTANICES
PROFESSOREM, cet.
GENEROSISSIMIQUE EJUSDEM NOMINIS ULTIMUM
PJLEMATURA MORTE OCCUBUISSE,
UPSALIiE D. I NOVEMB. MDCGLXXXIII
KTATIS 8UJ£ ZUII
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LE CARDINAL DE ROHAN
& CAGLIOSTRO
Les rapports entre le cardinal Louis de Rohan et CagUostro sont
bien connvis. Le cardinal avait une foi entière dans le génie de cet
aventurier; il professait pour lui une sorte de culte depuis qu'à
Strasbourg, en 1780, Cagliostro avait fait quelques cures qualifiées de
prodigieuses. En 1789, le fameux thaumaturge résolut d'aller visiter la
Suisse, la Savoie et le Piémont. Il se rendit à Lyon, muni d'une lettre
du cardinal de Rohan, adressée probablement à Tarchevéque de cette
ville. Il prenait alors le nom de comte Phénix, Cette lettre du cardinal
a été conservée, et son possesseur actuel, M. Alfred Sensier, veut bien
me la communiquer. Elle est des plus curieuses par les termes dans
lesquels elle est conçue, et eHe témoigne que la vénération du cardinal
pour Cagliostro n'avait pas diminué.
Vous m'avez entendu souvent, Monseigneur, parler du
comte de Calliostro et vous sçavez comme j*ai toujours parlé
de ses excellentes qualités, de son amour pour faire le bien et
de ses vertus qui lui ont mérité et captivé J'estime des personnes
les plus distinguées de TAlsace et de moi mon attachement
particulier. Or actuellement que je sçai qu'il est à Lyon sous
le nom de comte Phénix, je vous le reconunande avec la plus
vive instance ; ce que vous voudrés bien faire lui captivera les
attentions générales. Je vous prie aussi de prévenir M' Gaze.
Je suis persuadé que vous prendrés pour cet être bienfaisant
les sentiments que je vous exprime. C'est avec vénération que
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l36 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
j'ai reconnu sa pente constante vers ce qu'il croit être bien (ait
et juste. J'ai dit tout ce qui est fait pour vous engager â lui
témoigner égard et amitié particulière, mais je n'ai pas dit tout
le bien que je pense de lui.
L'abbé Maury voudroit bien que nous fussions ft Paris (i).
J'espère et je désire qu'il^ réussisse, mais nous ne lui aurions
pas nuis. J'ai écrit à W Seguier et au cardinal de Lujrnes en
sa faveur. Vous pensés bien que l'Alsace retentit déjà du bruit
de guerre. Je parirois qu*il y aura guerre, et je sub intimement
persuadé qu'il n'y en aura pas.
Adieu, Monseigneur. Je vous suis attaché dqpuis longtems
et pour toujours de tout mon cœur.
De Saveme 7 décembre 1789.
Cette pièce porte au bas de la première page la signature de
Ca^iostro.
CagUostro voulait peut-être, en apposant sa signature, donner plus
de poids à la recommandation du cardinal.
On sait que ce voyage en Italie termina les aventures de ce fameux
charlatan. Arrêté à Rome, condamné à mort comme sorcier par le
tribunal du Saint-Office, il vit sa peine commuée en la détention
perpétuelle, et mourut, en 1795, au château de Saint- Léon, dans le
duché d'Urbin.
(1) Le Cardinal de Rohan atiit été élu dépoté aux ÉtaU généraux par let bailliaget de
HagMoau et de Witsembourg. L'abbé Maury rédamait sans doute loo cooooun dans ta
lutte contre Mirabeau,
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FRÉDÉRIC II
ROI DE PRUSSE
Frédéric II monta sur le trône de Prusse le 3i mai 1740. Le
20 octobre suivant l'empereur Charles VI mourut, laissant la couronne
à sa fille Marie-Thérèse. La nouvelle impératrice fut aussitôt attaquée
par les électeurs de Bavière et de Saxe et le roi d'Espagne, soutenus
par la France et la Prusse qu'unissait un traité d'alliance signé le
5 juillet 1741. Frédéric II cependant fit, le 9 octobre suivant, une
trêve avec l'Autriche, mais il la rompit bientôt, envahit la Moravie,
mais, mal secondé par ses alliés, il dut rétrogader en Bohème. Là il
remporta, près de Czaslau, le 17 mai 1742, sur le prince Charles de
Lorraine une mémorable victoire. Il profita de cet heureux succès
pour négocier la paix avec l'Autriche qui lui offrait la cession de la
Silésie. Le 10 juin 1742 il écrivit (i) à ce sujet au cardinal de Fleury
qui, le 20 du même mois, répondit à Frédéric II que, puisque leur
alliance était rompue, il ne fallait plus songer qu'à la paix. Cest au roi
de Prusse à en régler les conditions. « Je connais trop, ajoute le cardi-
nal, sa bonne foi et sa générosité pour avoir le moindre soupçon qu'elle
consente à nous abandonner, après les preuves authentiques) que nous
lui avons données de notre fidélité et de notre zèle pour ses intérêts.
Votre Majesté devient l'arbitre de l'Europe, et c'est le personnage le
plus glorieux que Votre Majesté puisse jamais faire. Achevez, Sire, de
le consommer en ménageant vos alliés et l'intérêt de l'Empereur
autant que possible. •
(1) Frédéric II tenait à ménager la France. Dans V Histoire de mon temps (dans le t. II,
p. 143, des Œuyres de Frédéric II publiées à Berlin en 1846), il dit à l'occasion de sa paix
avec rAotriche : « La bienséance demandait que cette paix qu'on venait de conclure se
notifiât aux anciens alliés de la Prusse. Le Roi avait eu de bonnes raisons pour en venir
là ; mais les unes étaient de nature à ne point être publiées, et les autres ne pouvaient se
dire sans accabler la France de reproches. Le Roi, loin d*avoir intention d'offenser cette
puissance, voulait conserver tous les dehors de la bienséance envers elle; seulement il se
bornait i ne point courir la carrière périlleuse où elle éuit engagée, et à devenir simple
spectateur, d'acteur qu*il avait été. •
TOME lU. 18
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l38 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Frédéric II écrivit de nouveau au cardinal de Fleury le 28 juillet 1742,
le jour même où il signait la paix avec l'Autriche. Sa lettre, qull n'a
pas reproduite dans VHistoire de mon temps, est des plus remarqua-
bles. J'en dois la communication â mon ami M. Alfred Bovet.
A Charlotenbourg, ce 28 de juillet 1742.
Monsieur mon G>usin,
Quoi que j^avois prévu les suites qu^auroient la disolution
de Talliance et que j^use toujours persisté dans la resolution de
remplir mes engagemens avec toute la rigidité posible, une en-
chainure de fautes faites par les généraux tant françois que
bavarois, en diminuant le nombre de mes alliez me chargoit
d'autans plus dû fardau de la guerre. De plus le risque* des
opérations devenoit de jour en jour plus problématique, et la
dificulté à reunir les respectifs alliez sur un plan d'opération
fixse et praaicable m'oblija, appres avoir fait toute sorte de
tentatives inutilles à la Cour de Viene pour lui arachér quel-
que partie de ses Etats en faveur de T Empereur et de la Saxse,
d'accepter les conditions de paix si souvans ofertes et tant de
fois refusées, ne pouvant seul soutenir à la longue le poix de
cette guerre qui sembloit tirer en longuer et pour la quelle il
y auroit falû des flots de sang répandus et des campagnes
nombreuses pour la terminer au gré des parties contractantes.
Je suis persuadé que la maison d'Autriche n'oublira tant
qu'elle subsistera ny la Loraine ni la Silesie, et que par conse-
quant nos intérêts seront toujours les mêmes. Vous veréz de
plus par toute mes démarches que jamais je n'enfraindrai rien
contre les renonsiasions que j'ai fait de mes prétentions sur les
Duchéz de Juillers et Bergues (i). J'ai trop d'obligations à la
(1) On voit dans la lettre au cardinal de Fleary que le grand Frédéric a reproduite dans
VHistoire de mon temps { p. 149), les mëinea expressions : « Je ne révoquerai famais la
renondatioQ que j'ai souscrite des pays de Juliers et de Berg ; je ne troublerai ni directement
ni indirectement l'ordre établi dans cette succession : plutdt mes armes tourneraient-elles
contre moi-même que contre les Français. On me trouvera toujours un empressement égal
à concourir à l'avantage du roi votre maître et au bien de son royaume. »
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FRÉDÉRIC II, ROI DE PRUSSE iSg
France pour la payer d'une si noire ingratitude, et, quelque
resorts que l'Angleterre face jouer, on ne tirera ni directement
ny indireaement le moindre secours de moy contre la
France. Mon treté de paix sera imprimé. Il n'y a point
d'article secret, et par cette publicasion toute l'Europe sera
convaincu que je n'ai voulu autre chose si non me soustraire
au hazards de la guerre et remetre mes provinses par la paix
que le tumulte de la guerre avoit dérangées.
Je n'ai point presé le Roy de Pologne pour faire sa paix. Il
lui a été simplement déclaré qu'il dependeroitde lui d'accedér à
ce treté, à condition qu'il retireroit ses troupes de la Bohème,
ce qui veut dire a peu près en termes sinonimes, si vous voulez
faire la paix ne faite plus la guerre.
Je ne suis point etoné des discours du public en France.
Les gens qui ne sont pas instruits ne pasent jamais pour jugez.
La postérité est la seule qui puisse décider de la réputation des
Princes. Pendant leur vie ils n'ont que des flateurs et des en-
vieux (i). Vous pouvez être persuadé, Monsieur, que j'emploirai
tout ce que je puis employer pour être utille à l'Empereur, que
vous me trouverai un zelle semblable pour la gloire de la
France, et une estime plaine d'amitié et admirations pour le
vénérable Mentor de la France, avec laquelle je sub à jamais
Monsieur mon Cousin
Votre très fidelle ami et Cousin
Federic.
Au cardinal de Fleuris,
(i) Dans FaTant-propos de V Histoire de mon temps, Frédéric II développe cette pensée :
• Comme je n'écris, dit-il, que pour It postérité, |e ne serai gêné par aucune coasidé-
ratioD do pnblic, ni par aocon ménagement : je dirai toat haut ce que beaucoup pensent
tout bas, en peignant les princes tels qu'ils sont, sans me prévenir contre mes ennemis, et
sans prédilection pour ceux avec lesquels j'ai été en alliance. Je ne parierai de moi-même
que lorsque je ne pourrai pas faire autrement; tout homme, quel qu'il soit, ne mérite guère
l'attention des siècles à venir. Tant qu'un roi vit, il est l'idole de sa cour ; les grands l'en-
censent, les poètes le chantent; le peuple le craint, ou ne l'aime que faiblement : est-il
mort ? alors la vérité parait, et souvent l'envie se venge avec trop de rigueurs des Cideurs
que k flatterie Im avait prodiguées. »
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JEAN-PAUL MARAT
Marat, docteur en médecine, qui avait publié en 1773 un livre inti-
tulé : De V homme ou des principes et des lois de Vinfluence de Pâme
sur le corps et du corps sur l'âme (i), fut nommé, le 24 juin 1777, mé-
decin des gardes du corps du comte d'Artois (2). Dès lors il s'adonna avec
passion aux travaux scientifiques, s'occupant tour à tour d'optique, de
physique, d'électricité, d'aérostation, etc. (3). Ufaisait toutes sortesd'in-
(1) Voltaire rendit compte de ce livre dtas U Galette littéraire. (La Framce littéraire,
ptr Quértrd, t. V, p. 3o3.)
(3) M. Charles Vatcl a publié, dans sa Bibliographie dramatique de Charlotte Corday,
p. CCCXXXin, le texte du brevet accordé à Marat. Ce document, conservé aux Archives
nationales, série O ipSS-igSG, réfute Terreur des biographes qui donnent à Marat le titre
de médecin des écuries d'Artois : aussi j'en donne id de nouveau le texte :
« Aujourd'hui 34 juin 1777, Mgr le Comte d'Artois, étant à Versailles; sur le rapport qui
lui a été Ciit des bonne vie et mœurs, des lumières et expérience dans Tfrt de la raédediie
du sieur Jean-Paul Marat, Docteur en médecine de plusieurs fiicultés d'Angleterre n« voulant
lui donner une marque de sa bieaveillance» Mgr lui a accordé et lui accorde la place de
médecin de ses gardes.
• Voulant et entendant que ledit sieur Marat jouisse des honneurs, prérogatives et avantages
qui peuvent 7 être attachés, et qu*il puisse s*en qualifier dans tous les actes publics et parti-
culiers.
« Et pour assurance de sa volonté, Monseigneur m'a commandé d'expédier ce présent
brevet, quHl a signé de sa main et fidt oontre-signer par mol, Conseiller à ses conseils.
Secrétaire de ses commandements, Maison, Finances et de son Cabinet. »
(3) Q: Histoire de Marat par M. A. Bougeard (Paris, Bruxelles, i865, a vol in>8). XJt
livre, qui est une apologie de Marat, contient cependant d'intéressants renseignements sur
Marat, en tant que savant. — Le Catalogue d'une importante collection de documents
autographes et historiques sur la Révolution française rédigé par mon père (Paris,
J. Charavay, 1863, in-8, p. 33a) décrit un dossier de 164 pièces sur Marat, parmi lesquelles
deux lettres de Formey, secrétaire perpétuel de l'Académie de Berlin, adressées à Marat en
1779 et 1788 sur ses ouvrages scientifiques.
n C'est à Londres et en langue anglaise que Marat publia, en 1774, ses Chaînes de
l'esclavage. Cette même année, le i5 juillet, il fut reçu à Londres dans U Maçonnerie par U
loge des Free and accepted masons. Le diplôme délivré à Marat a été décrit par mon père
dans le Catalogue d'une importante collection de documents autographes et historiques
sur la Révolution française (Paris. J. Charavay, 1863, in-8, p. 353).
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JEAN-PAUL MARAT I4I
vendons, et croyait que ses découvertes devaient profiter au bonheur de
rhumanité. N'ayant pas trouvé en France la protection qu'il désirait,
il se tourna vers la Cour d'Espagne. C'est ce que nous apprend une lettre
adressée le 6 novembre 1783 à M. de Saint-Laurent, à Madrid (i). 11
n'est pas inutile, je crois, de publier cette pièce qui montre le futur
révolutionnaire sollicitant la protection d'un grand Roi.
Paris, le 6 novembre 1783.
Je croiois, mon cher ami, vos aflfaires et les miennes termi-
nées et je vois pour mon compte que j'ai encore besoin de
patience. Je désire que la vôtre ne soit pas longtemps à
répreuve. Vous m'annonces de nouvelles informations. Je ne
saurois imaginer sur quoi elles peuvent porter. Quoiqu'il en
soit^ je me flatte pouvoir soutenir le plus strict examen. J'aurois
pensé toutefois être assés avantageusement connu du public
pour que Ton m'en eut dispensé. Au surplus vous me marqués
de la part de Monsieur le Comte de Florida Blanca (2) qu'avant
le 1 5 de ce mois mon affaire serait terminée, et nous voilà au
six, sans que Monsieur le C. d'Aranda (3) m'ait communiqué
un seul mot. Peut-être le voyage de Fontainebleau a-t-il causé
ce retard. Vous m'exhortes à la patience, mon cher ami, en
considération de l'importance de l'affaire pour la gloire de
l'Espagne et la mienne. Quant à mon triomphe, il ne sauroit
me manquer; mais j'ai mis mon bonheur à porter les sciences
exaaes et utiles au plus haut point qu'elles peuvent 'atteindre.
J'ai besoin pour réussir de la protection d'un grand Roy et je
serois au comble de mes vœux si je puis consacrer mes talents
au bien d'une nation que j'aime et respecte.
Poursuives donc comme vous avés commencé et ne laissés
pas la tâche imparfaite.
(1) Cette pièce avait été conservée dans les papiers du comte Real.
(3) Joseph Monino^ comte de Florida-Blanca, premier ministre du roi d'Espagne Charles Ili.
né à Morde en 1739, mort à SéviUe en 1809.
p) Don Pedro- Pablo Abaraca y Bolea, comte d'Aranda, né le 18 décembre 17 18, mort en
1799. il ^ttit tlors ambassadeur d'Espagne à Paris.
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142 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
J'ai VU M. Solano plusieurs fois. Il a vu mes expériences
fondamentales et n'a rien à objecter. Au reste, je ne sais s'il
est convaincu des erreurs de Newton en optique : il me paroit
aussi réservé qu'aimable. Peut-être s'ouvrira-t-il à moi lorsque
nous serons plus liés, et ne doutés point que je ne fasse tout ce
qui dépendra de moi pour le triomphe de la vérité.
La suscription porte :
Monsieur, Monsieur de Saint- Laurent, à Madrid.
Derrière, M. de Saint- Laurent a écrit ces lignes :
1783 : novembre 6. M' de Marat est prêt à répondre aux
objections qu'on poura lui faire.
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JOSEPH ET CARLE VERNET
Lorsque M. de Vandières qui avait obtenu, par le crédit de sa sœur,
la marquise de Pompadour, la survivance de la charge de surintendant
des bâtiments du Roi, alors occupée par M. de Tournehem, alla visiter
Rome en lySo, il vit le peintre Joseph Vernetet lui commanda, au nom
de sa sœur, deux tableaux (i). Quand Vemet revint en France, il con-
serva la protection de M. de Vandières, devenu marquis de Marigny
et surintendant. En 1753, ce dernier lui demanda un tableau que
Fartiste exécuta Tannée suivante et dans lequel il représenta une
Tempête et Naufrage d'un vaisseau (2). En lySS, Vemet fit aussi
pour le marquis un Paysage avec un groupe de pêcheurs et de lavan-
dières (3). En 1761, M. de Marigny sollicita encore du peintre, qui
était alors à La Rochelle pour peindre une vue de ce port, deux petits
tableaux, un paysage et une tempête (4). Il en fut si satisfait qu'il
écrivit à Vemet la lettre suivante :
A Versailles, le 17* novembre 1761.
Je suis extrêmement content, Monsieur, de vos deux petits
tableaux, surtout de Forage que je mets fort au dessus du
calme. J*en suis si content que j^ay changé leurs destination et
que j'en omeray mon cabinet qui Test desjà de deux grands
tableaux de vôtre façon. Mandez moy absolument ce dont je
(1) Cf. Joseph Vemet et la peinture auXVÏÏI^ siècle par Léon Lagrange ; Paris, 1864,
ia-8, p. 56.
(2) Ce tablean fut exposé aa Salon de 1755 (Livret réimprimé par M. J.-J. Gnidrey, p. a5)
n figura, en 178a, dans la vente du marquis de Marigny et fut payé, avec les Lapandières
6631 livres.
(3) Ce taUean fut exposé au salon de \^b^ (Livret réimprimé par M. J.-J. Gnilfrey. p. 30.)
n fut vendu, en 1783, 6631 livres avec le Paysage indiqué plus haut.
(4) Ces deux tableaux furent vendus 33oo livres en 1782.
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144 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
VOUS suis débiteur. Je vous en feray toucher le montant par
une rescription sur Rochefort ou La Rochelle. J'ay l'honneur
d'êtte, Monsieur, vôtre très humble et très obéissant ser-
viteur.
Lb M" DE Maricnt.
Le marquis de Marigny mourut à Paris le lo mai 1781. Joseph
Vemet réclama alors auprès des héritiers du marquis le payement des
quatre tableaux mentionnés plus haut. Voilà la note qu'il rédigea à cet
effet et dont Toriginal, écrit tout entier par Vemet, est actueUement
entre mes mains.
Note instructive sur la réclamation de M' Vernet
AUPRÈS DES HÉRFIIERS MeNARS
En 1753 MMe Marquis de Marigny ayant témoigné à
M' Vemet le désir d'avoir de ses ouvrages, ce dernier luy fit
Tannée d'ensuite un tableau représentant une tempête de
4 pieds 3 pouces, sur deux pieds huit ppuces de haut.
En 1758 sur une nouvelle demande de M' le Mar* de
Marigny^ il fit pour pendant un paj^sage de même grandeur
avec des blanchisseuses sur le devant (i). Ces deux tableaux
furent très bien accueillis par M' de Marigny, mais il garda le
silence sur leurs prix et se borna à promettre des récompenses
à M' Vernet.
En 1 761, il luy écrivit à La Rochelle pour lui en demander
deux autres de 18 pouces de large sur 12 de haut pour Mad'' la
Mac?* de Pompadour. Cependant, lors qu'ils lui furent par-
venus, il jugea à propos de les garder pour son cabinet et se
mit pour lors en devoir de les payer.
M' Vernet crut qu'il devoit le laisser arbitre du prix et lui
fit une réponce en conséquence. Mais M*" de Marigny, imagi-
nant sans doute que M"" Vernet se trouveroit assez payé par
les faveurs qu'il pouvoit lui faire obtenir du Roy, lui renou-
(i) On lit dans le L/yre de vérité publié par M. Lagraoge, p. 341 : « Le pendant da
tableau que j*ay fait à M. de Marigny doit être de la largeur des toiles ordinaires d'Empereur
et doit avoir trois pieds neuf pouces et demy de haut.»
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JOSEPH ET CARLB VERNET 146
vella Tassurance d^un dédomagement. M' Vernet a attendu,
vainement, TefiFet de ces promesses et n'a obtenu ni pensions,
ni aucunes des récompenses qui sembloient lui être dues à
beaucoup d'autres titres étrangers à la question présente et
que M' de Marigny étoit plus que tout autre dans le cas de
sentir et de faire valoir.
On demandera pourquoy, depuis qu'il a été remplacé par
M' le comte d'Angiviller, M' Vernet n'a formé aucune
réclamation auprès de lui.
M' Vernet peut, à cet égard, être taxé de négligeance, mais
il considéroit, d'un côté, que M' de Marigny, restant adjoint à
son successeur, étoit encore à même de lui être utile; d'autire
côté, il espéroit que son fils, étant dans la carrière des arts,
obtiendroit par ce moyen une protection que les services et les
procédez du père lui mériteroient plus aisément.
M' Vernet demande si les lettres de M' le Mar* de Marigny,
depuis l'époque de 1761, qu'il a entre les mains, peuvent être
des titres suffisants pour former une demande en justice des
jMTx des quatre tableaux de lui qui se sont trouvez dans la
succession.
Cette réclamation ne paraît guère fondée quand on Ut, dans le Livre
de vérité y que Veraet a reçu de M. de Marigny 1000 livres pour le
tableau des lavandières (p. 363) et 1 5o livres (p. 36a) pour un autre
tableau.
En 1789 Joseph Vernet exposa au Salon plusieurs tableaux dont il
dressa lui-même la note que voici :
NOTTE DES TABLEAUX QUE M' VeRNET SE PROPOSE d'eXPOSER
AU SALON DU LoUVRE CETTE ANNEE I789
Deux tableaux dont un représente une tempeste et le
nauffrage d'un vaisseau ; Tautre une mer calme au coucher du
soleil, avec l'entrée d'un port de mer et la famille de Fauteur.
Un tableau représentant un incendie dans la nuit.
Un tableau représentant un brouillard au lever du soleil.
TOME m ^9
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146 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
Deux tableaux ovales, Tun en [l>aisage, Tautre en marine.
Ces six tableaux sont tirez du cabinet de feu M' Paupe.
Deux tableaux : une mer calme au coucher du soleil; l'autre
une fin d'orage avec le naufFrage d'un vaisseau d'où c'est
sauvé le capitaine, sa femme, son enfant et quelques matelots.
La femme se jette au pied d'une croix qu'elle trouve là par
hazard et remercie Dieu de l'avoir sauvée; l'enfant se Jette sur
sa mère, la voyant éplorée; [le capitaine] est au désespoir
d'avoir perdu son vaisseau.
Deux tableaux : une mer orageuse avec le naufirage d'un
vaisseau dans le fond du tableau, l'autre une pêche au lever du
soleil par un temps de brouillard.
Ces deux tableaux appartiennent à M*^ Delaage de Belle-
faye (i).
Un tableau représentant une marine au coucher du soleil (2).
Deux tableaux, un repprésentant un païsage au lever du
soleil, et l'autre le nauffrage de Virginie à l'Isle de France,
tiré d'un ouvrage de M*" de Saint-Pierre (3).
Cette exposition fut Tadieu du peintre qui mourut à Paris le 4 dé-
cembre 1789. Il laissait deux fils, dont l'un, Carie, s'était déjà acquis
une réputation dans la peinture de genre. J'ai sous les yeux l'original
du traité suivant, passé entre ce dernier et l'éditeur Auber pour la com-
position de six dessins :
Entre les parties soussignées il a été arrêté et convenu ce
qui suit, savoir :
Article i*'. Moi Carie Vemet, peintre d'hbtoire, demeu-
(1) Ce renseignement n'est pas consigné dans le liyret.
(2) Ce tableau, qui a pour légende dans le livret {p. i5) Un Calme au coucher du soleil
appartenait à M. Imbert, premier chirargien du duc d'Orléans.
(3) On sait qne c'est Joseph Vemet qui décida Bernardin de Saint-Pierre à publier Pau
et Virginie {Cf. M. Lagrange, p. 392). Le tableau du Naufrage de Virginie est son dernier
ouvrage. — Le livret du salon de 1789 mentionne encore de Joseph Vernet : Un Temvs
orageux dans un lieu sauvage et Plusieurs autres tableaux sous le même numéro.
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JOSEPH ET CARLB VERNET I47
rant rue de Lille n^ 2 1 , promets et m*engage de faire pour le
compte de M' Auber six dessins de figures équestres de la gran-
dcQT et dimention de celui que je fais en ce moment représen-
tant l'Empereur des Français^ les dits dessins colorés, et ce
pour le prix de mille livres tournois chacun.
Article 2. Je m'engage de plus à faire chacun des dits six
dessins dans l'espace de six semaines, deux mois au plus, à la
condition que M' Auber sera tenu de me remettre 5oo livres
lorsque mon dessin sera à peu près fait à moitié, et les 5oo livres
restantes en le lui remettant entièrement terminé.
Article 3. Moi Auber, éditeur, demeurant rue S^-Lazare,
chaussée d'Antin, no 42, promets et m'engage de remettre à
M' Carie Vemet, mille livres pour prix de chacun des six dessins
qu'il me fera, dont Je lui désignerai les sujets, et ce, 5oo livres
lorsqu'un dessin sera fait à moitié, et les 5oo livres restantes
en me remettant le dessin entièrement fini.
Article 4. Il est bien convenu entre les parties soussignées
que si, par des raisons qu'on ne peut prévoir, M' Auber ne
jugeoit pas à propos de faire faire les six dessins, il ne seroit
tenu que de payer à Monsieur Carie Vemet ceux dont il l'auroit
prié de se charger.
Fait double entre les parties pour être exécuté de bonne foi.
Paris, ce 19 aoust 1807.
Approuvé l'écriture. Auber.
Approuvé l'écriture. Carle Vernet.
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LE CONNÉTABLE DE LESDIGUIÈRES
Lettre adressée à c Messieurs de la Chambre des comptes et tréso-
riers généraulx de France en Daulûné i par le connétable de Lesdi-
guières. Elle fournit un curieux détail sur les privilèges pécuniaires
que Henri IV accorda à Gabrielle d'Estrées. Le connétable, en habile
courtisan, engage Messieurs de la Chambre des comptes à ménager la
toute-puissante favorite, auprès de laquelle il s'était personnellement
engagé en cette occasion.
Messieurs, j^ay esté présent quand les agentz de Madame la
Marquise de Monceaux luy ont faict entendre que vous appor-
tez des obstacles et traverses â la vente du sel de la traicte que
sa Majesté luy a accordée pour estre vendue firanchement et
générallement dans le pais de Daulphiné. Elle en a esté fort
courroucée et en voulloit faire plainte à sa Majesté, si je ne
Teusse asseurée que vous ne Tempeschez plus à la libre vente
dudit sel, puis que c'est Tintention de sa Majesté, à laquelle et
vous et moy fault que nous nous rangions. Je vous ay voullu
donner advis de ce que dessus et vous supplier de vouloir faire
en sorte que la cause de ces plaintes vienne i cesser, affin que
je me trouve en tout Véritable envers madite dame, les agentz
de laquelle s'accommoderont, je m'asseure, à quelque honneste
composition avecques tous, pourveu aussy que de vostre costé
vous vous mettiez à la raison, comme je me promectz que vous
ferez, et que sans les faire crier davantage vous tascherez d'en
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LE CONNÉTABLE DE LESDIGUIERES 149
tirer doucement ce qui se pourra, car, prenant cest affaire à la
rigueur, je croys que vous perdriez le tout et formeriez une
mauvaise voUonté contre vous en madite dame qui vous por-
teroit plus de préjudice que ne vous peult revenir d'utilité de ce
que vous sçauriez prendre à la rigueur sur ladite traiae. Je
vous supplie encores de vouloir prendre cest advis en bonne
part de moy qui le vous propose avec autant de sincérité que
je suis.
Messieurs,
Vostre bien humble pour vous fere service.
Lesdiguières.
A Paris, le xxiiii* février 1597.
Messieurs, Messieurs de la Chambre des comptes et
trésoriers généraulx de France en Daulfiné.
Cette pièce fait partie de la collection de feu M. E.-J.-B. Rathery.
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CHARLES IX
SIÈGE DE LA ROCHELLE
1573
Après les massacres de la Saint-Barthélémy, il sembla que le parti
huguenot se fût englouti dans ces torrents de sang versé. Plus de chefs,
plus de parti, telle avait été sans doute la raison d'état qui avait servi
de prétexte à ces horribles exécutions. Mais, bientôt, dans les provinces,
les huguenots revinrent de leur stupeur et se groupèrent pour résister
à leurs implacables ennemis. La Rochelle, qui depuis longtemps déjà
était le boulevard de la Réforme, refusa de recevoir son gouverneur,
Biron. Charles IX, inquiet de cette résistance, envoya un protestant,
le sieur du Viegean, pour faire entendre raison à ses coreligionnaires,
qui l'accueillirent avec défiance et le traitèrent même en ennemi. Alors
le Roi dépêcha aux Rochelois, en novembre iSja, un autre des leurs,
François de Lanoue, guerrier illustre, compagnon de Coligny, qui
avait maintes fois combattu pour le parti protestant et avait perdu un
bras au siège de Fontenay. Lanoue n'obtint pas grande concession
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CHARLES IX l5l
mais, dans l'espoir d'amener les révoltés à ùlïtc la paix, il resta, de
Taveu du Roi, dans La Rochelle (i).
Cependant Biron et Philippe Strozzi commencèrent le siège de la
ville rebelle. Pour accélérer les travaux, et peut-être aussi pour essayer
de nouer des négociations plus heureuses, Charles IX résolut d'envoyer
au camp son frère le duc d'Anjou. Ce dernier quitta Paris, le lo janvier
1 573, accompagné de son plus jeune frère, le duc d'Âlençon, de son
beau-frère, le roi de Navarre, de son cousin, le prince de Condé, et de
plusieurs autres princes et gentilshommes. Il était à peine parti que
déjà on regrettait à la Cour de l'avoir chargé d'une entreprise si impor-
tante. On le soupçonnait de ne pas surveiller avec assez de rigueur son
frère, esprit léger et prompt à Tintrigue, le roi de Navarre et le prince
de Condé, qu'une conversion forcée ne rendait que plus dangereux
Le bruit même se répandit que le duc d'Anjou, informé qu'une flotte
devait venir d'Angleterre sous les ordres du comte de Montgommery
pour secourir La Rochelle, avait résolu de réunir une forte armée de
mer pour combattre ces nouveaux ennemis, et qu'il avait dessein d'en
confier le commandement au duc d'Alençon et au roi de Navarre.
Aussitôt la cour s'émut et le secrétaire d'état Villeroy rédigea une dé-
pêche qu'il écrivit lui-même et fit signer par le Roi .11 remontra au duc
d'Anjou, dans sa lettre, combien sa résolution était contraire à la vo-
lonté royale et lui recommanda de ne pas permettre aux princes de le
quitter un seul instant (2).
Mon frère, j'ay esté adverty que vous préparez une grande
et forte armée de mer pour combatre ceulx qui s'ingéreront de
doner secours aux Rocheloys. Vous le m'avez aussy mandé,
dont j'ay esté bien fort ayse, car il me semble que, ce passage
cmpesché, vous aurez bien tost la raison desdits Rocheloys,
lesquelz continuront tousjours en leur oppiniastreté et obstina-
tion, tant qu'ils auront espérance de pouvoir estre secouruz par
cestendroict. Mais aussy, mon frère, il en fault doner la charge
à personne expérimenté qui la sçache conduire comme il appar-
tient, et que la considération de sa personne n'empesche l'exé-
(1) Q. Histoire des deux sièges de La Rochelle, le premier soubs le règne du Roy
Charles IX en l'année iSjS, et le second soubs le Ror Louis XIII à présent heureuse^
ment régnant, es années 1627 ^t 1628; Parii, Targa, i63o, in-ia.
(2) Cette pièce fidt partie de la ooUectioD de iea M. Rathery.
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l52 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
cution d^une entreprise hazardeuse quant elle s^ofirira. Ce que
je dictz, mon frère, est par ce que Ton me rapporte qu'aucun
proposoyt d'en doner la charge à mes frères les ducs d'Alançon
et Roy de Navarre, chose que je ne trouve en aucune manière
bonne ny convenable, et ne puis croire que vous y douiez
consentement, car vous scavez bien que leur permetant aller
avecques vous c'a esté à la charge qu'ilz ne vous habandonne-
royent aucunement, ains se tiendroyent ordinairement prez de
vous et n'iroyent en aucune faction sans vous. Au moyen de
quoy, mon frère, je vous prie faire entendre à tous ceulx
qui doueront ce conseil et feront ceste proposition que non
seullement je ne Tay agréable, mai que je la trouve très mau-
vaise, et de vostre part empescher qu'elle ne passe outre sur
tant que désirez mon contantement, me faisant fort que mes-
dits frères, comme sages et bien affectionnez à me com-
plaire, se conformeront à mon intention, et vous croiront
entièrement, de quoy je vous prie me mander au plus tost
des nouvelles.
Mon frère, je suis contant que le général Cbastellier continue
prez de vous la charge de mes finances, tout ainsy qu'eust faict
le feu s' de Marillac, suivant la commission qu'il luy en a esté
à son partement expédiée, m'assurant conmie il vous a con-
tante jusques icy et qu'il m'a tousjours très fidellement et soi-
gneusement servy en toutes occasions où il a esté employé,
qu'il s'efforcera doresnavant de mieulx faire encores s'il est
possible, et comme il est tout bon besoing, attendu vostre
nécessité d'argent et les abus qui se conunettent au payement
de mes gens de guerre. Mon frère, j'ay, suivant ce que vous
m'avez escript, mandé aux s" de Bouille et La Mailleraye
taire tout leur possible pour recouvrer en dilligence, chascun
en leur gouvernement, six vaisseaulx bien armez et esquipcz
pour vous estre envoyez dedans quinze jours après, ayant dé-
pesché à chascun ung vallet de chambre pour les solliciter de
ce faire, ausqbelz j'ay faia commandement demeurer près
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CHARLES IX l53
d'eulx Jusques à ce que lesdits vaisseaulx soyent partyz. Je prie
Dieu, mon frère, vous avoir en sa %ainte garde. De Paris, le
XI* jour de février 1573.
cû.
Mon frère le duc d'Anjou et de Bourbonno3rs.
On voit que Charles IX avait commencé à signer sa lettre sans
mettre de sa main la formule de politesse obligatoire entre frères.
Le siège de La Rochelle se continua. Lanoue dirigeait les sorties des
assises et le duc d'Anjou pressait les travaux. Les troupes royales,
d'une part, subissaient des pertes sensibles, et, le 3 mars, le duc d'Au*
maie fut tué d'un coup de couleuvrine. D'autre part, le convoi amené
par Montgommery, parvenu en vue de La Rochelle, ne put pénétrer
dans la ville. Lanoue, suspecté par ses coreligionnaires, perdant espoir
de rien obtenir pour la pacification, abandonna la cité, où les ministres
réformés entretenaient ThéroTsme de la population, décidée à tout
souffrir plutôt que de se soumettre. Sur ces entrefaites, le duc d'Anjou
ayant été élu roi de Pologne, il devenait urgent de réduire La Rochelle,
et Catherine de Médicis chargea ViUeroy de reprendre les négociations.
Villeroy proposa aux Rochelois non plus une capitulation mais une paix
pour tout le parti huguenot. Dès lors on ouvrit des conférences qui
aboutirent à un traité signé à La Rochelle le 6 juillet iJyS.
TOME m 20
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MARIE-ADÉIAÏDE DE SAVOIE
DUCHESSE DE BOURGOGNE
Marie-Adélaïde de Savoie, née à Turin le 5 décembre i685, était la
fille aînée du duc de Savoie Victor-Amédée II et de sa première femme
Anne-Marie d'Orléans, fille du frère de Louis XIV. Élevée avec som
par sa mère, elle fut promise, en 1697, au duc de Bourgogne, fils du
Dauphin de France. Cette union avait pour but de détacher la Savoie
de la ligue européenne. Ma rie- Adélaïde avait douze ans. Son mariage
fut célébré avec une grande magnificence à Versailles le samedi
7 décembre 1697. Le cardinal de Coislin officia à la place du grand
aumônier, le cardinal de Bouillon, alors à Rome, c La journée se
c passa assez ennuyeusement, » au dire de Saint-Simon. On soupa et,
en sortant de table, on alla coucher la mariée, c de chez laquelle le
t Roi fit sortir absolument tous les hommes. » La Reine d'Angleterre
donna la chemise. Pendant ce temps le duc de Bourgogne se déshabil-
lait dans Tantichambre et le Roi d'Angleterre lui donnait la chemise.
Une fois la duchesse couchée, le duc entra et se mit dans le lit à sa
droite, en présence des Rois et de toute la Cour. Tout le monde sortit
alors, sauf Monseigneur, les dames de la princesse et le duc de Beau-
villier. Après une causerie qui dura un quart d'heure, Monseigneur fit
relever son fils, en lui permettant cependant d'embrasser sa femme,
malgré l'opposition de la Duchesse du Lude. Le Roi, à cette nouvelle,
exprima son mécontentement, c et dit qu'il ne vouloit que son petit»
c fils baisât le doigt de sa femme jusqu'à ce qu'ils fussent tout-à-fait
€ ensemble. * Tandis que Louis XIV se montrait si rigide, son autre
petit-fils, le duc de Berri, t trouva bien mauvaise la docilité de
i Monsieur son frère, et assura qu'il seroit demeuré au lit (i). »
Marie-Adélaïde, par sa hardiesse et sa familiarité, par son caractère
enjoué, par ses saillies spirituelles, charma la Cour. Quoique régu-
lièrement laide, selon Saint-Simon, elle régna par la grâce et par
l'esprit et gagna irrésistiblement tous les cœurs, même celui de
Louis XIV, qui, vieux et fatigué, accablé de soucis et de revers, pro-
(I) Saint-Simon, édition Regoier fils, t. i, p. ^88
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p
1
t.
ii
\ ■
I
\l
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MARIE-ADÉLAÏDE DE SAVOIE l55
menait son ennui dans ses palais de Versailles et de Marly. Peut-être,
par sa coquetterie ravissante, par son amour des plaisirs, par son
jesprit primesautier et incisii, rappelait-elle au Roi cette belle duchesse
d'Orléans qui, dans des temps plus heureux, avait été, elle aussi, l'or-
nement de la Cour et la véritable reine des fêtes splendides de
Versailles, que Louis XIV organisait en son honneur (i). Toujours
est-il que la duchesse de Bourgogne devint aussitôt l'enfant gâtée du
Roi, qui donna pour elle fêtes et bals magnifiques. Aussi s'empressa-
t-elle, le 3i janvier 1698, de racontera sa grand'mère (2} combien
elle était heureuse et choyée à la cour de France (3).
Ce 3 1 janvier.
Si je vous faisois part de tous mes plaisirs, ma chère grand
maman, ma lettre seroit bien longue. La ménagerie, S* Qr,
la promenade sur des asnes, la comédie, Topera, les masca-
rades et plus que tout les bontés du Roy me font passer les
jours bien agréablement. Ils me paroissent bien courts. On
ira la sq)maine qui vient à Marli. Il y aura un bal et j'irai en
masque avec M' le D. de B. Je suis bien persuadée de vostre
amitié, ma chère grand maman, et j'en conserve une bien
tendre pour vous.
Le tour de cette lettre est d'une naïveté charmante, et toutes celles
que j'ai vues sont d'un style non moins agréable. Ces fêtes de Marly,
ces bals masqués où elle accompagnait son mari nous sont connus par
les récits de Saint-Simon. La duchesse de Bourgogne y r^nait sans
partage et les animait singulièrement. On ne craignait pas, dans ces
mascarades, de faire de grosses plaisanteries, dont le Roi, tout grave
qu'il fût, était le premier à rire. L'aventure du pauvre maréchal de
Luxembourg,masqué et affublé d'une coiffure surmontée d'un bois de
cerf, emblème de ses mésaventures conjugales que lui seul ignorait, est
des plus plaisantes (4). C'est là un trait de mœurs qui peint merveil-
leusement la cour de Louis XIV.
(i) CL Revue des Documents historiques, t II. p. i.
(3) Marie-Jetnne de Savoie, fille de Charles-Âmédte, duc de Nemours, veuve en 1674 de
Chtrks-Emxnaauel II, doc de Savoie, et mère de Victor- Amédée II.
(3) Cette lettre est empruntée i la collection de feu M. Ratbery.
(4) Saint-Simon, t. H, p. 399.
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DIDEROT & FRÉRON
En 1757 Denis Diderot avait cultivé les diverses branches de la
littérature, sauf Fart dramatique. En véritable encyclopédiste, il résolut
de s'essayer au théâtre et il composa une comédie en cinq actes et en
prose, Le Fils naturely qu'il fit imprimer. La pièce, venant d'une per-
sonnalité aussi considérable, fut accueillie avec enthousiasme par les
amis et admirateurs de Tauteur, avec curiosité par les sceptiques, avec
malignité par les adversaires des idées philosophiques représentées par
Diderot. Parmi ces derniers, Fréron tenait une des premières places
dans son Année littérairej dont la devise, empruntée à Martial, était
Parcere personisy dicere de vitiis, il se flattait de diriger le goût du
public quant aux œuvres nouvelles. Il louait les uns, flagellait les autres.
Les Encyclopédistes étaient surtout en butte à ses attaques. Fréron
avait pris le rôle de champion des idées religieuses ; il soutenait les
Jésuites et tous ceux qui réagissaient contre le courant philosophique
et social dont Voltaire était le chef et TEncylopédie Tévangile. Le
Fils naturel ne pouvait, en raison de son origine, échapper à Texamen
sarcastique du critique. Tout aussitôt Fréron rédige son réquisitoire,
mais il est arrêté dans son élan. Il apprend que M. de Malesherbes veut le
réconcilier avec Diderot. Or M. de Malesherbes était le directeur de la
librairie : sans sa permission nul écrit ne pouvait paraître. Fréron n'était
pas homme à ne pas ménager une telle puissance. Il se hâte d'écrire à
M. de Malesherbes pour lui dire qu^il se conformera à sa volonté. Sa
lettre est un véritable mémoire, où la malignité s*allie parfois au bon
sens. Fréron y pèse les avantages et les inconvénients de cet accord
forcé entre Diderot et lui, et s'attache à prouver combien ses intérêts
seraient lésés. Enfin, tout en protestant de sa par£eiite obéissance aux
désirs du ministre, il démontre les impossibilités morales et matérielles
qui s'opposent à ce qu'il devienne l'ami de Diderot (i).
(i) Cette lettre fkit ptrtie de la coUectioa de feu M. Ratfaery
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I
DIDEROT ET FRÉRON iSy
Monsieur,
. On m^a dit que vous souhaitiez que je devinsse l'ami de
M. Diderot, et qu'une autre personne en place, qu'on ne m'a
point nommée, avoit également à cœur cette réunion. Je suis
trop jaloux. Monsieur, de faire quelque chose qui puisse vous
être agréable pour avoir un instant balancé sur le parti que
j'avois à prendre. Je m'habillois pour aller vous rendre compte
mercredi dernier de mes sentimens, lorsque mon libraire m'en-
voya dire que vous étiez chez lui. J'y courus, j'arrivai, et vous
étiez déjà parti. Je fis arrêter sur le champ à l'imprimerie l'ar-
ticle ànjils naturel, dont on avoit imprimé seize pages. Il m'a
fallu remplacer cet article considérable qui m'a coûté plus de
huit jours, et qui auroit occupé près de deux feuilles d'impres-
sion. J'ai veillé jour et nuit pour remplir ce vuide, et pour que
ma feuille parût au temps marqué; malgré cela elle sera
retardée de quatre ou cinq jours. Ce travail extraordinaire ne
m'a point permis. Monsieur, de vous aller faire ma cour ni
de vous écrire plus tôt. Je saisis le premier moment que j'ai de
libre pour vous communiquer quelques réflexions sur ce qu'on
désire de moi.
L'association de M. Diderot avec des gens qui n'ont cherché
et qui ne cherchent encore qu'à me nuire ; avec des gens qu
ont fait tous leurs efforts pour me faire exclure de l'Académie
de Nancy, et pour m'enlever la protection dont m'honore le
Roi de Pologne, duc de Lorraine; avec des gens qui m'ont fait
ôter le journal étranger pour le donner à un certain petit de
Laire (i) qui n'a d'autre mérite que d'être leur croupier et qu'on
(t) Alexandre Deleyre, né aux Portets (Gironde) en janvier 1736, fax éleré chez les jésuites,
mais, quoiqu'il eut commencé à porter llubit de cet ordre, il abandonna la vie religieuse et
embrassa les idées philosophiques. Il fut Tadversaire de Fréron contre lequel il publia, en
1756, la Revue des feuilles de Fréron (Cf. Quérard). 11 coopéra au mouvement révolution-
naire, ûit député À la Convention par le département de la Gironde et vota la mort de
Louis XVI, en compagnie du fils de son ancien adversaire. Il fut, en 1795, élu au Conseil
des Anciens et à l'Institut (classe des Sciences morales et politiques). H mourut le
37 mars 1797* «
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l58 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
est obligé de remercier, parce que six cens souscripteurs ont
quitté et qu^on en perd tous les jours depuis qu'il est chargé de
cet ouvrage ; avec des gens qui m'ont fait mettre à la Bastille,
en irritant sous main contre moi le ministre d'une Cour étran-
gère qui n'avoit fait aucune attention à l'article de mes feuilles
dont il ne s'est plaint que trois semaines après que cet article
avoit paru; avec des gens qui ont répondu aux critiques que
j'ai faites de leurs ouvrages par un gros volume d'injures qu'ils
ont dictés à un quidam que personne ne connoit, et à qui ils
ont donné copie d'une lettre abominable du comte de Tressan,
qu'il n'a peut-être jamais écrite ou du moins qu'il n'avoit pas
écrite dans l'intention qu'elle fut imprimée ( i) ; avec des gens qui
me ferment toutes les voies aux récompenses littéraires que je
crois mériter aussi bien qu'eux pour le moins; qui me flétrissent
dans le monde par mille infâmes calomnies, et qui, s'ils le pou-
voient, me perdroient comme la Motte et Saurin ont perdu le
grand Rousseau (2) ; avec des gens enfin qui ont mis tout en
en œuvre pour vous indisposer contre moi, et qui peut-être
sont parvenus à vous donner de ma façon de penser des idées
fausses et injurieuses. Du moins, ai- je quelque fois eu lieu de
le craindre par les discours qu'ils vous ont attribués sur mon
compte et par quelques reproches, vagues à la vérité, que vous
m'avez faits, auxquels j'ai été extrêmement sensible : je vous
avoue. Monsieur, que l'union de M. Diderot avec de pareilles
gens ne m'avoit pas donné une idée bien avantageuse de la
bonté de son caractère, ni même, j'ose le dire, de sa probité;
et j'aurois tout naturellement conclu qu'il participoit à leurs
noirceurs, si des personnes dignes de foi ne m'avoient assuré
qu'il étoit incapable d'entrer dans ces menées odieuses qui
deshonorent les lettres, et qui les perdront tôt ou tard. J'ai
(i) V. la lettre de FréroD que je publie après celle-ci. Elle contient le dénoftment de
cette affaire da comte de Tressan.
(2) Cest ainsi que Fréron avait coatnnie d'appeler Jean-Baptistt Rousseau. (Q. article de
Y Année littérairej 177a, B III, p. 23.)
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DIDEROT ET FRERON iSg
donc distingué M. Diderot de ceux avec qui il a le malheur de
vivre, je ne lui en ai jamais voulu personnellement; je fab
quelque cas de son esprit et de ses connoissances, et je le crois
un très galant homme sur ce qu'on m'en a dit.
Mais, quoique je ne sois pas son ennemi, quoique j^aie même
de la disposition à devenir son ami, je ne puis vous dissimuler,
Monsieur, que je redoute cette liaison. M. Diderot et ses adhé-
rens sont des novateurs très dangereux en matière de littéra-
ture et de goût, pour ne parler que de ces objets, les seuls
qui soient de ma compétence ; c'est sur eux principalement que
doivent tomber les traits de la critique, parce qu'ils ont la fa-
veur d'un certain public, et que leurs fautes, leurs erreurs, ont
des suites plus pernicieuses que celles des Chevriers ( i ), des
Mailhols, des la Morlières, etc. Personne ne s'intéresse plus
vivement que vous. Monsieur, au progrès des lumières hu-
maines et au maintien du bon goût, et j'ose vous répondre que
(i) Chevrier a?ait ea souvent des démSIés a?ec Fréron. Il avait porté plainte plusienit
ibis contre le critiqae, et notamment dans la lettre saivante adressée i Malesherbes et que
fempnmte à la collection Rathery :
• Paris, ce 14 janvier 1755.
« Monsieur,
c Voicy la troisi&me plainte que f ay l'honneur de vous adresser contre le sieur Fréron ;
au mens- de juillet dernier vous eûtes la bonté de me promettre justice de quelques person-
nalités dont lliomme le moins susceptible auroit pu se plaindre sans afficher de l'humeur
J*ignore les ordres que vous avés donnés, en conséquence, mais je sais que, trois mois après,
il continua de m'attaquer personnellement. Les noirceurs du sieur Fréron m'arrachèrent
alors une réponse plus modérée que le contre-poison, mais moins heureuse, puisque vous
n'avés pas jugé à propos d'en permettre l'impression.
t J'avois pensé qu'en ra'empêchant de me rendre une justice autentiquc, vous aviés résolu
de m'en iaire une particulière, et j'ay été tranquille jusqu'à l'apparition de la 35* feuille. C'est
dans ce nouveau libelle que le sieur Fréron, sans parler d'aucun de mes ouvrages et dans la
seule vue de m'injurier, me nomme dans les termes les plus indignes. Un auteur doit aban-
donner ses écrits à la critique, mais c'est à la sagcisc d'un magistrat éclairé à mettre sa
personne et son nom à l'abri des insultes. Cette dernière réflexion me persuade que cette
lettre aura un sort plus heureux que celles qui l'ont précédée. Votre vocation est d'être
juste : remplisses la dans cette conjoncture en réprimant un critique odieux dont la bile
avilit les lettres et décourage ceux qui les cultive.
« Je suis avec respect,
« Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur
« Chevrier. »
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l6o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
si on laisse faire M. Diderot et ses semblables, et les lettres et
le goût seront anéantis en France avant dix ans. Si M. Diderot
étoit aussi isolé que je le suis, s^il ne tenoit à aucune seae, à
aucune cabale, j'éprouverois plus de plaisir que de peine à
nous unir ; mais il est le chef d^un grand corps; il est à la tète
d'une société nombreuse qui pullule et se multiplie tous les
jours à force d'intrigues. Il me priera sans cesse de ménager
ses amis, ses confrères, ses admirateurs; je ne pourrai parler
ni de l'Encyclopédie, ni d'aucun encyclopédiste; il faudra m^h-
terdire pour mes feuilles et ce Dictionnaire et les ouvrages de
plus de cent écrivains peut-être qui nous inonderont tout à leur
aise de leurs délires philosophiques, c'est-à-dire, Monsieur, que
je m'abstiendrai de rendre compte des écrits qui prêtent le plus
à la censure, et dont le public sensé attend de moi que je relève
les défauts. Qu'est-ce qui me restera pour mes feuilles? De
mauvais vers, de plats romans; ce ne sera plus guère la peine
que je travaille.
Permettez-moi, Monsieur, de vous faire observer encore
qu'il est assez singulier qu'on choisisse pour nous rapprocher,
M. Diderot et moi, le moment où il vient de donner un ouvrage
au public. Il ne faut pas avoir la vue bien longue pour voir que
M. Diderot vise à l'Académie françoise (i),et que ceux qui lui
veulent du bien appréhendent avec raison que je ne démontre
(comme je crois l'avoir fait) que son Fils naturel, le seul ou-
vrage qu'il ait écrit du genre de l'Académie, est une pièce
détestable. Voilà, Monsieur, du moins à ce que je présume, le
nœud de l'affaire. Je parierois presque que c'est un artifice
inventé par quelques encyclopédistes. Ils ont parfaitement senti
(i) Diderot ne parvint jamais à être admis à l'Académie française. Les efforts de Voltaire
urent impuissants devant l'aversion de Louis XV. Malesherbes dit, dans une lettre d'avril
1758 (Bibl. nat., recueil Anisson Duperron, F, Fr, 22191, p. g) :
• Pour M. Oiderot, il a fait des fautes et il en a été puni sévèrement, mais ces fautes sont-
elles irréparables. Les disgrâces qu'il a déjà éprouvées et celles qu'il éprouve encore^ puisque
l'entrée des Académies luy est interditt pour le moment présent^ ne sont elles-pas
suffisantes. •
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DIDEROT ET FRÉRON l6l
que vous éûz trop juste. Monsieur, pour me défendre de par-
ler du Fils naturel.
Qu'ont-îls fait? Us ont imaginé de me rendre Tami de pas-
sage de M. Diderot, uniquement pour ne pas tourner sa comé-
die en ridicule, bien déterminés, après qu'ils auront obtenu
ce qu'ils veulent pour le moment, à rire de ma simplicité
d'avoir donné dans ce piège. Peut-être même auront-ils l'inso-
lence de faire entendre, s'ils ne le disent pas ouvertement,
qu'ils scavent me faire taire quand bon leur semble. Dès que
M. -Diderot sera reçu de l'Académie françoise, je suis persuadé
qu'on me l'abandonnera ; mais il est important qu'il y soit
admis, et ime critique bien faite dans laquelle on prouveroit
invinciblement que It^ls nalurel est contre le bon sens et le
bon goût, ne hâteroit pas sa récepdon. Jugez vous même,
Monsieur, si je dois être bien flatté des motifs intéressés qui
font qu'on recherche mon amitié ou plutôt mon silence.
On m'a assuré que M. Ûiderot ignoroit les démarches qu'on
vouloit bien faire pour nous rendre amis. Lorsqu'il en sera
informé, il pourra s'en offenser, les désavouer même. La phi-
losophie moderne est orgueilleuse. Il pensera, ou du moins ses
associés ne manqueront pas de répandre dans le public que
j'aurai fait les premières avances. Ils me prêteront une lâcheté
à laquelle je ne m'abaisserai jamais: je ne crains ni M. Di-
derot ni aucun de ces Messieurs; je n'envie ni leurs talens, je
m'en crois autant qu'ils s'en donnent; ni leur fortune, je scais
m'en passer; ni leurs honneurs littéraires, ils ne sont flatteurs
que lorsqu'on les mérite; ni la considération dont ils jouissent,
elle est fort équivoque.
Mais si ces Messieurs veulent sincèrement la paix, quelles
sont les conditions qu'ils y mettent ? Il faut que deux parties
contractantes trouvent un avantage à peu près égal dans un
traité. Qu'ils me fessent autant de bien qu'ils m'ont fait de
mal. Us ont voulu me faire chasser d'une Académie ; qu'ils me
fiassent recevoir de l'Académie françoise, je me flatte d'avoir
TOME III 21
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l62 REVUE DES DOCUMENTS HISTOIUQUES
assez de mérite pour y occuper une place; j^en juge par eux-
mêmes; ils m^ont fait perdre huit mille francs par an que me
valoit le journal étranger; quMls me fassent donner des pen-
sions ou des intérêts dans des afTaires qui me rapportent le
même revenu. Alors je pourrai entendre i un accomoKxle-
ment; alors je m^engagerai, non à dire du bien de leurs ou-
vrages, mais à ne rien dire de ceux qui seroient aussi mauvais
que le fils naturel. Mais j'aurois beau être leur ami : je suis
bien sûr, Monsieur, quUls ne m^en aimeroient pas davantage;
le dévots et les auteurs ne pardonnent jamais; tout le fruit de
cette réconciliation normande sennt pour eux; je n^y gagne-
rois rien; j^y perdrois au contraire; mes feuilles en devien-
droient moins intéressantes; le public se plaindroit, et je me
verrois réduit au sot personnage de dupe : ainsi, Monsieur,
tout bien considéré, il vaudroit mieux pour l'intérêt des lettres^
pour celui du public, et pour le mien, que nous restassions
comme nous sonmies.
Au reste, Monsieur, ce que je viens de dire des conditions
d'un traité de paix entre les puissances philosophiques et les
puissances critiques, n'est qu'une plaisanterie. Il suffit que
vous désiriez que nous vivions en bonne intelligence, M. Di-
derot et moi, pour que je m'y prête de bonne grâce, comme
j*ai déjà eu l'honneur de vous le dire. Tout ce que j'ambi-
tionne, c'est que vous soyez persuadé que c'est en votre consi-
dération seule que mon cœur se résout à recevoir des senti-
mens tout-à-fait nouveaux pour lui, et que je vous fais le plus
grand sacrifice que j'aie fait de ma vie en qualité d'honmie de
lettres. Je n'exige aucun retour de M. Diderot; je suis trop
dédommagé si j'ai le bonheur de vous plaire. Il peut donc
continuer d'insérer dans son Dictionnaire tous les sarcasmes
qu'on lui fournira contre moi. Des épigrammes enfouies dans
un in-folio ne me piquent guère. J'ai un peu plus beau jeu; il
n'y a point de parité entre de petites feuilles, misérables à la
vérité, mais que tout le monde lit, et un gros Dictionnaire très
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DIDEROT ET FUÎRON l63
beau, très sçavant, très sublime, mais qu^on ne fait tout au
plus que consulter de temps en temps.
Comme j'ai lu, Monsieur, à plusieurs personnes l'extrait
du Jih naturel à mesure que je le faisois et que le public s'at-
tend à le voir dans mes feuilles, je ne sçais ce que je répon-
drai lorsqu'on me demandera pourquoi je n'en fais aucune
mention. Il peut encore arriver que quelqu'un à qui on aura
dit par hazard la façon dont je m'y prenois pour anal}rser cet
ouvrage, adopte cette façon et s'en serve pour une critique
particulière. J'en serois désespéré; vous pourriez penser. Mon-
sieur, que j'aurois fait imprimer clandestinement l'article qui
n'auroit point paru dans mes feuilles. Cette idée m'afiSige, et ne
croyez pas, Monsieur, que je vous en prévienne ici par poli-
tique et pour me mettre 4'avance à l'abri du soupçon. Je
suis incapable de ces indignes manœuvres; la franchise et la
bonne foi forment mon caractère. J'engage ma parole d'hon-
neur la plus authentique et la plus solemnelle que pas une
ligne de ce que j'ai écrit sur le fils naturel ne paroîtra dans
le public de mon aveu.
Tout ceci m'attriste et m'embarrasse, Monsieur; je prends
la liberté de vous demander vos conseils sur la conduite que
j'ai à tenir. Si vous voulez bien avoir la bonté de m'indiquer
un jour et une heure où je puisse avoir l'honneur de vous
voir, je me rendrai à vos ordres.
Je suis avec un profond respect.
Monsieur,
/^/^tV CA'C^^' 2X-*^^V7 /2^.
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164 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Les désirs de Malesherbes ne fiir^t pas sttisfeits : Diderot et Fféron
restèrent chacun dans leur camp (i). Seulement le critique fut obligé
de suspendre ses coups, tant qu'on paria du Fils naturel. Quelques
mois plus tard cependant il fut permis à Fréron de dire son opinion
sur cette pièce. La lettre VII de V Année littéraire contint, à la date du
3o juin 1757, un compte-rendu du ^1/5 naturel,
Fréron déclare qu'il est imprudent à un critique de parier d'an écrit
qu'une foule bruyante de ïbmx connaisseurs proclame un chef-d'œuvre.
Aussi a-t-il attendu, pour rendre compte du Fils naturel, qu'on ne
parlât plus de cette pièce, c Au reste, je suis bien sûr de ne point bles-
ser, dans l'examen que j'en vais faire, les égards que mérite M. Diderot.
Je suis certain encore, d'après tout ce qu'on m'a dit de son caractère
et de sa £piçon de penser, qu'il est moins fait qu'un autre pour s'indigner
avec hauteur d'une critique juste, honnête et polie. • Puis il analyse
les cinq actes et formule ses critiques contre le Fils naturel en vingt
paragraphes, mais avec modération. Il s'élève surtout contre les person-
nages de Dorval, le modèle des amis, et de Constance, que Fauteur
représente comme une philosophe, mais qui f est tout aussi ridicule
que tant de mères, de tantes et de sœurs d'une certaine maturité, qui,
dans un grand nombre de nos comédies, font rire le Public à leurs dé-
pens. > Il termine par des compliments, c Quelque défectueux qu'on
trouve cet écrit, il doit faire d'autant plus d'honneur à M. Diderot, que
c'est son coup d'essai dans un genre qu'il n'a jamais cultivé. Les études
mêmes auxquelles il s'est livré jusqu'à présent, les ouvrages qu'il nous
a donnés, le travail immense dont il est occupé, sembloient l'éloigner
de la carrière Dramatique ; et je ne puis assez m'étonner que les pre-
miers pas qu'il y hazarde soient si fermes et si assurés. »
L'influence de Malesherbes est visible. Fréron est forcé de contenir
(i) On troave dans X Annie littéraire de 1757, t. VIII, p. i23. une lettre où Pafistot
8*excu8e d'avoir attribaé une épigramme A on grand philosophe. Fréron ajoute en note le
passage suivant:
« Je ne me souviens pas de l'épigramme en question. Je m en rappdle seulement le fond
qui vouloit dire que ceux qui critiquoient ht, Diderot étoient des rats maladroits qui Toa-
loient attacher le grelot au cou du chat. Ce chat étoit M, Diderot^ Les deux derniers ven me
reviennent dans la mémoire :
• Minet s'éreille et les regarde : zeste,
• Vous les voyez tous rentrer dans leur trou.
• La comparaison de M. Diderot à un chat n'est pas juste. Car lediat est un animal pateUa
tartuffe, vicieux de sa nature, comme Fa démontré M. de Buffoo danstoo Histoirt nëtmrtlle
tome VI, article Chat, •
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BIOratOT ET FUbtON l65
sa Terre satirique et, s'il attaque la pièce, il est plein de déférence pour
Fauteur.
Fréron cependant, continua la guerre contre les Encyclopédistes,
tellement que D'Alembert se fâcha et demanda justice à M. de Males-
herbes. Ce dernier, je l'ai déjà dit, était, depuis lySo, directeur delà
librairie. Nulle situation n'était plus délicate que la sienne. Ami de la
plupart des philosophes, il dut souyent poursuivre leurs ouvrages et gar-
der dans i'exerdce de ses fonctions une impartialité bien difficile. Males-
herbes était doué d'un esprit de justice et d'un bon sens pratique qu
contrebalançaient sa bonté et sa faiblesse. Il savait résister à ses amis
et en cette occurence il refusa de châtier Fréron. c Mes principes, dit-il,
sont qu'en général la critique littéraire est permise et que toute critique
qui n'a pour objet que le livre critiqué et dans laquelle l'auteur n'est
jugé que d'après son ouvrage est critique littéraire. > Il fit cependant des
remontrances à Fréron, qui écrivit au tout-puissant ministre la lettre
suivante, qui est le corollaire obligé de celle que je viens de publier (i).
Monsieur,
Il m'est impossible de vous envoyer la note des articles
cnqrclopédîques où je suis direaement ou indirectement atta-
qué. Je n'ai jamais lu toute V Encyclopédie ni ne la lirai Jamais,
à moins que je ne commette quelque grand crime, et que je
ne sois condamné au supplice de la lire. D'ailleurs, ces Mes-
sieurs me font venir à propos de botte dans les articles les
plus indîfiférens et où je ne soupçonnerois jamais qu'il fut
question de moi. On m'a dit qu'à l'article Cependant^ par exem-
ple, il y avoit deux traits, l'un contre Dieu, l'autre contre moi.
Mais l'article où ils se sont le plus déchaînés sur mon compte,
c'est l'article Cn7i(7«e; il yen a mille autres que je ne me
rappelle pas, et mille autres que je n'ai pas lus (2).
(i) Dans k t n de tes Causeries du lundis Sainte-BeaTe a ooniacré A Bftksherbet «a
artide plein de réréUtioiia piquantes et d'aperçoi ingénieux. 0 cite phisieon lettres adressées
i ftlalesberbes, mais sans mentioan«- la sonrce de ces documents nouveaux. Or, M. Manrka
Toomeox a retrouvé A la Bibliothèque nationale, dans la collection Anissoo Duperroo
(t. i3x, F. Fr. 33i9i)t toutes les pièces qui ont senri A Sainte- Bauve, et c'est grâce A ses
adicatioas que f ai pn les compulser et donner id cette seconde lettre de Fréron.
(i) Cette première partie de la lettre a été publiée par Sainte-Beuve dans ses Csuseries
dm Itmdi, U ii, p- 418. Le reste est inédit, sauf le passafe que fti lawricnnl d-tprèa
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l66 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Au reste, Monsieur, ce n^est point le mal qu^ils peuvent dire
de moi, mais le mal qu'ils ont voulu et qu'ils veulent encore
me faire, qui me les rend justement odieux. Vous sçavez vous-
même, Monsieur, qu'ils se sont efforcés de m'ôter la protec-
tion du Roi de Pologne Duc de Lorraine, de me faire chasser
de l'Académie de Nancy, qu'ils ont écrit mille horreurs contre
moi à la cour de Lunéville, et qu'ils ont engagé M. de Tressan,
qui étoit mon ami, à écrire lui-même cette lettre infâme que
d'Alembert a fait imprimer. Au mois de septembre dernier
que le Roi de Pologne étoit à Versailles, j'allai lui faire ma
cour, et j'y trouvai M. de Tressan qui vint le premier à mol,
m'embrassa et me demanda pardon devant M. de La Galai-
sière, M. Hulin et M. le marquis de Bonnac, de cette lettre
abominable; il m'avoua qu'il avoit été indignement trompé
par ces Messieurs, et qu'il ne se pardonneroit jamais d'être
entré dans les vues de leur ressentiment Je vous dte^ Mon-
sieur, mes témoins qui sont existans et dignes de foi. Le Roi
de Pologne me donna, à l'occasion de ces viles manœuvres,
la marque la plus glorieuse et la plus chère des bontés dont il
m'honore. Il écrivit à une personne respectable qu'il avoit
déclaré à M. de Tressan i mon sujet, qu'il ne vouloit point
qu'on lui dît du mal de quelqu'un dont tout le monde lui
disoit du bien. Ce sont ses propres paroles; j'ai une copie de
sa lettre. Ma détention à la Bastille est encore l'ouvrage de ces
Messieurs. Il y a quatre ans que le Roi de Prusse m'avoit
agréé pour être de son Académie de Berlin. Lorsque Diderot
et d'Alembert le sçurent, ils signifièrent à M. de Maupertub
qu'ils renverroient leurs patentes, si j'étois reçu. Voilà, Mon-
sieur, une partie de ce que je sçais qu'ils ont fait contre moi ;
ce que j'ignore est sans doute bien pis. Malgré les justes sujets
que j'ai de ne pas les aimer, mon éloignement pour eux n'entre
pour rien dans le compte purement littéraire que je rends de
leurs ouvrages; je tâche de n'écouter que les intérêts de la
vérité et du goût. Ils ont beau écrivailler, s'exalter réciproque-
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DIDEROT ET FtÉRON 167
ment, £aire les enthousiastes^ jpettrè dans leur parti des femmes
et des petits-maîtres; ils ne seront jamais que d'insolens mé-
diocres. Je crois que je m'y connois un peu, Monsieur; je sçais
ce qu'ils valent, et je sens ce que je vaux. Qu'ils écrivent
contre moi tant qu'ils voudront, je suis bien sûr qu'avec un
seul trait je ferai plus de tort à leur petite existence littéraire
qu'ils ne pourront me nuire avec des pages entières de VEnç/"
clopédie (i). Ils le sentent eux-mêmes, et c'est parce que leur
plume ne sert pas bien leur haine, qu'ils ont recours à d'autres
moyens pour se venger. A cet égard ils auront toujours l'avan-
tage sur moi. J'ignore l'art des intrigues sourdes et des basses
manœuvres. Je n'ai d'autre ambition que de travailler en
homme de lettres avoué par le Gouvernement, de vivre en
bon citoyen^ et de bien élever ma famille. Je respecte dans ma
conduite et dans mes écrits la religion, les mœurs, l'Etat, et mes
supérieurs. Telle a été et telle sera toujours ma façon dépenser
et d'agir, quelque chose que puissent dire et faire mes ennemis.
Je suis avec un profond respect et une vive reconnoissance
de toutes vos bontés. Monsieur,
Votre très-humble et très-dévoué serviteur,
Fréron.
Ce 27 janvier 1758.
On voit par cette lettre que ramitié de Diderot et de Fréron était
encore à Tétat de désir. L'apparition de VÉcossaise n'aida pas au
rapprochement (2). Dans la relation de la grande bataille^ Fréron a
peint le chef des Encyclopédistes sous le nom de Dortidius, dont
Palissot avait afiiiblé Diderot dans sa comédie des Philosophes, En
même temps il écrivait à Malesherbes une lettre où il malmenait Vol-
(i) Cet deux phrases, à&pm» : Jt crois que Je wCy connois un peu, josqa'id, ont ité
pobliéet pu* Sainte-BeuTel
(«) Cl Voltaire aux délices, ptr GosUtc Detnoiretterret; Ptrit, Didier, 1873, lii-8
p. 473 et tOÎT.
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l68 REVUE DBS DOCOMKirrS HISTORIQUES
tiire, l'abbé de La Porte, Gnmm et Diderot* Il traitait ce dernier de
tartuffe (i).
Le Fils naturel ne parut à la scène que quatorze ans après ; il fut
)oué au Théâtre- Français le jeudi 26 septembre 1771, sur les instances
de Mole. Les camarades de ce dernier ne le secondèrent point : Ma-
dame Préville entre autres montra une mauvaise volonté incroyable (2].
Diderot, pour éviter toute contestation, retira sa pièce, qui n'eut ainsi
qu'une seule représentation (3). A cette occasion le Fils naturel fut
encore une fois l'objet de louanges et de critiques également exagérées.
Grimm déclara que c les nouvelles religions ne s'établissent pas sans
tumulte (4). > Fréron, ce semble, ne parla pas de cette représentation,
car je n'ai pas trouvé dans l'année 1771 de V Année littéraire d'article
concernant l'œuvre dramatique de Diderot.
(1) Fréron dit, dtat une lettre A Maletherbei du 3i jofllet 1760 (RecoeO Anisaon Doper-
roo, F. Fr. 39 191, p. 379) :
• Qnoi, il s«n permit i oe naOïeareax Voltain de Yonir It cikNonie, fl sera permis A cm
inOme abbé de La Porte de me déchirer dans set feuillet, il tera permis i ce Utrh^fe de
Diderot, à ce bas flatteur Grimm« d'aller an parterre de la Comédie, le jour de la première
représenutk» de TÉcottoise, exciter kor cabale et leur donner le tignal de rapplaoditetment 1
Et je ne pourrai jetter tor mes Tils ennemis on ridicule léger! 1
(3) M. Asséxat a donné l'historique de cette représentation dans ton éditioo des Œuvres
complHit d€ Diderot^ t Vil, p. 7.
(3) On comptait sor une seconde représentation pour le dimanche. En efiet Mademoitdle
de Letpinaste dit dans une lettre inédite i Coodoroet do samedi 38 septembre 1771 :
f Dites i Madame de Meulan que j*irai demain dimanche dans sa loge entendre le Fils
nëturtl. •
(4) Correspondance littérntre^ norembre 1771.
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JEAN-BAPTISTE-MARIE PIERRE
Jean-Baptiste-Mane Pierre, né à Paris en 171 3, étudia la peinture
dans l'atelier de Natoire, remporta en 1 734 le grand prix, fut reçu à
TAcadémie le 3i mars 1742, et nommé professeur le 6 juillet 1748,
adjoint à recteur le 3o janvier 1 768 et directeur de la compagnie le
7 juillet 1770. Premier peintre du duc d'Orléans, en 1752, il remplaça
Boucher comme premier peintre du Roi en 1770. C'est en cette qualité
qu'il signa la quittance suivante pour le paiement de deux copies des
portraits de Loub XVI et de Marie-Antoinette, exécutées par les
peintres Duplessis et Ducreux.
Je soussigné reconnois avoir reçu de M. Loiseau de Béren-
gcr, trésorier-général de Monseigneur le duc d'Orléans, la
somme de six cent ^livres pour pareille somme que j'ai payée
aux s" Duplessis et Ducreux, peintres, pour une copie de deux
portraits du Roy et de la Reine pour être placés dans la gallerie
de Saint-Qoud, dont quittance à Paris ce treize janvier mil
sept cent soixante dix-sept.
Pierre mourut à Paris le 1 5 mai 1 789.
TOME III. 22
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ANDRÉ DACIER
BIBLIOTHÈQUE DU ROI
L'helléniste André Dacier devint le a 3 mars 170a garde des livres du
cabinet du Louvre. Ce poste, qui comportait la surveillance des livres
particuliers du Roi (i ), était vacant depuis 1694, et son dernier titulaire
avait été un académicien, Tabbé de Lavau (2). Le garde des livres du
cabinet du Louvre était indépendant en quelque sorte du garde de la
bibliothèque du Roi. Cette dernière charge était occupée depuis 1684
par Tabbé de Louvois. Ce dernier, âgé alors de neuf ans, avait obtenu
des lettres de provision ,grâce au crédit de son père, mais l'archevêque
de Reims, son oncle, était le véritable bibliothécaire. Il fut confirmé
dans sa charge le 21 août 1691.
Dacier remplit, ce semble, avec conscience les devoirs de sa charge,
mais il était privé de ressources pécuniaires, et ne pouvait augmenter
la bibliothèque ni même entretenir le local. Il adressa ses doléances au
comte de Pontchartrain, ministre de la maison du Roi, qui, pour se
procurer des fonds, conçut le projet de vendre les doubles de la biblio-
thèque du Roi. Il demanda donc à Dacier d'en dresser la liste. Celui-ci
se mit à l'œuvre et écrivit, le 3i décembre 1709, la lettre suivante au
ministre (3j :
Monseigneur,
Je vous envoyé enfin le catalogue que vous m'avés fait Thon-
neur de me demander des livres dont on peut se dé£aire. Quoy
quUl ne soit pas grand, il n^a pas laissé d^estre long à faire,
{i) Le garde des liTret du caUnet du Loont te nommait d'abord Ubraire du Rùi ou
Garde des livret de la Chambre, (Cf. Essai historique sur la Bibliothèque du Rai pur
Le Prince, édition Lonia Paris; Paris, i856, in- 13, p. 375.)
(2) Louis Irland, abM de Lavau, fot nommé membre de 1* Académie française en 1679 à
la place d'Habert de Montmor. 11 acheta en 1679 le brevet de garde des Uyies dn cabinet du
Louvre et mourut le i** février 1694.
(3) Cette lettre fait partie de la collection de feu M. Radiery.
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ANDRÉ DAaBR I7I
car il a fiedlu remanier tout le cabinet et examiner ce que
chaque édition a de bon ou de mauvais. Vous verrez, Monsei-
gneur, que ceUa ne nous avancera pas beaucoup et que, quand
mesme on pourroit les troquer à peu près selon leur prix, ce
n'est pas pour le cabinet du Roy une ressource. Le temps n'est
pas favorable pour demander d'autres moyens de Tenrichir.
Cependant, Monseigneur, je ne laisseray pas de vous repré-
senter mes besoins, bien persuadé que vous les soulagerez
quand les conjonctures vous le permettront.
Je n'ay dans ce cabinet ni bureaux ni tables.
Il seroit à souhaiter que M. de Launay eust ardre de fournir
un médailler avec la suite des médailles du Roy.
Tous les livres d'estampes gravés par l'ordre de Sa Majesté
devroient estre dans ce cabinet, préfèrablement à tout autre
lieu.
Les livres en blanc dépérissent et j'aurois besoin d'un fonds
de cinq cens livres par an pour faire relier par le s*" Boyer
ceux qui méritent d'estre gardés. Les prix sont réglés avec luy.
Il fsiudroit encore un autre fonds de pareille somme tous les
ans pour acquérir tous les livres les plus rares qu'on imprime
dans les pays estrangers et les vieux livres qui nous manquent.
Moyenant cella. Monseigneur, en peu d'années ce cabinet
seroit digne de sa Majesté et feroit honneur au bibliothéquaire.
J'espère, Monseigneur, qu'en m'accordant votre protection
pour m'ayder à donner à ce cabinet tout l'éclat qu'il doit
avoir, vous voudrez bien qu'elle serve en mesme temps à
embellir ma charge. Vous ne donnerés jamais des marques de
vostre bonté à personne qui ayt pour vous un plus fidelle atta*
chement que moy.
Mons' l'abbé Bignon m'a dit que je pouvois prendre la
liberté de joindre icy un petit mémoire de quelques menus frais
que j^ay faits pour [le] cabinet, et que vous auriés la bonté de
les faire adjouter à la petite ordonnance de cette année.
Si ines vœux sont exaucés. Monseigneur, vous serés comblé
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172 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
de prospérités et vous jouirez longues années d'une santé par-
faite. Je suis avec un profond reqpea,
Voici le mémoire annoncé dans la lettre :
Mémoire des menus frais que j'ay faits pour le cabinet du
Roy.
Pour deux registres in-folio, Tun pour les livres de la
bibliothèque, et Tautre pour leslivres de privilège 22 II.
Pour des tablettes de sapin pour mettre les livres
en blanc 3o 11.
Pour faire racommoder des pupitres et les bancs
des musiciens à la chappelle du Louvre pour la Saint
Louis 14 II.
Pour des relieures en carton de quelques livres de
la bibliothèque 8 II-
Total. ... 74 U.
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ANDRE DACIER îji
Le ministre renvoya la lettre de Dacier à Tabbé Bignon. On trouve
au verso la note suivante :
A M. Tabbé Bignon.
Voilà enfin ce que j'ay receu. Je vous prie de Texapiner à
fond. Je ne sçaissi vous penserez comme moy, mais je ne trouve
pas que ce soit satisfaction. J^attendray votre avis et je répon-
dray comme vous me le conseillerez.
Le 12 février 1710, Dacier écrivit de nouveau au comte de
Pontchartrain(i) :
Monseigneur
J'espérois d'avoir l'honneur de vous porter moy mesme le
catalogue que vous m'avés demandé des livres qu'il faut garder
dans le cabinet du Roy, mais la maladie de ma fille m'empes-
chant d^aller à Versailles, je prends le parti de vous l'envoyer.
Vous verres par là. Monseigneur, que ce cabinet est assés
pauvre et que j'ay grand besoin de vostre secours pour l'en-
richir. La bonté que vous avés de me demander un catalogue
des livres qu'il faut y adjouter me fait espérer. Monseigneur,
qu'il commencera bientost à prendre une meilleure forme. Je
vays y travailler incessamment et faire le plus beau choix des
livres qui conviennent. La bibliothèque demande le grand
nombre et ne dit jamais, c'est assez, mais le cabinet demande
le choix, les plus belles éditions et le plus beau papier. Je suis
avec beaucoup de respect et de reconnoissance,
Monseigneur^
Vostre très humble et très obéissant serviteur
Dacier.
A Paris le 12 de février 1710.
Le 5 novembre 17 18 mourut Tabbé de Louvois, qui fut remplacé
par Tabbé Jean-Pâul Bignon. Ce dernier voulut réunir à sa charge de
bibliothécaire du Roi, celle de garde des livres du cabinet du Louvre.
Il s'arrangea, vers la fin de Tannée 171 9, avec Dacier qui se réserva,
sa vie durant, les fonctions et les appointements de sa place.
André Dacier mourut le 18 septembre 1722, à Page de 71 ans.
( i) GoUwtioo de ien M. Rctiiery.
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LA MARQUISE DE POMPADOUR
Lettre écrite de Choisy, le 9 juin 1746, à Monsieur d'Orbesstn,
président à mortier au Parlement de Toulouse (1). La marquise de
Pompadour annonce qu'elle a obtenu du Roi les lettres patentes
érigeant en académie royale la société des sciences de Toulouse.
A Choisy ce 9 juin 1746.
M'* de S^ Florentin que j'ay vu aujourd'huy, Monsieur le
président, et à qui j'ay demandé des nouvelles de vos letres
patentes m^a dit qu'enfin on en étoit actuellement à les expé-
dier. Je suis fort aise d^avoir contribué à la satisfaction de
M" de la société des sciences de Toulouse et de leur avoir
donné une preuve de Testime et du cas que je fais des sciences
et des beaux arts. Je suis ravie en particulier de vous avoir
prouvé l'amitié que j'ay pour vous.
La m*** de Pompadour.
Cène lettre fait partie de la collection de feu M. Rathery.
(i) Anae-Mtrie d'Aigntn, baroo d'Orbetstn, d6 à Toilonte le 16 ttmia 1709, tvnt
tucoédé à son père, en 1738, dAm la charge de préeident à mortier a« parleme^ de Toilooie»
11 mourut prte d*Auch eu 1801
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L'AMIRAL COLIGNY
L'édit de pacification du 17 janvier 1 562 qui accordait aux huguenots
la permission de s'assembler dans les campagnes avait suspendu la
guerre civile : le massacre de Vassy (i*** mars i562) la ralluma. De
part et d'autre on se livra à des actes de cruauté et de âinatisme. L'évé-
nement le plus remarquable de cette lutte fut la bataille de Dreux,
livrée le 19 décembre i562. Les chefe des deux armées, le connétable
de Montmorency et le prince de Condé, lurent hits prisonniers. Sur
ce le duc de Guise fut nommé lieutenant-général du royaume ; aussitôt
il alla assiéger Orléans, défendu par Dandelot, mais il fiit assassiné le
18 février i563 par Poltrot. Catherine de Médicis proposa alors la paix
à la princesse de Condé, et signa avec le prince le 1 2 mars un édit de
pacification qui fut publié à Amboise le 19 mars i563. Coligny, à la
nouveUe des négociations, quitta la Normandie et se dirigea sur
Orléans. Cest dans ces circonstances qu'il écrivit la lettre suivante
que j'emprunte à la collection de feu M. Rathery.
Monsieur le G>nte, il me déplaist bien que je n^ay moyen
de vous veoir comme j'en ay le désir, veu mesmement vostre
bonne volume que j'ay entendue tant par vostre lettre que par
ce porteur, oultre ce que m'en avez faict quelqueflFois cognoistre.
Et vous puis asseurer que si je n'estoîs pressé de partir pour
aller à Orléans, suyvant ce qu'on m'a mandé, je ne m'y fusse
acheminé sans vous veoir, comme j'ay faia plus amplement
entendre à cedit porteur, sur lequel me remectant je ne m'es-
tendray à vous faire la présente plus longue, si ce n'est pour
vous dire qu'il me semble que vous devez vous en aller incon-
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176 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
tinant audit Orléans où vostre présence pourra profiter. Sur
ce je me recommenderay affectueusement à vostre bonne grâce
aprez avoir prié Dieu vous donner,
Monsieur le Conte, en santé bonne et longue vie. De Cacn
ce XVI* mars i562 (i).
Il me samble que vous ne açauriez mieulz ûdre que de vous
acheminer à Orléans où j^espère que j'auré le moien de vous
veoir, et ce pendant aseurés vous qu'il ne tiendra point en moy
que nous n'ayons une paix, mais si on la pensse faire aveques
les articles que j'ay veus l'on ne peult espérer que plus grans
troubles en ce royaulme que jamais, car c'est trop grand pitié
que de limiter ainssy certains lieux pour servir i Dieu, omune
s'il ne le vouloit estre en tous endroicts (2).
l/r^^ <riJlrra
imrx.
A Monsieur, Mons"* le Conte Rhingrave.
Coligny arriva à Orléans le 23 mars; la paix était signée. Il fit de
vife reproches au prince de Condé sur ce que Tédit restreignait les
églises réformées a une ville par bailliage et ne garantissait que les
droits de la noblesse. On a vu par la lettre ci-dessus que Tamiral, à qui
on avait communiqué les articles du traité, considérait d'avance que les
bases offertes ne pouvaient être acceptées par le parti huguenot.
(i) i563, Car Pâques, en i563, tombait le ii avriU
(3) Ce post-scriptom est de la maia de Coligny.
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BAUDOUIN VII
COMTE DE FLANDRE
Baudouin, coiAte de Flandre, £edt savoir à tous les princes et barons
de sa terre et à tous les fidèles chrétiens présents et à venir, qu'il a don-
né en possession ecclésiastique i Téglise de Saint-Tron, moyennant
vingt-cinq marcs d'argent, soixante quatre mesures de terres sises au
territoire de Bruges, lesquelles lui ont été rendues par Lithnot, un des
officiers de sa cour.
L'acte a été passé à Bruges, dans le chœur de Saint Donatien, le 1 5
des calendes de novembre 1 1 1 3 (i6 octobre 1 1 1 3).
Cette pièce m'est commimiquée par M. le docteur Bonnejoy.
In nomine sancte et iadîvidue Trinitatis.
Ego Balduinus, Dei gratia Flandrensium cornes^ notum
facio omnibus terre nostre principibus et baronibus cunctisque
tam presentis etatb quam successure posteritatis, vere reiigio*
nis cultoribus, quod Lithnotus, nostre curie quidam minister,
Lxnii mensuras terre in Bruggensi territorio drca, videlicet
Cortabriga jacentis, quam a me in feodo tenuit legaliter, michi
reddidit, redditamque michi terram eandem ego ipse ecclesie
sancti Trudonis in manum Godeberû, ipsius ecclesie advocati,
TOME in. 23
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178 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
in ecclesiasticam possessionem pro vadimonio xxv marcanun
a nuUo prêter me redimendam in presentia quamplurium
nostrorum âdelium dedi. Et ne quis, quod absit, seu nostris
seu fiituris in temporibus hujus modi donum evacuare pré-
sumât sigilii mei impressione corroborare curavi anno incar-
nationis dominice M* C* XI IP indictione VI iuna V* XV kaien-
das novembres. Actum Bruggis in choro sancti Donatiani in
presentia et sub testimonio Bertulfi, prepositi, Helie, decani,
Fromoldi, nostri notarii et prepositi littere, Gummari, prepo-
siti et canonici, Hugonis, Gualteri, sacerdotum et canonico-
rum, Ripperti, diaconi et canonici, Folperti, diaconî et
canonici, Guaiteri, Ledberti, Gotelonis, Symonis, Riquardi,
ceterorumque quamplurium idoneorum clericorum. Laici
autem huic negocio testes aderant, Karolus, noster consan-
guineus, Gualterus, castellanus, Hachet, Manachinus, Lam-
bertus, Albus, Fromoldus de Wingina, Hugo, camerarius,
Froolfus, castelianus, Reinger, Fremetha magnus, Disdir
Gildebrida, Foioardus, frater ejus, Sigaardus.
Baudouin VII, comte de Flandre, avait succédé en 1 1 13 à son père
Robert II. Il fut surnommé Baudouin à la Hache et mourut le 1 1 juin
II 19 au château d^Aumale d'un coup de lance au visage reçu devant
Eu. Il était âgé de trente ans.
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LA MARQUISE DE VERNEUIL
Procuration donnée par Catherine-Henriette de Balzac d'Entraigues,
marquise de Vemeuil, maîtresse du roi Henri IV, pour vendre une
tapisserie qu'elle possédait dans son hôtel à Paris.
Cette pièce est empruntée à la collection de feu M. Rathery.
Fut présente haulte et puissante dame Henriette Catherine
de Balsac, marquise de Vemeul, contesse de Beaugenssy,
barronne de Villiers Sainct Paul, estant de présent en son
chastei de Verneul, laquelle pour elle et en son nom a faict et
constitué son procureur Blaize de Tourinon, son maistre
d''hostel, auquel elle a donné pouvoir de vendre et disposer en
vertu des présentes la tapisserie qu'elle a en la ville de Paris en
son hostel rue Plastrière à telle personne et pour tel pris que
sondict procureur advisera, du pris en bailler quictance et
recepvoir les deniers au nom de ladicte dame et faire tout ce
qui sera besoing et nécessaire pour ladicte vente, comme sy
ladiae dame présente en personne y estoict, jaçois que le cas
requier mendement plus spécial, promettant tenir et avoir
aggréable tout ce que par sondict procureur sera faia,
obligent, etc. Ce fiict faict et passé audia chastei de Vemeul
le dixiesme jour d'avryl mil six cens et douse du matin en
la présence de M® Nicolas Le Torgeur, procureur au bail-
liaige et siège présidial de Senlis, et Charles Le Torgeur,
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l80 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
praticien audict lieu, tesmoings qui ont avec ladicte dame et
nottaire signé.
^/W M^^ ^
Letorgeur. Letorgeur. De Sainct Leu.
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APPROVISIONNEMENT DES COUVENTS
DE PARIS
1675-1676
Cet état du yin nécessaire à la consommation des couvents de Paris
m'a été communiqué par M. Adolphe Rochas. Il m'a paru curieux en
ce qu'il donne la nomenclature des maisons religieuses de la capitale
sous Louis XIV. On sait que les couvents jouissaient de la franchise
des droits d'entrée.
État du vin qui entrera en la ville^ fauxbourgs et baniieuede
Paris, pendant Tannée commencée le premier jour d^octobre
1 675 et qui finira le dernier jour de décembre 1 676, pour la pro-.
vision des maisons religieuses et hôpitaux cy après nommez,
sans payer aucune chose des droits de quatorze livres 3 s. 2 d.
pour muid de vin, parisis aliéné, nouveau sol pour livre des
dits droits^ et parisis des cinq sols des pauvres^ et dix deniers
de ceinture-reine, sol pour livre ordonné être levé par édit du
mois de février 1657, attribuez aux offices de contrôleurs, con-
servateurs et leurs lieutenants, ensemble des vingt sols de Thos-
pital général, six deniers pour livre d'iceux des trésoriers des
fermes, cinq sols du domaine, parisis, sol et six deniers pour
livre d'iceux, ni pareillement des treize sols six deniers pour
livre d^iceux muids de vin, compris dans la ferme générale des
aydes. (i)
Premièrement :
Pour les G>rdeliers du grand couvent, quatre cens
cinquante muids, cy IIIICL
Pour les Augustins du grand couvent, deux cens
muids, cy IIC
(i) Cf. Encyelopédie méthodique des Finances (1784-87, 3 vol. in-4), pour l'explicttion
des termes Parisis aliéné (t III, p. 385), sol pour livre (t III, p. 536), ceinture de la
reine (t. I, p. 314^, et parisis, sol et 6 deniers (t. III, page 385).
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l82 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Pour les Cannes du grand couvent, cent quarante
muids, cy CXL
Pour les Jacobins du grand couvent, deux cens
muids, cy IIC
Pour rhôpital des Incurables IIC
Pour THôtel-Dieu de Paris, huit cent muids, cy VIIIC
Pour le tiers ordre Saint-François, cinquante muids,
cy L
Pour les Augustins réformez de la reine Marguerite,
cent muids, cy C
Pour rhôpital de la Charité du faubourg Saint-
Germain, deux cens muids, cy IIC
Pour les Augustins déchaussées, cent muids, cy. . C
Pour les Carmes déchaussés de Charenton, soixante
muids, cy LX
Pour les Carmes des Billetes, soixante muids, cy. . LX
Pour les Jacobins de la rueSaint-Honoré, cent vingt
muids, cy CXX
Pour le Noviciat des Jacobins, soixante muids, cy. . LX
Pour les Pères minimes de la Place Royale, cent
muids, cy C
Pour les Jésuites de la rue Saint-Antoine, cent
muids, cy. .* C
Pour les Jésuites du noviciat, cent muids, cy C
Pour les Jésuites du Collège de Clermont, trois cens
muids, cy IIIC
Pour les Religieuses Augusdnes du faubourg Saint-
Marcel, vingt muids, cy XX
Pour les Pères de l'Oratoire, deux cens muids, cy. . IIC
Pour les Filles Saint-Thomas, proche la porte
Montmartre, vingt muids, cy XX
Pour les Cordeliers Saint-Marcel, quarante muids, cy . XL
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APPROVISIONNEMENT DES COUVENTS DE PARIS l83
Pour les Filles pénitentes de la rue Saint-Denis,
soixante muids, cy LX
Pour les Filles de la Passion, trente muids, cy. . . XXX
Pour les Chartreux, deux œns muids, cy IIC
Pour les Pères de la Doctrine chrétienne XL
Pour les Religieux du collège de la Mercy, quinze
muids, cy XV
Pour les Filles Audrietes de TAssomption, vingt
muids, cy XX
Pour les Filles de PAve Maria, cent muids, cy. . . C
Pour les Filles de la Magdeleine, soixante muids, cy. LX
Pour les Religieux de la Mercy, soixante muids, cy. LX
Pour les Religieuses hospitalières, quarante muids,
cy XL
Pour les Filles Saint-Joseph, trente muids, cy. . . XXX
Pour les Capucins des trois maisons, cent cinquante
muids, cy CL
Pour les Feuillans Saint-Michel, vingt muids, cy. . XX
Pour les Religieux de Piquepuce, cent muids, cy. . . C
Pour les Augustins de Piquepuce, trente muids, cy. XXX
Pour les Religieuses de la Visitation Sainte-Marie,
rue Saint-Antoine, quarante muids, cy XL
Pour les Religieuses du Val-de-Grâce, cinquante
muids, cy L
Pour les Religieuses Bernardines du faubourg
Saint-Germain, vingt muids, cy XX
Pour les Pères de la Doctrine chrétienne Saint- Julien
des Menestriers, vingt muids, cy XX
Pour les Feuillants de la rue Saint-Honoré, quatre-
vingts muids, cy IIIIXX
Pour le séminaire Saint-Charles, quarante muids, cy* XL
Pour les Carmes déchaussez du faubourg Saint-Ger-
main, cent vingt muids, cy CXX
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184 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Pour les Religieuses Saint-Antoine-lès-Paris, qua-
rante muids, cy XL
Pour les Feuillantines, vingt muids, cy XX
Pour les Recolets Saint-Laurent, trente muids, cy. . XXX
Pour les Filles de TAnnontiade du Saint-Esprit de
Popincourt, vingt muids, cy XX
Pour les Filles Sainte-Elisabeth, vingt muids, d. . XX
Pour les Théatins, quarante muids, cy XL
Pour les Barnabites, trente muids, cy XXX
Pour les Religieuses Sainte-Marie du faubourg
Saint-Jacques, vingt muids, cy XX
Pour les Pères Minimes du bois de Vincenne, pour
les XLV s. seulement soixante muids, cy LX
Pour les prestres de la maison Saint-Lazare, deux
cens muids, cy , IIC
Pour les Bénédictins anglois, trente muids, cy. . . XXX
Pour les Filles Sainte-Marie, établies rue Montor-
gueil, six muids, cy VI
Pour les Religieuses Recoletes de Tlmmaculée con-
ception de la Vierge, 3u faubourg Saint-Germain,
dix muids, cy X
Pour la Communauté des prêtres du séminaire
Saint-Nicolas du Chardonnet, trente muids, cy. . XXX
Pour l'hôpital général, mille muids, cy M
Pour l'hôpital des Petites Maisons, cent muids, cy . . C
Pour les Capucins de la rue Saint-Honoré, vingt
muids, cy XX
Pour l'hôpital des soldats estropiez, établi au fau-
bourg Saint-Germain, trois cens muids, cy. . . . IIIC
Total de la quantité de vin contenue au présent état :
Six mille neuf cens trente-sept muids.
Il est ordonné à M' Martin du Fresnoy, fermier général, des
droits de quatorze livres trois sols deux deniers pour muid de
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APPROVISIONNEMENT DES COUVENTS DE PARIS l85
vin, parisis aliéné, nouveau sol pour livre des dits droits, et pa-
risis des pauvres et des dix deniers de ceinture-reine, des
vingt sols de Fhôpital général, six deniers pour livre des Tré-
soriers des fermes et cinq sols du domaine, parisis, sol et six
deniers pour livre d^iceux, comme aussi des treize sols six de-
niers pour muid de vin compris en la ferme générale des aydes
unie à celle des entrées, revenant le tout ensemble à celle de
dix-sept livres dix sols deux deniers pour muid de vin, de
laisser passer pour la provision des Maisons religieuses et hô-
pitaux mentionnez au présent état, pendant Tannée com-
mencée au premier jour d'octobre mil six cens soixante et
quinze, la quantité dudit vin mentionnée en chacun article du-
dit état revenant ensemble à six mil neuf cens trente-sept
muids, sans faire payer les dits droits de dix sept livres dix
sols deux deniers pour muid, et rapportant par le dit du
Fresnoy le présent état et les certificats des supérieurs ou pro-
cureurs des dites Maisons religieuses et hôpitaux, contenant la
quantité de vin qui aura entré pour leur dite provision, sans
payer aucune chose des susdits droits. Il luy sera tenu compte
de la somme à laquelle monteront les susdits droits, pour la
quantité de vin contenue aux dits certificats n'excède point,
pour chacune maison et hôpital, ce qui est porté en chacun
article cy-dessus.
Fait et arrêté au G)nseil royal des finances tenu à Ver-
sailles, le dix-neuvième jour d'octobre mil six cens soixante et
quinze. G>llationné. Signé, Bechameil.
TOME m. 24
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ERRATA.
N» 3o, p. 92.
Dans la traduction de la charte de Philippe-Auguste, il faut rectifier
les erreurs suivantes :
La formule : astantibus in palatio nostro quorum nomina suppasita
suni et signa^ doit être ainsi traduite : c étant en fonctions' dans notre
palais [les officiers] dont les noms et les signes sont ci-dessous placés. >
Les mots : dapi/ero nulle signifient : c la charge de sénéchal étant
vacante : »
C'est à M. Léopold Delisle que je dois ces rectifications et je lui en
exprime ici toute ma reconnaissance.
N» 3o, p. 93.
Le sculpteur Calliot, sur lequel je n'avais pas trouvé de renseigne-
ments biographiques, s'appelait Augustin Cayot, Né à Paris, il fut reçu
à l'Académie de peinture et de sculpture le 3 1 décembre 17 1 1 et lïiourut
le 6 avril 1722, à Tâge de 55 ans. (Cf. Archives de Vart français^ t. L)
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TABLE DES PIÈCES INÉDITES
CONTENUES DANS CE VOLUME
Alençon (François, duc d*). — Assiste
au siège de La Rochelle en i573,
p. i5i.
Allemagne. — Lettre de Frédéric II,
p. r37.
Angleterre. — Lettre de Tamiral
Hotham, p. 77.
Archîtectdre. — Lettre d'Antoine
Desgodetz, architecte, p. 93. —
Lettre de Jean Perreal sur la con-
struction de réglisede Brou, p. 109
à 118. — Rapport de Charles Er-
rard, p. i23.
Auxerrois. — Charte de Pierre des
Barres, p. io3.
Barangier (Louis). — Lettre de Jean
Perreal à lui adressée, p. 112.
Baudouin VIÎ, comte de Flandre.
— Charte de lui, p. 177.
Belgique. -— Lettre de Lemaire de
Belges et notes biographiques sur
cet écrivain, p. 36 à 4}. — Charte
de Baudouin VII, comte de Flan-
dre, p. 177.
Bbrnier (Etienne-Alexandre). — Let-
tres de lui, p. 104 à 108.
BiRULLE (Pierre de). — Quittance de
lui, p. 122.
Bibliothèque DU roi. — Lettres d'An-
dré Dacier à elle relatives, p. 170
et suiv.
Boufflers (le maréchal de). — Acte
signé par lui comme marfifuillier de
l'œuvre et fabrique de Tégiise Saint-
Paul, p. 25.
Bourgogne (Marie-Adélaïde de Sa-
voie, duchesse de). — Lettre d'elle,
p. i55.
Brancas (Georges de), marquis de
Villars. — Vente par lui d'un vais-
seau au cardinal de Richelieu, p. 32.
Bresse. — Documents sur la cons-
truction de l'église de Brou, p. 109
à 118.
Brou (église de). — Documents sur
la construction de cette église, p.
109 à I 18.
BuLUON (Claude de). — Lettre de
Louis XIII à lui adressée, p. 66.
Cagliostro. — Lettre du cardinal de
Rohan le concernant, p. i35.
Carrosses. — Privilège de 1661 pour
les carrosses à un cheval circulant
dans Paris, p. 12. — Pièces sur les
voitures pour la suite de la cour,
p. lA. — Etablissement de carrosses
de place à Versailles en 1768, p. 63.
Champagne. — Charte sur le prieuré
de Saint-Gilles de Dun, p. 45.
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i88
REVUE DES DOCUMENTS HISTOR[QUES
Charles V, roi de France. — Pièce
sur son entrée à Saint-Denis en
mai 1 364, p. 3 1 .
Charles IX, roi de France. — Lettre
de lui, p. i5o.
Chartres (ville de). — Pièce sur Mar-
ceau, p. 81.
Chasse. — Permis de chasse accordé
par Henri IV, p. 95.
Chevrier. — Lettre de lui, p. 159.
Cinq-Mars. — Lettre de Louis XIII
relative à lui, p. 66.
Clergé. — Pièce sur les couvents de
Paris, p. 181.
Cochers. — Quittances donnant les
gages des cochers de la cour, de
i55i à i633, p. I4eti5.
CoLBERT (Jean- Baptiste^. — Rapport
de Charies Errard à lui adressé,
p. 123.
COLBERT DE ViLLACERF. — LettTC dc
Mignard à lui adressée, p. 1. —
Lettre de Coypel à lui adressée,
p. 100.
CoLiGNY (ramiral). — Lettre dc lui,
p. 175.
CoRBEiL (ville de). — Lettre de
Louis aIII datée de Sainte-Gene-
viève-des-Bois, près Corbeil, p. 66.
CoYPEL (Noël). — Lettre de lui, p.
100.
Dacier (André). — Lettres de lui, p.
1 70 et suiv.
Dauphiné. — Procès criminel à Gre-
noble en 1769, p. 16. — Lettre de
Lesdiguières, p. 148.
Des Barres (Pierre). — Charte de
lui, p. io3.
Desgodetz (Antoine). — Lettre dc
lui, p. 93.
Diderot (Denis). — Lettre de Fréron
toute relative à lui, p. i56 et
suiv.
Errard (Charies). — Rapport de lui
à Colbert, p. i23.
EsTRÉEs (Gabrielle d*). — Lettre du
connétable de Lesdiguières à elle
relative, p. 148.
Flandre. —Charte de Baudouin VÏI,
comte de Flandre, p. 177.
Fleury (le cardinal de). — Lettre de
Frédénc II à lui adressée, p. i38.
FoNTENAi (Fabbé de).— Son apprécia-
tion de l'abbé Maury, p. 119.
Franche-Comté. — Charte de 1274,
p. 25.
Frédéric II, roi dc Prusse. — Lettre
de lui, p. i38.
Fréron (Elie-Catherine). — Lettres
de lui, p. i56 et suiv.
Gingi«:né. — Lettre de Piccinni à lui
adressée, p. 5.
Grenoble (ville de). — Procès crimi-
nel en 1769, p. 16.
Guillotine. — Documents inédits,
p. 47 et suiv.
Guyenne. — Acte de mariage de Mon-
tesquieu, p. 44.
Henri III, roi de France. — Lettre
de lui, p. 68. — Lettre de Char-
les IX à lui adressée, p. 1 5o.
Henri IV, roi de France. — Permis
de chasse accordé par lui, p. 95. —
Sa Darticipaiion au siège de La Ro-
chelle en 1573, p. i5i.
Hotham (ramiral Henri). — Lettre de
lui, p. 77.
Ilb-de-France. — Pièce sur l'entrée
du roi Charles V à Saint-Denis, p.
3 1 . — Etablissement de carrosses
de place à Versailles en 1768, p. 63.
Italie.— Lettre de Piccinni, p. 5. —
Rapport d'Errard sur l'Académie
de France à Rome, p. i23. — Let-
tre de la duchesse de Bourgogne,
p. i55.
Jaucourt (le comte de). — Lettre de
lui, p. 70.
La Rochelle.— Lettre de Louis XIII
sur le siège de cette ville, p. 64. —
Lettre de Charles IX sur le siège
de cette ville en 1673, p. i5o.
Lbmaire de Belges (Jean). — Lettre
de lui et notes biographiques, p.
36 à 43. — Cité dans les lettres oe
Jean Perreal, p. 1 12 et suiv.
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TABLE DES PIÈCES INÉDITES
Î89
Lesdiguières (le connétable de). —
Lettre de lui, p. 148.
LsspiNASSE (mademoiselle de). —
Phrase d'une lettre inédite d'elle, p.
168.
Linné fils. — Lettre de faire part de
sa mort et armoiries de sa famille,
p. i33et 134.
Lorrains. — Lettre de Louis XIII
sur la prise de Lunéville, p. 66.
Louis XI, roi de France. — Lettre
du connétable de Saint-Pol à lui
adressée, p. 97.
Louis XIII, roi de France. — Lettres
de lui, p. 64 à 66.
Louis XIV, roi de France. — Privi-
lège pour les carrosses à un cheval
circulant dans Paris, p. 12.
Louis XV, roi de France. —Arrêt sur
un duel à Romans en 1769, p. i6.
Louis (Antoine). — Lettres de lui sur
la machine à décapiter, p. 48, 49,
52, 53.
Lunéville (ville de). — Lettre de
Louis XIII sur la prise de cette
ville, p. 66.
Lyon (ville de). — Lettre du cardinal
de Rohan à l'archevêque de cette
ville, p. i35.
Malksherbes. — Lettre de faire part
de la mort du fils de Linné envoyée
à Malesherbes, p. i33. —Lettres
de Fréron à lui adressées, p. 1 56
et suiv. — Lettre de Chevrier à lui
adressée, p. iSg.
Marat (Jean-Paul). — Lettre de lui,
p. 140.
Marceau (le général). — Pièce de lui,,
p. 81.
Marguerite d'Autriche, gouvernante
des Pays-Bas. — Lettres de Le-
maire de Belges à elle adressées,
p. 37. — Lettre de Jean Perreal
a elle adressée, p. 116.
Marie de Médicis, reine de France.
Lettre de Louis XIII à elle adres-
sée, p. 64.
Marigny (le marquis de). — Lettre
de lui à Joseph Vernet, p. 143.
Marine. — Vente d*un vaisseau au
cardinal de Richelieu, p. 32.
Maury (Jean-Siffrein). — Lettre de
lui, p. 119.
Mignard (Pierre). — Lettre de lui, p. i .
Montesquieu. — Son acte de mariage,
p. 44.
Musique. — Lettre de Piccinni, p. 5.
Napoléon I»'. — Documents sur son
séjour à 111e d'Aix et à Rochefort
en 181 5, p. 70 et suiv. — Lettre
de Bernier à lui adressée, p. 106.
NrvERNAis. — Donation faite par le
comte Pierre de Nevers en 1193,
p.91.
NoYON (ville de). — Lettre du conné-
table de Saint-Pol datée de cette
ville, p. 97.
Orbessan (le baron d*). — Lettre de
M"»« de Pompadour à lui adressée,
p. 174.
Paris. — Privil^e de 1661 pour les
carrosses à un cheval circulant dans
Paris, p. 12. — Concession de
place du banc d'oeuvre dans réélise
Saint-Paul, en 1706, p. 35. —Let-
tres d'André Dacier sur la Biblio-
thèque du Roi, p. 170 et suiv. —
Pièce de la marquise de Verneuil,
p. 1 79 — Pièce sur les couvents de
Paris, p. 181.
Peinture. — Lettre de Mignard. p.
I . — Lettre d'Antoine Desgodetz,
p. 93. — Lettre de Noël Coypel,
p. joo. — Lettres de Jean Perreal,
p. 109 à 118. — Rapport de Char-
les Errard, p. i23. — Lettres et
pièces de Joseph et Carie Vernet,
p. 143 et suiv. — Quittance de
Pierre, p. 169.
Perreal (Jean). — Est le protecteur
de Jean Lemaire de Belges, p. 42.
— Lettres de lui et notes biogra-
phiques sur ce peintre, p. 109 à
118.
Petion (Jérôme).— Article sur la guil-
lotine, p. 58.
Philippe-Auguste, roi de France. —
Charte de lui, p. 91-
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igo
REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Picardie. — Lettre du connétable de
Saint- Pol datée de Noyon, p. 97.
PicciNNi (Niccolo). — Lettre de lui,
p. 5.
Pierre (J.-B.-M.), peintre. — Quit-
tance de lui, p. 109.
PoMPADouR (la marquise de). — Let-
tre d'elle, p. 174.
PoNTCHARTRAiN (le comte dej. — Let-
tres à lui adressées par Dacier, p.
170 et suiv.
Protestantisme.— Lettre de Henri III
sur les Réformés dans le Vivarais,
p. 68. — Lettre de Charles IX sur
le siège de La Rochelle en 1573,
p. 1 5o. — Lettre de Tamiral Coli-
gny, p. 175.
Richelieu (le cardinal de). — Acte
entre lui et Georges de Brancas
pour Tachât d'un vaisseau, p. 32.
RicHER (le capitaine). — Pièce de lui,
p. 81.
RocHEFORT. — Séjour de Napoléon l^
dans cette ville en 181 5, p. 70.
RoEDERER. — Lettres à lui adressées
Car le docteur Louis, p. 48, 49,
2, 53.
RoHAN (le cardinal Louis de), — Let-
tre de lui, p. i35.
RoiiANS (ville de). — Procès criminel
sur un duel ayant eu lieu dans
cette ville, p. ib.
Saint-Denis (ville de). — Pièce sur
rentrée du roi Charles V à Paris,
p. 3i.
Saint-Gilles de Dun (prieuré de). —
Charte de 1243, p. 45.
Saint-Jean de Losne (ville de). —
Vente d'une çièce de pré située
près de cette ville, en 1274, p. 25.
Saint-Pol (Louis de Luxembourg,
comte de). — Lettre de lui, p. 97.
Sarabat (Daniel), peintre. — Critique
par Mignard de son tableau du
changement d'Io en vache^ p. i
et 2.
Savary, duc de Rovigo. — Lettre de
lui, p. 79.
Sculpture. — Lettre d'Antoine Des-
Rodetr, p. 93. — Lettres de Jean
Perreal, p. 109 à 118.— Rapport
de Charles Enard, p. i23.
Soroère. — Procès contre une sor-
cière en mai i655, p. 82 et suiv.
SuàDE. — Lettre de foire part de la
mort du fils de Linné et armoiries
de cette fiamille, p. i33 et 134.
Suisse. — Procès eontre une sorcière
à Moudon, p. 86.
Théâtre. — Lettre de Fréron sur le
fils naturel de Diderot, p. 157.
Toulouse (ville de). — Lettre de la
marquise de Pompadour sur la So-
ciété des sciences de Toulouse, p.
174.
Vatel (Charles). — Son opinion sur
l'article de Petion sur la guillotine,
p. 60.
Vendée. — Document sur le soulève-
ment de la Vendée en mars 1793,
p. 28. — Lettres de Bemier, p.
104 à 108.
Vernet (Joseph). — Pièces de lui, p.
144 et suiv.
Vernet (Carie). — Acte de lui, p.
146.
Verneuil (la marquise de). — Pièce
d'elle, p. 179.
Versailles, — Etablissement de car-
rosses de place dans cette ville en
1768, p. b3. — L'abbé Maury y
prêche le carême en 1785, p. 11 9.
Vivarais. — Lettre de Henri III sur
les Réformés dans le Vivarais, p. 68.
Voltaire. — Cession du privilège de
sa tragédie de Tancrède^ p. 4.
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TABLE DES FAC-SIMILE
CONTENUS DANS CE VOLUME
Baudouin VIÎ, comte de Flandre. —
Charte de lui, p. 177. '
Bernibr (Etienne-Alexandre). — Sa
signature^ p. 106.
Bérulle (Pierre de). — Quittance de
lui, p. 122.
BouRBOTTE. — Sa signature, p. 82.
Bourgogne (Marie-Adélaïcle de Sa-
voie, duchesse de). — Lettre d'elle,
p. i55.
Branols (Georges de), marquis de
Villars. — Sa signature, p. 33.
Cagliostro. — Sa signature, p. 1 36.
Charles IX, roi de France. — Sa si-
gnature, p. i53.
Chartes. — Vente d'une pièce de
pré en 1274, p. 25. — Prieuré de
Saint-Gilles de Dun, p. 45. —
Acte de Philippe-Auguste, h. 91.
— Charte de Pierre des Barres,
p. io3.
CoLiGNY (l'amiral). — Sa signature,
p. 176.
CoYPEL (No€l). — Sa signature, p. 102.
Dacier (André). — Sa signature, p.
173.
Desgoobtz (Antoine). — Sa signature,
p. 94.
Errard (Charles). — Sa signature,
p. l32.
Frbdéric II, roi de Prusse. — Lettre
de lui, p. i38.
Fréron (Elie-Catherine). — Sa signa-
ture, p. i63.
GuiLLOTiN. — Ordonnance de lui,
p. 57.
Guillotine. — Plan de la machine
à décapiter proposée par Schmidt,
p. 55. — Taoatière avec l'image de
ta guillotine, p. 62.
Henri IV, roi de France. — Sa signa-
ture, p. 96.
Lemaire de Belges (Jean). — Frag-
ment d'une lettre de lui, p. 40.
Linné fils. — Armoiries de sa fomille,
p. i33.
Louis XIII, roi tie France. — Lettre
sur Cinq-Mars, p. 66.
Louis (Antoine). — Sa signature, p. 49.
Marat (Jean-Paul). — Sa signature,
p. 142.
Marceau (le général).— Sa signature,
p. 82.
M ignard (Pierre). — Sa signature, p. 3.
Napoléon I*»". — Sa signature comme
premier consul, p. 108.
Perreal (Jean). — Sa signature, p. 1 17.
Philippe-Auguste, roi de France. —
Charte de lui, p. 91.
Pierre (J.-B.- M.), peintre. — Signa-
ture, p. 169.
Pompadour (la marquise de). — Lettre
d'elle, p. 174.
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ig2 TABLE DES FAC-SIMILE
PicciNNi (Niccolo). — Sa signature, Saint^Pol (Louis de Luxembourg,
p. lo. comte de). — Sa signature, p. 99.
Richard, conventionneL - Sa signa- Turreau. - Sa signature, p. 82.
turc, p. 82. o » r
Richelieu (le cardinal de). — Trois Vbrnbuil (la marquise de). — Signa-
signatures de lui, p. 33. ^ure d'elle, p. 179.
RiCHER (le capitaine). — Sa signa- Voltaire. — Cession du privilège de
ture, p. 82. sa tragédie de Tancrède, p. 4.
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INDEX DES ARCHIVES
DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES
ET DES COLLECTIONS PARTICULIÈRES
d'où proviennent les pièces PUBLIEES DANS CE VOLUME
Beauffort (M. le O^ Roger de}. Charavay (M. Etienne).
Lettre de faire part de la mort du fils
de linné, p. i33.
Bibliothèque nationale.
Pièce sur l'entrée du roi Charles V à
Saint-Denis, p. 3i. — Lettre de
Fréron, p. 165.
Boissin (M. Firmin).
Lettre de Henri III, p. 68.
Bonnejof (M. le docteur).
Charte de Baudouin VII, comte de
Flandre, p. 1 77.
Borromée (M. le Oe Gilbert).
Lettre de Jean Perreal, p. 116.—
Rapport de Charles Errard^ p. i23.
Bovet (M. Alfred).
Lettre de Mignard, o. i. — Lettre de
Louis XIII, p. 06. — Lettre de
Marat, p. 140.
Charavay (M. Jacques).
Quittance du cardinal de Bérulle
p. 122.
Pièce de Voltaire, p. 4. — Documents
sur les carrosses au xvii« siècle, p. 1 1
et suiv. — Charte de 1 274, p. 25. —
Pièce sur le soulèvement de la Ven-
dée, p. 28. — Pièce sur Paris, p.
35. — Charte de 1243, p. 45, —
Documents sur la guillotme, p. 47
et suiv. — Lettre de Louis XIlI, p.
64. — Lettre de Savary, p. 79. —
Pièce de Marceau, p. 81. — Lettre
de Dcsçodetz, p. 93. — Pièce de
Henri IV, p. 95. — Charte de
Pierre des Barres, p. io3. —
Lettres de Bernier, p. 104. —
Pièces de Joseph et Carie Vernet,
p. 143.
Dangeau (M. Louis).
Acte de mariage de Montesquieu,
p. 44.
Delaunay (M.).
Lettre de Louis XIII, p. 66,
Dejvei (M. Léon).
Document sur un procès criminel à
Grenoble en 1769, p. 16.
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194
INDEX DES ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUES
Fillon (M. Benjamin).
Lettre de Piccinni, p. 5. — Lettre
de Lemaire de Belges, p. 37.
Gantier (M.).
Documents sur le séjour de Napo-
léon I«<- à nie d'Aix et à Rochefort
en 181 5, p. 70.
Girardot (M. le Bon de).
Lettre de Tabbé Maury, p. 119.
Jumilhac (M. le Ai** de).
Acte signé par le cardinal de Riche-
lieu, p. 32.
Minaret (M. Eugène).
Charte de Philippe- Auguste, p. 91.
Pour (M. F.).
Pièce sur les carrosses de place h
Versailles en 1768, p. 63.
Rathery (M.).
Communication d'une brochure sur la
fuiUotine, p. 56. — Lettre de Les-
iguières, p. 148. — Lettre de
Charles IX, p. i5o.— Lettres de
Fréron et Chevrier, p. 1 56 et suiv.
— Lettres d'André Dacier, p. 170
et suiv. — Lettre de M"" de Pom-
padour. p. 174. — Lettre de l'ami-
ral CoUgny, p. 175. —Pièce de la
marquise de Verncuil, p. 179.
Rochas (M. Adolphe).
Pièce sur les couvents de Paris,
p. 181.
Sensier (M. Alfred).
Pièce de Petion, p. 58. — Lettre du
connétable de Saint-Pol, p. 97. —
Lettre de Jean Perreal. p. iia. —
Lettre du cardinal de Rohan,
p. i35.
Vatel CM. Charles).
Tabatière à la guillotine, p. 63.
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REVVE
DES DOCVMENTS
HISTORIQVES
SVITE DE PIÈCES CVRIEVSES ET INEDITES
PVBLlésS AVEC
DES NOTES ET DES COMMENTAIRES
PAR
ETIENNE CHARAVAY
archi?iste-pal£ographe
QVATRIÈME ANNÉE
PARIS
A. LEMERRE EDITEVR C. MOTTEROZ IMPRIMEVR
37 Passage Cboiseul Rue do Dragon 3i
1877
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REVUE
DES
DOCUMENTS HISTORIQUES
FABRIZIO DI CARRETTO
42» GRAND-MAITRE DE RHODES
Fabrizipdi Carretto fut élu grand-maître de Rhodes le 14 décembre
i5i3, en remplacement de Gui de Blanchefort. (i) Amiral et chef de la
langue d'Italie, le commandeur Carretto avait vaillamment secondé
Pierre d'Aubusson dans son héroïque défense de Rhodes contre les
Turcs. (2) Aussi, dès qu'il eut la souveraine puissance, il songea à com«
battre les Infidèles. Le sultan Séiim I, fils de Bajazèt II qu'il avait
renversé du trône, puis empoisonné en i5i2, était un adversaire redou-
table. (3) Attaqué par le schah de Perse IsmaTl I^*", fondateur de la
dynastie des Sofis, (4) il envahit les états de ce prince et remporta une
victoire décisive à Tchaldiran en- 1 514. Le grand-maître avait soutenu
(1) Histoire des Chevaliers hospitaliers de S. Jean de Jérusalem, par l'abbé de Vertot;
Puis, 1716, 4 TTol. in-4, t. II, p. 11.
(a) iicM, t U, p. 310-11.
(3) Sdim était oé en T467,
(4) iMMfl r^ Dé U 38 rcdfab 89a dt lliégire (17 juillet H&7), mort à Ardébil le 19 r«lj«b
93o (19 mai 1514).
TOME III. I
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2 REVUE DES DOCUMENTS HlSTOtlQUBS
Ismaïl et s'était par ce fait attiré la haine de SéLim. Aussi, prévoyant
que la vengeance du sultan était proche il se prépara à la défense et,
profitant de ce que les mamelucks d'Egypte s'étaient soulevés contre
SéluB,«il.t^nta d'engager le roi de France, François I*', à entreprendre
uftè dréfsctâ^contre les Infidèles. La lettre qui suit développe ce projet.
-•- âre^lê^ lùdys passez par tous passaiges je vous ay escript et
donné notice des préparatives d'armées de mer turquesques, et
comme Tune de xxxvi voilles ce moys de mars dernier estoit ja
passée en Surye ( i), Sire, l'auitre de cent cinquante voilles, as-
savoir quarante grosses gaiioisses (2), soixante galleres subtiiez (3)
etfustes grosses (4), et iereste nau& (5), paUandrées(6) et petites
fustes, est sortie et au xiii* du passé est joincte à Scyou (7), là où
elle a demouré XIX jours, et après s'est partie et venue la voite de
Rhodes et a séjourné quelques jours entre noz isles vers le lango,
usant de dissimulation, et de là s'est tirée vers Tescarpanto, pour
s'en passer, comme nous croyons, en Alixandrie ou autres pors
de Surie. Le bachia, capitaine de ladicte armée, incontinent qu'il
fiist arrivé à Scyou, il m'escript unes lettres en turquesque par
laquelle et son translat en grec et en franc que je vous envoyé,
Sire, vous pourrez veoir et entendre Tinsolence, crudélité et
(i) Syrie.
(3) Galéasse, de ritalito Gatotzzt, grotte galère. • Gt nom fut donné d'abord à nna
galère pins grande et plot forte que la galère commune, mait loi rettemblant beaocoop. La
grosse galère se développa considérablemeot à la fia du xv« siècle, et pendant le zti«, dans
toutes les grandes journées navales, elle joua un r6le Importait à la tCte dit arméet. •
(Jal, Glossaire nautique, art. Galéatta, p. 737.)
(3) Galère fubtile, galère dont la carène avait det ftçont finet, tnrtout à Tanière.
• Elle était rapide, légère, et évoluait avec facilité. • (Cf. Jal, Glossaire néoUique, p. 755.
(4) Puste, nom primitif de tous les navires, désigna ensuite une espèce particulière de
bfttiment à rames, c Au xv« siècle, les Fustes formaient, dans la famille des bàtimenU à
rames, une famille particulière, dont les individus, réunis par des liens communs ; la
forme générale, la couverte, le gréement, la voilure, Torganisation det ranMS, différainat
entre eux par la grandeur, et par quelques détails qui ne sont pas connus aujourd'hui. »
(Cf. Jal, Glossaire nautique, p. 726.)
(5) Sauf, nef, navire.
(6) TaUmdrie, de Tital. Palandaria. c Au xif« tiède, c'était nn navire de charge médk>«
crement grand, dont les Turcs te servaient comme de bâtimentt-écuries pour le transport
dtt chevaux. • (Cf. Jal, Glossaire nautique, p. 11 14.)
(7) Sdo.
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PÀBRmO DI CARRETTO 3
présumptueuse témérité qui règne en ceste infecte gent barbare
ennemye de Cristianté, et en quelle sorte elle nous estime, et
encores quelle est leurmauldite intention, à quoy, Sire, se peult
espâ^r et croyre par vostre bonne prudence et singulière affec-
tion que comme Roy très Cristian portez à la saincte foy
catholique sçaurez bien proveoir et donner remède à ce que
iesditcs chiens infidèles n'ayent ainsy à soy exalter et nous
déprimer et villipender, et ne se doibt comporter que le nom
de nostre Seigneur Jehu Crist soit ainsy avecq dérision blas-
fémc par ceste mauldite gàiération. Sire, je croyoye pour cer-
tain que ladicte armée vint sur Rhodes, car à telles fins estoit
elle préparée, et nous estions mis en ordre pour la recepvoiren
sorte que s'elle fust venue j'espère avecques Fayde de Dieu, par
rintercession de la benoiste vierge Marie et de monseigneur
sainct Jehan, nostre patron, elle s^en fiist tournée avecques con-
jfusion, dommaige et vergongne, à Texaltation de la saincte foy
catholique, honneur et louange de ceste vostre religion. L'oc-
casion pourquoy ne nous est venue dessus a esté qu'il sont ve-
nues nouvelles comme le sofiys ( i) est avecq bonne puissance la
volte d'Arménie et a reprins quelques places que le turcq na-
guières luy avoit levées (2). Ledia turcq s'est party du Cayre, là
où il a laissé gouverneur et gens, et s'en va la volte dudit soffys
pour le deffaire du tout, car telle est son intention, et puis faire
entreprinse contre Cristians. Sire, à présent s'addonne le
temps mieulx que jamays que l'on fist entreprinse contre ledict
infidèle à la récupération de la terre saincte et délivrance de
captivité de tant de povres Cristians, et vous. Sire, comme
'vray Roy très Cristian ne debvez posposer telle saincte œuvre
qui est tant nécessaire et redonde à sy grant bien et exaltation
de la saincte foy catholique, à quoy acquerriez mérite étemel
envers Dieu et louange immortelle en ce monde, et s'il ne se
(i) Le scbah de Pêne Itmail I*'^ fondateur de la dynastie dea Sofia.
(2) Le départ de la flotte turque était causé par un soulèvement des Mamelucks d'Egypte
contre le snltan. Il semble que le sofi, yaincu en 1 5 14, se tenait alors tranquille.
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4 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
faict à présent que iedia turcq est occuppé es pays longttins ctest
demouréepar tout la Grèce deffounné de deffenseurs et sous les
habitants la plupart Cristians qui ne désirent sy non veoir et
entendre quelque entreprise tant fust petite de Gristians, car
d^eux mesmes se relèveroient de captivité quant ledict turcq
sera retourné et aura mis fin es affaires du sofiys, comme
il a en Surie là où il domine et signorise tous les pays que
tenoit le Soldan, certain^nent ce sera entreprinse assez plus
difficile.
Et, pour ce que ledict turcq a en hainne mortelle ceste vostre
religion, nous estimons et tenons tous segurs que nous serons
les premiers qu'il viendra molester, car ainsy Ta juré et promis
par plusieurs foys et assez le povons penser, venez les lettres
du càpitainne de son armée de mer et aultres plusieurs indices
et menasses qu'il nous a faictes, parquoy croyons que inconti-
nent qu'il aura mis fin audict distourbe du sofiys, sans nulle
faulte il convertira sesdictes armées de mer et de terre contre
nous^ et ne peult tarder, et, ne fust esté ledict sofiys, pour cer-
tain telles armées de mer comme dict est estoient préparées
pour Rhodes. Ausquelles pour obvier, quant se partist nostre
grosse nauf dernièrement j'escrips aux vénérables prieur de
sainct Gilles et à mon beutenant en ce vostre royaulme, firère
Phelippes deVilliers, nostre sénéchal et hospitalier de Rhodes,
qu'ilz préparassent et acheptassent par delà en vo^redia
royaulme les provisions de victuailles, munitions et aultres
choses nécessaires pour nostre secours, ce que croy aurons
faict.
Et pareillement considéré que l'espérance du secours qu'on
a de ceubc qui sont acoustumez et expérimentez aux faictz des
guerres et semblables choses donne grande consolation et
espoir à ceulx qui sont assiégez et en nécessité, congnoissant
la suffisance et bonne pratique et sçavoir dudict vénérable prieur
de Sainct Gilles, je l'exhortis et mandis par mes lettres qu'il
vint incontinent par deçà secourir sa religion, et pource que
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PABRIZIÔ DI ÇABKETTO^ 5
je scay bien que telle chose ne se peult faire sans vostre bon
congié et Ucence je vous suppliay alhors par mes humbles
lettres et à présent de rechief constituez comme dict est en
nécessité, Sire, très humblement je vous requiers et supplye
qu^il vous plaise octt*oyer et donner audict vénérable prieur son
congié et lui laisser amener avecques iuy lès^llères qu^il a de
vous soubz sa charge, et aussy permettre que de cestuy votre
royaulme nous puissons avoir hacte et estre accomodez.des
provisions et choses qui nous sont nécessaires pour ledia
secours. . .
Et pareillement, Sire^ soit vostre bon plaisir mander soubz
la charge dudia vénérable prieur aulcuns de voz navires armez
en conserve de nostre grosse nauf et aultres vaisseaulx qui se
noligeront (i) pk>ur nous tant en Provence que Secille, à celles
fins que tous uniz ensemble de conserve puissent venir i
noste adjude au temps de nécessité nous secourir à llionneur
vostre et de là nrès renommée couronne de Franee.
Sire, j^ay donné commission ausdicts vénérables, prieur de
saina Gilles et à mon lieutenant et sénéchal vous communiquer
sur toutes choses plus amplement, évitant prolixité de paour
de vous tédier. Je vous supplye, Sire, vouloir donner foy ad
ce que de par moy -et.ceste vostre religion vous expo*
seront et remonstreront et votif effect ad ce qu'îlz vous,
suppliront et. requerront qui concerne non seullement
Testât de cestedicte vostre religion mais dé toute la
Crisdanté, et moyennant tel secours, nous serons fortifiez et
avecques la confidence et grâce de nostre Seigneur confondrons
noz ennemis, et de la foy catholique, et moy et toute ceste
vostredicte religion resterons de plus en plus obl^êz à vous et
à ladicte très renommée couronne dé France, priant la
majesté divine qu'elle vous doint. Sire, très bonne et longue
(i) Probtbieaieiit noliseront, du veitt noliser, to'bai latin nauUMare, qui signifie 4^^
ter (Cl DUtUnmairt de Littrt).
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6 tIVUB DES DOCUMENTS HI8T0EIQUES
vie, ensemble raoomplissement de trâous voz désirs. De
Rhodes, ce XVII* de may iSiy.
Vostre très humble et très obéissant serviteur
Le maistre de Rhodes
Au Roy Trèscristian.
François i*' ne songeait g:uère à recouvrer les saints lieux : le temps
des croisades était dès longtemps passé. L'ennemi, pour le roi de France,
ce n'était point le Turc, mais l'empereur d'Allemi^e. On ne combat-
tait plus les Infidèles, mais ses frères en Jésus-Christ. Aus» le grand-
maître fit-il un vain appel à la foi et à la générosité de François i***; ce
prince se borna à laisser partir de son royaume tous les chevaliers de
Tordre et à envoyer quelques navires et quelques provisions au grand-
mattre. Bientôt Soliman II, successeur de Sélim, vint attaquer Rhodes;
Carretto, qui avait tout préparé pour la défense, mourut en 1 52 1 ;
Villiers de Tlsle Adam fiit nommé à sa place. Pendant deux années les
chevaliers résistèrent héroïquement à toutes les attaques des Turcs:
abandonnés par la Chrétienté et accablés par le nombre, ib durent ca-
pituler. Le i*' janvier i523, ils abandonnèrent pour toujours cette île
de Rhodes qui depuis iSio appartenait à Tordre de saint Jean de Jéru-
salem.
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FUNÉRAILLES DE FRANÇOIS II D'ORLÉANS
DUC DE LONGUEVILLE
François II d'Orléans, comte de LongueviUe, petit-fils de l'illustre
Dunois, fut gouverneur de Guyenne et grand chambellan de France.
En i5o5 Louis XII érigea en sa faveur la terre de LongueviUe en
duché. Le nouveau duc mourut en i5ia. Guillaume de Montmorency
et François de Rochechouart, ses exécuteurs testamentaires, lui firent
des funérailles dignes d'un si noble seigneur. Selon la coutume les rois
d'armes assistèrent aux obsèques et reçurent pour leurs peines et vaca-
tions quinze écus d'or. Le roi d'armes de France, étant parti aussitôt
après pour Marseille, ne toucha pas son salaire, mais, dès qu'il fut de
retour, il réclama auprès des exécuteurs qui lui firent payer les quinze
écus d*or auxquels il avait droit. Telle est la teneur delà pièce suivante
qui est actuellement en ma possession.
Mons' le trésorier, nous avons vcu les lettres et responce
que avez faicte à Qervoye, roy d'armes en l'ordre du Roy,
touchant la somme de quinze escuz d'or qu'il vous a de-
mandée pour ses peines et vaccadons qu'il a fait, esté et
assisté es obsèques de feu Monseigneur le duc de LongueviUe,
que Dieu absoille, dont sommes exécuteurs, ainsi que à
chasam de ses compaignons a esté tauxé. Et pource queicelles
obsèques parfaictes le Roy incontinant envoya ledict Qervoye
à Marceilie en Prouvence pour conduire et mener de sa ville
de Paris audict Marceille aucuns prisonniers pour armer ses
gallères, au moyen duquel voyage et commission et pour son
absence iedia Qervoye n'a esté payé comme ont esté sesdicts
compaignons, à ceste cause, pour l'amour et descharge dudict
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8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
feu Monseigneur le duc de Longueville et de nous, pour
payement et récompense de sesdictes peines et vaccacions,
nous vous prions et néantmoins mandons que audict Qervoye
payez et délivrez comptant ladiae somme de quinze escuz
d'or, laquelle somme luy avons tauxée et ordonnée, tauxons
et ordonnons comme aux autres ses compaignons par ces
présentes signées de nostre main, lesquelles en rapportant
avec quictance ou recongnoissance dudict Clervoye ladicte
somme vous sera allouée en voz comptes sans difficulté.
Escript à Paris le VIII jour de julhet Tan mil cinq cens et
trcze.
/^^iù^)7<im
Le premier signataire de cette pièce, Guillaume de Montmorency,
fils de Jean II, fut conseiller et chambellan des rois Giarles VIII,
Louis XII et François V^, Il mourut le 24 juillet i53i. Son fils, Anne,
devint connétable de France.
Le second des exécuteurs testamentaires du duc de Longueville,
François de Rochechouart, premier chambellan du duc d'Orléans,
s'attacha à la fortune de ce prince qui le fit grand-maître des eaux et
forêts du duché de Valois. Quand le duc d'Orléans fut monté sur le
trône et s'appela Louis XII, il n'oublia pas son fidèle serviteur; il lui
donna succe^ivement les charges de maîti:e des eaux et forêts du Lan-
guedoc (6 août 1 5o3) et de sénéchal de Toulouse (5 octobre i Soi). Il
renvoya, en 1 5o6, en ambassade auprès du roi des Romains Maximilien.
L'année suivante François de Rochechouart s'illustra par son courage
au siège de Gènes, et, quand cette place fut tombée en notre pouvoir',
il en devint gouverneur (octobre i5o8). Il ne quitta cette ville que le
20 juillet iSia, chassé* par les habitants révoltés contre l'autorité fraa-
çaise. Sous François I^^^, il remplit plusieurs missions diplomatiques â
Venise et à Bruxelles et fut gouverneur de la Rochelle. Il mourut
le 4 décembre i53o.
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FÊTES DE BRUNOY
en 1776
Pièce relative aux sommes payées par le comte de Provence, depuis
Louis XVIII, pour les fêtes qu'il donna, le dimanche 6 octobre 1776,
à son ûrèfie Louis XVI et à sa belle-sœur Marie-Antoinette dans son
château de Brunoy.
FÊTES DE BRUNOY
.6 octobre 1776.
État des sommes que Monsieur veut être payées aux mu-
siciens de la Comédie italienne, qui y sont dénommés, pour
avoir assisté aux fêtes qu^il a données au Roi et à la Reine, le
dimanche 6 octobre 1776.
Savoir :
Au s. Le Bel, pour deux jours et une répétition. 60 » »
Au s. Loyset, pour deux jours 48* » »
Au s. Le Febvre, pour deux jours 48 » »
Au s. Hobault, pour deux jours 48 » »
Au s. pour avoir fait la répétition. . 6 » n
Au s. id. . . 6 » »
* Au s. Lambert, pour avoir passé une nuit. . . 12 » »
Total 228 » »
Le dit état certifié du s. Berton le 9 octobre 1 776.
Il est ordonné à M* Denis-Pierre- Jean Papillon de la Fçrté,
TOME ni 2
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10 REVUE DES DOCUMENTS HISTOtIQUES
trésorier général de nos finances, de payer coii^>tant au
s. Berton, surintendant de la musique du Roy, la somme de
deux cent vingt-huit livres, pour être répartis aux personnes
dénommées au dit état et conformément à icelui, de laquelle
somme de deux cent vingt-huit livres il sera tenu compte à
mon dit trésorier général, en rapportant avec la présente le
dit état quittancé. Fait à Fontainebleau le 28 octobre 1776.
Comptant au trézor de Monseigneur,
Louis^Stanisuls-Xavibr.
Pour acquit,
Bbrton.
Pierre-Montan Berton, qui, comme surintendant de It musique du
Roi, apposa son acquit sur cette pièce, était né en 1727. Il mourut en
1780, laissant un fils, Henri, qui fut un compositeur habile et devint
membre de l'Académie des Beaux-Arts.
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GÉRARD VAN OPSTAL
Traité par lequel Gérard van Opstal, sculpteur ordinaire du Roi,
s'engage vis-à-vis de Pierre Touxet, juge et garde en la monnaie de
Paris, à Êdre une Uble d'autel de menuiserie pour le grand autel de
l'église des Célestins de Mantes, et ce moyennant la somme de quinze
cents livres tournois.
Par devant les notaires au Chastelet de Paris soubzsignez
tut présent en sa personne Gérard Vimopstal, sculpteur ordi-
naire du Roy, demeurant à Paris rue des Thuileries, paroisse
Sainct-Germain de FAuxerrois, lequel a voUontairementpromis
et promet à M* Pierre Touzet, juge et garde en la monnoye de
Paris, y demeurant susdicte parroisse Sainct'-Germain, à ce
présent et acceptant, de foire et parfaire bien et deuement, au
dire d'ouvrfers et gens à [ce] cognoissans, une table d^autel de
menuiserie pour servir au grand autel de Tesglizé des Pères
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12 REVUE DES DOCUMENTS HISTOEIQUES
Cellestins lez Mantes, au lieu de celuy qui est à présent, la-
quelle menuiserie sera aornée de sculpture et peinte en façon
de marbre, dorée aux lieux et endroictz que Ton jugera à pro-
pos, au milieu de laquelle table d'autel sera mis un tableau
peint sur thoiUe, de neuf pieds de hault sur sept de large^ où
sera représenté Jésus-Christ qui donnera les defe de son es-
glize à Sainct-Pierre, le tout suivant le dessein qui en a esté faict
par ledict s' Vanopstal, présentement rq>résenté et paraphé
ne varietur par luy et par les notaires soubzsignez. Et pour ce
faire sera tenu de fournir tant le bois que peinture, paier peine
d'ouvriers et toute les autres choses qu'il conviendra pour la
perfection de ladicte table d'autel selon ledict dessein, mesme
icelle ftiire poser à ses frais et despens en ladicte esgli2e des Cel-
lestins lez Mantes tant par luy que par les ouvriers qui auront
scellé, travaillé dedans, le jour de Noël prochain, et au plus
tàrt au jour de Chandelleur ensuivant. Ceste promesçe faicte
moyennant la somme de quinze cens livres tournois pour toutes*
' choses générallement quelconques^ soit pour lesdictes fourni-
tures et matières qui seront employées pour faire lesdicts ou-
vraiges que pour les façons de luy et de ses ouvriers, mesme
pour le port de la voiture desdicts ouvraiges de ceste ville de
Paris audict Mantes, placez et mis en œuvre comme dit est.
Sur laquelle somme ledict Vanopstal confesse avoir eu et receu
*dudict sieur Touzet qui luy a baillée et payé en louis d'argent
et réaux [en] présence desdicts notaires soubzsignez la sonmie .
de mil livres, dont quittance, et pour les dnq cens livres res-
tans ledict sieur Touzet promet et s'oblige les bailler et payer
audict sieur Vanopstal ou au porteur en ceste ville de Paris
auss3rtost que ladicte table d'autel sera faicte, parfoicte, posée
et mise en œuvre en ladicte esglize des Cellestins, et pour l'exé-
cution des priésentes lesdictes parties ont esleu leur domicilie
irrévocable eh ceste ville de Paris ès-maisons où ilz sont de-
meurans, où îlz'veuUent, etc., soyent, etc., promettans, obli-
geans chacun en droict, soy renonceant, etc. Faict et passé à
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GERARD VAN OPSTAL l3
Paris ès-^tudes des notaires soubzsignez l'an mil six cens cin-
quante-deux le. Yingt<mquiesme jour de juillet, et ont signé :
De Beaufort.
De Beauvais.
Gérard van Osptal, né à Bruxelles vers 1604, fut un des douze
anciens de l'Académie royale de peinture lors de sa créatioil, en 1648.
On lui doit plusieurs travaux importants, entre autres toute 1&
sculpture décorative de la galerie de l'Hôtel Lambert. Il mourut à
Paris le !•■ août 1668, à l'âge de 64 ans.
Le peintre Ga3pai;d-Jacques van Opst^l, dont plusieurs tableaux
ornent les églises de Flandre, entre autres la cathédrale de Saint-Omer,
était neveu du sculpteur Gérard. Né à Anvers en 1660, il mourut
en 1724.
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MARIAGE DE LOUIS XV
Le 5 avril 1725 le duc de Bourbon, alors premier ministre, renroja
en Espagne Tinâmte, ftgée de sept ans, destinée pour épouse à Louis XV.
Le dimanche 27 mai suivant le jeune roi déclara, après son dîner, son
mariage avec la princesse royale de Pologne (i). Marie L^cânska, fille
de Stanislas Leczinski, chassé de son royaume par Auguste II, malgré
la protection de Charles XII, était née le 23 juin 1703. Elle avait vingt-
deux ans quand, par la volonté du duc de Bourbon et surtout de là
maîtresse de ce prince, madame de Prie, elle fut appelée à devenir reine
de France (2). Si Stanislas, pauvre prince déchu, fut justement surpris
de cette rare fortune, on n*en fut pas moins étonné à la cour de Louis XV.
Cette alliance, disait-on, était peu convenable pour le Roi, d'autant plus
que la maison Leczinski n'était pas une des quatre grandes noblesses de
Pologne (3). Mais peu importait le sentiment public. Le 19 juillet les
articles du mariage furent signés i Paris, par le garde des sceaux dr
France, le maréchal de Villars, les comtes de Maurepas et de Morville,
secrétaires d'État, et le contrôleur général des finances Dodun, pour
Louis XV, et par le comte de Tarlo, pour le roi Stanislas. Le 22 du même
mois le Roi envoya l'ordre du Saint-Esprit à son futur beau-père, et
le 4 août le duc d'Antin et le marquis de Beauvau firent, à Strasbourg,
la demande officielle. Le 9 Louis XV signa, dans son cabinet, le contrat
(1) Journal de Barbier, édition de U Sodéii àt THiftoir* de France, 1 1, p. 919.
(a) Mémoiret secrets de Dmclos, oollectioii Michaod. t. XXXIV.
(3) Voici le ptttage da Joitmal de Barbier qvâ reltte ce (ait (t. I, p. 919) :
c Dimanche^ 37 (mai), après ton dtner, le roi a déclaré ion mariage ayec la princesse
royale de Pologne qui est la princesse Leczinska, fiUe da roi Stanislas. Ce mariage étonne
tout le monde. Il ne convient, en effet, en aucune Ciçon, au roi de France, d'autant que k
maison Leczinski n'est pas une des quatre grandes noblesses de Pologne. Gela fait de simples
gentilshommes, et c'est une ortune étonnante pour cette princesse. •
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MARIAGE DE LOUIS XV l5
de mariage et créa le comte de Tarlo chevalier-commandeur de Tordre
du Saint-Esprit (i). Le 1 5 le duc d'Orléans épousa, au nom du Roi,
Marie Leczinska dans la cathédrale de Strasbourg : la cérémonie
nuptiale fut célébrée par Tarchevêque-duc de cette ville, le cardinal de
Rohan, qui harangua, selon Tusage, la nouvelle reine (2). Le 17 celle-
ci sortit de Strasbourg au bruit du canon et devant toute la garnison
rangée sous les armes. Elle coucha à Saveme dans le palais du cardinal
de Rohan qui la reçut avec la magnificence coutumière à cette illustre
£uniile. Le lendemain elle quitta Saverne, arriva le ai à Metz, où elle
séjourna jusqu'au 24 au milieu des réjouissances publiques, passa à
ChMons le 28, coucha le 3o à Vertus et le 3 1 à Sézanne, et arriva le
4 à Montereau, après avoir traversé Villenoce et Provins (3). De là elle
se rendit à Moret : Louis XV avait le 4 au matin quitté Fontainebleau
avec les princesses de la Cour pour aller au-dessus de Moret dans la plaine
de Montarlau, et il attendait son épouse sur la petite montagne de Tré-
panton (4). Les chemins étaient épouvantables. A la rencontre des
deux carrosses on jeta par terre un tapis et un carreau. La reine des-
cendit et voulut se mettre à genoux, mais le Roi, qui s'était avancé
au-devant d'elle, la releva et l'embrassa sur les deux joues avec une
vivacité qu'on ne lui connaissait pas. La reine remonta alors dans son
carrosse où la suivirent le Roi et la duchesse d'Orléans, et ils chemi-
nèrent ensemble jusqu'à Moret. Là le Roi causa avec sa femme pendant
tme demi-heure, et montra une exquise politesse. Puis il rentra à Fon-
tainebleau, tandis que la Reine restait à Moret, qu'elle ne quitta que le
5 septembre au matin. Elle arriva à Fontainebleau sur les dix heures
et monta droit à son cabinet où durant trois heures on lui fit sa toi-
lette. Toute la cour y vint lui rendre visite et fut reçue avec beaucoup
de grâce. Pendant ce temps Louis XV envoya plusieurs fois savoir quand
la toilette serait terminée (5). Enfin les deux époux furent conduits
dans la chapelle du château où le cardinal de Rohan leur donna la
bénédiction nuptiale (6). Après le dîner ib allèrent dans la salle de la
(1) Jàumal historique ou Fastês du règne de Louis XV, surnommé le Bien^Aimé
(ptr le président de Léry), 1757, in-8.
(3) CL Harangue de S, A, E, Monseigneur le cardinal de Rohan à la Reine dePrance^
étant la cérémonie du mariage célébré en Véglise cathédrale de Strasbourg^ le
iS août 77^5, in-4. (Bibl. nat, Lb'f 961).
(3) Relation des cérémonies observées à'Voccasion du mariage du /{of; Paris, ta.
bveta d'adrcaee, M.DCGUV, iii-4 de a6 pages. (BiU. nat, Lb>* 367).
(4) Ato».
(5) Journal de Barbier^ 1 1, p. 117.
(^ Journal historique do président de L4vy.
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l6 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
comédie et virent Amphytrion et le Médecin malgré lui (i). Ce même
jour le Roi avait écrit au cardinal de Noailles, archevêque de Paris, de
£Eiire chanter le Te Deum dans l'église Notre-Dame pour célébrer ton
mariage (2). -, » - • .
Le 8 septembre le mémer cardinal vint chanter le Te Deum dans
yéglise métropolitaine de Versatiles: il y eut- un feu d'artifice; devant
l'Hôtel de ville et des réjouissances publiques (3). Le 10 Michei-Grîse-
Roger de Bussy-Rabutin, évéque de Luçon, fils d^ Tauteùrde VHisieire
amoureuse des GauleSy harangua le Roi, et Michel Poncet .dé JLm,
Rivière, évéque d* Angers, remplit le même office auprès' de la Reiçe^.
On reproduisit, à l'occasion de ce .grand événemenj^' l'effigie .d^. la
nouvelle reine, et on distribua au peuple une image grossière représgi}-
tant une femme magnifiquement vêtue et ornée ^du manteau royal, la
main droite appuyée sur un coussin porunt la couronne et placé sur
une table couverte d'un tapis fleurdelisé où les armes de France et de
Pologne étaient brodées. On lisait au-dessous cène inscription :
c Marie Leszinsky, reine de France, fille unique de Stanislas I,roi4€
Pologne et de Catherine Opalinsky, née le 23 juin iyo3. Fu't.itfpousée
pour le Roy Louis XV, à Strasboui^, le .i5 aoûst lyaS, par S. A%.R.
Mgr le Duc d'Orléans I Pr.'du sang« ».
. Hus bas ce quatrain :
Les peupiâi au iot bt a la EBOcf
, RégoéSf beureaz époox, et que les plus beaux jours • • . '
De votre commun Règne accompagne U cours.
Régnés et pour remplir tous nos désirs ensemble
Que votre amour nous donne un fils qui vous resemUe;
• Un exemplaire de ce curieux spécimen de Timagerie populaire du
xyiii* siècle est venu en mes mains et j'ai cru devoir le faire' repro-
iluire(5). ' ' *
.(i) Relation dis cérémonies observées Ji foecasiondu mériage du R^y p: su. '. :
(a) Lettre du Roi écrite 4 son Énùnence monseigneur le cardinal de Nouilles, mTcke-*
pêque de Paris, pour faire ckamter le Te Deum dan$ Pégliêe^ Notre-Dame poitr le
mariage de Sa Majesté (5 septembre); Paris, j!-B. Delespine, 1735, in-4. (Bi^h ma.,
Lb» a68). . . • - •
(3) Relation des cérémonies observées à l'occasion du marlagodu Roy^
(4) Harangue faite au roi, â Fontainebleau, 4e to sepêembrt r^aS, par monseigneur
révéque de Luçon ; Paris, P. Simob, tyaS, tn-4. — Harangue faUe à la reine, à Foutais
nebleau, le 10 septembre i7s5,par monseigneur Fépêque d'Angers i P«rti, P: Sinon,
1735, in-4. (Bibl.nat., Lb*« 370 et 271.
(5) Ccttei mage avait été recueillie par M. Rathery et jointe pur fui à une lettre de Iiottis XV^
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_, ^ - , -_- - --EiNE DE France ,
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JEAN D^ORLÉANS
COMTE D'ANGOULÊME
Louis de France, duc d'Orléans, second fils du roi Charles V, fut
assassiné à Paris, rue Barbette, le 23 novembre 1407, vers neuf heures
du soir, par des gens aux gages de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne.
Il laissa, de son mariage avec Valentine de Milan, trois fils : Charles,
né en iSgi, qui fut le père de Louis XII ; Philippe, comte de Vertus,
Qé en 1396; Jean, comte d'Angoulême, né en 1404; et une fille :
Marguerite, née en 1406, qui, mariée à Richard de Bretagne, comte
d'Étampes, fut la grand'mère d'Anne de Bretagne. En outre, il avait
eu, en 1402, de Mariette d'Enghien, femme d'Aubert de Cariy, un fils
naturel, Jean, comte de Dunois, qui, par ses exploits guerriers, illustra
le titre de bâtard d'Orléans (i).
Le troisième de ces enûints, Jean, né à Orléans le 26 juin 1404, n'a-
vait que trois ans lors du meurtre de son père ; Valentine l'emmenait
avec elle lorsqu'elle allait demander vengeance au Roi, espérant que
laspect de ce petit orphelin inspirerait la pitié (2). Elle-même mourut
en 1408, et les biens du duc et de la duchesse d'Orléans furent partagés
entre les héritiers. Jean eut en partage les comtés d'Angoulême et de
Périgord. Le 24 juillet 1411, les trois frères accusèrent formellement le
(i) La vie de très-illustre et vertueux prince Jian conte cTAngoulesme, Aïeul du grand
roy François^ dédiée à Monseigneur le duc d'Espemon, par Jean Du Port, sieur des
Rosiers, conseiller du Roy en la Seneschaucée et siège Presidial d'Angoulmoys; Angou-
Ufloe, i589, in-4. — Nouvelle éditiob donnée par Eosèbe Castaigne en i853. Cf. le ubieau
généalogique qui se trouve à la fin de cet ouvrage.
(3) Idem, p. 4.
TOME IV 3
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l8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
duc de Bourgogne d'avoir assassiné leur père et lui envoyèrent un car-
tel (i). De là, une guerre entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne; le
premier sollicita Tappui des Anglais et leur promit 240,000 écus pour
soudoyer une armée. Après des succès divers, la paix fut conclue et
les Anglais congédiés, mais le duc d'Orléans devait encore 100,000 écus
et, pour répondre du paiement de ceue somme, il donna en otage son
plus jeune frère Jean, comte d'Angouléme, âgé de neuf ans. Ce prince
fut donc emmené en Angleterre en novembre 1412. Sa délivrance ne
devait pas être prochaine, car le duc d'Orléans, de qui elle dépendait,
fait prisonnier à Azincourt, vint rejoindre son firère dans sa captivité.
Les divisions intestines, la conquête presque entière du royaume de
France par les Anglais, la lutte héroTque contre l'étranger soutenue à
l'instigation de Jeanne d'Arc, la dévastation du duché d'Orléans par
l'ennemi, au mépris de la foi jurée, empêchèrent longtemps qu'on s'oc-
cupât du sort des prisonniers. Le traité d'Arras, en 143 5, détacha le
duc de Bourgogne de l'alliance anglaise et ménagea sa réconciliation
avec la maison d'Orléans. Le i3 mai i436, Charles donna procura-
tion à son frère le bâtard d'Orléans pour vendre le comté de Périgord,
qui appartenait au comte d'Angoulème. Du prix résultant de cette
vente, quatorze mille salus devaient servir à rembourser le bâtard de
ce qu'il avait avancé pour ce dernier, et le reste devait être affecté au
rachat des deux frères (2). En 1440, Charles fut enfin mis en liberté
moyennant une rançon de 400,000 écus, mais le comte d'Angoulème
resta encore en Angleterre. Ce prince, dans sa prison, avait occupé son
temps à s'instruire : puisant dans la lecture des livres saints la résigna-
tion nécessaire pour supporter une si longue captivité, il fit un recueil
en latin des plus beaux préceptes de la philosophie et l'intitula le Coton
moralisé. Ami des lettres, il composait des vers, comme son frère, mais
non avec un égal talent. Plusieurs volumes écrits de sa main ou pro-
venant de sa bibliothèque nous ont été conservés (3). L'un deux, écrit
(i) Le texte Téritable de ce ck>cameiit a été publié en note par M. Castaigne dans son
édition du livre de Du Port à la page i().
(a) Cette lettre, datée de Londres, figurait, soua le n« 289, dans une vente £ute, le 8 mars
1867, par mon père. Voici l'analyse du caulogue :
« Procuration donnée à Jean, bâtard d'Orléans, son firère, pour la vente du comté de Pé-
rigord. Le duc veut que, sur le prix qu'on en retirera, le bAtard prenne la somme de
14,000 sa1u2, • laquelle somme il a bailUée et fait baillier par deçà pour le fidt de la délivrance
de beau«firère d'Engolesroe par les mains du comte de Suffolk. > Le reste de Targent devra
servir c au bien et délivrance de nous et de notre dit firère d'Engolesme. •
(3) a. le beau Uvre de M. Léopold DeUsle : Le Ca binet des manuscrits de la Bibliothèque
impériale^ 1. 1, p. 147.
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JEAN D'ORLÉANS, COMTE d'aNGOULÊME
Ï9
tout entier de la main du prince, s'appelle Meditaciones Francisci
Petrarche (i), et porte sur la garde en vélin ces mots :
Iste liber constat domino Johanni Aurelianensi comiti Engolismensi,
Jehan.
Le livre est rédigé en latin : seule une oraison est rimée en fran-
çais. Je l'ai crue, malgré sa médiocrité littéraire, digne d'être publiée,
parce qu'elle marque bien le génie mystique du prince, qui édifia si
bien ses contemporains qu'il mérita, dit-on, d'être proposé pour succé-
der à Eugène IV (2), déposé par le concile de Bâle.
ORATIO AD CRUCIFIXUM
Saint sauveur très doulz Jehu Crist
Conceu du saint esperit
Et né de la Vierge Marie,
Très doulz saulveur je te prie
Qu'il te plaise à saulver mon ame
Et mon corps garder de diffame.
Humblement te pri et requier '
Que tu me gardes d'encombrier.
Saint salveur^ par ta grant puissance
Sauve mes biens et ma substance,
Veulles moy saver mes amis
Desfen nous de nos anemis
Et ta sainte grâce nous donne.
Saint saulveur, seconde persone
De la benoite trinité,
Une gloire, une déité,
Une puissance, une excellance,
Ung dieu, ung roy, une puissance.
Dieu sans fin, sans conmencement,
Qui créas tout le firmament,
Biau sire Dieu, gardes moy hui
De mal, de péchié et d'anui,
De honte, de mal fait, de folie,
De courrons, d'orguel et d'envie.
De maie perte et de pesance
Et de toute autre meschance,
De mal dire, penser ne faire.
Me défens, roy débonnaire.
Roy précieus, plain d'amistié,
Conseille moy par ta pitié.
Des yeux, du cuer me regarde,
Corps et ame met en ta garde.
Maintien moy en bonne créance,
En charité, en pacience,
Et me maintien en tous bons &is
Et me garde de tous méfiais.
Et ce que j'ay méfiait, biau sire,
Sy comme tu es souverain mire.
Par ta grant douceur me pardone
Et par confession me donne
Repentence de mes péchiés
Dont tout mon corps est entechiés.
(1) Bibl. nai., F. Ut. 3638. Ce manascrit est sor papier et a i3i feoillets. — Le xns». 1802
dn Foods français porte au folio f4S verso la mention : Ce livre est au duc ^Orlians^
soÎTie des signatures du duc et de son frère le comte d*Ângoal£roe.
{1) Vieda oomte d'Angoulême par J. Dnport, p. 38.
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20
RtVUE DES DOCOMBNTS HISTORIQUES
Que par ycelle repentence
Puisse avoir à toy acordance
Des péchiés que j'ay fait mesmaie,
Sire Dieu, com je mefibit aye,
De courous ou de félonnie
Ou de convoitise ou d'envie
Ou de veoir ou de sentir
Ou de jurer ou de mentir
De langue, de dens ou de bouche,
Ou de dire vilain reprouche.
Des ieuz, d'ouir, de cuer, de mains.
De corps, de pies, de bras, de rains,
Ou en veillant ou en dormant,
Ou en beuvant ou en mengent
Ou en quelconque autre manière,
De tout mon cuer te fois prière,
De tout mon povoir je te pri
Que tu ayes de moy mercy.
Et si me donnes consaii tel
Que ne chée en péchié mortel
Et gardes de toutes folies
Tous mes amis et mes amies ,
Tous ceulx qui onques bien me firent
Et enseignèrent et nourrirent
Et de qui lez biens sont venu
Dont je vis et ay vescu,
Tous ceus qui croient en ta loy
Et pour qui prier je doi.
Par ta duceur, par u £raqçhise,
Tous nous atoume à ton service
Et nous &y à toy si pencer
Par quoi nous puissons trespasser
Par my lez choses terrienes
Pour aler auz celestienes
La sus par la plus droite voie
Où tu es en parfieûte joie,
En paradis où tu as mis
Tes sains, tes elleus, tez amis,
Ceus et celles qui passés sont
En Taultre siècle de cest mont
Dez quelz lez âmes paine sentent
Et ta miséricorde atendent
Par la prière de ta mère
* De qui tu es et filz et père.
De tous sains et de toutez saintes
En soies priés à mains jointes
Tous mez amis et mez amies.
Pardones péchiés et folies,
A ton service nous atoùme
Et de mal faire nous destoume,
Donne vraie confession,
Repentence et contricition.
Et nos péchiés tous nous pardonne
Et la joie sans fin nous donne.
Amen.
En 1444 les négociations pour la délivrance de Jeiûi furent enfin
commencées. Le 12 mai, on fit, à Tours, un accord entre le duc d'Or-
léans et le comte de Dunois, d'une part, et le comte de SufTolk, d^autre
part. Ce dernier agissait au nom de Jean de Beaufort, duc de Somer^
set (i), dont le comte d'Angouléme était le prisonnier. Moyennant le
paiement comptant de 12,000 salus d'or et rengagement des ducs d'A-
lençon et de Bourbon, des comtes de La Marche et de Dunois et du
seigneur de Loheac pour 65, 000 salus d'or, le comte d'Angouléme
devait être élargi,, comme le mentionne le document suivant (2).
(1) Jean de Beaufort était le second fila de Jean d* Angleterre, petit-fUa d*Edoiiard UI.
(3) BiU. a«L, F. fr. 381 1, n* 19. Ce docome&t n*Mt qn*ea copie dans œ recodL
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JEAN D^ORLÉÂNS, COMTE D^ANGOULÊME 2 1
Âppoinctement pris entre haultz et puissants princes
seigneurs les duc d^Orléans et le conte de Dunols d'une part,
et le conte de Suffolk comme commis et ayant pouvoir à ce de
par hault et puissant seigneur le duc de Sommercet^ d'autre
part, pour venir au faict de la dellivrance et eslargissement de
Jehan d'Orléans, conte d'Angoulesme, firère dudît duc
d'Orléans, estant à présent hautage et pleige ez mains dudit duc
de Sommercet pour certaine grande somme de deniers, et affin
que ledit conte d'Angoulesme puisse en sa personne aller
devers ses parens et amis poursuivre son fait et sadite finance,
ledit âppoinctement faict et accordé en la manière qui s'ensuit,
c'est à sçavoîr que lesdits duc d'Orléans et conte de Dunois
payront et dellivreront comptant en la place de Chierbourg
auidit duc de Sommercet ou à ses commis ou de ses hoirs ou
ayans cause la somme de douze mil salus d'or ou six mil nobles
d'or et de poix ou la valleur et pour seureté du résidu de ce qui
pourra devoir ledit conte d'Angoulesme, lesdits duc d'Orléans
et conte Dunois dellivreront et bailleront les scellez des sei-
gneurs <jui s'ensuivent, c'est à sçavoir le scellé dudit duc d'Or-
léans pour la somme de vingt mil salus d'or, le scellé du duc
d'Alençon pour la somme de dix mil salus d'or, le scellé du
duc de Bourbon poiu* la somme de dix mil salus, le scellé du
conte de la Marche pour la somme de dix mil salus, le
scellé dudit conte de Dunois pour la somme de dix mil salus, le
scellé du seigneur de Loheac pour la somme de cinq mil salus
d'or, le scellé dudit conte d'Angoulesme seul et pour le tout,
lesquels scellez se montent à la somme de soixante et cinq mil
salus d'or, sans celuy dudit conte d'Angoulesme, et avec ce
pour plus grande seureté la petite croix qui autrefoys a esté
baillée en gaige pour le faict dudit conte d'Angoulesme, de-
mourée ez mains dudit duc de Sommercet ou de sesdîts hoirs
ou ayans cause ou commis pour le poix qu elle sera ou pourra
estre prisée par marchans indifférans et en fournissant les choses
dessusdites, tous autres appoinctementz par cy devant faitz et
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22 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
pris pour cause dudit eslargissement annuliez et mis au néant,
sera tenu ledit conte de Suffolz d'eslargir ou £aire eslai^ la per-
sonne dudit conte d'Angoulesme et mettre en sa liberté par
ledit duc de Sommercet ou sesdits hoirs ou ayans cause ou
commis, afBn qu^il puisse en sa personne aller devers ses parens
et amis poursuivre son £ait comme dit est et tout ce que dit
est dessus, tenir, entretenir et accomplir de la part de nous
Chartes d'Orléans et Jehan, bastard d'Orléans, conte de Dunois,
dessusdits, avons promis et promettons par ces présentes en ce
qui nous touche par la foy et serment de nos corps et sur nostre
honneur et Tobligation de tous et chacuns nos biens meubles et
immeubles et de nos hoirs et ayans cause présens et advenir.
En tesmoing de ce nous avons signé ces présentes de nos seings
manuels et icelles fait sceller des sceaux de nos armes. Faia et
passé en la ville de Tours le douziesme jour du moys de mai
Tan de grâce mil quatre cent quarante quatre.
Ainsi signé : Charles, J. bastard d'Orléans, et scellé de deux
sceaux de dre rouge.
Le duc de Somerset, à qui la somme devait être remise, étant mort
le 27 mai 1444, Texécudon de Taccord précédent fut encore retardée.
Jean fut amené à Cherbourg d'où il adressa le 1 1 juin une lettre sup-
pliante au bâtard d'Orléans (i). Le 28 du même mois il adressa à son
frère une nouvelle lettre dont je puis donner le texte, grâce à la gra-
cieuse obligeance de M. Eugène Minoret, qui m'a communiqué Tori-
ginal.
(0 Lt co|^ de cette lettre tTtit été faite ptr M. Rtthery et fointe par lui à rautre lettre
ori^^e que je publie. En Toid le texte :
• A mon très chier et très amé frère le bastart d'Orléans, conte de Danois.
« Très chier et très amé frère bastard, veulliés savoir qae ay sceo par mestre Pierre des
Caves et Coingac Tapointement qoi par vostre bon moyen a esté prins avecqoes mon cousin
de Southfollz toocbant mon fiait. L'apointement est très bon, œ ne fust Tinconvénient de la
mort du duc de Somerset, mon maistre, nonobstant ce qu'il a esté trouvé façon entre mon-
dit cousin de SouthfolU et ma garde, tellement que Tapointement se entretient et ne rompera
point, se la fiiultene vient de nostre costé, corne pourrés savoir par ledit des Caves qns veulliés
croire de ce qu'il vous dira de par moy, et lequel, ponrceque Coingac demeure pié a pié
avecques mondit cousin de Southfollx, y ay chargé de poursuivre et solliciter mon fidt envers
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JEAN D^ORLÉANS, COMTE d'âNGOULÊME 23
Très chier frère, J'ay sceu par Coîngac que il fault que soies
obligié pour moy à plusieurs seigneurs pour lez sellés qu^il me
fault avoir et aucy pour les douze mille saluz qui me convient
avoir, comme vous maimes en avez fait Tapointement aveques
mon cousin de Southfolk, si vous prie tant de cuer que plus
puis que à ce faire ne veuilles rien espargnier, et je vous pro-
met par ma foy vous en dédomagier envers tous, comme tenu
y seré. Et pour ce je vous prie de rechief que veuilles faire
diligence que le faia de ma délivrance à ceste fois soit mené
à fin qui par vous a esté commancé, comme en vous en ay
parfaite fiance, et moy délivré vous me trouvères bon frère.
Escript à Chierbourg le xxvin* jour de juing.
Je voudrois que vous tenissiés à la court du Roy plus que
ne faites, car à mon avis ce seroit vostre profit et nostre grant
bien, comme vous dira Coingac.
A mon frère le bastart d'Orlians.
monsieur mon frère et envers vous, et poor ce que par ledit Coingac je ay tceu plusieurs
choses et que principalement par vostre moyan ma délivrance ce treuve, et ce elle sortit
eflfect a ceste fois je congnois que vous en estes cause. Sy vous prie et tant afEBCtueusement
que plus puis que à ce ne veulUés rien espargner et prendre en vous entièrement toute la
conduite de la chose, laquelle je vous balle comme à celuy à qui je ay et bien doy avoir plus
parfaite confiance et je vous promet sur ma foy que en toutes choses en quoy vous vous
obligeras et méterés en dengier pour moy au plaisir de Dieu^ je vous en dédommageray et
garantiray du tout, et le recongnestré en manière que me trouvères bon et loyal frère. Ce
icet nostre Seigneur qui vous doint ce que vostre cuer désire et soit garde de vouf, Escript à
Chierboorg, ce XI* jor de juing [1444]-
« Le conte d'Engo"* vostre frère.
« JXHAM. «
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24 REVUr DBS DOCUMENTS mSTOUQUES
L'affiiire traîna encore en longueur, car le comte d'Angoulème ne
fut remis en liberté qu'en mars 1445. Le 3 1 de ce mois, il écrÎTit de
Louviers au bâtard d'Orléans pour Tinformer de son élargissement (i).
Je me recommande à vous.
Très chier et bien amé frère, veuillez savoir que au jour
duy je suis eslargi par mon cousin de SouthfoUz, et à présent
suis à Lovlers sain et sauf, au quel lieu ay esté honorable-
ment receu, et à Taide de Dieu je vous pence briefment veoir
et vous remercyer comme celuy qui estez cause de ma déli-
vrance, et ce m^a asseuré mon cousin de Southfollz, le quel
ce recommande à vous. Escrlpt en haste à Louviers le derre-
nier jour de mars.
Vostre frère le conte d'Engo"*
Jehan.
A mon frère de Dunois.
La mise en liberté définitive n'eut lieu que le lendemain à Rouen.
C'est dans cette ville que fut dressé Tacte officiel dont voici le texte (a} :
Nous Jehan, conte d^AngouIesme, certifions que le premier
jour d'avril mil quatre cent quarante cinq après Pasques, nous
estant en la ville de Rouen es mains des Anglois où nous
avions esté hostage et pleige l'espace de trente deux ans et
plus, fusmes mis es délivrance et eslargissement de nostre per-
sonne par le moyen et à la poursuite du conte de SuSblk, du
costé desdits Anglois. Lequel conte de Suffolk à nostre parte-
ment de lui de ladite ville de Rouen, nous merciasmes de la
grant peine et diligence qu'il avait eue et prinse à faire nostre
dicte délivrance, de laquelle lui seul estoit principale cause et
moyen^ en. nous réputant à tousjours mais tenuz à lui el aux
siens. Lequel conte de Suffolk nous respondit et dit que tout
ce qu'il avoit fait tant à la délivrance de notre très cher
(s) Collection de M. Eugène Minoret.
(3) Copie faite ptr M. Rtttaery.
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JEAN D*ORLéANS, COMTE d'ANGOULÉME 25
seigneur et finère mons' le duc d^Orléans que à la nostre, il
l'avoit fait de très bon cuer, non pas seulement pour amour de
mondit sieur et de nous, mais singulièrement et principale-
ment il Tavoit fait pour Tamour de nostre très cher et bien amé
frère le bastart d'Orléans, conte de Dunois, duquel il avoit
esté prisonnier, et pour le plaisir qu'il lui avoit fait, lui estant
en ses mains. En nous priant singulièrement ledit conte de
SufiFolk que le plaisir, service et amour qu'il nous avoit fait
dans nostre dite délivrance et eslargissement, voulsissions
reconnoistre pour amour de lui envers nostre dit frère le
conte de Dunois auquel il se réputoit tant tenu, et que quant
Dieu nous donneroit la grâce feissions connoistre et apparce-
voir à nostre dit frère le conte de Dunois le service, plaisir et
amour que pour amour de lui nous avoit fait ledit conte de
SufiFolk. Dont notre seigneur nous doint grâce selon le bon
vouloir que en avons. Et afin qu'on sache pour vérité les
choses dessusdites avoir esté ainsi dites à nostre partement
dudit Rouen et dudit conte de Suffolk, nous en tesmoing de ce
avons cy soubscript nostre seing manuel.
Jehan.
Je Pierre des Caves, secrétaire de monseigneur le duc
d'Orléans et de mondit sieur le conte d'Angoulesme certiflBe
avoir esté à la poursuite et délivrance de mondit sieur le conte
d'Angoulesme et présent aux paroles dessusdites.
Caves,
Deux ans plus urd Guillaume, comte de Suffolk, donna quittance
au duc d'Orléans de trois mille salus d'or pour le fait de Téiargissement
du comte d'Angoulème (i) :
Nous Guillaume, marquis et conte de Suffolk, confessons
avoir eu et receu de Mons' le duc d'Orliens, par la main de
(I) G>lIection de M. Eagène Minoret. — Cette pièce a été acquise i la vente de la collec-
tioa d'autographes de feu M. Rathery.
TOME IV 4
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26 ' KBVUE DES DOCUMENTS HISTX>IIQnES
Mons' le conte de Dunoys, la somme de troys mille sduz en
déduction de ce qui nous estoit deu, à cause du pl^ement
de six mille escuz que avions piégé Jehan de Saveuse sur la
finance que devoit mons^ d'Angolesme, de laquelle nous nous
tenons pour contcns et en quictons ledit mons' d'Orliens et
tous autres à qui quictance en appartient. Tesmoing mon
seing manuel cy mis le premier jour d^aoust Tan mil CCCC
quarante sept.
£iM:f^
Le reliquat des six mille écusd'or, dus pour la rançon du comte d'An-
gouléme, ne fut pas exactement payé. La duchesse de Somerset (i)fut
obligée de sommer le bâtard d*Orléans de s'acquitter envers elle. Les
termes de sa lettre montrent qu'elle n'en était pas à sa première som-
mation (2).
Marguerite, duchesse de Somerset, contesse de Somerset et
de Kendale, à hault et puissant seigneur Jehan bastart d^Or-
léans, conte de Dunois et grant chamberlen de France, plaise
vous savoir ainsi que bien estes adverty ja pieça et par pluseurs
et diverses foiz vous avez esté requis et sommé de par nous
de entretenir et acomplir envers nous voz foy et promesses et
de acquicter voz seellez et obligacions qui sont devers nous
pour le fait de Teslargissement de nostre très chier cousin
Jehan, conte d*Angoulesme, dont aucune chose n^a esté faiae
ne acomplie de vostre part, ja soit ce que les termes de vosdiz
seellez soient passez et escheuz il y a neuf ans et demi entiers et
plus, et en oultre avons autreffoiz escript devers noz très chiers
cousins le duc d'Orléans et le conte d'Angoulesme pour
(1) Marguerite, fille de Jean Beaotort, néeeo 1441, morte eo iSog. Elk fat la mère an roi
<f Angleterre Henri VII.
(3) CoUtction de M. Engène Minoret.
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JEAN D^ORLÉANS, COMTB D^ANGOULÊME 2/
acquitter leurs promesses et obligacions, lesquelx nous ont fait
response qui nous semble estre causée en toute dissimulacion
et délay, c'est assavoir que vous estant derrenièrement en ce
royaume d'Angleterre fut fait entre vous et nous certain
appoinctement sur ladicte matière, sur quoy nous savons
certainement que par vous ne autre de par vous ou nosdits
cousins ne fut lors et depuis n'a esté fait aucun appoinctement
avecques nous ne avecques noz gens, serviteurs, procureurs ou
commis ayans de nous povoir sou£Bsant, ne semblablement
par nous, nosdits gens, procureurs ou commis ayans puissance
de nous soufifisant avecques vous ne autre de par vous, ou
îceulx noz cousins d'Orléans et d'Angoulesme, en quoy nous
avons eu et supporté grans fraiz, coustaiges, intérestz, dom-
maiges et despens, lesquelx en fin et conclusion redonderont
sur vous, comme obligié y estes. Et combien que ne sommes
tenue, s'il ne nous plaist, vous escripre ou sommer pour Tacom-
plissement de vosdiz foy et promesse et acquit de vosdiz seellez
et obligacions, ainçois povons plainement procéder contre
vostre honneur, s'il nous plaist, néantmoins, pour nous mectre
en nostre devoir et monstrer par efifect que de tout nostre cueur
désirons l'onneur de toute noblesce estre gardé et pour révé-
rence de vostre personne, ne voulons ce faire sans première-
ment vous le signifier. Pourquoy nous vous escripvons présen-
tement les choses dessusdictes et vous prions et néantmoins
par ces présentes sommons ceste foiz pour toutes que vous
vueilliez acomplir envers nous vosdictes foy et promesse et
acquiter vosdits seellez et obligacions et avecques ce nous
rendre et restituer touz les despens, dommaiges et intérestz
par nous faiz, supportez et soustenuz, et que encores nous
convient faire, supporter et soustenir en vostre deflFault, et
telement que n'ayons cause de procéder contre vous, comme
faire povons, dont nous serons très desplaisante, se faire le
nous convient. Et afin que vous croyez ces présentes venir de
nous nous les avons subscriptes de nostre nom et fait seeller
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28 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
du seel de noz armes. Escript à Maxsey le dix humesme
jour de février Tan de grâce mil quatre cens cinquante dnq.
^
^o^^^
La captivité de Jean d'Angouléme avait été attristée par des difficultés
pécuniaires. On en aura un témoignage dans la lettre suivante (i], par
laquelle Charles d^Orléans fait régulariser les emprunts qu'avait con-
tractés son frère.
Le duc d'Orlians
Chancelier et vous trésorier, je vous ay autreffbis escript
pour le fait de Jehan Hartouelle, bourgois et marchant de
Londres, pour certaine quitance qu'il a de beau cousin de
Clarence, la quelle quitance ledit Jehan a mis en ma main et
Tay par devers moy par tel convenant que elle me demourra
et en seray quite de ladite somme en rabat du fait de beau
frère d' Angolesme envers mondit cousin de Clarence, lui paie
et contenté. Et quant maistre Robert de TuilUères fut par
deçà, il fist Tapointement avecques lui. Sy ay sceu que la lettre
que je vous escripvoie touchent son fait a esté perdue en che-
min, mais vous avés fait responce dont me tiens très bien
content, et pour ce il m'a prié que je vous escripve de rechief.
Si sachiés que je suis très grandement tenu au dessusdit, et se
offre, quant j'auray besoing, de me faire le plaisir et service
qu'il pourra. Si voudroie faire pour lui et vous mande et com-
mande que vous apointés son fait et lui délivrés en marchan-
dise tellement qu'il soit content, sans aucunement le délayer,
mais le délivrés le plus hastivement que vous pourrés et sans
le mener de paroles, car je weil que son fait soit acompli et
mis à fin, et gardés qu'il n'y ait point de faute, et pour ce que
(i) Otte pièce m'a été commoniqnée ptr M. Alfred Seosier.
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JEAN D'ORLÉANS, COMTE d'ANGOULÉME 29
je ne sçay se vous avés par devers vous ledit apointement que
ledit maistre Robert âst, je vous certifie que la somme qui est
deue audit Jehan se monte environ trois mille escus, et donnés
conseil, confort et aide à son prisonnier qui va pour ladite
cause, considérant que c'est pour la descharge dudit fait de
beau frère d'Angolesme et aussi à son homme qui va en
ladite compaignie.
Au chancelier et trésorier d^Orlians.
Après sa délivrance, le comte d'Angoulême, qui avait vendu son comté
de Périgord pour payer une partie de sa rançon, vint habiter sa bonne
ville d'Angoulême. En 1449 il épousa Marguerite de Rohan, fille
d'Alain IX, vicomte de Rohan. Il en eut deux fils, Louis, qui mourut
très-jeune, et Charles, qui lui succéda, et une fille, Jeanne, qui fut
mariée à Charles de Coetivy, comte de TaiUebourg. En 1462, le comet
accompagna son frère le bâtard d'Orléans dans sa campagne contre les
Anglais en Guyenne ; il y montra une telle valeur qu'il fut fait cheva-
lier au siège de Fronsac. L'année suivante, il rentra dans son comté.
C'est de cette époque que date la pièce suivante (i) :
Jehan, conte d'Angoulesme, seigneur d'Espernay et de Re-
morentin, à noz amez et féaulx conseillers par nous commis à
Taudicion des comptes de toutes noz finances, salut et dileaion.
Savoir faisons que nous avons donné et donnons à nostre
bien amé Jehan Boutet, nostre receveur en nostre chastellenie
dudit Remorentîn, la somme de huit vings livres tournois ;
c'est assavoir VP^ 1. t. pour récompensacion de ses peines
et travailz par lui faiz es édifices de nostre chastel dudit
Remorentin et pour avoir fait servir en iceulx ediffices et
ouvraiges ung charroy à deux chevaulx continuelment, et
(i) Bibl. nat», Mm. Orléans, carton 109s.
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3o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
XV L t. pour les diligences par lui pieça £adctes au fournisse-
ment du grenier à sel en nostre ville dudit Remorentin, dont
lui advions pieça fait don et en avoit nostre mandement^
lequel lui avez rejette en la reddidon de ses comptes par
ce qu'il ne vous apparroit du compte dudit grenier. Si vou-
lons et vous mandons que vous tenez quicte ledit Boute
d'icelle somme de VIII" 1. t. et la lui rabatez de sa recq>te,
en rapportant par lui devers vous le compte du temps qu'il
a gouverné le fait dudit grenier, car ainsi le voulons. Donné en
nostre chastel dudit Remorentin le XXVII* jour d'avril l'an
de grâce mil CCCC cinquante trois.
Jehan.
En 1454, après la victoire de Castillon et la mort de Talbot,
Charles VII passa par Angouléme et entraîna à sa suite le comte Jean,
son cousin germain. Ce dernier assista au siège et à la reddition de
Bordeaux, puis il se retira à Angouléme, résidant tantôt dans cette
ville, tantôt à Cognac. En 1458, il vint à Tours pour assister au
mariage de Madeleine de France avec le roi de Hongrie, union que la
mort de Tépoux empêcha d'accomplir. En 1459, il fut au nombre des
seigneurs qui jugèrent à Vendôme le duc d'Alençon. En 1461, il se
rendit à Paris pour les obsèques de Charles VII. L'année suivante, il
assista au sacre de Louis XI à Reims. Rentré de nouveau dans son
comté, Jean ne prit aucune part à la ligue du bien public. En 1464,
il devint le tuteur de Louis, fils de son frère Charles, qui venait de
mourir. Lui-même décéda à Cognac le 3o avril 1467 à Tâge de 63 ans.
Il ne laissait qu'un fils, Charles, né en 1459, qui mourut le i» janvier
1496. Ce prince fut le père de François I^**.
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LES JANSÉNISTES
en 1806.
Le 8 septembre 171 3, le pape Clément XI lança la bulle Unigenitus
qui condamnait cent et une propositions extraites des Réflexions mO'
raies du Père Quesnel. Quinze prélats français refusèrent de recevoir
cette bulle, et quatre d'entre eux en appellent au futur concile igénéral
(5 mars 17 17) : ce furent Pierre de la Broue, évêque de Mirep^ix, Jean
Soanen, évêque de Senez, Charles-Joachim Colbert de Croissy^ évéque
de Montpellier, et Pierre de Langle, évêque de, Boulogne. On sait que
ces prélats furent excommuniés' et que Soanen, exilé à La Chaise Dieu,
s'intitula dès lors prisonnier de Jésus-Christ et fut vénéré comme un
saint par les Jansénistes. Ces querelles religieuses passionnèrent les
esprits pendant la plus grande partie du xviii^ siècle : elles étaient pres-
que éteintes à l'époque de la Révolution. Après le Concordat, les.Jan-
sénistes affirmèrent de nouveau leur doctrine et firent des prosélytes
dans le clergé. J'en ai pour preuve un acte de foi souscrit en 1806 à
Paris par un prêtre. Cet acte, finement gravé, est illustré de vignettes :
celle du haut représente le concile général dont les décisions, au dire
des Jansénistes, sont seules articles de foi ; celle du bas nous montre
les quatre évoques appelants. J'ai crU devoir faire reproduire par la
photogravure ce curieux document.
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JEAN TALBOT
Promesse feite par Jean Talbot au bâtard d'Orléans de lui paier six
mille salus pour la délivrance de Henri Reddefbrt, prisonnier du dit
bâtard. Ce curieux document m'a été communiqué par M. Eugène
Minoret.
Nous Jehan, comte deChcrosbery, seigneur de Talbot et de
Fourny val, promectons par la foy et serement de nostre corps
et sur nostre honneur et ordre de la Jarretière que portons, à
vous, hault et puissant seigneur monseigneur Jehan, bastart
d'Orléans, conte de Dunoys et de Longueville, que en délivrant
franc et quicte de toutes choses avec bon sauf conduit mes
sire Henry Reddefort, vostre prisonnier, vous paier, bailler et
délivrer ou faire paier, bailler et délivrer la somme de su
mille saluz ou troys mille nobles bons et de pois, dedans le
jour de nostre dame de la Chandelleur prouchain venant en la
ville de Bruges, ou dedans icelluy jour vous rendre le corps
dudit messire Henry, mort ou vif, ou cas qu'il ne seroit tué
en armes par les gens de vostre party . Et à ce faire, tenir et
acomplir nous obligons tous et chascuns nos biens meubles et
immeubles et ceux de noz hoirs présent et advenir, pour estre
à ceste cause nous, noz hoirs ou ayant cause, condempnez et
contrains en toutes cours soient de princes ou autres et par
devant tous juges ecclésiastiques ou séculiers et mesmement en
la chambre apostolique, à laquelle et toutes les rigueurs d'icelle
nous nous soubzmectons quant aux choses dessus dictes,
sans ce que pour ce entendons estre desrogé aux généralles
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JEAN TALBOT 33
obligations et soubzmissions dessusdictes, de mesmement la
généralité puisse désroger à Tespétialîté, ne l'espétialité à la
généralité. Et en renonçant en oultre à tous privileiges, grâces,
respiz, droiz et confiscacions pour l'adversité des paniz et
obéissance, et à quelxconques autres choses que poumons dire
ne alléguer pour empescher le paiement de la dicte somme
de VI" saluz et choses non acomplies au terme et en la manière
dessus dicte. En tesmoing de ce nous [avons] signé ces
présentes de nostre main et fait sceller du scel de nos armes à
Chartres le quinziesme jour du moys d'aoust Tan mil CCCC et
cinquante.
^:6Î80fc
Je publie après cette pièce un document qui y était joint (i) et qui,
quoique privé de signature, émane vraisemblablement du bâtard
d'Orléans. Cest une réclamation fîaitc au petit-fils de Talbot relative-
ment à un scellé : il me semble probable qu'il s'agit de celui reproduit
ci-dessus. De plus, le comte de Dimois donne dans ce document des
instructioos pour échanger un scellé du comte de Somerset contre un
sceUé émanant de lui, Dunois, et que le comte de Kent disait avoir en
sa possession. Il ressort de cette pièce et de la lettre de la duchesse de
Somerset, publiée récemment (2), que si, au XV« siècle, on prenait
facilement des engagements d'honneur, on se pressait peu de les
exécuter.
Mémoire à mons' de Concressault de parler à mons"" de
Talbot touchant le scellé que j'ay de son grant père, lequel il
est tenu d!acquiter comme son héritier principal, dont luy en
monstrera la coppie faicte soubz notaires appostoliques et impé-
riaulx, et luy dira que, s'il ne fait son devoir, je procéderé à
rencontre de son honneur et avecques ce en la chambre ap-
(i) CoUectioa de M. Eugène Minorer.
(3) Revue des documents historiques^ t. IV, p. 26.
TOME rv 5
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34 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
postolique, ainsi que faire le puis par la teneur de son scellé.
Item traiaera s'il peut que le Roy d'Angleterre face content
le s*^ de Grey, conte de Kend, pour le scellé que j'ay du duc
de Soubresset de la somme de quatre mil saluz, en me rendant
le scellé qu'il doit avoir de moy pour messire Guillaume. Gou-
sinot, lequel après ce que Tauray fait veoir et cognoistre se s'est
mondit scellé, je rendray ceUuy que j'ay dudit duc de Sou-
bresset, ou sinon je feray paindre et deshonnorer en court de
Romme et ailleurs les armes d'Angleterre qu'il portoit avecques
Tordre de la Jartière.
Item et si ledit mons^ de Concressault ne peut tant faire que
mondit scellé soit rachapté et acquicté par le moien dessus
escript, traictera avecques le s** de Talbot que le s' de Grey
soit content de mectre mondit scellé ès-mains dudit s' de
Talbot pour telle somme que ledit s' de Talbot le pourra avoir.
Et en me le rendant avecques la somme de mil escuz je ren-
dray audit s' de Talbot le scellé que j'ay de son grant père qui
tient pour quatre mil escuz, lequel est de VI "* , mais j'en ay
receu les deux. De laquelle somme de mil escuz contens j'en
donne les V^^ à mondit s' de Concressault. Touttefois j'entens
avoir premièrement fait veoir et cognoistre le dessusdit scellé
que le conte de Grey dit avoir de moy avant rendre celuy que
j'ay dudit s' de Talbot.
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FRANÇOIS RABELAIS
Après la mort de François !•' (3i mars 1547), le cardinal Jean
du Bellay, évêque de Paris, perdit la faveur et la puissance qu'il avait
obtenues sous ce prince. Supplanté par le cardinal de Lorraine, il se
retira à Rome, où il avait été longtemps chargé d'afiBsiires ; François
Rabelais, son médecin, l'accompagna ou alla le rejoindre. Les docu-
ments sur ce dernier voyage en Italie de l'auteur de Gargantua sont en
petit nombre. La quittance suivante, découverte à Florence et recueillie
par M. Benjamin Fillon, constate indubitablement la présence de
Rabelais â Rome en juin 1548.
Je moy Françoys Rabeles, médecin de Monseigneur
R"** du Bellay, confesse avoir receu de M* Benvenute
Olivier, escompteur de Rome, la somme de trente deulx
escus d^ore en ore, lesquelz 32 escus il m^ont payez par
vertu d'une lettre de change du XVI IP de may dernier
passé dç Thomas Delbenne, escompteur de Paris, et eulx
à rinstance de M"" Arnault Combraglia. Et en foy de ce
j'ay faict faire la présente terze quictance, laquel sera
soubscript de nostre propre main ce XVIII* de juing 1548
en Rome.
Itâ est. Rabelais, manu propria.
Au revers on lit ces mots :
1548. Quitanza di scudi 32 d'oro pagati per Ebenn di
Parigi a Francesco Rabelais.
L'original de cette précieuse quittance ayant beaucoup souffert de
Thumidité, )*ai jugé nécessaire d'en conserver le &c-simile.
Rabelais revint en France avec son maître en i55o,et il obtint, le
18 janvier i55i, la cure de Meudon. Il mourut deux ans plus tard.
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ANTOINE PETIT
Antoine Petit, né à Orléans, en 171 8, était fils d'un tailleur qui,
quoique pauvre, lui fit donner une bonne éducation classique. Il
étudia la médecine et la chirurgie et vint à Paris compléter ses études.
Ses progrès furent si rapides que la Faculté le reçut docteur-régent en
1 746 et le dispensa momentanément des frais de réception. Dès lors la
réputation d'Antoine Petit se répandit dans toute l'Europe, qui le
considéra comme un nouveau Boerhaave. Membre de l'Académie des
sciences, en 1760, professeur d'anatomie au Jardin du Roi, en 1768, il
acquit à la fois la gloire et la fortune. Cétait d'ailleurs un esprit droit
et honnête ; la lettre suivante nous montre qu'il était ami du duc de
Choiseul et témoigne de son bon sens. Il gémit sur la retraite de ce
ministre et, contre Tavis général, pense que le duc ne rentrera jamais
aux affaires que sous un nouveau règne, c Chacun sçait, dit-il, que le
roy Louis XV n'a jamais pardonné. > Les justes observations d'Antoine
Petit sur les médecins, qui ne peuvent être des magistrats parce qu'ils
se doivent surtout aux pauvres, nous font connaître à la fois l'homme
et le praticien.
Mon cher amy, la disgrâce de M. de Choiseul a consterné
la cour et la ville; lui seul n'en a point été accablé. Il ne sera
pas aisé de trouver un homme qui le remplace, ni de montrer
un citoien qui le regrette plus sincèrement que moy; j'ai tou-
jours cru et je crois encor que Taimer corfime je fais c^étoit
aimer le bien public, dont à mon sens il étoit le grand pro-
moteur. On parie icy qu'il ne restera pas six mois dans son
exil : jeparierois moy, que quelque grand homme qu'il soit et
le supposant même encor plus nécessaire qu'il ne l'est en
effet, il ne rentrera plus dans le maniement des affaires tant
que le prince qui règne vivra; chacun scait que le roy
Louis XV n'a jamais pardonné. J'ignore l'effet que produira
le changement de ministre dans votre affaire de Versoi. Je
sais seulement que M. de Monteynard, qui dans le départe-
ment de la guerre succède à M. de Choiseul, est en général
regardé comme un fort honneste homme; on lui accorde peu
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ANTOINE PETIT 3 7
de génie; mais je n^en suis point fâché. Je soutiens qu^ii en
est d'un ministre comme d'un médecin ; il ne faut pour exceller
en médecine qu'un bon esprit, du travail et de la probité. Il
n'en faut pas davantage pour faire un bon roy, un bon
ministre : croiés-vous que Louis XII et le cardinal d'Am-
boise, croiés-vous que Charles le Sage eussent autant de
finesse et d'esprit que l'exécrable Isabeau de Bavière et la
détestable Catherine de Médicis, etc? De la probité surtout
c'étoit là la grande qualité de M. le duc de Choiseul. J'ai vu
aujourd'hui la lettre d'un des commenceaux de sa maison ; on
m'assure, et j'en bénis le del, qu'il n'a pas perdu un instant
sa gaieté naturelle et qu'elle se répand sur tout ce qui l'envi-
ronne; je voudrois bien qu'elle put gagner jusqu'à moy ; je
vous avoue que je suis d'une humeur chagrine. C'est appa-
remment cette mauvaise humeur qui m'a fait m'arrester sur
une phrase de votre lettre, où vous dites qu'il est certain que
vous tiavés pas tiré. Vannée dernière, tout le party que
vous auriés pu des bonnes dispositions où l'on étoit pour
vous. Franchement il- me semble que vous en avés tiré un
très-bon party, et la certitude qui vous frappe ne se fait
point sentir à ma foible intelligence. Je souhaite bien sincère-
ment que vous fassiés porter au double, même au triple, vos
appointements; mais il est des choses que l'amitié fait désirer,
et que la justice ne permettroit pas de faire.
L'ami Guenet ne m'a point encore remis votre mémoire ;
cette espèce de surintendance des choses relatives à la santé
dont vous me dites quelques mots, ne peut et ne doit jamais,
chez un peuple sagement policé, estre mise dans la main
d'un médecin pour bien des raisons. La première, c'est qu'elle
seroit infailliblement ime sorte de magistrature, et le médecin
tit doit jamais être magistrat; il vaudroit mieux qu'il fut
prestre. Comment voulés-vous qu'un homme distrait par tous
les détails de sa surintendance, inspection ou tout ce qu'il
vous plaira, même en écartant de la place tout ce qui pour-
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38 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
roit sentir la magistrature^ soit censé avoir le tems de voir des
malades jour et nuit et s^occuper uniquement d^ux. S^il n^y
avoit que les grands seigneurs qui fussent malades, il n^y au-
roit pas de mal que tous les médecins fussent Chevaliers,
Comtes, etc., mais les pauvres le sont et leur santé importe
bien plus que celle des riches; or il faut, quoi qu'en puissent
dire les amateurs de la dignité et de la décoration, il faut
entre le malade et le médecin un certain rapport, et comment
voulés-vous que M. le Surintendant se rapproche assés du
malheureux paysan, artisan, etc? Si votre homme n'est qu'un
conseiller, un donneur d'avis. Monseigneur le gouverneur
et puis mon autre seigneur l'intendant et puis le maire et
puis le lieutenant de Police et tant d'autres, recevront ces
avis à l'ordinaire sans les payer et sans les suivre, et tout ira
bien. Eh mon amy, il n'y a que trop dans ce pays d'inspec-
teurs, de contrôleurs, d'intendants, de gouverneurs, de ju-
geurs, c'est-à-dire de mangeurs, rongeurs, suceurs, dévo-
reurs, etc. Mais je m'arreste, je sens que j'ai trop d*humeur ;
vous me la pardonnerés en faveur de la cause, et puis qui sup-
portera donc nos mauvaises humeurs, si ce ne sont pas nos
amis? Il paroit que notre cher et féal le prieux est bien con-
vaincu de mon axiome et qu'il fait ce qu'il peut pour vous en
administrer des preuves. Vous aurés bientost sa seconde
lettre ; mais, mon cher amy, vous avés donc juré d'avoir
aujourd'hui tort en tout; car, au vrai, si vous banissés la
plaisanterie de sa lettre, que voulés-vous sur une matière
usée qu'il dise de neuf? Au reste vous en jugerés. Malgré mon
noii- je suis le plus sincère de vos amis et celui qui vous estime
le plus.
A. Pettt, D. m. p.
Paris, 9 janvier 1771
Antoine Petit se retira, en 1 777, à Fontenay-aux-Roses, puis à Olivet,
près d'Orléans. C'est dans cette dernière demeure qu'il mourut le
21 octobre 1794.
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CHARLES VIII
En feuilletant les volumes du Fonds Français de la Bibliothèque
nationale, j'ai trouvé, dans le n9 agoS, une lettre de Charles VIII,
comme Dauphin, adressée à M. du Bouchage. Je Tai copiée à l'intention
des lecteurs de la Reyue des documents historiques^ car, si le caractère
de Charles VIII est maintenant mieux connu, grâce à la correspon-
dance découverte et publiée par M. le duc de La Trémoille (i), les
documents sur la jeunesse de ce prince sont peu nombreux. Aussi
citerai-je ici la pièce n» 34 du Mss. F. Fr. 2902, qui a pour titre :
c Les noms des personnes estans et hantans la maison de monseigneur
le Daulphin. t
Mons' Du Bouchaige, je me recommande à vous, et vous
prie qu^il vous plaise me recommander très-humblement
à la bonne grâce du Roy et de luy présenter de moy ung
espervier et ung mouchet qui me semblent beaux, lesquek je
lui envoyé par Jacques, présent porteur, filz de Mons' de la
Croye, et me mandez se chose voulez que je puisse et je la feré
de bon cueur, en priant Dieu qu^il vous doint ce que désirez.
Escript à Amboyse le XXV* jour de juillet (2).
Charles.
A Mons' Du Bouchalge.
(I) Correspondance de Charles VIII et de ses conseillers avec Louis II de La Tré-
maille pendant la guerre de Bretagne (1488}, publiée d'après les oiigiiiaux par Louis de
La Trémoille ; Paris, 1875, in-4'».
(2; Quelqoes pièces du même Tolame étant de l'amiée 148 1, cette lettre du dauphin
Charles est peut-être de cette date.
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DÉCHÉANCE DE LOUIS XVI
La pièce suivante nous rappelle cette fameuse journée du lo août 1792,
où la vieille monarchie française croula, non sans qu'il fût versé de
part et d'autre des torrents de sang. C'est pendant que Louis XVI,
ayant abandonné son .château et laissé à sa garde suisse le soin de dé-
fendre la royauté, venait se réfugier dans le sein de l'Assemblée natio-
nale, que celle-ci proclama solennellement la déchéance du souverain.
Il m'a paru curieux de conserver par un fac-similé le texte de cette
déclaration laconique qui marquait non-seulement la fin d'un règne,
mais celle d'une monarchie et d'une société (i).
Extrait du procès-verbal de rAssemblée nationale du
10 aoust Tan 4^°^ de la liberté.
L'Assemblée nationale déclare que le roi est suspendu, que
lui et sa famille resteront en otage ;
Que le ministère actuel a perdu la confiance de la nation,
que l'Assemblée va s'occuper à le remplacer ;
Que la liste civile cesse d'avoir lieu.
Gensonné, ex-président.
Lecointe-Puyrave.\u,
Secrétaire.
Des deux signataires de ce décret, Tun, Gensonné, un 'des chefis de la
Gironde, périt sur l'échaâiud le 3i octobre 1793; l'autre, Lecointe-
Puyraveau, échappa, mais non sans peine, à la vengeance des Jacobins,
dont il se montra constamment l'adversaire ; il mourut en exil à
Bruxelles en 1825.
(i) CoUectioD de M. Benjamin FUlon.
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TOMB IV
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CHARLES-MARIE DE LA CONDAMINE
Pièce par laquelle le célèbre voyageur et mathéinaticien La Couda-
mine sollicite de Mesdames, filles de Louis XV, le don d'un portrait de
la feue Reine, Marie Lecxinska, à lui promis par cette princesse. On
sait que La Condamine était curieux de toutes façons et sensible à la
critique comme à la louange : le présent doctunent prouve qu'il était
non moins courtisan.
MÉMOIRE
\
J^ai commandé à Rome, en 1 756, un portrait du feu Roi de
Pologne Stanislas le Bienfaisant, en mozaîque, sorte de pein-
ture aussi durable que le marbre et qui se nettoie avec une
éponge et de l^eau. Je voulois donner à la feue Reine un
foible témoignage de ma reconoissance des bontés dont
S. M. m^honoroit.
En 1758 la Reine trouva ce portrait placé dans son cabi-
net et parut agréablement surprise. Elle ordona à feu Mad* de
Luynes de me conduire dans le cabinet^ de me faire voir le
portrait, et lui dit qu^elle me doneroit le sien. Cette promesse
m'a été confirmée par M. le Président Hénault, par M. Hulin,
par le P. Bi^anski et par M. le comte de Tressan. On a
trouvé depuis la mort de la Reine (i) une note écrite de sa
main avec ces mots : Mon portrait à M, de la Condamine.
Depuis la mort de S. M. je n'ai fait d'autre démarche que
de suplier Madame Louise d'en rapeler le souvenir à Madame
I) Mtrte LtcsiQikiicaitmofteàVtrMiUMle 14 Nn 1768.
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CHARLES-MARIE DE LA CONDAMINE 43
Adélaïde, de qui je n^ai pas Phoneur d^être conu; mais cette
Princesse ne veut plus se mêler des affaires de ce monde (i).
Ma femme (2), qui s'étoît flattée d'avoir un jour à son bras
le portrait de la Reine ma bienfaitrice, s'en étoit vantée à ses
amies, qui lui en parlent souvent.
Si M. de Pommeri veut bien se charger d'en renouveller
la mémoire à Madame Adélaïde et à Mesdames, ma femme
et moi lui en aurons beaucoup d'obligation.
La Condamine.
Paris, i3 mars 1773.
Les princesses accédèrent aux désirs du vieux savant : elles mirent
au bas de sa supplique leur autorisation avec leurs signatures.
Nous autorisons M. de Pommery à faire faire pour M' de
la Condamine le portrait de la Reine en bracelet entouré de
diamant, pour nous aquiter envers lui de la promesse que
la Reine lui avoit fait.
Marie Adélaïde
Victoire Louise
Sophie Philippe
(!) Loaîse-Marie de ^nnoe était «ntrée le ii avril 1770 dans le couvent des Carmélitet
de Saint-Oenif.
fa) La Condamine avait épooié une de set nièces, après avoir obtenu du pape Benoît XIV
la dispense nécessaire.
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RICHARD CROMWELL
Le Protecteur Olivier G^mwell mourut le 3 septembre i658, ayant
désigné pour lui succéder son troisième fils, Richard, alors président
de la chambre des lords et figé de trente-deux ans. Aussitôt John
Thurloe (i), secrétaire d*État et ami intime du défunt, se rendit avec
Fiennes auprès des généraux Desborough et Bletwood afin de faire
reconnaître par Tarméc le nouveau Protecteur. Sa mission réussit a
merveille et Richard Cromwell fut solennellement proclamé le lende-
main, 4 septembre, devant Whitehall, à Westminster et sur les prin-
cipales places de la cité (2). Suivant Tusage, il dut informer les souve-
rains de l'Europe de son avènement ; il écrivit au cardinal Mazarin la
lettre suivante, par laquelle il sollicite la continuation des bons rap-
ports qui existaient entre la France et l'Angleterre. Cette lettre, rédigée
en latin, sans doute par Thurloe, est conçue en termes emphatiques :.
je me suis efiorcé d'en donner dans ma traduction le sens le plus fidèle.
Eminentissime Domine, quanquam nihil Nobis acerbius
accidere potuisset quam in Serenissimi Patris Nostri obitu
scribere, tamen cùm sciamus quanti ille Eminentiam Vestram
fecerit, quanti Vos Illum, neque dubitemus quin Eminenda
Vestra, cul summa rei Gallican a Rege commissa est, Amid
ac fœderati tam constantis tamque conjuncti mortem moles-
tissimè latura sit, haud alienum existimavimus Vos, simul
cum Rege, de hoc casu gravissimo per literas et per Domi-
(i) John Thurloe, n. 1616, m. 1668. U iTtit réuni snr les aSttres de son temps on grand
nombre de documents qui ont été publiés en 174a. Ces State papers de Thurloe coostitneot
une des sources les plus précieuses pour l'histoire du protectorat d'Oliner et de Richard
Cromwell.
(2) Histoire du Protectorat de Richard Cromwell et du rétablissement des Stmart
par Guizot, t. î, p. 3.
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RICHARD CROMWEIX 45
num Lockhart, Nostrum deinceps Legatum (i),monere, uti
etiam eâdem occasione Vobis confirmare Nos, ad quos su-
prema harum Natîonum potestas rite delata est, non magis
in Reipublicas administratione quàm in summo ergà Rem
Gallicam atque Eminentiam Vestram affectu Patri gloricsœ
mémorise successisse. Ut cum illum utpote Vobis amicissi-
mum et omni laude florentem amissum meritô Nobiscum
doleatis, quàm minime tamen quod ad praestandam Socie-
tatis fidem attinet, desiderare possitis, cui etiam ad utriusque
Gentis commune bonum Vestrâ quoque ex parte servandœ
Deus Eminentiam Vestram quàm diutissimè conservet.
Dab. è Palatio Nostro Westmonasterii 6*** die septembris
an. i658.
Eminentiag Vestrae
Bonus Amicus,
Ex mandato Celsitudinis Suœ
JO. THURLOE.
Eminentissimo domino D"° Cardinali Mazarini.
Eminentissime seigneur, quoique rien n'eût pu nous arriver de plus
cruel que d'écrire sur la mort de notre très-sérénissime père, cependant,
comme nous savons combien il estimait Votre Éminence et combien
vous l'estimiez, et que nous ne doutons pas que Votre Éminence, à qui
le roi a confié la souveraine direction des afiaires de France, ne s'afflige
grandement de la mort d'un ami et allié si constant et si intime, nous
avons jugé convenable de vous avertir de ce très-grave événement,
conjointement avec le roi, par ces lettres et par le seigneur Lockhart,
désormais nôtre envoyé, et nous vous confirmons par la même occa-
(i) Lockhirt ne retourna pas de saite.en France. •> Cf. les dépêches publiées par Goixol
dans le tome I de son liTre sur Richard Cromwell.
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46 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
lion que nous, à qui le suprême pouvoir de ces lutioiis a été ttans-
féré, selon la coutume, nous avons succédé à un père de glorieuse
mémoire aussi bien dans Tadministration de la chose publique que
dans la grande a£fection envers la France et Votre Éminence, afin que
quand vous pleurez avec nous à bon droit la perte de celui qui fut un
si grand ami pour vous et brillant par tous les mérites, vous ayez
cependant moins que jamais à regretter ce qui tend à garder la foi de
Tallianc*, pour la conservation de laquelle, de votre côté et dans
rintérétdes deux nations, Dieu garde le plus longtemps Votre Éminence.
Donné en notre palais de Westminster, le 6 septembre i658.
De Votre Éminence le bon ami
Richard, P.
Par son Altesse
J. Thurlob.
A réminentissimt seigneur le seigneur Cardinal Mazarin.
Cette lettre, conservée précieusement dans la collection de Monsieur
Benjamin Fillon, est scellée du sceau privé d'Olivier Cromwell. Elle
n'a pas été connue de Guizot qui a publié, dans son beau livre sur
Richard Cromwell, une série de dépêches diplomatiques adressées à
Mazarin par l'ambassadeur de France. Je n'ai pas, dans ces divers
documents, trouvé la mention de la lettre reproduite ci-dessus.
J'ai cru devoir donner ici l'image exacte du sceau d'Olivier Cromwell.
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EMMANUEL LECLERC
Victor-Emmanuel Leclerc, né à Pontoise le 17 mars 1772, s'enrôla
comme volontaire, aux débuts de la Révolution française, dans le
2* bataillon de Seine-et-Oise où il fut nommé lieutenant par ses cama-
rades. Aide de camp d'un général, il partit pour Toulon. C'est de cette
époque que date la lettre suivante, qui donne d'intéressants détails sur
le siège de Lyon et sur l'état des esprits à cette époque.
Lyon, le i*' du 2* mois de la 2* année de la
République française ( i ) .
Leclerc à Nouet (2), salut.
J'ai été fort surpris, mon ami, quand Botot m^a dit que tu
n'avois reçu de moi aucune narration de Taffaire de Gobrun.
Je t'en ai envoyé une relation d'Aix. Si tu ne Tas pas reçu
plutôt c'est que j'ai été très-occuppé jusqu'à ce moment. J'ai
été, ainsi que le général, deux jours et deux nuits sur pied, et
noiïs avons tous payé de notre personne. Nous avons ren-
contré à Aix Ricord, Boula et Topino Lebrun. Ricord veut être
adjoint au ministre de l'intérieur. Ses collègues n'approuvent
pas tout-à-fait ses vues et ne serviront pas ses prétentions à
Paris. D'après une conversation que j'ai eu avec eux je crois
qu'il se blousera. Lyon a été assez maltraité, mais on retient
(t) i** brumaire an II (as octobre 1793).
(a) Est-ce rastronome Nicolas- Antoine Nonet? Cest peu probable.
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48 REVUE DES DOCUMEfTTS HISTORIQUES
un tn^ grand nombre de prisonniers dans les prisons. Ce n'est
pas avec des prisons qu*on fait des révolutions : c'est un corn-
bat i outrance, il faut les détruire. Le quai du Rhône est le
seul endroit qui ait bien souffert. On assure qu'il a péri
1 2,000 hommes dans le siège. On est entré dans la ville au mo-
ment où on parlementoit (i). Nous avons obtenu pour Toulon
25 bouches à feu consistant en pièces de 24 et de 16, en mor-
tier et obusier, chaque bouche à feu approvisionée à 400, soit
boulets, soit bombes. Nous pourrons avoir 3ooo fusils et
8000 hommes en tout, sur lequel il y aura 6000 hommes de
troupes exercées. Nous eussions pu en avoir davantage» mais
le succès que les impériaux ont eu du côté de Wissembourg est
cause qu'on y enverra de l'artillerie et des troupes. Nous
avons à Lyon Couthon, Chateauneuf et Laporte : tous trois sont
bons. Nous saurons demain ce que nous aurons de troupes.
Après demain nous nous occuperons de les faire partir et
nous les suivrons de près, du moins à ce que j'espère.
Rappelle-moi, amsi que le général, au souvenir de Barras,
Fréron, Bâton et les autres.
Il faut raser Lyon et exterminer ses habitans, sans quoi. . . (2}.
Leclerc.
Leclerc montra au siège de Toulon une telle bravoure qui! fat
nommé capitaine. C'est là qu'il connut Napoléon Bonaparte, qui lui fit
épouser, en 1797, sa sœur Pauline. Leclerc devint général de division
après le 18 brumaire et fut envoyé, en 1802, à Saint-Domingue où il
mourut de la fièvre jaune le 2 décembre de la même année.
(I) Cest le 9 octobre 1793 que les troapet républicaines entrèrent dans Lyon.
(s) A ce moment Couthon n^avait pris contre Lyon qne des mesures relatifciiienC dovces,
mais GoUot-d^Herbois et Foocbé anaitot arriver étabUr dans la riOe rebelle la régiiiie de la
Terreur,
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CATHERINE DE MÉDICIS
Githerinede Médicis, née à Florence en iSig, était fille de Laurent II
de Médicis, dnc d'Urbin, et de Madeleine de la Tour d'Auvergne,
et nièce du pape Clément VII. Ce dernier, qui cherchait à ménager
à la fois François I**" et Charles-Quint, qui tour à tour le faisaient
juge de leurs différends, fit accepter, en 1 533, sa nièce au roi de France
pour femme du second fils de ce souverain, Henri, duc d'Orléans.
Catherine avait alors treize ans et son futur mari quatorze ans et demi ;
elle n'apportait en dot que cent mille écus et les terres possédées en
France par sa mère, et qui représentaient une somme égale à la dot
Mais Philippe Strozzi, envoyé du Pape, faisant allusion aux antiques
prétentions de la France sur l'Italie, avait insinué que l'héritière des
Médicis apportait à son mari trois joyaux d'un grand prix. Gènes,
Milan et Naples (i).
Catherine fut amenée à Nice d'où elle adressa, le 23 septembre i533,
la lettre suivante à François I«' (2) :
Sire
lo ringratio molto humilmente la maiesta vostra christia-
nissima di essersi quella degnata di scrivere di nuovo alla
sua humilissima ancilla et servitrîce per Monsignore ci vescovo
d'Auxerre (3), et ancora di tucte le parole le quali mi ha decte
per parte di quella, credendole, corne mi comanda per la sua
lectera la Maiesta vostra, a piedi délia quale desidero di
(i) et Mémoires de Martin du Bellay, coll. Michaud et PoujouUt, t. t, p. 343.
(3) Collection de M. Benjamin Fillon.
(3) François II de Dinteville, étêque d'Âuxerre, du 4 mai i33o au 37 septembre i554. I
était ambassadeur du Roi à Rome.
TOME IV 7
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50 REVUE DÈS DOCUMENTS HISTORIQUES
condurmi sopra tucte le cose dei mondo, corne piu a [»eno
potra intendere dal sopra decto Monsignore di Auxerre, al
qualle io mi rimecto, pregando Idio ml facda grazia di
obedire humilmente tucti i giorni délia vita mia alli coaunan-
damend délia Maiesta vostra et del mio signore Monsignore
di Orliens.
Scritta a Niza a di xxiii di septembre mdxxxiii.
Sirc,
Je rends grâces très-humblement i Votre Majesté très-chrétienne
d^avoir daigné écrire de nouveau à sa très-humble servante par Mon-
seigneur révéqile d'Auxerre, et aussi de toutes les paroles que cclui-cî
m'a dites de sa part, en les croyant, comme me le commande par sa
lettre Votre Majesté, aux pieds de laquelle je désire me conduire sur
toutes les choses du monde, comme elle le pourra plus à plein entendre
par le susdit Monseigneur d'Auxerre, auquel je me remets, priant Dieu
de me faire la grâce d'obéir humblement tous les jours de ma vie aux
commandements de Votre Majesté et de mon seigneur Monseigneur
d'Orléans.
Écrit à Nice, le a3 de septembre i533.
La très-humble servante
Catherine de Médicis.
t'endant Ce temps le pape Clément VII s'embarquait sur les galères
de France pour venir à Marseille rendre visite à François I*'. Il arriva
dans cette ville le 4 octobre 1 533, fit son entrée solennelle le 12 du
même mois et, le 28, il procéda solennellement au mariage de sa nièce
avec le duc d'Orléans (i). Il quitta Marseille le 12 novembre ets'em-
(i) Mémoirts dt Martin Du Bellay, p. 365.
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CATHERINE DE MEDICIS 5l
barqua le 5 décembre pour Cîvita-Vecchia, sur les galères d'André
Doria. Il mourut le 25 septembre de l'année suivante, ne se doutant
guère de la haute fortune à laquelle était appelée sa nièce. En efifet ce
ne fut qu'à la mort du dauphin François, en 1 336, que Catherine, de
simple princesse, devint Théritière du trône. Reine de France en i543,
elle mena, à la cour de Henri II, une vie obscure, supportant sans hu-
meur apparente la rivalité de Diane de Poitiers et se contentant de
donner, après dix ans de stérilité, des héritiers à la couronne.
A l'avènement de François II, Catherine de Médicis se révéla. Dès lors,
soit comme régente, soit comme reine mère, elle exerça une influence
politique considérable. Je me bornerai à parler des événements qui
concernent les lettres que je vais publier.
En 1 567, les huguenots se soulevèrent de nouveau, sous la conduite
du prince de Condé et de l'amiral Coligny. Ils vinrent livrer bataille à
Tarmée catholique commandée par le vieux connétable de Montmorency,
dans la plaine de Saint-Denis, le 10 novembre iSôy. Le combat fut
sanglant, et chacun des deux partis s'attribua la victoire (i); seulement
les catholiques y perdirent leur chef, ce qui les empêcha de renouveler
la lutte. Après ce grave événement Charles IX et sa mère délibérèrent
sur la nécessité de remplacer Montmorency. La charge de connétable
fut offerte au maréchal de Vieilleville, qui la refusa [2), et qui, sans doute
pour faire sa cour a la reine mère, proposa de nommer le duc d'Anjou
lieutenant général du roi par tout le royaume (3). Cet avis fut appuyé
par Catherine de Médicis (4) qui avait, au dire de ses contemporains,
(1) Le maréchal de VieiOevilIe, dans ses Mémoires (coll. Micbaad, t. iz, p. 36o), donne
de très-curieux délai s sur ce fait.
(3) Cest Vieilleville lui-mfime qui a révélé cette particularité (Mémoires, p. 363).
(3) Le maréchal rapporte Tentretiea qu'il eut à ce sujet avec le Roi en plein conseil.
Après avoir refusé la charge de connéuble, il répondit an Roy qui, à demi colère, s*était
écrié : ■ Mais dictes-moy pourquoy ? » — c Parce, Sire, qu'il est désormais temps, laissant
restât de connesuble à part^ et qu'il n'en soit jamais plus parlé, de âiire entrer monseigneur
vostre frère, que voylà, au msuiement des affaires d'Estat, et le constituer lieutenant géné-
ral de Vostre Majesté en vostre royaume et en toutes les terres et pays de vostre obéyssance
affin qu'il ne demeure plus inutile, et qu'en tous lieux où il se trouvera il puisse parler en
si grand prince qu'il est, des armées, des batailles, des gouvernements, et des ordonnances
nécessaires et politicques, et tout ce qui concerne la manutention de vostre couronne et de
Testât public, jusques au maniement et distributions de toutes les finances en général des
provinces qui sont soubs vostre couronne; ce qu'il ne sçauroit faire, n'y ayant jamais esté
appelé ny employé : de quoy il peult rougir en toutes compaignies >
(4J Vieilleville marque, dans le passage suivant, la satisfaction de Catherine de Médicis :
« Et y avoit grand presse d'aller devers la Royne mère pour luy annoncer l'investiture de
son troisiesme fils en ce sublime estât de vice- Roy de France ; qui en fust très-aise et très-
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5% REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
une tendresse toute partiodière pour son troisième fils (i). HvranU de
Chevemy (2), chancelier du duc d'Anjou et créature de la reine mère,
fit vérifier et publier au parlement de Paris et dans tous les autres les
lettres-patentes qui élevaient le fi*ère du roi à la plus haute situation
de TEtat (3). Le duc réclama peu après une garde particulière :
Catherine lui transmit la décision royale par la lettre suivante :
Mon filZ) je ne puys vous respondre aultre chose i la lettre
que vous m'avez escripte du jour d'hyer si n'est que je trouve
très bonne le résolution que vous avez prinse touchant le logis
de Tannée, ensemble les despesches que vous avezfaia faire en
plusieurs endroictz. Et quant à ce que vous m'cscrivcz tou-
chant la difficulté que vous a proposée le s' de la Rivyère le
jeune, je vous diray que Tintention du Roy monsieur mon filz
et la myenne est que doresnavant vostre garde vous soyt entre-
tenue tant durant ceste guerre que durant la paix, laquelle iauh
contente, ne le pouvant tsseï louer de M. le ro«re$chal de VieUleTflk, qoi aToit raia ù
dextrement en avant cette belle invention, pour laquelle Sa Majesté l'aima et boiiorm tooa
jours depuis plus que jamais. > {Mémoires^ p. 363.)
(I) Cest Topinion de Michel de Castehiau qui dit, dans ses Mémoires (ooH Michand,
t. tx, p. 5s3) : c Or, après la mort du Conocatablc, la R07M mère du Roy estima qoe, pov
avoir les armes et la puissance avec Tautlrarlté entière, eOe ne powolt mie«s irire qm
udtement supprimer ce grand estât de Connestable, qui luj eatoit snspect ; et àumnê. la
charge de lieutenant général au duc d*Anjou son second fils, qu'élit aùmoit umiqmewient. •
— Marguerite de Valois raconte dans ses Mémoire^ (coll. Michand, U x, p. 4o5 et 406}
combien Catherine de Médicis la sacrifia à son fils Henri. Elle ajoute cette phrase carao»
téristique : i Depuis ce jour-là die alla tousjours me diminuant sa faveur, faisant de som
fils son idole, le voulant contenter en cda et en tout ce quil désiroit dWe. •
(a) HurauU de Chevemy revendiqua, comme Vieilleville, Tbonneur d'avoir proposé le dac
d'Anjou pour lieutenant général du roi. c Le Roy, voyant tant de guerres et d'affidres pré«
parées à sa ruine, fut conseillé par la Reine sa mère, et par tous les princes et sdgneurs qui se
trouvèrent près de luy, d'y pourvoir promptement,etde£dreeslection d'un cbef,m»odit8ieiir
le connestable allant mourir, pour com nander à toutes ses armées ; et par la recognoiasance
du grand courage et valeur, affection et iutérest de mondit sieur le duc d'Anjou son frère, se
délibéra par Tadvis de tous de le Csire et establir son Ueutena it général, pour commander
ainsi queluy-mcsme en toutes ses armées. Et an mesme temps, et dans le mesme conseil, j'eus
commandement, comme son chancelier^ d'adviser la puissance et authorité qui luy pourroît
estre commise, dont je luy fis expédier un pouvoir le plus ample, grand et honorable qie
frère de Roy ait jamais eu, que je fis vérifier et publier, tant au parlement de Paris qu'en
tons les autres du royaume, et peux dire que je mis ledit pouvoir en sa perfection, cosame
favois esté le premier à en faire les ouvertures. » [Mémoires, coll. Michand, t. x, p. 468.)
(3) VidUeville [Mémoires, p. 363) appelle le doc d'Anjou piea^roi de France.
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CATHERINE DE MEDICIS 53
qu^eUe soyt de cinquante hommes, dont durant la guerre
toute la trouppe senrjrra, et durant la paix servyront par moy-
ctyé, les ungs après les aultres, et à cheval ilz porteront Thar-
quebuze au lieu des javelynes que portent les gardes du Roy
monsieur mon filz, et à pied porteront les hallebardes, comme
font lesdits gardes, qui est, mon filz, ce qu^il nous semble que
vous debvez arrester avecques ledit La Rivyère pour vostre-
dite garde, dont vous Tadvertirez, et le plustost qu'il luy sera
possible ferez mectre sus vostredite garde. En pryant Dieu, mon
filz, vous avoyr en sa sainte garde. De Parys ce XXVI 11"^ Jour
de novembre 1567.
 mon fib: le duc d'Anjou, lieutenant général du Roy
monsieur mon filz par tout son royaulme.
La paix fut conclue à Longjumeau le 23 mars 1 568; elle ne dura que
six mois. Les huguenots reprirent les armes pour la troisième fois:
Condé et tous les chefs protestants se réfugièrent à la Rochelle (août
1 568) ; la religion réformée fut interdite par arrêt du Parlement le
28 septeoibre. Le duc d'Anjou se rendit bientôt à Tarméeet manœuvra
sur les bords de la Charente. Le i3 mars 1569 eut lieu la fameuse
bataille de Jarnac où les protestants perdirent le prince de Condé.
Quoique battue, l'armée de ces derniers n'était nullement entamée.
La reine de Navarre amena aux huguenots son jeune fils Henri ;
d'autre part la reine mère se rendit auprès du duc d'Anjou pour sur-
veiller les opérations militaires (i). Wolfgang de Bavière, duc de
(1) Une des raisoDS du voyage de Ctâierine de Médicis fut que l'armée catholique se
montrait peu satisfaite de son jeune chef. (Ct. liémoirct de CaêtêlMau, p. 538.)
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54 REVDE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Deux- Ponts (i), venait de pénétrer en France et cherchait â fiiire sa
îonction avec Tamiral Coligny. Il s'empara de la Chanté (a) et passa
la Lx>ire le ao mai. 11 allait se réunir aux protestants du Poitou
lorsqu'il mourut d'une fièvre quarte, le ii juin, à Escars, près de
Limoges (3). Catherine de Médicis était dans cette dernière ville, et elle
ignorait encore la mort du duc de Deux- Ponts lorsqu'elle écrivit, le
12 juin, la lettre suivante à Charles IX :
Monsieur mon fils, le Coc (4) s'an retourne qui ha présanté
vostre présant à vostre frère, qui l'a trové si beau et plus
aystimé la fason de quoy Valon lui ha conté que lui avés
envoyé, et dist qui ne vous peult fa)rre aultre remersiment de
tant d'aseuranse que lui donne de vostre bonne grase que
de anployer sa vie et la luy esposer pour vostre servise,
à quoy yl ne perdra neule aucasion de le vous fayr paroytre
parefoyst la volante quMl a mis, è est byen mary de celés
qui ce sont perdeues, mes cet né pas sa faulte, ni la myene,
car, depuis que je y suis, je fayt marcher vostre armaye en tele
diligense, que cet les reystres (5) eusent voleu marcher jeudi,
le jour de la feste Dyeu (6), je me pouvès dyre la plus heureuse
femme du monde et vostre frère le plus glorieulx ; car vous
eusiés heu la fin de cete guère, aystent réduis le Duc de Dus
Pons en lyeu qui Pestoyt à nous, mes Dieu ne Ta pas voleu;
car j'euse aysté trop ayse d*avoy resté aucasion de vous mestre
en repos par le moyen de vostre frère et de tent de jeans de
bien qui sont ysi, qui en sont enragés; mes puiz qui n'est ave-
neu, yl n'ont perdu le ceour (cœur), ayspérent encore que yl
souint jouins aveques l'Amiral, qui ne l'auron pour sela de
(1) Ce prince, fils de Louis 11, était né en i528 et avait succédé à son père le 3 décembre
i533.
(3) Mémoires de Castelnau^ p. 539.
(3) Mémoires de Castelnau, p. 540.
(4) Sans doute un nom propre, comme Valon, inscrit plus loin.
(5) Ces reitres étaient ceux que le comte Rhingrave et Bassominerre avaient amenés au
duc d'Anjou. (Cf. Mémoires de Castelnau, p. 534.}
(6) La Fête Dien tombait, cette année*là, le 9 juin.
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CATHERINE DE MEDICIS 55
chercher Taucasion et l'aventage et vous fayre le servise qu'il
désirent tous ceulx qui sont en cete armaye, où vous avés, de
puis le plus grent jeusques au plus petit, tent de jeans de bien
et playn de si grente afection à vostre servise, et aulter cet
royaume de misayre, que je voldrés que le puisyés voyr, corné
je fays, pour les aymer daventage, et avoyr plus de souvenanse
de les en reconoystre. Je say bien que vous dires qui ne tient à
vous que ne le voyés, elque cet je ne reguardez que à complayre
à vostre volante, pour SLVoyr vostre bonne grase à quelque pris
que cet feut, que le vous consellerés, mes yl fault que pansiés
que je vous suis mère, et que je reguarde à cet qui peult avenir,
et que lyen ne vous peult aulter set beau royaume que Dieu
vous ha donné, tent que demeurerés en vie, quelque forteune
qui aviegne-, car vous serés tous jour pour remetre les chause
en sûreté, et, pour cete aucasion, nous avons mendé d'asambler
toutes les forses d'Auvergne, de Picardie, Normendie et Bour-
bonoys, aveques cet que avés de l'Isle de Franse et vostre
mayson, afin quepuisiés avoyr eun neup (nœud) pour remestre
tout cet quy pouroyt aystre rompeu ensemble, cet qui n'avien-
dra pas, si ï)ieu playst, et n'avenant, si l'on ne le peult conbatre
avent qui voleusent repaser la rivière, vous mestre de là la
rivière de Louire, et les côtoyer aveques cet que aurés, et vostre
frère au cul, pour les empêcher de la paser, et, ne la pasant,
yl sont ruinés, et, s'il retournent en leur conquêtes, tous jour
aveques vos forses, vous avenser, défandcnt la diste rivière,
afin qui ne la pasasent plus hault, et, s'il vont en Languedoc
et Lionoys, pour aler en Bourgogne quérir les Alemans, qu'yl
disent que le duc de Casimire leur amayne, vous ennaler
aveques les forses que avés à Lion, et vostre firère tous jour le
cotouier et ne perdre, mes la chercher, en cet pendent, une
aucasion de les combatre, cet qui la délibéré de fayre, et, en
cet faysant, l'on joura jeu seur, et conestra-t-on que y aies
aveques sans et raysons, et seubc que, pour vous complayre,
vous endiron aultrement, vous conestré un jour tou le monde.
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56 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
et voyrés que je vous suis mère et non marâtre. Je ne le voos
dis pas pour doucter que ne me conoysié tieule (telle), car îe
mannaseure et de Tamour et aubdsance que m^avés toœ jour
portaye, mes cet pour vous refirechir la majrmoujrre que cet
que je vous consel et foys, cet pour vostre conservation et de
vostre Royaume, que est vostre honneur, come le cdhoystrés
à la fin de tout cesi, et que je n'ay ni aultre but ni fin que cela,
et la prise de la Chérité ayst de très grende ynportanse. Je laisse
cet propos pour vous dire que le Breul ha envoyé yer jrsi son
ensegne, lequel nous panson aystre uneespie, et qui lest veneu
pour savojrr et voyr cet que nous fa)rson. Il vous sovient, et
Villeroy vous en fayré sovenir, que yl a envoyé beaucoup de
foys, et moy le renvojre ver lui pour savoyr des novelles, « a
fayst bonne mine; mes asteure je décovre qu'il né plus tenps
de le renvoyer, mes yl dist qui veult aler au (où) vous aystes,
et, delà, à Reue. Fayte le prendre et envoyé le à Paris et en
mayn seure, et Ton sont de lui beaucoup de chause qui vous
pouront cervyr à mon aupinion. Vileroy le conojrt, qui le
monstrera à ceubc que le voldrés fayre prendre. Mendé moy
cet que ennaurés fayst, et je vous bayse lé mayns.
De Limoges cet XII"* de jouin 1 569.
Vostre bonne et afectionnée mère.
Caterine
Si volés me fayre chause agréable, et beaucoup pour me
contenter, ne me mestés plus cerviteur. Je le vous ay dejea
mendé; je vous prie le fayre.
Comme on l'a vu, Catherine de Médicîs traçait un plan de campagne,
tout en défendant son fils et elle-même contre la jalousie et la défiance
du roi et de ses conseillers. Le plan de Catherine ne plut pas auxchefe
catholiques : les généraux n'aiment pas ordinairement recevoir des
leçons de gens peu fomiliers aux choses de la guerre. Après divers
combats, entre autres la bataiUe de Montcontour, cette troisiàme
guerre civile se termina, le 8 août 1570, par la paix de Saint-Germain.
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ADRESSES ILLUSTRÉES
AU XVIIP SIÈCLE
Le goût 4u luxe dans les vêtements on dans les ameublements et
l'amour des objets d'art se développa beaucoup sous la Régence. Les
gentilshommes et les grandes dames employaient des sommes consi-
dérables soit pour leur parure, soit pour la décoration ou l'ameuble-
ment de leurs demeures. Les bourgeois, que des spéculations heureuses
ou un génie financier avaient conduit à la fortune, voulurent rivaliser
avec la noblesse. De là une émulation qui fut très-favorable au com<
merce. Lesjoaîllierssurtout avaient une nombreuse et riche clientèle (i).
La joaillerie était d'ailleurs un métier qui nécessitait beaucoup de
capacité et d'argent (2). Plusieurs de ces négociants sont restés célèbres.
Laxare Duvaux, marchand-bijoutier ordinaire du roi, fournit à la fois
(i) Os négodtots étaient qualifiés iiidi£Kreiiuiient de merder, bijoutier, joaillier et orfërre
Savary, dans son Dictionnaire universel du commerce {édition de 1741), donne de cnrienx
renseignements snr ces diverses dénominations.
La mtfoerie, qni tient le trouième rang parmi les six corps des marchands, est le plos
important parce qu'il comprend tont le commerce des antres corps. 11 est divisé en plusieurs
daases différentes. Dans la treixième sont ceux qui vendent toutes marchandises et curio-
sités propres pour fomement des appartements, telles que tableaux, esumpes, candéla-
bres, etc. ^ Bijouterie c est le commerce de toutes sortes de petites curiosités qui servent
à orner les personnes et les appartements. • — Jouaillerie c est un terme de négoce qn
signifie en général toutes sortes de marchandises, de pierreries taillées ou non taillées,
comme diamans, rubis, grenats, saphirs, émeraudes, topazes, améthystes, etc. On 7 com-
prend ansai les perles, les turquoises, les opales, les agathes, les cristaux, Tambre jaune, le
corail, le lapis, etc., même toutes sortes de bijoux et joyaux d'or, d'argent et d'antre matière
préciease. • — c Orfèvrerie se dit du négoce qui se fiût des ouvrages d'or et d'argent £ibri-
qnés par les orfèvres. •
(a) Savary dit formellement : « 11 faut qu'un marchand ait beaucoup de capacité et d'argent
pour entreprendre le négoce de la jouaillerie. >
TOME IV 8
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58 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
la cour, la noblesse et la bourgeoisie (i). Toutes les femmes si sédniiantes
du règne de la Pompadour lui durent d'embellir leurs charmes.
Les marchands, eux aussi, cédèrent au goût général. Ils déployèrent
du luxe dans leurs enseignes et commandèrent leurs adresses et fiictures
aux dessinateurs les plus renommés. François Boucher dessina celle
du fameux joaillier Gersaint, son ami : le comte de Caylus la grata (2).
Chofifart fit l'annonce de Torfévre Vallayer, du marchand-graTear
Aubert, du libraire Prault, de fhorloger Danthiau, du brodeur ordi-
naire du roi Balzac. On dut â Cochin l'enseigne du bijoutier Stras.
Augustin de Saint-Aubin qui, dès l'âge de seize ans, avait dessiné une
carte d'entrée du Concert bourgeois de la rue Saint- AMtoine^ s^adonna
à faire des adresses de marchands, des programmes de fite, etc. (3).
Aussi ces feuilles volantes, vouées à une destruction rapde, sont-elles
aujourd'hui recherchées activement par les amateurs à cause des déli-
cieuses vignettes qui les parent (4). Mon beau-frère et collègue, M. Fer-
nand Calmettes, en a réuni quelques-unes, dont les dessinateurs sont in-
connus, mais qui n*en sont pas moins des spécimens intéressants de l'art
du XVIII* siècle. Maintenant que se manifeste une tendance a attirer
l'attention du public par des choses plaisantes aux yeux, j'ai cru devoir
faire reproduire, par l'héliogravure, quelques-unes de ces adresses illus-
trées, si communes au siècle passé. Des trois spécimens choisis par
M. Calmettes, les deux prcrhiers, de style Louis XV, concernent un
joaillier de la rue Saint-Antoine, dont la boutique avait pour enseigne
A la gerbe ^or[S), et un marchand d'éventails de la rufe Saint-Denis
(I) U2tre DavauK, né en 170?, mourut le 34 soTerabre 1758. Mou confrère M. Looit
Courajod a récemment publié le Hvre-joufntl de ce jotillier : « Livre-joumûl de Lu\mre
Duvaux, marehand'biJoMtier ordinaire du Roy, 1748- 1758, précédé d'une étude sur
le goût et le commerce des objets d'art au milieu du XVlli» siècle '{pv Louit Cou-
rajod)*, Paris, pour la Société des Bibliophiles français, 1873, s vol. iû-è. •
(3) Cette curieuse adresse a été reproduite conune frontispice du Uvre-joumal de
La\are Duvaux. M. Courajod en a publié le texte que voici (t. I» p. CVU) :
« A LA pAOODE, Gersaint. marchand jouaillier sur k pont Notre-Dame, veod toile 1
de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces, tableaux de cabiiMt« pagodes, '
et. porcelaines du Japon, coquillages et autres nooroeaux d*hiaioire oatttrtUe,
agathes. et généralement toutes marchandises curieuses et étrangèçe^^ P^ia, 1740. •
<3) Cf. Les Saint' Aubin, étude par E. et J. de Goocourf; Pari», Dento* tSSp, I11-4,
p^ 7 et sulv.
(4) William Hogarth a dessiné des adresses de marchands qui sont trèa-recbercfaées en
Angleterre.
(5) La facture e*t du 8 juillet 1776.
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ADRESSES ILLUSTRÉES Sq
qui avait mis sur son maLgasin : Aux trois pucelles (i). Le troisième
spécimen, de style Louis XVI, présente Tentétê d'une facture d'une
veuve Gallot, qui tenait un magasin de galons d'or et d'argent fin rue
Vieille-du-Temple, en face l'hôtel Soubise. Cette dernière porte cette
signature : Bellanger fecit (2).
Parmi les documents que je possède figure une pièce quiva trouver
naturellement sa place ici. Cest un mémoire de diamant^r^ fournis, en
1740, par un orfèvre nommé Pierre, à une dame DuchaHelet (3). De
telles nomenclatures nous aident à mieux connaître la vie intime des n
feounes du XVIII» siècle.
Mémoire pour Madame Duchatellet avec l'état des diamants
qu'elle m'a remis le 12* juillet 1740 et celuy que j'ay employé
et fourni.
Une égrette en gerbe, y compris la pen-
delocques à pierres seul iiSb.
Un brasselez d'un grenat composé de. . . 12
Une bague et deux brillant de 2
Une paire de boucles d'oreille à pierre seul 2
Une bague d'un gros diamant un peut
jeaunne i
Une bague d'une pierre foible carée . . i
Un diamants or d'oeuvre jeaunne et glasseux. i
Total des diamans reçus. i32
(i) Là facture n*a pas de date. — Cette adresse a été réduite de moitié : les deux autres
sont de la grandeur exacte des originaux.
(3) La fiicture est du 13 novembre 1781.
(^i Ce nom évoque le souvenir de la belle Emilie, qui vivait à l'époque où tôt écrit ce
mémoire de diamants, mais il est peu probable que cette dame Duchatellet ou Duchatel fût
a même que l'amie de Voltaire. L'absence da titre de marquise (Lazare Duvaux qui men-
tionne deux fois le nom de Madame Du Chastellet sur son Uvre-joumal, 6 février et
13 mars 1749, n'omet pas la qualité de marquise) me fait penser qu'il s'agit plutôt d'une
bourgeoise coquette et dévote, comme l'indique la riche croix de dévotion qui figure sur le
mémoire pour la somme de six mille livres.
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6o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Etat de ce que j'ay fournie à madhte Dame.
Juillet i6.
Livré une bague d'une cornalinne gravée^
façon 2oil.
Autre bague d'une agatte de trois couleurs^
façon lo
Autre bague d'un saffir gravé, façon. ... lo
Plus pour avoir fait tailler le saphir donné. 6
Livré une paires de boucles d'oreille en-
touré, composé de 3o b.
Façon des dittes boudes d'oreille 3o
^ Septembre a8.
Livré une bague d'un rubie oriantale à
demy entouré, façon 6 24
Autre d'un rubie vioiietzà demy entouré, cy. 6 24
Autre d'une topaze de mesme, cy 6 34
Autre d'un saphir de mesme, cy 6 24
Autre d'une émeraude de mesme , cy. . . 6 34
Autre d'un péridault de mesme, cy. . . . 6 24
Deux grand brascelet avec 8 resort d'or,
composé de 112 2
Pour les façons à i5o U. pièces, cy . . . . 3oo
Une croix de dévotion, dont le diamant du
bas est à ma ditte i
Où j'ay fournie le millieux, la teste, les 2
bras, 6 pour le corps de la croix grose,
etc. 16 menues du prix de 6000
Décembre 12.
Plus un couUant dont le millieu est à ma
ditte Dame i b.
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ADRESSES ILLUSTRÉES 6l
Au quelle j^ay fournie 22 brillant avec la
façon, cy. • . , 820
Rendue la pierre foible carée, cy i
181 b. 7360II.
Quantité des diamantquej'ay fourni. 181 b.
Sur quoy j'en ay reçue i32
Partant reste à me payer 49 b.
14 Karas à 200 11. le karas, cy 2800
10160II.
Fournie deux brillant au bas de la croix au
retour dedeuxpetis 108
Plus fournie 8 resort d'or, dont je n'en
compte que 4, cy 24
10292
Rendue 28 diamans roses, qui estoit au bague
de couUeur.
Sur la 3« page on trouve les mentions suivantes de deux à-compte
donnés à deux époques diverses :
Du 17* décembre 1742 reçu de Madame Duchatel par
les mains de M' Trichet dont j'ay mis mon reçu sur son
livre , . . . . 1200II.
Du 28* octobre 1745 reçu à-compte de Monsieur Pctié sur
la lettre de M"»* Du Chatellet 3ooo
^nfin le joaillier donna, le 10 novembre 1745, l'acquit définitif en
ces termes :
Je reçue de Madame Duchatel par les mains de Monsieur
Petié la sommes de six mil quatre ving douze livre pour
parfait payement de tous ce quel me doit jusqu'à se jour pour
fourniture mendonnée au mémoir de l'autre part, dont qui-
tance à Paris se dix novembre 1745.
Pierre.
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DENIS DODART
Dems Dodart, né à Fuis en 1634, étudia d*abord pour le barreau,
mais s'adonna bientôt à la médecine. Il mérita, dès l'âge de Tingt-diiq
ans, d'être appelé, par Gui Patin, un prodige de sagesse et de sciemee^
et fut reçu docteur à la fin de Tannée 1660. Il devint médecin de la
duchesse de Longueville, de la princesse de Conti, et enfin dti rot
Louis XrV. En 1673 il entra à TAcadémie des sciences, où l'ai^laicQt
ses connaissances étendues en botanique. Ce fut un des membres les
plus éminents de cette illustre compagnie ; ses Mémoires pcmr sermr
à rkistoire des plantes, publiés en 1676, témoignent d'une origiaaliié
et d'une puissance d'observation vraiment remarquables (1). U £iat
aussi savoir gré à Dodart d'avoir proclamé, un des premiers, l'efficacité
de l'inoculation, contestée alors par les médecins.
Denis Dodart fit à Versailles, le 8 mai 1707, son testament; )'en ai
retrouvé l'original, et je le publie ici, à cause des détails qu'il donne
sur le caractère de cet homme illustre et sur les mœurs du xvn*
siècle (s).
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Cest icy mon testament de dernière volonté.
Je désire estre enterré au plus bas de Tégiize de la parroisse
sur laquelle je mourray.
Je désire aussy que mes obsèques soient notablement au
dessous de la médiocrité du rang que je tiens dans le monde,
et qu'on donne à de pauvres hontaix r^>argne qu'on pourra
faire dans cette veiîe sur cette d^>en8e.
(1) Cf. L Ancienne AeadiwUe des sciences, par Alfred Maory; Paris, Didier, 1864, p. 18.
\%] Ce tettament original m'appartient actuelkment, mais je Toffrirai, aprèi ladite publi-
cation, à rAcadémie des adences, dans lea archiTes de laquelle il sera désormais consenré.
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DENIS nODART 63
Je veux qu^aussy tost après mon décès, on en donne avis à
mes parents et à mes amys et sur tout aux Ecclésiastiques et
aux IWigieux de ma conoissance, me recommandant à leurs
prières, et particulièrement au Saint Sacrifice dé la Messe, et
nommément aux Religieuses de Port-Royal des Champs, aux
Carmélites du grand couvent de Paris et aux Religieuses
Bénédictines de Montargis, et ce par des billets imprimés du
plus petit volume.
Aiant depuis une longue suite d'années donné Paumône
selon mon petit pouvoir et aiant depuis quelques années fait
des pertes qui n'iront à guère moins de trente mille livres, à
mdns de quelque ressource que je n'ay pas lieu de prévoir, je
n'ay pas crû devoir engager mes héritiers à des distributions
de sommes considérables, et d'autant plus que je connois mes
enfants sensibles aux besoins du prochain et portés à donner
l'aumône de leur propre mouvement. Ainsy j'ay crû pouvoir
me contenter de ce qui suit à cet égard dans le présent testa-
ment.
J'ordonne qu'on distribue aussy tost après ma mort au
Curé de ma Parroîsse et à mon Confesseur, tant à Paris qu'à
Versailles, à chacun cinquante livres et pour en disposer selon
qu'ils trouvent le plus à propos selon l'ordre de la charité en
œuvres pieuses, les suppliant de se souvenir de moy au Saint
Autel, selon la conoissance qu'ils ont de mes besoins.
J'ordonne aussy cinquante francs pour les Religieuses de
Port-Royal des Champs, me recommandant à leurs prières
avec une extrême xonfiance et surtout au Saint Sacrifice de
la Messe et dans leurs assistances au très Sainct Sacrement
de l'Autel.
Pour prévenir toutes les difficultés qui pourroient survenir
entre mes très chers enfants après mon décès au suject du par-
tage des biens de ma succession, désirant de tout mon cœur
entretenir l'union entre eux, et donner à chacun le bien que
l'estime le plus convenable à chacun d'eux, selon la conois-
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64 RSVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
sance que j^ay de leur estât, de leur disposition et de leurs
besoins,
Je donne et lègue à ma fille, tant pour ses droits succesûfi
dans les biens maternels que pour ce qui luy peut revenir dans
les miens, la maison qui m'appartient, size rue Sainte-Croix
de la Bretonnerie à Paris; plus un contract de sept cent
livres de rente, au principal de quatorze mille livres, sur
rhostel de ville de Paris; plus un autre contrat de cent livres
de rente, au principal de deux mille livres, sur le mesme
hostel de ville; plus un tiers dansTintérest que j'ay en la navi-
gation nouvelle de la Seine, depuis Nogent-sur-Seine jusques
à Troyes en Champagne, et des sommes que j'ay avancées,
intérests, fruits, profits et revenus ; plus un tiers dans la somme
des deniers avancés par moy pour la régie de la dite navigation, et
conséquemment un tiers dans les intérests écheiis et à échoir de
ce qui me doit un jour revenir de ces deux sortes d'avances, si
Tafiaire réussit au profit des associés; plus outre ce tiers dans
cette affaire toute la part que j'ai acquise dans les droits des
créanciers de feu Monseigneur le Duc de Rohanès sur ce qui
doit revenir à sa succession tant pour la part qu'il a dans la
société que pour les droits qui lui doivent revenir en qualité
d'autheur et protecteur de Tentreprise, cette acquisition faite
par moy moiennant quatre cents livres dans la somme de dix
mille livres pour laquelle le fonds des créanciers a esté adjugé
à l'enchère, la dite adjudication homolc^ée avec les créan-
ciers refusants ; laquelle somme de quatre cents livres je donne
et lègue entière à ma fille avec tout ce qui en doit revenir à
ma succession; plus je donne et lègue à ma fille tout ce qui
me sera deii au jour de ma mort de la gratification r^lée par
le Roy pour la place que j'occupe dans l'Académie Royale des
Sciences; plus toute la batterie de cuisine qui se trouvera chez
moy à Paris, à Versailles ou à Fontainebleau; plus tout le
linge tant de uble que pour les licts; plus la moitié de la
vaisselle d'argent et de ce qui pourra s'y trouver d'argent mon-
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DENIS DODART 65
noie; plus ccqui se trouvera de meubles dans la petite chambre
haute de mon appartement à Thostel de Conty, rue des Poulies^
dans laquelle ma fille couche, sçavoir un lia de trois pieds ou
trois pieds et demy de large à housse de serge d^Aumale verte,
une table de bois véné à colonnes torses, un cabinet de bois
semblable sur colonnes torses, un miroir de vint huit pouces
de glace ou environ en bordure scultée dorée, quelques chaises
tournées, et autres meubles ; plus quelques livres de piété et
d^histoire imprimés dont je joindray le mémoire à mon pré-
sent testament.
Et pour le surplus de touts mes autres biens de quelque na«
ture qu^ils soient, après mes detes payées et mes legs aquittés,
je les donne et lègue à mon fils que j^institOe pour cet effect mon
légataire universel, à la charge que les cinq mille livres que
je luy dois de reste de plus grande somme qu'il m'a prestée
par contract de rente demeureront confuses dans le legs uni-
versel, sans que Tacquît de la dite somme de cinq mille livres,
en tout ou en partie, en cas que j'y puisse parvenir avant mort,
comme je le désirerois, puisse préjudîder à l'universalité du
dit legs ; ce legs universel à luy faict par moy soussigné, tant
pour demeurer quitte de ses droits successif dans les biens
maternels que pour ce qui luy peut revenir dans les miens,
outre les vint mille livres que je luy ay donnés par son premier
contract de mariage; sçavoir par dessus ces vint mille livres
quatre cents livres de rente à moydeOe sur l'hostel de ville de
Paris, au principal de huit mille livres; plus trois cents cin-
quante livres de rente sur la succession de M* Phîlippes Bou-
lant de Parisis; plus cent francs de rente sur Maistre de
Jouy, procureur en Parlement, et Damoiselle, veuve de feu
M. Louys Prieur, procureur en Parlement, et tout ce qui se
trouvera m'estre deîi soit par contract de rente, soit par sen-
tence portant condamnation d'intérests; plus les deux tiers de
l'intérest que j'ay dans la nouvelle navigation de Seyne et des
.sommes que j^ay avancées, intérests, finicts, profits et revenus,
TOME IV 9
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66 REVUE DBS DOCUMENTS HISTOUQUES
tant du foods des travaux que de la régie, aîant dîq>osé au
pn^t de ma fille tant du tien restant que de la totalité de ce
qui m'appartient comme estant pour ma part aux droits des
créanciers de feu Monvîgncur le duc de Robanès-, plus touies
les ana^ dtf appointeoients qui se trouveront m'estre deucs
diM la mfdsof^ de & A. S. Monseigneur le Prince de Cooty
ft ce qui se trouvera écheii de la dernière au jour de ma ncKMt;
plus tout ce qui me sera deu d*appointements dans la maison
de S. A. S. Madame la Princesse Douairière de Conty, et
généralement tout ce qui m'est deu de sommes mobiliairts
par obligatioi^ billets, promesses, ou testament, transports,
donation, ou à tel autre titre que ce puisse estre-, plus ina
Bibliothèque comprenant tout pe que j'ay de livres latins oy
grecs, imprimés ou manuscripts, et touts les livres françois qui
traittent 4^ sqence et d'histoire, excepté seulement ceux que
i*ay destinas à pia fille dans le legs cy-dessus et qui serou cy-
après déteignes nommément; plus la o^oitié de ce qui se trou-
vera cb^ fnoi de vai9seUe d'argent et de ce qui s'y pourra
tfouvçr d'argent monnoté; plus tout ce pui se trouvera chez
moy de meubles à moy appartemmts, à Paris, à Versailles ou
à Fontainebleau, ej^cepté ceux que j'ay légués i ma fille cy«des-
sus et ceux que \t dédareray cy-«près luy appartenir.
Je donne à ma t^cpur Le Cousturier ma montre sonante à
boiste d'or qui m'a esté donée par fdàt Mademoiselle de
VçrtHs.
Je ywx çt eptims que Vop pûe entière à chacun de mes
dom^qufa tant ^t Paris qi^ç de Versailles l'année de ses
gages d^qs truelle je mpurray« Je comprens dans œ nombre
Madame Tiphajiiç ppw la gratification annuelle que je luy
pai9 f u lieu de ggges, ça considéri^tion des services qu'elle
me reqd et de ceux qu'elle a rendus autrefois ^ ma fiUe pour
spn ^\iCA;ion ^ pour son instruction, à quoy je joins dnq
çeuts livrçs unç £^ payées, de laquçlle somme de dnq cc^n
livres jem'^s^çvrç q^ç ma fijle voudra bien luy paiçr la moitié
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DENIS DODART 67
poer sotdager d^âutant mofi fils sur cet afticle, et ma petite
monstre boiste d^argent.
Je déclatt que je ne dois rita de cùtMàkahlt qu'à Monsieur
Morin, docteur en médediie, retiré à Sakft Victor à Paris, mon
^my (i), q\À m'a preste généreusement «I sans intérdst uiie
somme dé dix sept cents livres, que j'espère Itfy psdêr incessam-
mem, sy Dieu me conserve encore deifC ans de vie. Je ne crôy
pas qu'on trouve guère d'autres detes i^ès celle4à que l'année
courante de mes quatre ou cinq domestiques, qmlqiies four-
nitures d'écurie et d'équipages, qudques réfiarations et quelques
parcelles de rente ddies par feu mon frère à ma sœur et à un
des cousins du Bois Hermite en Gascogne de qm je n'ay nulles
nouvelles, desquelles rentes fe me suis chargé en acquérant
de feu mon frère la moitié de la maison de Paris cy d^sus
menticmée^ et enviroa quatre francs de renie que 'fe dois k un
flommé Marin Portechaize et à use misieure à cause d'un
petit fonds que j'ay esté obligé de prendre à Siors prèb de
l^Isl' Adam pour dédommager mes œimty de partie d^tffte
somme de mille francs deiie à la succession de feiu Monsieur
Boulant, ayeul de mes oiûMtSy par k nommé Tavam.
Je déclare que tous les livres françois, reliés en marrôquin
rouge du Levant^ qui se trouveront dons ma BibHôcMque,
86ift à ma fiUe, luy aiasc esté donnés par feae Mddemoiselte
de Vertus, que le meuble de petit damas, lict, chaises, lit de
repos, dudses de tapisserie, feutèuils, tobour^s, canapé, écrans,
table de marqueterie, It^isserie de brocateUe de Fhmdres,
pofcdeînesy grand eabînei d'ébène et toutes gamkuFe^ de
cheminées et cabinets et toutes autres ganMires comme
(i) Louis Morin, d€ au Bilans, \é 1 1 juillet i^tf , fat méâéda de l'Hdtél-Diea et Paris. Sa
UÉiMmce et rtrgâiéfaaité étMstpro'fiiMê». R mvlt oontmMr, «mrdk Féttéamt, àt
«erier le montant de son traitement dans le tronc de Vbospice. On le força d'accepter la
place dé médedn particolier de mademoiselle de Guise. Après la mort de cette dame il se
idim à r^^bi^db Stfab-Victdr, es <tui W fli sncndnai* JMi^l^ dé SdiM-Victàr. AMt^
intime de ûodart, il soccéda à ce dernier conmie pensionnaire derAcadémie des sdences. Ii
mourut 1 Paris le i«v mars 171 5. Le testament it Dodart prouve une fois de plus la géaé«
nMité de Lonia Morin.
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68 lEVUE DES DOC MENTS UlSTOtlQUES
images, miniature»» quadres, sentences enbordnrées, qui se
trouveront dans la grande chambre et cabinet attenant, mesme
mon portraict, original de la main de M. Jouanet Taisné fait
en dernier lieu, le portrait de Madame la Marquise d'Urfé,
deux petits paisages avec ses 2 filles, plus deux cbandeliors
d'argent dzelé, la pendule qui est dans sa chambre, de la main
de Masson, sa montre i spirale et boiste d'or et une autre
petite montre à boiste d'or, luy appartiennent en propre, pour
avoir esté aquis par elle de ses épargnes, ou à elle donnés en
présent, ou par elle faits de sa main, comme touts ks ou-
vrages de tapisserie et petit point, qui ont mesme touts esté
gamys à ses despens, que s^il se trouve que j'y aie contribué,
soit au meuble soit à la pendule, c'est peu de chose que je luy
ay donné en présent et que je luy donne et lègue, en tant que
besoin seroit, par ce testament. J'excepte de ce qui e^ dans
le cabinet attenant la grande chambre de ma fille une pièce de
tapisserie verdure très fine que je veux estre remise avec le
reste de la tenture de la mesme tapisserie, qui fait partie du
legs universel.
Je déclare enfin ma fille quitte de toutes pensions, entretien,
Ic^ement, comme je le suis vers elle des revenus de ses biens
maternels et de ses avances, suivant l'acte que j'ay passé avec
elle par devant M. Le Fèvre, nottaire^ le trente d'avril der-
nier.
Je recommande à mes enfants une veuve très pauvre et
très vieille nommée Jeanne Grizel, jadis servante de ma mère.
Je les exhorte à luy continuer l'aumône que je lui fay d'un
escu par mois, c'est-à-dire de soixante sols, le reste de ses
jours. M. le Maistre dira où loge cette pauvre veuve.
Je leur recommande aussy ledit si^ir le Maistre, l'une de
mes plus anciennes connoissances, comme très vieih et très
pmivre. Je luy donne touts les mois un peu phis d'un escu. Il
est capable de plusieurs petits services et s'aquite bien d'une
commission.
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DENIS DODAKT 69
Je remets à mon cousin du Bois> ecclésiastique à Pontoise,
ce qui se trouvera m'estre detk de reste par la succession de feu
Maistre Guillaume du Bois, advocat, son père, et je luy fay
cette remise pour de bonnes raisons, ainsy qu'à M. d'Aspre-
mont, ce qu'il se trouvera me devoir par quelques billets que
je n'ay pas sous la main pour les luy rendre, en ownpensation
de quelques avances qu'il a faites pour moy et en reconois-
sance des offices et de Tamitié dont je luy suis redevable.
Sy je meurs sans avoir paie à la succession de feu Monsieur
le comte de Brienne, cy devant secrétaire d*£stat pour les
affaires estrangères, cent quatre vint livres que mon Directeur
a jugé, sur mon exposé, luy estre detles, et sans avoir payé à
la succession de feue Mademobelle de Vertus ce que je luy doy
par un billet ou mémoire qu'on doit trouver dans le tiroir à
gauche sur mon bureau à Paris où je l'ai cherché inutilement,
n'aiant pas eu le loisir de feuilleter les liasses de mémoires de
Texécution testamentaire. J'en charge mon fils en qualité de
mon légataire universel. S*il ne trouve pas le mémoire ou billet
en question parmy les papiers de l'exécution testamentaire il
trouvera attaché à ce testament un mémoire que j'ay consulté,
suivant lequel je ne devrds que trente livres tournois, mais,
examinant le fait plus à la rigueur depuis la consultation, cela
pourroit aller à cent cinquante livres ou plus. J'entens donc que
mon fils consulte Monsieur Boileau sur ce plus et qu'il suive
son avis pour la déchaîne de ma conscience sur laquelle je ne
veux rien laisser de douteux.
Je ne doute pas que ma fille n'asscure à Madame Tiphaine
une pension viagère sur son bien» en cas de prédécès de ma
fille. Cette bonne fille la mérite pour les services qu'elle luy a
rendus durant sa tendie jeunesse avec tant de désintéressement
et d'amitié, tant ea son éducation que depuis dans ses fi:^uentes
et violentes maladies, et d'ailleurs les pertes qu'elle a souffertes
exigent sur tout de ma fille de ne l'abandonner jamais. Je la
recommande aussy à mon fils.
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70 KBVUE DES DOtmMEm& HISTORIQUES
Je révoque tMts les ttsunnatsqiie fcy Aûts avant cekiy cj.
Je nomme pour exécuteur du présent testament, coofomtement
avec mes chers eiifimts^ Monaîear Brisset^ advooat au Paries^^
mon amy, que je supplie^ par. tome Farnîtié dont il m'a hoooré
durant ma vie, d'accepter cette commission et un présent de
valeur de trois cents livres pour marque de ma recoooîssance
très humble. Je ne puis mieux témoigner Testime que je £ay de
sa probité et de sa capacité que par la piièrc très hunble que
je luy fay d'aider en cette occasion mes en&nts de sa eondmte
et de ses consdls dans Pexécudon de ma dernière vokMMé. Je
luy joindrois Monsieur Boileaor, chanoine de Saint-HofMti,
s'il m'estoit permis d'appliquer à des aflEdres temporelles un
ecclésiastique aussy appUqué aux devons de son cberaetère,
mais je le supplie au moins de vouloir bien y interwiir tn la
manière qu'il pourra, soit pour prévenir les difficultés, soit
pour les résoudre, s'il en survenoit queloune.
Après avoir disposé du bien temporel que Dieu m'a donné,
il ne me reste qu'à exhorter mes très chers enfrm à vvfte
dans la paix qui a toujours régné dans nostre peiàsa fmiHe
depuis près de cent ans qu'elle «t esod>lie à Paris. Pmt la
conserver et la confirmer de plus en plus je leur csnaeilk de se
prévenir Fun l'autre par des offices mutuds d'anùtié, dercanh
fiance et de charité. Sy malgré touiB mes sdas et toutes pré-
cautions il survddoit enure eux quelque MCasion^ de se disputer
quelque chose Tun à l'autre, r*exige d'eux, ptf tout ce qu'ik
doivent à la mémoire d'un Père qui leur a donné innc de
maniues d'amitié dans te soin qu'il é pria de teor pnScaanet une
éducation direstienne et de leur kâ^sr le dtossn« de leur
estât, de régler touts leurs difBirems par Pencnfiiiise de lan^
âinys communs les plus hamlligmts et les plus vmueor.
Je les recommande tôuts deux, avec tome rinacands^ifi me
peut estre permise a: svec le pMtatd re^pHAct qucr je dois, à
S. A. S. Madame la Princesse de €oaty, qui in?d dotinétfn
tant d'occasions tant de marques de bonté et tsut cfof
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DENIS DODART 7I
et àLL. AA. SS. Monseigneur et Madame la Princesse de
Conty, et surtout je leur recommande ma fille, qui a moins
rhonneor d'estre connue d^eux que mon fils, qui se trouve
ntttnrellement et par luy mesme sous leur protection par les
services quUl a eu Thoneur de rendre jusqu'à présent dans les
deux maisons. Je les recommande Tun et Tautre à toutes les
personnes qui m^ont honoré des marques d^une txHité parti-
culière et sur tout à Monseigneur le Pelletier^ Ministre d^Estat,
à Monseigneur le Premier Président au Parlement de Paris,
à Monseigneur le Premier Président du Grant Conseil et à
Madame la Première Présidente, à Monsieur Tabbé Bignon,
à M. le PeUetfer, Conseiller d^Estat ordinaire, à M. et à
Madame d^Axgouge de Ranes, à Monsieur d'Aguesseau, Con-
seiUeF d-Estat ordinaire, à Monseigneur le Procureur général,
à M. d^Aguesseau de Val-joUan, Conseiller au Parlement, à
Messieurs le Nain père et fils, i Messieurs Portail père et fils, et
atouts ceux que je puis appeller mes amys sans manquer à ce
que je leur dois, et nommément à Monsieur Boileau, Chanoine
de Saint-Honoré, pour lequel mes en&nts otit touts deux un
rçspçpt ég«}. Enfin je les recommande Tun à Tautre dans la
coi^ance que j^ay que mon fils vivra avec ma fille de sorte qu'il
ne la mettra jamais dans la nécessité de chercher dans le cours
de sa vie des appuys et des consolations estrangères, et que
ma fille vivra avec mon fils de manière qu'elle ne luy donnera
jamais d'occasion de manquer de confiance en son amitié.
Après ceU. je n'ay plus qu'à demander à Dieu, ce que je luy
ay toujours demandé pour eux comme pour moy, la paix, au
moins intérieure, et le ipécessaire de la vie ou la force de porter
le faix de la pauvreté s'il luy plaisoit de nous y réduire, mais
sur tout et infiniment plus son amour et sa miséricorde, tant
pour cette vie que pour l'autre. Fait à Versailles et signé ce
huit may MVII^ sept, ce testament compris en huit pa^.
^««^«jt^
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73 lEVUE DES DOCUMENTS HISTOtlQUES
J*avob cacheté ce testament; en le rouvrant pour le revoir
sur un doute de quelque obmission unacckleot ini{n^eQ acatoe
cette déchirure qui ne doit estre considérée que comme un cas
fortuit qui ne pr^udide en rien à cet acte. Ce neuf mi^
MVIIC sept.
DOOAKT.
Mon intention est que pour éviter les formalités de justice et
prévenir l'exaction de certains droits il sdt bit un partage
après ma mort entre mes enfimts comme mes héritîas en con-
formité de mon testament, parce que sans cela ils seroicm
obligés de renoncer à ma succession et faire créer un curateur
à ma succession vacante, avec qui il faudroit £dre ordoner la
délivrance de leur legs. '
On abbrégera toutes ces longueurs en se présentant â
Monsieur le Fèvre, notaire, qui sçait mes a£Eûres et qui est
très digne de la confiance de mes enfimts par Tamitié qu^ii
me témoigne en toutes renomtres et par son extraordinaire
capacité, et en luy déclarant que les parties sont convenues
ensemble de partager oonun'il suit.
La dite pièce a été paraphée et signée, Ion de son ouverture, le
G novembre 1707, par lit notaires, par M. Brîaact, et par le fils et la
fille du testateur. Voici maintenant nne note jointe au testament
Mémoire des livres que je laisse i ma fille outre ceux que
j'ay déclaré luy appartenir par le don que Mademoiselle de
Vertus luy en a fait et qu'on trouvera dans ma Bibliothèque.
La vie des Saints de M. Baillet. Elle est entre les mains
de ma fille.
Les lettres de Saint Augustin en français, a volumes fol.,
traduction de M. du Bois.
L'histoire de France in- 12 de Mézeray abrégé avec Thistoire
des Gaulois du mesme autheur.
Le Monde de Davity qui est à Versailles dans mon cabinet,
tablette i gauche, in-fol., 4 ou 5 volumes.
Touts les in- 12 fi-ançois qu'on trouvera dans mon cabinet à
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DENIS DODART 73
Versailles sur ma table, sur le bord de ma fenestre et dans les
tablettes à gauche et à droite, et touts les in-8 françois qui sont
au mesme lieu, hors ceux qui traittent des sciences.
Et touts ceux du mesme volume in- 12 ou in-8 qui sont dans
Tarmoire du milieu à gauche dans le cabinet à Paris où est une
bonne partie de ma Bibliothèque.
Touts les petits écrits de dévotion reliés et non reliés que j'ay
déposés partie chez M. d'Apremont^ à Versailles, partie dans le
coffret que j'ay déposé chez ma fille et qui estoit à feiie sa mère.
Toutes les feuilles volantes reliées et non reliées en recueil
ou non qui sont en françois, soit couchées sur le plancher au
pied de la 3* armoire à gauche dans mon cabinet à Paris, soit
à droite et à gauche de mon lict dans ma chambre à Paris, en
pilé, en couverture, en liasse, en portecahiers ; touts ces im-
primés ne convenant nullement à mon fils, j'entens touts les
livres désignés dans les 5, 6, 7, 8 articles cy-dessus, hors ceux
qui traittent des sciences et des arts qui pourroient estre meslés
avec les livres de ces volumes dans les lieux désignés. Fait à
Versailles le 9 may mil sept cents sept.
DODART.
La pièce est paraphée par les mêmes persomiages que la précédente.
Denis Dodart ne survécut pas longtemps à ce testament. Il mourut
d'une fluxion de poitrine, le 5 novembre 1707, laissant une réputation
dont son fils, Qaude-Jean- Baptiste, né en 1664, ne se montra pas
indigne. Toumefort a donné le nom de Dodartia orientalis à une
plante qu'il découvrit en Arménie dans les rochers de TArarat. Il est
bon de noter aussi que Dodart avait projeté une Histoire de la musique
qu'il ne put terminer. Il fit seulement paraître, en 1706, dans les
Mémoires de V Académie des sciences, un travail fort curieux sous ce
ûtre : De la différence des tons de la parole et de la voix du chant , par
rapport au récitatifs et, par occasion^ des expressions de la musique
antique et de la musique moderne.
Le lendemain de la mort de Dodart, son fib et sa fille, ainsi que
l'exécuteur testamentaire Brisset, déposèrent ckez le notaire Lefèvre
le testament ci-dessus publié, comme en fait foi l'acte suivant :
TOME IV 10
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74 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Aujourd'huy est comparu par devant les notaires dn Roy à
Paris soussignez M* Alexandre Brisset, avocat au I^irieroent,
demeurant i Paris rue Quinquanpoix, parrcMsse Saint-Niodas
des Champs, lequel en la présence de M. Claude-Jean-Batiste
Dodart, conseiller du Roy, premier médedn de Monsdgneor
le duc de Bretagne, demeurant à Versailles, de présent à Paris,
et de demoiselle Marguerite*Angélique Dodart, fille majeure,
demeurant à Paris rue des Poulies, à Thostel de Conty, parroisse
Saint-Germain de TAuxcrrois, a par ces présentes déposé pour
minute à Lefèvre, Tun des notaires soussignez, Toriginal du
testament de deffunt M* Denis Dodart, de P Accadémie RoyaQe
des sciences, médecin ordinaire*^ Son Altesse Sérénissîme
Madame la Princesse douairière de Conty, père des dit et
demoiselle Dodart, escrit en un cahier de moyen papier, dont
les quatre premiers feuillets sont entièrement escrits et unzc
lignes sur le suivant, le surplus en blanc, daté de Versailles, du
huit may dernier, de luy signé, et commençant par ces mots :
< Au nom du père, du fils et du Saint Esprit. C'est icy mon
testament de dernière volonté. Je désire estre enterré, etc. »
A la seconde page verso le second mot de la vingt-sixième
ligne est rayé, les deux pénultièmes mots de la cinquième ligne
du second feuillet reao, ainsy que le second mot de la vingt-
huitième ligne, sont rayez. Au mesme feuillet verso sont des
ratures et interlignes aprouvez en marge, à la seconde ligne du
troisième feuillet verso est un mot rayé et le mot, luy, mis en
interligne, à la vingtième ligne un mot rayé, et trois mots en
interligne au dessus, et encor le mot mon en interligne quatre
lignes au dessus, et en marge des pages il y a des renvoys para-
phez dudit deffunt. Ensuite duquel testament est une observa-
tion dudit feu sieur Dodart qu'en ouvrant son testament pour
le voir il en a déchiré le commencement des feuillets par acci-
dent; laquelle déchirure est en travers et n'endonmiage point
Tescriture.
Plus et a pareillement déposé un mémoire de livres esnoncé
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DENIS DODART 76
audit testament, pareillement escrit et signé de la main dudit
deSunt sieur Dodart, daté du neuf dudit rhois de may dernier.
Pour desdites deux pièces délivrer les expéditions nécessaires,
ledit feu sieur Dodart estant décédé le jour d'hier, par
lequel testament le sieur Brisset est nommé exécuteur testa-
mentaire conjointement avec les dit et demoiselle Dodart. Ce
fait, les dites deux pièces ont esté paraphées ne varientur par
les sieur Brisset et lesdits sieur et demoiselle Dodart et par
les notaires soussignez. Ce fut fait et passé à Paris en Testude
de Lefèvre, Tun des notaires soussignez Tan mil sept cens
sept, le sixième novembre après midy, et ont signé.
Brisset. Dodart. Dodart.
HuREL. Lefèvre.
Claude-Jean- Baptiste Dodart, qui a signé la pièce ci-dessus, avait
été reçu docteur en médecine à Paris, le i3 décembre 1688. Il fut suc-
cessivement médecin des dames de Saint-Cyr, des ducs d'Orléans, de
Bourgogne et de Beriy, et de la princesse de Conti. Il devint enfin
premier médecin du roi Louis XV, et mourut d'apoplexie en 1730.
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LOUIS XVIII
La délkite de Waterloo (i8 juin i8i5} mit fin au i^ne des Cent
Jours : Louis XVIII se disposa dès lors à rentrer en France ; le 25 juin
il arriva à Cateau-Cambrésis, et, le a8, à Gunbrai. Il ne fit son entrée
à Paris que le 8 juillet où les années alliées avaient pénétré depuis
trois jours. Les exigences des vainqueurs mirent le nouveau roi à de
rudes épreuves. Louis XVIII résista dignement aux attentats dont on
voulait le rendre complice; le ai juillet, il rédigea la déclaradon
suivante qui fait le plus grand honneur i la fermeté et au patriotisme
du Roi.
La conduite des Années Alliées réduira incessamment mon
Peuple à s'armer en masse contre elles, à l'exemple des Espa-
gnols. Plus jeune, je me mettrois à sa tête, mais si Tâge et les
infirmités ne me le permettent, au moins je ne veux pas sem-
bler conniver aux violences dont je gémis. Je suis résolu, si je
ne puis obtenir justice^ à me retirer de mon Royaume, et à
demander asyle au Roi d'Espagne. Si ceux qui, même après
la capture de Thomme auquel seul ils avoient déclaré la guerre,
continuent à traiter mes sujets en ennemis, et qui doivent par
conséquent me regarder coihme tel, veulent attenter à ma
liberté, ils en sont les maîtres ; j'aime mieux être dans une
prison qu'aux Tuilleries, témoin passif du malheur de mes
enfants.
Louis.
Ce 21 juillet i8i5.
Ce précieux document fait partie de la collection de M. Benjamin
Fillon.
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FRÉDÉRIC II
ROI DE PRUSSE
Charles VI, empereur d'Allemagne, mourut le 20 octobre 1740. La
transmission de son vaste héritage fut la cause d'une guerre euro-
péenne. Marie-Thérèse, fille aînée du défunt, fut proclamée tout
d'abord reine de Hongrie et de Bohême et héritière de tous les Etats
de son père. Mais plusieurs princes élevèrent des prétentions sur la
succession de Charles VI. Le plus sérieux de ces compétiteurs était
l'électeur de Bavière, Charles-Albert, qui fondait sa réclamation sur
le testament de l'empereur Ferdinand I»', beau-père du duc de Bavière
Albert V. Frédéric II, roi de Prusse depuis le 3i mai 1740, revendiqua
la Silésie, les armes à la main, dès la fin de cette même année. Après
la victoire de Molvitz, remportée par ce prince (10 avril 1741), la
France prit parti contre Marie-Thérèse, et le maréchal de Belle-Isle
franchit le Rhin avec quarante mille hommes ; il se rendit au camp
du roi de Prusse et auprès du roi de Saxe, et il convint avec ces deux
souverains de faire élire l'électeur de Bavière empereur par la diète de
Francfort. Ce dernier prit Passau et Linz et vint jusque sous les murs
de Vienne. Marie-Thérèse, alors, convoqua à Presbourg les Etats de
Hongrie et parvint, par sa mâle attitude, à exciter un enthousiasme
tel que les seigneurs jurèrent fidélité à leur souveraine en poussant ce
cri célèbre qui fut le salut de l'empire d'Allemagne : « Moriamur pro
rege nostro Mariâ-Theresidï » Pendant ce temps l'électeur de Ba-
vière s'emparait de Prague (26 novembre 1741); deux mois plus tard
(24 janvier 1742) il fut proclamé empereur par la diète de Francfort
et couronné peu après (12 février) dans cette ville sous le nom de
Charles VII.
Frédéric II, à cette même époque, entra en Moravie pour opérer
une diversion en faveur des Français bloqués à Linz par le maréchal
de KhevenhiiUer. Il occupa avec ses troupes les bords de la Thaya, de
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yS KEVUE DES DOCUMENTS HISIOUQUES
Zniym )usqa*à Gœdingen, petite yille sur les frontières de k Hongrie,
tandis qu'il donnait aux Saxons, ses alliés, les postes les pins Totsins de
la Bohême. Lui-même plaça son quartier général â Seelowitx, boorg
situé sur la Schwarzawa, à dix-neuf kilomètres sud de Briinn (i).
Apprenant que les Hongrois se rassemblaient sur les frontières de k
Moravie, il chargea le prince Thierry d'Anhalt de disperser ces bandes,
ce que celui-ci opéra avec le plus heureux succès. En même temps il
assiégea Briinn, se distrayant des soucis du commandement par k
culture de U poésie et par une plaisante correspondance avec Jordan ».
Il n'en veillait pas moins sur son armée; le 14 mars, les assises firent
une sortie et atuquèrent le village de Lx>sch, défendu par quatre cents
hommes : ils furent repoussés (3). Le lendemain même Frédéric II
écrivit au cardinal de Fleury k lettre suivante (4], pour l'infarmer de
sa situation présente et pour s'entendre avec le ministre français sur
les suites de k campagne.
A Selovitz ce i5 de mars 1742.
Monsieur mon Cousin, depuis notre expédition de basse
Autriche, les enemis ont jeté un secours considérable dans
Brin (5), de sorte que la guarnison composant huzards, dra-
(1) Avec U table chronologiqae des lettres do grand Frédéric, publiée i Berlin en iSSy
par Preou, hUtoriograpbe de Brandeboorg, on peut connattre Pitinéraire du roi de Pnisse.
En effet ce prince écrit de Berlin le 9 janvier 1743, d'Olmutz, le 3o ianvier, de Gro»-
Biteacfa, le 1 1 fiévrier, de Znaym, le s5 da même moit, de Porlitz, le 1 1 mara, et da qamr^a
de Seelowitz, le 17 eoivant. La lettre qne |e publie ploa loin pronve qoe Frédéric II était
déjà à Seelowiu le i5 man.
(a) Œumres de Frédéric U Grand, pnbliées par le gonvemement prusaieo, t XVI f.
(3) Frédéric U, dant sa lettre à Jordan du 17 mars 174a, raconte avec entboosiasiDe ce
beau £dt d'armes. « Jamais Spartiates, s*écrie-t-il, n'ont surpassé mes tronpes, ce qui me
donne une telle confiance en elles que je me crois dix fois ploa poissant que je n'ai cra
Têtre par le passé. Nous avons £iit, de plus, six cenu prisonniers hongrois, et nés braves
soldats, qui ne savent que vaincre on mourir, ne me font rien redouter pour ma gloire. •
{Œuvres de Frédéric le Grande publ. par le gouvernement prussien, t. XVII, page 173).
"- \\ est curieux de rapprocher de ce récit lyrique la relation plus simple que le grand
Frédéric donna plus tard du combat de Lesch dans ses Mémoires : ■ Un jour 3,ooo hommes
de la garnison de BrQnn attaquèrent le régiment de Trucbsès d jus le village de Lesch ; ce
régiment se défiendit pendant cinq heures avec une constance et une valeur admirables. Le
village fut brûlé, mais les ennemis furent chassés sans avoir remporté le moindre avantage >
(Métnoires de Frédéric le Grand, édition Bouuric et Campardon, t. L P- 144-)
(4) Collection de M. Benjamio FilloD.
(5) Brimn, autrefois ville impériale et résidence des margraves de Moravie.
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FREDERIC II 79
gons et fantassins, tout compté 1 6 mille homes, nous a presque
entièrement coupé notre comunication avec la haute Silésie.
De plus un corps de 1 2 mille Hongrois s'est avansé jusques
à Sealitz (i), vers la Morava (2), et de plus encore un autre
corps d'Hongrois de 10 mille homes est entré par la la-
blunca (3) pour me couper totalement de mes derières. Toute
ces nouvelles m'ont déterminé à investir Brin de plus près,
à détacher le prince Didier (4) avec 8 mille homes, qui a fait
à Gôdingen (5) 3oo prisonniers hongrois et qui a chassé le
maréchal Palfi (?) de Sealitz. Le Prince a ordre de continuer
sa marche par Ungarisbrod (6) à Meseritz (7), où il y a encore
un corps considérable d'Hongrois. Les quartiers, que nous
ocupons présentement, sont entre la Morava, la Taya (8) et
la Swartza (9); les Saxsons sont derrière l'Iglava (10). Un
détachement de 8 mille homes, venus de l'armée du maréchal
Kevenhulér (11), tout le corps du Prince Lobcovitz (12) et
quelque régimens de cavalerie du corps du Prince Charle de
Loraine (iS), sont en basse Autriche entre Horen, Veitho-
(I) Probablement Sedlit%, ville de BohSme.
(3} Morava, rivière des Éuts autrichiens, affinent gauche dn Danube au-dessus de
Presboorg, à Theben (Hongrie), prend sa source au Scbneeberg, près Altstadt, en Moravie.
(3) Jablunka, Jablunkau, ville des Éuts autrichiens, en Silésie, district de BrQnn.
(4) Thierry ou Didier, prince d*Anhalt, n. a août 1703, m. 1769.
(5) Gbding, en Moravie, rég. de BrQnn, district de Gaya, près d'Âusterlitz.
(6) Umgariseh'Brodj en Mora\ie, cercle d'OlmQtz, district de Hradisch.
(7) Meseritsch, en Moravie, cercle d'OlmQtz, chef-lieu du district de ce nom.
(8) Thaya, rivière des États autrichiens^ affluent de la Morawa, au-dessous de Lunden-
tmrg (Moravie).
(9) Schwar\a, rivière qui prend sa source dans le cercle dlglau, forme une partie de la
limite de la Bohème, rentre en Moravie, baigne Sticpanow et BrQnn, et se jette dans la
Thaya, à 10 kil. d'Aupitz.
(10) Igla ou ïglawa, rivière qui prend sa source en Bohème, entre en Moravie, pasae à
Iglau et se jette, près de Tracht, dans la Schwarza.
(ii)KhevenhQUer.
(la) Jean-Georges-Christian, prince de Lobkowitz, général autrichien, né en 1686, mort
le 9 oct. 1753.
(i3) Charles- Alexandre de Lorraine, fils du duc Léopold, n. à Lunéville, la déc. 1713,
commandant général de Tannée de Marie-Thérèse, gouverneur général des Pays-Bas,
m. 4 juin. 1780.
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8o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
vcn (i) et Stoquerau (2), ce qui peut composer 29 mille
homes. Les Saxsons, qui en font au plus i3 mille, et moo
corps de 16 mille, qui font 29 mille combatans, seront en étit
de les attaquer ou de les repousser, selon Tocurance.
Monsieur de Broillo (3) se voit par cette position en toute
sûreté et les régimens que vous avez fait marcher de Stras-
bourgs étant arrivez le 1 1 à Donavert (4), doivent mettre U
situation des Français hors de toute insulte.
Je vous prie instanment, monsieur, de ne rien changer aux
projet de campagne que vous m^avéz envoyé et dont nous
somes venus d'acort. L'Empereur, trop pressé pour la Bavière,
ne pense pas assez à la Bohême, qui cependant, dans cette
affaire ici, fait Tobjet principal, car je serois d'avis de raidit
le corps de Bohême plus considérable que celui de Bavière,
pour que, lorsque nous seront sur le Danube, les autres opé-
rations seront bien plus facilles.
Je vous informerai de plus de toute les dispositions que j'ai
fait pour bien remplir ma tâche le printems qui vient. Je
fais marcher le prince d'Anhalt avec 25 bataillons et 35 esca-
drons vers Tropau (5), Ratibor (6) et Fulnect (7). J'aurai id
auprès de Brin un corps de 40 bataillons et de 100 escadron
joint aux 20 battaillons Saxsons et à leur 36 escadrons, de sorte
que je suis sûr du succès de mon côté. J'espère que vous vérez
par ces arangemens que je suis fidelle à mes engagemens et
que je fais même plus qu'on ne pouvoit demander de moy,
mais je crois ausi être sûr d'un autre côté de ne point obligâ*
(1) Probablement Hom et Weit^ bourgs de U btsse Aotricbe.
(a) Stoekerûu, boorg de U btue Aatriche, tnr on bras da Danube.
(3) Broglle.
(4) Douauwàrth, Tilk de Bayière, cerde de Sonabe-Neoboirg, cbef-tten de district, s«r
U rive gaocbeda Danube et an confinent de la Womitz.
(5) TVoppav, ancienne principauté de Silésie, actueUemeot partagée entre la Prusse et
l'Autriche.
(6) Ratibor, ville de Prusse, sur la riye gauche de l'Oder.
(7) Fulntk, tille des Étau autrichiens, en Moravie, rég. d'Ohnutz, au S. de Troppan.
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FREDERIC II 8l
des ingrats et de trouver en mes alliez des Princes qui me
tiendront conte de mes eforts.
Je vais à présent vous parler sur les affaires politiques de
r Europe. A comansér par la Russie, je suis persuadé que le
présent ministère ne se soutiendra pas; vous veréz encore de
fréquentes révolutions dans cet Empire, et pour le présent je
les crois hors de toute influence dans les affaires d^ Alle-
magne (i). L'Angleterre est en si grande agitation apprésent
qu'il est difficile de prévoir quel parti prandra la nation (2).
Il me semble qu'un traité de neutrallité avec Tellecteur
d'Hanover (3), un traitté d'amityé avec l'Empereur et lui,
moyenant quoi cet EUecteur reconoitroit la Royauté de
Bohême, ferait un très bon efet, et dans ce cas les troupes
françaises pourois toutes se mettre dans le pais de Juliér,
Bergue et Liège, ce qui contiendra à coup sur les Holandais.
L'ogmentation n'est point résolue et me paroit même encor
fort éloignée. Rien qu'une bataille perdue contre la Reine
d'Hongrie pouroit faire déclarer la Holande. C'est donc sur
l'Allemagne que doivent se tourner toute nos attantions. Si
vous faites encor un effort. Monsieur, je suis sur que vous vien-
drez à bout de vos deseins ; mais il ne s'agit pas simplement
d'envoyer de bone troupes, il faut des tettes pour les conduire.
Ainsi envoyez de bons officiers généreaux et des troupes bien
complettes qui tâchent d'en venir aux mains avec l'enemy, s'il
se peut, le lendemain de leur arrivéd, et je vous garantis que
le tableau deviendra bientôt plus rian qu'il n'est actuellement.
L'on pouroit encore ménager adroitemens à Francfort une
négotiation avec les princes de l'Empire, pour que l'Empire
(1) Elisabeth Petrowna, fille de Pierre le Grand, avait été, le 6 décembre 1741. proclamée
impératrice de Russie à la place du jeune Ivan VI. Elle régna jusqu'à sa mort, arrivée le
5 janvier 1763.
(3) Georges n régnait en Angleterre depuis 1737. 11 soutenait les droits de Marie-
Thérèse à la succession de son père Charles VI, mais l'opinion publique était contraire à la
guerre.
(3) Le roi d'Angleterre était en m€me temps électeur de Hanovre.
TOME rv II
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82 REVUE DBS DOCUMENTS HISTOIIQUES
dédarc la guerre i la Reine d'Hongrie et qu'on la mette as
ban de T Empire.
Il n'y a offires et propositions que la Reine d'Hcwigrie ne
m'a faites pour me s^arer de l'allicnce, mais le tout est pense
perdue^ et vous voyez, par les efforts que je fais, le peu d'efa
qu'ont eu toutes ces négotiations. Il ne s'agit apprésent que
d'agir cordiallement ensemble, et de point prêter Forcille am
meffiences que l'enemy nous veut inspirer mutuellement Tout
l'orgueil de la Reine d'Hongrie c'est fondé apréscnt sur ses
succès d'Autriche et sur une some de 900,000 florins qu'elle
a reseu d'Angleterre par Nurenbcrg, ce qui fait que nous
allons être inondez d'Hongrois et de l'engence la plus mao-
dite que Dieu ait créé.
Je vous prie, Monsieur, de ne point douter de l'estime
entière et inviolable avec laquelle je suis i jamais,
Monsieur mon cousin,
Votre très fidelle et inviolable ami,
Federic
La campagne dura peu. Frédéric II resta dans son quartier de See-
lovitz jusqu'au 3 avril. Le 17 mai suivant il fut atuqué prés de CrasUu
par le prince Charles de Lorraine, mais il obtint la victoire. Aussitôt
rimpératrice Marie-Thérèse offrit a son heureux adversaire la cession
de la Silésie, et elle obtint ainsi la paix, qui fiit signée a Berlin
le 28 juillet 1742. Frédéric II avait laissé de côté les Français, sesailiés,
qu'il soupçonnait de négocier de leur côté avec TAutriche. Il avait, d'ail-
leurs, peu de confiance dans le cardinal de Fleury, qu'il jugeait en ces
termes, peu flatteurs pour un homme d'État : « Le cardinal, plus pâte.
lin que ferme, n'avait pas un caractère assez mâle pour prendre des
partis décisifs ; il croyait ne rien donner au hazard en tenant les choses
en suspens... Ces tempéraments et cette conduite mitigée ont sou-
vent nui aux intérèu de la France (i). »
•
(1) Uimoiret, p. 139.
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ALIENOR DE GUYENNE
Alienor de Guyenne, née en 1 122, était fille de Guillaume IX, der-
nier duc de Guyenne. Mariée le 2 août iiSy, dans l'église Saint-
André de Bordeaux, au roi de France Louis VII, elle accompagna
celui-ci à la deuxième croisade. Au retour, soit qu'elle fût mécon*
tente d'un mari dont l'humeur jalouse et les mœurs austères con-
trastaient* si fort avec le caractère vif et léger et les goûts artis-
tiques de l'héritière de Guyenne, soit qu'elle eût donné à Louis VII
de justes sujets de reproche, le divorce fut demandé par les deux époux
et accordé par le concile de Beaugency, sous le prétexte de parenté,
le 18 mars 11 52. Ce divorce, qui enlevait à notre pays de si beaux
domaines, fut le point de départ de luttes séculaires entre la France et
l'Angleterre. Éléonore, redevenue libre, épousa Henri Plantagenet,
comte d'Anjou et duc de Normandie, qui devint, en i x55, roi d'Angle-
terre sous le nom de Henri II. On sait combien elle eut à souffrir,
cette fois, des infidélités de son second mari, tellement qu^elle excita
ses fils contre leur père, qui lui fit expier cette révolte par onze ans de
captivité (i lyS-i 184). Henri II mourut en 1 189, laissant le trône à son
fils Richard-Cœur-de-lion. Ce dernier, partant pour la croisade, confia
la régence à sa mère. Peu après le retour de Richard, Alienor de
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84 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Guyenne se retira à Tabbaye de Fontevrault, dont elle fat la bienfai-
trice. C'est là que reposait son second mari; c'est là encore qu'elle
vit inhumer son fils Richard, mort d'une blessure reçue au si^ de
Chalus (16 avril 1 199), et qui eut pour successeur son frère Jean Sans-
terre. C'est dans cette même abbaye de Fontevrault que la reine Alie-
nor fit écnre, le 6 octobre 1200, la charte dont voici Je texte :
Alyenor, Dei gratia Regina Anglie, Ducissa Nonnannie et
Aquitanie, G>mitissa Andegavensis, dilectis suis prepositis,
ballivis, justiciariis et aliis fidelibus suis, et omnibus presentem
cartam inspeauris vel audituris, salutem in Domino perpe-
tuam. Universitati vestre notum fieri volumus nos,respectum
habentes ad multa gravamina, que per karissimum filium
nostrum Richardum, quondam regem Anglie, monasterio
sancti Maxentii cognovimus irrogata, ob salutem anime nostre
et parentum nostrorum et predicti filii nostri et successorum
nostrorum, de consensu etiam et voluntate Johannis, régis An-
glie, filii nostri, ad instanciam et peticionem dilecti in Christô
Mauricii, Pictaviensis episcopi, abbatem et monachos sancti
Maxentii, de procuratione quam nobis faciebant apud sanctum
. V «t i î ^ ^ ' I ^ Maxentium penituiQiii|^MllaftQamallH in perpetuum liberos
rh -xwC^r')^ et immunes, tali modo quod abbas et tratres dicti monasterii
nec nobis, nec successoribus nostris, seu bailivis nostris, nec
aliquibus ex nostris procurationem aliquamde cetero reddere
tenebuntur. Dedimus etiam abbati et fratribus supradictis
omnia servitia, que nobis faciebant forestarii de nemore de
Savra, salvo tantum et retento exercitu nostro et expedicione.
Verumptamen abbas et fratres, pro salute anime nostre
antecessonim successorumque nostrorum, qualibet die per-
petuîs temporibus très pauperes in refectorio pascere tene-
buntur, et duas missas in remedio peccatorum nostrorum ni-
chilominus celebrare. Si quis autem, quod absit, huic nostre
donation! et helemosine tam pie facte, contradicere pre-
sumpserit, ejus conatus et mala voluntas non prevaleat et per
censuramecclesiasticam arceatur. Teste me ipsa, apud Fontem
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AUENOR DE OUTENNE 85
Ebraudi sexta die octobris, regni filii nostri Johannis supra*
dicti anno secundo.
Voici l'analyse de ce précieux document, qui appartient a M. B. Fillon
et que j'ai fait reproduire par M. P. Dujardin.
Alienor, reine d'Angleterre, duchesse de Normandie et d'Aquitaine,
comtesse d'Anjou, fait savoir à tous présents et à venir que, eu égard à
certains dommages causés au monastère de Saint- Maixent par son fils
Richard, défunt roi d'Angleterre, et à cause du salut de son ftme et de
celles de ses parents, de son fils susdit et de ses successeurs, du con-
sentement de son fils Jean, roi d'Angleterre, et à la demande de Mau-
rice, évéque de Poitiers (i), elle a déchargé Tabbé et les religieux de
Saint-Maixent des services auxquels ils étaient tenus envers elle, et leur
a donné les services que les forestiers du bois de Sèvre lui devaient.
En revanche, lesdits abbé et religieux seront tenus, pour le salut de
l'âme de la reine et de celles de ses prédécesseurs et successeurs, de
nourrir tous les jours trois pauvres dans le réfectoire et de célébrer
quotidiennement deux messes pour la rémission de ses péchés.
Fait en sa présence, à Fontevrault, le 6 octobre de la seconde année
du règne de son susdit fils Jean (2).
Alienor de Guyenne mourut, le 3x mars 1204, à Tâge de quatre-vingu
ans.
(i) Mftorice de Blason, é?êqae de Poitiert, de 1198 à 1314.
(a) I300.
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JEAN-BAPTISTE PIGALLE
Le as juin 1754, mourut, à Paris, le peintre Fierre^Jacques Gazes, i
l'ftgedesoixante^x-neuf ans(i). Il était alors chancelier de l'Académie
de peinture et de sculpture. Il avait été admis à l'Académie le 28 juil-
let 1703 (2), sur la présentation d'un tableau représentant le combat
d^Herculeet d'AcheloQs, et arait passé par tous les grades : adjoint à
professeur (28 septembre 171 5), professeur (3o avril 1718), adjoint à
recteur {2 juillet 1737), recteur (6 juillet 1743), directeur (28 mars 1744),
et, enfin, chancelier (26 mars 1746). Cette dernière fonction était a
vie (3). Gazes jouissait d'une pension : aussitôt le marquis de Mari-
gny, surintendant des bâtiments (4), fut sollicité par les artistes qui
croyaient avoir droit à cette pension vacante. Parmi les compétiteurs
étaient le sculpteur Jean- Baptiste Pigalle et le peintre Jean-Marc
Nattier. Ce dernier avait soixante-neuf ans (5), et, depuis le 29 oc-
tobre 17 18, il appartenait à T Académie. Pigalle, au contraire, n'avait
que quarante ans (6), et il ne faisait partie de l'Académie que depuis
le 3o juillet 1744. Mais tous deux avaient été nommés professeurs le
même jour (29 mai 1752) (7]. La lettre de Nattier au marquis de Mari-
gny a été publiée dans les Archives de TArt français (8); voici mainte-
nant celle de Pigalle, qui m*a été communiquée p>ar M. Alfred Sensier.
Elles ont été, l'une et l'autre, écrites le 27 juin 1754.
(1) Son acte de décèt a tLi pablié par Jal.
(3) Cases avait obteoa le a* prix de peintart, en 1698, et le i« raanée tahante.
Arckipis d€ tArt firamçûiSy Doeuwtemts, t. V, p. a83). —Le portrait de Gazes fat le
morceaa de réception dn peintre Aved (37 novembre 1734). Il fat graTé par Jacqoet-
Philippe Lebas (39 janvier 1743). H est consenré à TÉcole des beaux-arts. — {Archives
de VArt françait, t. II, p. 358 et 375.)
(3| Archives de F Art français^ Documents* t. I.
U) Depuis le a décembre 1747 TAcadémie de peintore et de scnlptore ent poor pro-
ectear immédiat, le Roi, qui commnniqoait avec elle par fintermédiaireda surintendant
de ses Jbâtiments. Le marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadonr, occupait
cette fonction depuis novembre 1751.
(5) Jean-Marc Nattier, né à Paris le 17 mars i685.
(6) Jean-Baptiste Pigalle, né à Paris le a6 janvier 17 14. Son acte de baptême a été
pablié dans les Archives de VArt français, t. VI, p. io5.
(7) Archives de VArt françûis, t. I.
(8) T. IV, p. 77.
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JEAN-BAPTISTE PIGALLE 87
A Paris, ce 27 juin 1754.
Monsîeur,
Voicy une pension vacante par le déced de M. Gaze, notre
ancien directeur. Croyant avoir eu le bonheur de réussir
dans la figure du Roy (i), ne seroit-ce pas une occasion pour
me flater de mériter cette pension ? Tous ceux qui ont été
chargés des figures de Roy ont été honorés de pareilles
récompenses, indépendament du prix de leur travail. M. le
Moine (2), en particulier, jouit d'une pension de 800 livres
sur la cassette, outre le présent considérable que lui a fait la
ville de Bordeaux. Vous sçavez. Monsieur, le besoin que j'en
ai, et que toutes les bontés que vous avez eiies pour moy
n'ont fait qu'augmenter mon ardeur pour tâcher d'en mériter
la continuation.
Je suis avec un très-profond respect. Monsieur,
Vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
Jean-Marc Nattier n'eut sans doute pas la pension ; vieux, pauvre et
malade, il tomba en enfance et mourut le 7 septembre 1766, chez son
gendre le peintre Challe, qui Tavait recueilli (3). Pigalle eut une plus
heureuse fortune : il continua à exercer son art, et les honneurs ne lui
firent point défaut. Adjoint à recteur le 7 juillet 1770, recteur le
27 septembre 1 777, il devint chancelier de l'Académie de peinture le
8 janvier 1785. Il mourut, le 21 août suivant, à Paris, rue Saint-Lazare.
Son acte de décès (4) expose toutes les qualités du défunt, à savoir :
c Ecuyer, sculpteur du Roy, chevalier de Tordre de Saint-Michel, chan-
celier de son Académie royale de peinture et de sculpture, l'un de
ses quatre recteurs, membre de l'Académie royale des sciences et
belles-lettres de Rouen, citoyen de la ville de Strasbourg. »
(i) PigalIe avait exécuté la sutue de Louis XV pour le monument élevé sur une des
places de Reims en l'honneur de ce prince.
(2) Jean-Baptiste Lemoyne, auteur de la statue équestre de Louis XV érigée à Bordeaux.
(3) Abecedario de Mariette, t. FV, p. 49.
(4J Archivet de t^ Art français, t. VI, p. iio.
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LETTRE D'UNE JEUNE NANTAISE
A ROBESPIERRE
Le célèbre discours sur les rapports des idées religieuses et mo-
rales avec les principes républicains, prononcé par Robespierre le
7 mai 1794, marqua l'apogée de la popularité du dictateur. L'enthou-
siasme fut prodigieux; dans les adresses on prodigua les termes les {dus
flatteurs. Des femmes, follement éprises du héros du jour, lui adressèrent
les épîtres les plus biiarrcs. Courtois en a publié plusieurs, mais il en
a omis une, qui peut compter parmi les plus extraordinaires. Cette
pièce, signalée déjà par mon père dans son Catalogue de documemu
autographes sur la Réyolution Française (i) y émane d'une veuve Jakin,
domiciliée â Nantes, âgée de vingt-deux ans et riche de quarante
mille francs de rente, qui ofiEre à Robespierre son cœur et sa
main. (a).
Ce i3 prairial Fan 2- (3).
Mon cher Robespierre,
Depuis le commencement de la révolution je suis amou-
reuse de toi, mais j^étais enchaînée et j^ai su vincre ma pas-
sion. Aujourd'hui que je suis libre, parce que j'ai perdu mon
mari dans la guère de la Vendée, je veux, en face de l'Être
suprême, t'en faire la déclaration.
Je me flatte, mon cher Robespierre, que tu sera sensible à
Faveu que je te fais. Il en coûte à une femme de faire un td
(i) PtrU, t86a, in-S.
(3| M. Htmel cite cette lettre dtns 80q Histoire de Robespierre, t ni, p. 534.
(3) i*r juin 1794.
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LETTRE A ROBESPIERRE 89
aveu, mais le papier soufre tout et on rougi moins de loin
qu'en face Tun de l'autre. Tu es ma divinité suprême et je
n'en connais d'autres sur la terre que toi : je te regarde
comme mon ange tutellaire et ne veux vivre que sou tes lois ;
elles sont si douces que je te fais le serment, si tu es aussi libre
que moi, ^e m'unir avec toi pour la vie. Je t'offre pour dot les
vrais qualités d'une bonne républicaine, 40,000 francs de
rente et être une jeune veuve de 22 ans. Si cette offre te con-
vient, répond moi, je t'en suplie. Mon adresse est à la veuve
Jakin, poste restante, à Nantes. Si je te prie de me l'adresser
poste restante, c'est que je crains que ma mère ne me gronde
de mon étourderie. Si je suis assez heureuse pour obtenir de toi
une réponse favorable, je m'enpresserai de lui montrer. Pour
lors plus de mistère. Adieu, mon bien aimé. Songe à la petite
Nantaise et à cette malheureuse cité qui est bien affligé
par le fléau de la guerre. Comme ton mérite te donne beau-
coup d'influence dans l'assemblée, fais donc tes efforts pour
nous délivrer de la misère où nous sommes. Je ne parle pas
pour moi, mais pour tous les braves sans-culottes et bons
citoyens. Répond moi, je t'en suplie, si non je me rendrai
importune dans mes écrits. Adieu encore une fois. Songe à
rinfortunée qui ne vit que pour toi.
Ne mest point le cachet de la Convention. Écris moi comme
un simple particulier.
Cette curieuse pièce appartient actuellement à M. Benjamin Fillon,
qui a réuni un dossier très-important sur Robespierre.
TOME IV 12
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JEAN-MARTIN DE LAUBARDEMONT
LES POSSÉDÉES DE LOUDUN
J*ai déjà eu Toccasion de parler de la sorcellerie (i) : c'est là un sujet
qui éveille la curiosité publique, mais qui ne peut être élucidé que par
des médecins. La science moderne, en eHet, croit peu au merveilleux,
et \k où jadis on voyait sorcellerie et possession du diable, elle nous
montre une épidémie d^hystéro-démonopathie. Il ne m'appartient pas
d'étudier la sorcellerie au point de vue scientifique. Je me borne a
publier les documents qui passent en mes mains : or j'ai en ce moment
sous les yeux une lettre de Jean-Martin de Laubardemont, dans
laquelle il instruit le cardinal de Richelieu de l'état des religieuses de
Loudun, possédées par le démon. Cette affaire de Loudun est l'une des
plus graves qui se soient produites dans l'histoire de la sorcellerie. Le
couvent d'Ursulines, qui en fut le théâtre, fondé en 1626 à Loudun, en
Poitou, par Madame Jeanne de Belciel, fille du baron de Cose, en
religion sœur Jeanne des Anges, obtint rapidement un grand renom :
les bourgeois tinrent à honneur de confier l'éducation de leurs filles à
ces religieuses. Vers cette époque, un jeune prêtre, originaire du dio-
cèse du Mans, occupait, à Loudun, la cure de Saint-Pierre du Marché.
Il avait nom Urbain Grandier et était doué d'une beauté et d'une
grâce que rehaussait encore une éloquence native. Trop pénétré de
sa supériorité sur ses confrères, il la leur faisait trop sentir. Dominé
par un orgueil absolu et par un esprit porté à la satire, il eut l'impru-
dence de s'attaquer aux privilèges des Carmes, dont il s'attira ainsi
l'inimitié. D'autre part, ses mœurs n'éuient pas assez sévères, et sa
conduite envers les femmes assez réservée. Or rien n'échappe, dans les
petites villes, â la perspicacité de ceruines gens qui font métier d'cs-
(I) Revue des Documents historijues, t. ÏÏI.
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JEAN-MARTIN DE LAUBARDEMONT 9I
pîonner leurs semblables : les ennemis de Grandier ne cherchèrent dès
lors qu'une occasion pour se venger de lui ; elle ne tarda pas à se pré-
senter. La supérieure du couvent des Ursulines, femme d'un esprit
ardent, fut atteinte d'hallucinations : elle demanda conseil à son con-
fesseur, qui vit dans ces symptômes l'intervention de l'esprit malin et
exorcisa la pénitente. Le résultat de l'exorcisme fut que plusieurs
autres religieuses furent atteintes du même mal. Comme, dans le
silence et l'isolement du cloître, elles avaient entendu vaguement par-
ler des charmes et de l'éloquence du beau curé de Saint- Pierre du
Marché, elles pensaient à lui, tellement qu'interrogées par l'exorciste,
elles accusèrent Grandier de les avoir ensorcelées. Une plainte portée
contre celui-ci amena son interdiction par l'évéque de Poitiers
(3 janv. 1629), mais l'archevêque de Bordeaux, Sourdis, rendit en
faveur du curé une sentence d'absolution le 22 novembre i63i et
menaça la supérieure du séquestre. Les convulsions cessèrent alors;
mais, sur ces entrefaites, Jean-Martin de Laubardemont, intendant des
provinces du Maine, d'Anjou et de Touraine, vint à Loudun, pour faire
abattre le château et la forteresse, qui pouvaient servir d'asile et de
place forte aux protestants. Parent de Madame de Belciel, il apprit les
singuliers événements dont le couvent avait été le théâtre et fut témoin
des convulsions de la supérieure. Aussitôt il prit en main l'affaire, s'en-
quit de ce curé, qu'on désignait comme sorcier, apprit qu'on le soup-
çonnait d'être l'auteur d'un pamphlet dont le cardinal de Richelieu
avait été fort blessé (i), et partit pour Paris. Il sut intéresser à sa
cause son illustre patron, et il obtint des pouvoirs illimités. De retour à
Loudun il fît arrêter Urbain Grandier (7 décembre i633), dont le pro-
cès fut instruit aussitôt et se termina par une condamnation au
bûcher (2). Grandier fut brûlç le 18 août 1634; mais cette mort tra-
gique ne marqua pas la cessation de la possession des religieuses. Ren-
dues plus furieuses encore par les exorcismes pratiqués sur elles par
les Pères Lactance et Tranquille, ces malheureuses filles se roulaient
dans des convulsions épouvantables. Chacune d'elles était hantée par
(i) Lettre de la cordonnière de Louduji à M. Barradat.
(a) M. le docteur Gabriel Légué a étudié, dans la thèse qu'il a soutenue en 18741 1&
possession de Loudun. L'examen scientifique des pièces du procès de Grandier et des
procès-verbaux des convulsions des religieuses et des exorcismes pratiqués sur elles, lui
a permis de reconnaître tous les symptômes d'une épidémie d'hystéro-démonopathie, sem-
blable à celle qui, récemment, éclata dans un village de Savoie, appelé Morzine. Je me
. suis amplement servi de la savante étude que M. Légué a publiée sous ce titre : Documenta
pour servir à V histoire médicale des possédées de Loudun; Paris, Delahaye, 1874, in-8.
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92 REVUE DES DOCCMENTS HISTORIQUES
plusiean démons, qui avaient des noms bixarres. La sopéneore, à cUe
seule, en avait sept, dont trois, Asmodée des Throsnes, Aman des
Puissances et Grezil des Throsnes, furent chanés le samedi ao mai
1634. c Les quatre autres, dit Pilet de la Mesnardière [i), sont Le-
viatan des Séraphins, qui a sa résidence an milieu du front et a pfro-
mis pour signe d*y faire une croix de sang, Behemoth des Thrt)sae&,
qui a sa résidence en Tcstomach, et a promis par signe d'enlever la fiUe
de deux pieds de haut, Balaam des Dominations, qui a sa résidence à
la seconde costc du costé droict, et pour signe doit escrire sur la main
gauche de la fille son nom qui y doit demeurer toute sa vie, Isaacaroa
des Puissances a sa résidence sous la dernière coste du costé droit, et
pour signe a promis fendre le gros doigt de la main gauche, antanx
qu'en emporte l'ongle des deux costés. > Le démon Leviatan sortit le
lundi 3 novembre i635 devant le Père Jean-Joseph SuHn (a^ et
Balaam fut chassé le 29 du même mois (3). La maladie arriva i gagner
les exorcistes eux-mêmes : le père Lactance mourut à la peine. Le
père Tranquille prédicateur capucin, justement renommé pour son
éloquence, et qui s'était voué particulièrement à la délivrance des
Ursulines de Loudun, fut lui-même attaqué du mal qu'il voulait gué-
rir (4). Laubardemont, seul, ne donnait pas de prise à Tesprit malin. Il
continuait à instruire le cardinal de Richelieu des phases de cette mé-
(i) Hippolyte-Jatet Pilet de la Mesoardtère était médecioet natif de Loodon. Soo litre,
où il combat son oollègue Duocan qui traitait de folies les coBTuhioQS des relîgieoscS} a pow
titre : La Uemonomanie dt Lodvn, Qvi montre la véritable possessiom ée$ rtUgieues
vrsvlinet, et avtre< sccvlièret. Avec la liste des religievses et secvlières possédées,
obsédées et malejiciécs, le nom de leurs Démons, le lieu de leur résidence^ et signe de
leur sortie A la Flèche, che; George Griveav, Imprimeur du Roy. ài.DC.XXXTV.
In -13, de 6\ page^. I^ Mesnardière devint, à cause de cet ouvrage, médecîa ordinaire
du cardinal de Richelieu, mais il abaodoaoa biettât sa professioOf se \im à U poésie et
fut reçu À l'Académie française en i635.
(a) Leltrj escrite à Monseigneur l'evesque de Poictiers par un des Pères Jesuistes qui
exorcisent à Ijoudun^ contenant un brie/ récit de la sortie de Leviatan^ chef de cin-
quante Démons, qui possèdent tant les filles Religieuses que Séculières; Paris, Jets
Martin, i635, in- 12.
(3) Relation Je la sortie du démon Balam du corps de la Mère Prieure, des Urselines
Je Loudun j et ses es i^ouve niables mouvemens et contorsions en l'Exorcisme; Paris,
Jean Martin, i633. in- 12.
4) Le Père Tranquille avait eu soin de donner une relation du procès d'Urbain Gran-
dieret de la possession des Lrsulines dans l'ouvrage suivant: Véritable relation des
justes proceJui es observées au faict de la possession des Ursulines de Loudun et an
proce\ d'Urbain GranJier. avec les thèses générales touchant les diables exorcise^ par
le R. P. Tranquille^ Capucin, Iji Flèche, George Griveau, 1634, in-ia.
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JEAN-MARTIN DE LAUBARDEMONT gS
morable affaire. Le i8 février i636 il demanda l'autorisation de con-
duire la supérieure au tombeau du bienheureux François de Sales et
manda en même temps à son maître la mésaventure du Père Tran-
quille (i).
Monseigneur,
Les pères exorcistes, que vostre Eminence a miz icy
danz ce sainct anploy, font touzjours grande instance pour
avoir Tordre et permission de conduyre la supérieure des
Ursulines au lieu de la sépulture du bienheureuz Monsieur
de Sales. Hz croyent. Monseigneur, que le. démon, qui reste
seul danz son corps (2), est ordonné de Dieu pour estre chassé
en ce lieu là, et dizent qu'ilz en ont des lumières suflfizantes. Je
les ay priez de présenter sur ce subject leur requeste à vostre
Eminence, ainsy qu'ilz font par les lettres que je luy envoyé
cy joinctes. Je fairay en sorte, en attendant l'honneur de vos
commendementz, qu'ilz continuent leurs exorcismes avec leur
ferveur accoustumée, pour essayer de faire sortir cet esprit
maling et touz ses compaignonz à Loudun, comme si jamais
il n'avoit esté parlé de ce voyage. Ces bonz pères sont danz
une saincte union et parfecte charité. Le Père Tranquille,
capucin, l'un d'eus, à qui Dieu a donné une très grande force
d'esprit et de corps, souffre maintenant les mçsmes vexationz
que ces pauvres filles. Son corps est agité sanz aucune dou-
leur d'une fasson du tout prodigieuze. Je n'ay. Monseigneur,
rien veû en toute ceste affaire qui m'ait donné tant d'estonne-
ment que l'accident arrivé à ce bon religieuz, lequel en tire de
grandz profficz et advantages pour le bien de son ame. J'es-
père, Monseigneur, que Dieu verssera si libérallement sa bé-
nédiction sur ce travail que le soing que vostre Eminence en
veiit prandre sera récompancé de toutes sortes de grâces. C'est
ce que ces bonnes filles et ceuz qui les assistent luy deman-
(i) Collection de M. Benjamin Fillon.
(2) Le démon Behemoth, qui ne fut chassé qoe le iS août 1637.
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04 lEVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
dent touz les jours avec beaucoup de dévotion. J'excite aussy
selon mon debvoir et seconde en cella leur zelle et très juste
recognoissance. Je ne sçaurois. Monseigneur, par aucune
parolle tesmoignerà vostre Eminence celle que j'ay des bicnz
et faveurs qu'elle me despard i toutes occaûonz, ny l'en dî*
gnement remercier. Je puis seuUement dire en vérité que je
suis et seray toute ma vie avec une inviolable et très fidelle
affection,
Monseigneur,
A Loudun ce xviii* febvrier i636.
A Monseigneur, Monseigneur TEminentissime cardinal
duc de Richelieu.
La possession se prolongea jusqu^en i638 (i). Cette même année, le
Père Tranquille, rainé par la maladie, succomba (3i mai i638). On
inscrivit sur sa tombe cette singulière épitaphe :
< Cy gît l'humble Père Tranquille de Saint-Remi, prédicateur capu-
cin. Les damons ne pouvant plus supporter son courage en son emploi
d'Exorciste Tont fait mourir par leurs vexations, à ce portez par les
Magiciens. Le dernier de mai i638 (2). t
(i) M. le D' Legaé, dont f'ti cité plos haut le corieax trtTail, va p«bikr iiae I
détaillée du procès d'Urbain Grandier et de la possession de Loudon. D adéconTert nombre
de procès-TerlMux originaux qui permettront d'apprécier plus sainement cette trop fameiwr
alEiire. D reproduira aussi plusieurs lettres de Laubardemont au cardinal de Ricbelieaf et
terminera son ouvrage par la publication du traité d'Urbain Grandier contre le célibat des
prêtres.
(3) Histoire des diables de £xmdun, ou delà possession des Religieuses Orsuliues, et
de la condamnation et du suplice d'Urbain Grandier, Curé de la mêwte n//e (par Aubin)
Amsterdam, 1716, in-i3. p. 347.
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BARÈRE, BILLAUD-VARENNE
& ROBESPIERRE
Lettre au citoyen Lerebours, commissaire des secours publics.
Rédigée et écrite par Barère, elle a été signée par Billaud-Varenne et
par Robespierre lui-même, qui affirma ainsi Timportance qu'il atta-
chait aux recommandations faites à Lerebours. Il s'agissait, en effet,
d'un sujet des plus graves au point de vue humanitaire, des améliora-
tions à apporter dans le transport des volontaires blessés. Ce Lerebours
était capitaine de la garde nationale de Pontarlier, président de la So-
ciété des Amis de la liberté de cette ville et procureur-syndic du dépar-
tement, lorsqu'il fut mandé par dépêche au Comité de salut public et
nommé par Robespierre commissaire des secours publics (avril 1794] (i ).
Sans cesse en rapports avec ce dernier, il lui resta fidèle au 9 thermidor
et prit une part active à la résistance de la Commune. Il fut le seul des
membres du Comité d'exécution qui parvînt à échapper à Pécha-,
faud {2).
La pièce suivante, dans laquelle on reconnaîtra le style véhément et
emphatique de Barère, est conservée en tète du premier volume des
Papiers inédits de Robespierre^ illustré par les soins de mon père.
Le 25 prairial an 2 rép. (3).
Barère aurait désiré travailler avec Lerebours sur les affaires
urgentes des hôpitaux.
Les volontaires sont transférés au milieu de la chaleur sur
(1) Histoire de Robespierre par Ernest Hamel, t. HI, p. 494.
(2) W., p. 787.
(3) i3 juin 1794.
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9b REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
des charrettes découvertes. Leurs playes s'aigrissent et s^'cd-
veniment. Leurs douleurs dans les translations sont pires
que la mort.
Les officiers de santé sont immoraux et contrerévolo-
tionnaires. Il fdut les surveiller. Leur administration te
regarde.
Fais exécuter demain Tarrêté relatif aux fumiers agglo-
mérés autour des hospices. Les volontaires blessés méritent
les égards du Comité et les soins de la Commission des secours
publics.
Activité et surveillance : autrement les abus vont tout cou-
vrir et tu ne pourras plus les détruire.
Je t'écris afin que tu fasses placer aux Incurables le dtoj'cn
Dancour, homme de lettres, auteur de plusieurs ouvrages
dramatiques connus, et âgé de 76 ans. C'est un acte d'hu-
manité et de justice. Il faut y ajouter des secours pour son
vêtement. Il est dans le plus extrême besoin.
Salut et fraternité,
Billaud-Varenne B. BarIre
Robespierre.
L^auteur dramatique Dancourt, dont Barère demandait, comme acte
d'humanité et de justice, l'admission aux Incurables, avait joué long-
temps la comédie en province et composé un grand nombre de pièces,
dont plusieurs avaient obtenu le plus heureux succès. Ce Dancoort
avait aussi, en 1759, réfuté avec esprit la fameuse lettre de J.-J. Rous-
seau contre les spectacles (1). Tant de travaux ne lui avaient point
acquis la fortime : il fut, sur Tordre du Comité de salut public, admis
aux Incurables, où il mourut le 29 juillet 1801 (a).
(i) La brocfanre arait pour titre : £»-/?. Daucourt, arleqmiM dt Bertin, à J.-J. Roms-
Seau, citoyen de Genève.
(a) France littéraire de Qu^rard.
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LE CARDINAL JEAN BALUE
Dispense de manger des œufs et du laitage pendant le Carême, ac-
cordée, le 26 février 1468 (n. s.), par le cardinal Balue, évèque d'Angers,
ministre de Louis XI, au bon roi René, duc d'Anjou.
Johannes, miseratione divina titulo sancte Suzanne sacro-
sancte ecclesie Romane presbyter cardinalis, Andegavensis
episcopus vulgariter nuncupatus, illustrissime atque dilec-
tissimo nobis in Christo domino Renato, régi Jherusalem,
Sicilie et Aragonensi, ducique Andegavie, salutem in Domino.
Sepe magnatibus, quorum labore et sollicitudine tota patria
et respublica gubernatur, nonnuUa conceduntur, que ceteris
personis nullathenus veniunt concedenda, maxime cum ea
corporis sanitatem et incolumitatem concernunt. Cum igitur
ex parte vestra nobis fuerit humiliter supplicatum quatenus,
pro vestri corporis sanitate et pro evitandis morbis, qui ob
nimiam abstinenciam plerumque contingere soient, vobis
licenciam concedendi lacticinia et ova tempore quadragesi-
mali favorabiliter concedere dignaremur, nos igitur, suppli-
cationibus vestris inclinati, vobis et ceteris personis de
familia vestra, que vobis cibaria pregustare consueverunt, de
speciali gracia concedimus pro hujusmodi vestri corporis
sanitate conservanda quatenus tempore quadragesimali pre-
dicto lacticinia quecumque et ova, dum et quociens vobis
expedire videbitur, comçdere possitis et valeatis, non obstan-
tibus statutis, ordinationibus et constitutionibus in contrarium
editis quibuscumque, super quibus dispensamus et ex causa
presentibus quamdiu vixeritis in suo robore duraturis. Datum
Turonis sub sigillo vicariatus nostre ecclesie Andegavensis
die XXVP* mensis februarii, anno Incarnationis dominice
TOME IV i3
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98 REVUE DES DOCUMENTS HISTOIIQUES
millesimo quadringentesimo «ezagesùno sqmmo, pontifimtm
sanctissimi in Christo patris et domini nostri domini Pisuli,
divina providentia pape secundi, anno quarto.
Per dominum cardinalem,
HUNAUD.
Jein, par la miséricorde divine cardinal prêtre de la très-sainte
Église romaine au titre de Sainte-Suzanne, vulgairement appelé érêque
d'Angers, à notre très-illustre et très-cher en Jésus-Christ René, roi de
Jérusalem, de Sicile et d'Aragon, et duc d^Anjou, salut ààns le
Seigneur. Souvent on accorde aux grands personnages, qui, p^r tenr tra-
vail et leur sollicitude, gouvernent toute la patrie et la chose publique,
des choses qu'on ne concède nullement aux autres personnes, surtout
quand il s'agit de la santé et de la conservation du corps. Or, comme
de votre part on nous a humblement supplié de vous accorder, pour
la santé de votre corps et pour éviter les maladies qui ont coutume
d'arriver souvent i cause d une trop grande abstinence, la permissioD
d'user de laitage et d'œu£i, pendant le temps du carême, nous, défé-
rant à votre demande, nous accordons de notre grâce spéciale, à tous
et à toutes personnes de votre famille, qui ont coutume de manger avec
vous, et ce, en considération de la santé de votre corps, la licence de
manger, dans le temps du carême susdit, tous laitages et œufs, autant
qu'il vous paraîtra nécessaire, nonobstant quelconques statuts, ordon*
nances et constitutions à ce contraires, desqueb nous vous dispen-
sons par les présentes qui dureront unt que vous vivrez. Donné à
Tours sous le sceau du vicariat de notre église d'Angers, le 26* jour do
mois de février, Tan de Tlncamation mille quatre cent soixante sept,
la quatrième année du pontificat du très-Saint-Père en Jésus-Christ
et notre seigneur, le seigneur Paul, par la divine providence Pape,
second du nom.
Cette curieuse pièce fait partie de la collection de M. fienjamm
Fillon.
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LE CARDINAL DE RICHELIEU
Lettre autographe signée du cardinal de Richelieu, à la reine Marie
de Mëdicis, où il Tinforme, au nom de Louis XIII, de la tentative des
Anglais pour secourir la Rochelle. La rareté des autographes du
cardinal de Richelieu m'a induit à faire reproduire celui-ci, qui appar*
tient à M. Benjamin Fillon.
Madame,
Le Roy advertist Vostre Majesté de la venue des Anglois
qui ont soixante vaisseaux de guerre et quatre vingt de
vivres ou bruieaux. Je la puis assurer qu'avec Tayde de Dieu
et le bon ordre que sa Majesté a donné à toutes choses, ils
n'auront pas meilleur succès de ce voyage qu'ils ont eu des
deux premiers. Ils auront le contantement de voir prendre
la Rochelle sans la pouvoir secourir, et le Roy la gloire
d'estre venu à ses fins en despit de ses ennemis. Sa Majesté
vous advertira à toutesfois et quand il se sera passé quelque
chose de considérable. Et moy, Madame, je demeureray à
jamais, comme je doibs.
De Vostre Majesté,
Madame,
I Le très humble, très obéissant, très fidèle et très obligé
sujet et serviteur.
Le Gard, de Richelieu.
De Laleu ce 29 septembre 1628.
A la Reyne Mère du Roy.
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GUILLAUME CHAUVIN
Guillaume Chauvin, escuier, sieur Duboais, conseillier
et chambellan du duc, mon souverain seigneur (i), chancelier
de Bretaigne, certiffions à qu'il appartient que, en nostre pré-
sence, maistre Jehan de Paris, comme exécuteur du testament
de feue madame d'Estempes (2}, cui Dieu pardoint,a présenté^
livré et baillé à mondit seigneur ung reliquaire d'une espine
de la couronne nostre seigneur Jehu-Crist, qui estoit en-
châssée en or et bericle, lequel reliquaire madite feue dame
d'Estempes, par sondit testament, avoit ordonné estre baillé
à mondit seigneur, ou ung autre reliquaire de la foille de
lorier où monseigneur Saint-Jehan escrivit, au choais de mon-
dit seigneur. Lequel a choaisi et prins le reliquaire de ladite
espine, et Ta baillé à Jehan Duboais, son trésorier de Tes-
pargne, pour le mectre oudit trésor. Et pour valoir et servir
audit de Paris, nous lui avons baillé ceste certifficacion soubz
nostre seign manuel le xviii* jour de juign l'an mcccc soixante-
seix.
(\J^
Cette pièce fait partie de la collection de M. B. Fillon.
(i) François II, duc de Bretagne.
(a) Mtrgoerite d'Orlétns, fille de Lonis d'Orléaot, assassiné rue Barbette, femme de
Richard de Bretagne, comte d'EsUmpes, morte le 34 avril 1466.
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HENRI II & LE PAPE PAUL IV
AMBASSADE A ROME DE PHIUBERT BABOU DE LA BOURDAISIÈRE,
évâQUE d'aNGOULÊME. — MORT DE IJl REINE d'aNGLBTERRB MARIE
ET AViMEMENT DE SA SŒUR LA GRANDE ELISABETH. — NÉGOÇIin^fO^IC %
AVEC LE ROI d'eSPAGNB PHIUPPE II. '•-' * '* *
En i558 Jean-Paul de Selve (i), ambassadeur de Henri II à Rome,
fut rappelé et remplacé par Philibert Babou de La Bourdaisière, évéque
d'Angoulème (a). Ce dernier partit au mois d'avril, emportant des
instructions qui lui avaient été remises a Fontainebleau le i3 du
même mois. Ces instructions se terminaient ainsi :
Au demeurant il aura Toeil et prendra sur tout garde qu^il
ne se face ny innove auchune chosse, quelque petitte qu^elle
soit, contre et au préjudice des privilèges de Téglise gallicane
et des concordatz et indulz concédez aux roys de France par
les papes et le saint-siège appostolique (3).
L'évéque arriva le i8 mai à Rome et écrivit, pour la première fois,
au Roi le 28 du même mois. Il confia sa lettre et des instructions par-
(1) n éuit fils de Jeta de Selfe, qui fut un des magistrats les plus illustres du règne de
François !•* et qui mourut en i Sag, tprès tvoir rempli plusieure négociations.
{2) Né en i5i3, de Philibert Btbou, argentier et conseiller du Roi, surintendtnt des
finances de la raine Eléonore. n eut pour frères Jean, grand maître de rartillerie, sous
Charles IX, et Jacques, évêque d'Angoulême. Ce dernier éunt mort en i533, Philibert lui
succéda dans son érêcbé.
0) Uévéque d'Ângoulême, d'après le Dictiomiaire de Moreri, avait laissé un recueil de
ses négociations. J'ai recherché ce manuscrit, et je Tai trouvé à la Bibliothèque nationale,
dans le Fonds français, où il est coté sous le n« 3 103. Je me suis amplement servi de ce
prédeux racneil où l'ambassadeur a raproduit toutes ses dépêches. Les instructions don-
nées 1 l'évéque figurent au fol. II.
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103 KEVUB DES DOCUMENTS HISTOIUQUES
ticolières à M. de Selve, qui rentrait en Fnnce. Il se borntit à prévenir
le Roi que son premier soin arait été € de baiser une fois le pied aa
Pape et parler par deux fou au cardinal Caraffe (i). »
La chaire de Saint-Pierre était alors occupée par le pape Paul IV (2),
qui avait pour premier ministre son neveu le cardin^ Carlo Carafi^ (3).
Une haine commune pour l'empereur Charles-Quint, qui opprimait
ritalie, avait été la cause de l'élévation au cardinalat de Cario Cani£^
qm, jusqu'alors, avait suivi la carrière des armes (4). Allié aux Français,
Paul IV ne fut pas heureux dans sa lutte contre les Espagnols ; me-
nacé dans Rome même par le duc d'Albe, d^agé d'abord par k duc
• de ;Guisè, ^puis abandonné par celui-ci après le désastre de Saînt-
'QueinfioV^^ <lut renoncer à son projet de délivrer lltalie de l'oppression
•/étrangire.ef conclure la paix, le 14 septembre 1557. Dès lors il suivît
' une poliuqâe' d'apaisement et de conciliation, ménageant i la fbb le
roi Henri H, qui avait ses sympathies, et le nouveau roi d'Espagne,
Philippe II, fort de ses récentes victoires. Il se laissait, d'ailleurs, do-
miner par son neveu, dont les deux souverains recherchaient activement
les bonnes grâces et l'appui. C'est dans ces circonstances que Philibert
Babou de La Bourdaisière fut envoyé à Rome. Sa situation était des
plus délicates, et, tout d*abord, il reconnut Timpuissance du Pape,
mené par ses conseillers et d'une santé chancelante, et la fiusseté du
cardinal Carafs et d'un de ses frères, le duc de Paliano (5), qui partageait
avec lui le pouvoir. L«'ambassadeur ne cacha pas ces sentiments à son
souverain, et, après lui avoir d'abord mandé le bon vouloir témoigné
par Paul IV â son égard (6), il lui écrivit, le 11 juillet i55$, une
(1) Négû€Uiious, toi. IV v.
(a) Gianpietro Cartf^ né à Cipriglio U s8 fou 1476, cardioal en iS36, (ut élu ptpe
le s3 mai i555, et prit le oom de Paul IV.
(3) Il était né à Naplet le 29 man 1 5 17 et avait suivi d*abonl la carrière rallîtaire. n
ut oonimé cardinal par ton oncle Paul TV ea i555. -> Les biographes écrivent ton nom
Csr^féf mais la cardinal, ainsi que je l'ai vérifié sur des autographes de hii (Bibl. nat.,
F. Fr. 3117, fol. 3 à 17). signait Cêr^a.
(4) Cf. HiHo^retfcijMjMtdaLéopoldlUnka.— Carlo Caraù avait servi ks Espagnols,
mais il les avait quittés après ea avoir reçu nn alfront {Dictioimaire des CardiMâMX^
collection Migne.)
(5) J*ai vérifié l'orthographe de ce nom sur une lettre du duc mène. (Bibl. nat., F. Fr.
3117, fol. 19.)
($) Lettre du 11 juin i558 {Négociations, fol. V v«). L'original est çooservé à la
Bibliothèque nationale (F. Fr. 3i38, fol. 3a). — Entre cette lettre et la dépêche da
i3 juillet l'évêqne d'Angonlène écrivit au Roi trois autres lettres qui parlent des Turcs,
dont la flotte était alors sur les côtes d'Italie.
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HENRI IL ET LE PAPE PAUL IV Io3
dépêche confidentielle et circonstanciée sur les intrigues de la cour de
Rome(i). Il commençait ainsi :
Sire, depuis le partement de M' de Selve je vous ay
ordinairement escrip't tant par la voye de Venize que autres
moyens qui se sont présentez, ne voyant rien qui méritast
despesche plus expresse jusques à présant qu'il m'a semblé
vous devoir despescher le présant porteur M' de Manne (2),
à ce que, tant par escrit que de vive voix les occurences de
ceste court soient représentées à vostre Majesté pour en faire
tel jugement et résolution que bon luy semblera pour le bien
de ses affaires.
L'évéque d'Ângouléme parle ensuite des levées de gens de guerre qui
ont lieu à Rome, lui mande ce qu'on lui a dit de plusieurs côtés tou-
chant les projets de Philippe II qui, voyant que rien de ce que le car-
dinal Cara& lui avait promis ne se faisait, aurait donné l'ordre à Marc*
Antoine Colonna de recouvrer son état, « par subtilité ou par force».
Les Carafa ne sont pas plus contents des Espagnols que des Français,
€ et, voyant qu'ilz ne peuvent faire leur profilt ni des uns ni des autres,
ils se délibèrent de s'enrichir le plus quUls pourront sur les leurs mes«
mes et faire en sorte que, advenant la mort de leur oncle, ilz se trou*
vent saisis d'une bonne somme d'argent, puisqu'ils n'ont autre moien
de faire leurs affaires. » (Ici le feuillet XI du manuscrit manque et em-
pêche de connaître les détails de la première partie d'une conversation
que l'évêque d'Ângouléme eut avec le cardinal Carafa le 4 juillet i558).
Le cardinal Cara^ termine en disant « qu'il ne fist jamais acte de fait
ne de paroUe par lequel l'on peult dire qu'il ne vous feust aussy fidelle
et affectionné serviteur qu'il a jamais monstre d'estre. » — Le 5 juillet
Tévéque eut une audience du Pape, où il fut question du duc d^Urbin.
— Le duc de Paliano est venu réclamer sa pension et a protesté de sa
fidélité et de celle de son frère le cardinal au Roi et de son désir d'entrer
au service de la France, après la mort du Pape. — Le bruit qui a
couru que le Pape, à cause de sa faiblesse et de son âge, ne pouvait
(I) Négociations, fol. X à XV.
(3) Le protbonotaire Manne fut plasieors fois dép6ché de Rome en Franceet réciproque*
surtoat quand on a?ait besoin, dans les moments difficiles, d'un agent sûr et adroit.
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I04 REVUE DBS DOCUMENTS HISTOUQUES
plus Taqoer à ses sffdres, est fiinx* On ne peut, à U Térité, troîr «o-
dience de sa Sainteté que par le cardinal Carafi qui est tellement crmtt
de ceux qui sont auprès du Pape qu'ils n'oseraient introduire persoaae
sans Tassentimeot du cardinal. € Et en ce consiste la plus part de la
puissance dudit cardinal que peu de gens approchent de son oncle qaHs
n'ayent premièrement conféré areçques luy les propos qu'ils ont à lui
tenir. Autrement on n'y serott pas reçu la seconde fois, qui l'aurcnt
trompé la première. Si est ce qu'il eschappe tousjours quelqu\ui qu
dit quelque chose qui réveille le bon homme et le fait crier et prendre
garde à tenir la bride à ceux qui le cuident gouTemer. Sire, quant â la
santé de nostre Saint Père, il n'est pas possible qu'il y ait grande seureté
en Taage où il est. Touttesfoix pour cest heure il se porte bien, et le
trouve bien amendé depuis que je suis par deçà. » — L'archevêque de
Sienne sollicite du Roi la pension qu'avait fou son frère, Mario Ban-
dini. Le cardinal d'Arceli a écrit aussi pour le payement de sa pension.
€ Sire, il y a cinq de ces pauvres Siennois qui n'ont autre chose de
quoy vivre que la pension qu'il vous plaist de leur donner, de la-
quelle n'estans point paiex, comme iU ne sont depuis quelque temps,
me font infinies plaintes de leur misère, de laquelle je supplie Vostre
Majesté d'avoir compassion et leur survenir sellon sa bonté infinie. »
Cette dépêche parvint au roi vers le 3 août. Le jour même où elle
avait été écrite, Tarmée française, sous les ordres du maréchal de
Termes, avait été défaite & Gravelines. Ainsi tout l'avantage, qu'on
aurait pu retirer de la prise de Thionville (i), était perdu. Henri II se
rapprocha alors du duc de Guise et vint à Marchais, village situé à six
lieues de Chftteau-Thierry. C'est de là qu'il envoya, le i3 août i558, à
l'évêque d'Angoulême la dépêche suivante, qui est en partie chifirée (a) :
(i) ThiooviUe fat pris par le doc de Gnite le ss juin i558. Baboa de Là Bonrdaitièie
n*eut conmUtincc de cet heureux succès que vers leao juillet (Voir, dans les NégocûUionSf
la lettre du 34 juillet, fol. XV ▼«, où il raconte une coavtrtation qu'il «it avec le cardinal
Carafa sur la prise de ThiooviUe). — Notons qu'un frère de févêque d'Angoulême, nommé
Léonor, se conduisit bravement à ce siège et y fut tué. (Cf. Mémoirtt de VieillenUe
coU. Michaud. p. 166.)
(a) L'original de cette dépflche fait partie de la collectkm de M. Benjamin FiUoa. Dans
les Uttres et mémoires d'estat de Guillaume Ribier (Paris, 1666, a toL in-fol., t. II,
p. 767), on trouve imprimée uoe partie de cette lettre depuis le passage : fay déjà Umt
expérimenté let saillies, jusqu'à ces mots: 4/fii de la suivre au plus près que vous
pourrez. Je la reproduis ici pour la première fois dans son intégrité. Il convient de
remarquer que le recueil des Négociations ne contient aucune des dépêches de Henri II.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV I05
Mons*" d'Angoulesme, j'avoys tousjours actendu à vous
faire responce sur aucunes particularitez dont le s' de Selve,
à son retour devers moy, me parla, selon le contenu en
certain mémoire que vous luy aviez baillé, jusques à ce que
j'eusse conféré, comme j'ay faict, avec mon cousin le duc de
Guise, estant venu en ce lieu pour veoir mon armée, vous
ad visant qu'il y a environ neuf ou dix jours que le protho-
notaire Manne est arrivé devers moy avec vostre dépesche
du XIIIP du mois passé, que j'ay entendu lire de mot à mot,
ensemble la lettre que vous aviez escripte de vostre main à
mon cousin le cardinal de Lorraine, touchant les propoz que
vous a. tenuz nostre saint Père (i), oultre ce que m'en a dit à
bouche ledit prothonotaire Manne. Et par là je veulx com-
mencer à vous respondre, pour ce que c'est le poinct le plus
preignant et important entre tous les autres de vostredite
dépesche, vous advisant, Mons*" d'Angoulesme, que j'ay desjà
tant expérimenté (2) les saillies, passions, collères et légièretez
de ce pape, et m'a si cher cousté à les congnoistre pour me
y conformer, qu'il me semble avec bonne et juste occasion je
m'en doiz retirer et contenter sans plus me y laisser aller,
car quant je me vouldrois tant oublyer que de continuer à
suyvre et courre leur fortune, j'ay assez d'autres choses plus
importantes à faire par deçà pour me retenir et m'engarder.
Et puis en ung vieil homme et en gens nécessiteux, comme
sont lesdictz nepveuz et toute leur maison, il n'y a jamais
grande ressource. Touteffois je veux bien advouer et con-
fesser qu'il est nécessaire de les entretenir tousjours]en bonne
bouche pour ne les perdre du tout, tant et si peu que ce
(i) Cette lettre au cardinal de Lorraine, datée du i5 juillet 1 558, a été publiée dans les
^ires et mémoires (testât de Guillaume Ribier, t. II, p. 763. L'évêque d'Angoulême
mande au cardinal de quelle manière le Pape a pris l'action du duc d'Urbin ; il parle de la
Wgne des ducs de Ferrare, Florence, Farnèse et Urbin, du désir qu'a sa Sainteté de les
châtier, avecle secours du Roi, et de s'emparer de leurs états, du danger que court le
cardinal Carafa d'être mal des deux côtés, à cause de ses engagements avec le ro
Philippe II, etc.
(2) C'est ici que commencent les chiffres. Une traduction est jointe à l'origiflal.
TOME IV 14
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Io6 REVUE DES DOCUIfENTS fUSTOUQUES
pontifficat pourra durer, car ilz sont tendans la main à ung
chascun pour se laisser i qui plus leur Touklra donner, afin
de se haster de proufficter au mieulx qu'ilz pourront de ce
pape, d'avant que ce bon homme preigne congé du monde;
et ne leur chault à quelz dépens ce puisse estre; mais il les
fault payer de mesme monnoye, leur donner vent pour vent,
et les contenter de belles paroUes, remectant toutes choses
au temps et à l'occasion plus à propoz qu'ilz ne sont. De pré-
sent, pour ce que je ne puis avoir les moyens de entendre en
tant de lieux, chargé comme je suis de despenses incroyables
et insupportables aussi que ces deuz grosses et puisantes
armées que nous avons aux champs, le roy Philippes et moy,
ne se pourront peult estre deppartir sansse mesler et venir à
ung accord, dont se pourra ensuyvre que celluy qui demou-
rera victorieulx donnera la loy au vaincu (i), espérant bien
que, si Ton doit parvenir à la victoire par la grandeur et supé-
riorité des forces, joingtes avec le bon droit, je ne pu^ avec
l'ayde de Dieu, sinon avoir l'issue de ceste guerre à mon
advantaige, et selon ce que sainctement je désire. Et lors il sera
temps avec ceste bonne occasion d'entendre et adviser {2) sur les
ouvertures que vous a faictes le pape tant du duc d^Urbm
que des autres qu'il vous a nommez par son discours. Voylà,
ce me semble, ce que vous luy povez dire et remonstrer
là-dessus, vous venant à demander si vous aurez eu response
de moy, et encore y pourrez-vous adjouster ce que vous
congnoistrez estre à propos, luy parlant quelquefois comme
de vous mesmes, et une autre fois comme ayant lettres de
moy, remectant tousjours les conclusions à m'en advertir pour
sçavoir mon vouloir et intention sur ce, affin de gaigner le
temps et le laisser couUer, pour ce pendant les tenir en office,
ce que vous sçaurez très bien faire, car, conune vous dictes, ilz
f i) Le pAssage taivant D*est pat chitlté.
(3) Les chiffres recommencent ici.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV IO7
sont bien eifepeschez en leurs desseings pour ne sçavoir à
quel sainct ilz se doivent vouer, congnoissans d'ung costé
la froideur et durté cspaignoUe et d'autre le peu d'occasion
que )'ay de me contenter d'eux et l'obligation qu'ilz ont
envers moy, mais sur tout il ne fault pas faillir de les asseurer
tousjours de la continuation de ma bonne volunté et sin-
gulière affection envers eulx et la grandeur de leur maison (i).
Et au reste je remectz à vous et à vostre suffisance la con-
duicte et direction de ceste négociation, sur laquelle je vous
ay bien voulu rendre cappable de mon intencion, affin de
l'ensuivre au plus près que vous pourrez.
Quant à la pension qui est deue au duc de Paliane, vous
luy pourrez bien dire ce que luy mesmes il vous a confessé,
que la saison n'est mainctenant à propoz de me presser de
telles debtes, veu les grans affaires et insupportables despenses
que j'ay sur les bras; mais que je luy prie d'avoir pascience
et qu'il n'y perdra ung seul escu, s'asseurant que ce luy est
autant de bled en grenier; et, au regard des honnestes parolles
qu'il vous a portées de l'asseurance que je doiz avoir de
luy, et de la dévotion, affection et servitu qu'il me veult per-
pétuellement porter, vous luy rendrez, avec honnestes remer-
cyemens, l'échange de sa courtoysie.
En tant que touche la résignation que veult faire le cardinal
Caraffe de son évesché de Comminges (2) en faveur de Julian
de Medicis (3), vous povez bien penser à quelle occasion
i) Les passages suivants ne sont pas chiffrés.
(3) Le cardinal Carafa avait obtenu du roi Henri II l'évôché de Comminges vers i557 .
nne figure pas cependant dans la liste des évéques de Comminges, publiée dans le
Dictionnaire de statistique religieuse àtXtibhé M igné, où il existe une lacune entre
Jean Ul Bertrand, évéque de i55i à i557, et Pierre III d*Albret qui n'occupa ce siège
qu*en i56f. Le nom de Carlo Carafa doit la combler, car c'est pendant cette période que
ce cardinal fut — mais nominativement seulement —évéque de Comminges. Retenu à Rome
par ses fonctions auprès du Pape, il ne résida jamais dans son diocèse.
(3) GiuUano di Medici, fils de Pier-Francesco II, gonfalonier de Florence, devint succes-
sivement évéque de Béziers (i 36 1), archevêque d'Aix (iSyi) et évéque d'Albi (1574), et
niourat le 3S juillet i388.
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I08 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
et soubz quel prétexte il désire faire ladite résignatioai laquelle
je ne veulx aucunement pennectre ne accorder^ mais sans
faire semblant de riens (i). Vous luy direz que je pense bien
que la volume qu'il a de se defiaire dudit évesché n'est que
pour recouvrer des abbayes, et que en cella il y aura mojren
de le povoir gratifier, advenant parde<;a l'occasion de vaoqoa-
cion de quelzques bonnes abbayes dignes de luy et jusques à
la valleur dudit évesché ou davantaige, si le cas se y ofErc,
dont je ne fauldray avoir bonne mémoire et souvenance.
Je suis après à faire regarder à la dépesche de messire Roch,
agent du Conte de Pedllan (2), touchant la vérification des
parties qu'il demande, avec assignement du remboursement.
Parquoy vous direz audit conte que je le prie bien fort d'avoir
pascience jusques au retour dudit messire Roch devers luy,
estant bien asseuré que je feray tout ce que je pourray pour
le contenter, mais il n'y a homme en France ne en Italye qui
ne sache bien les affaires que j'ay de présent à démesler.
Vous direz aussi au cardinal d'Imola que les gens de mes
courtz de parlementz, voyant l'entière destruction et ruyne
des bois et forestz des bénéfices de ce royaume, m'ont fait
certaines remonstrances, sur lesquelles je leur ay accordé de
ne plus permectre aucunes couppes ne ventes de boys deppen-
dans desdits bénéfices, au moyen de quoy je luy prie prendre
de bonne part si, pour ceste occasion, je ne le puis gratifier
en la requeste qu'il m'a faicte par semblable effect.
Quant à la plaincte que font les Cardinaulx pensionnaires
pour avoir paientent de ce qui leur est deu de leurs pensions,
il n'est riens si certain qu'ilz ont juste occasion d'eulx plaindre,
et ne sçay comme les prélatz, sur lesquelz lesdites pensions
(i) Ce dernier membre de phrase est chiffré.
{2) Le comte Nicolas de Petillan, partisan de la France, chevalier de Tordre du Roi,
avait, en 1 5 Sy, été accusé d'intelligence avec les Espagnols et. pour ce fait, emprisonné. Son
procès fut instruit, et le comte fut mis en liberté au commencement de i558. (Cl. dépêches
de M. de Sclve dans les Lettres et mémoires d'Estat de Guillaume Ribier. t. 11, p. 670,
710 cl 71 5.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV IO9
leur ont esté constituées, sont si peu respectueux et négligens
de satisfaire à leur devoir. Sur quoy vous povez asseurer les-
dits Cardinaulx que je ne fauldray à y pourveoir et donner
ordre, en sorte qu'ilz auront cause d'euix en contanter. Mais
il sera bon que vous prenez par mémoire de ung chascun
d'eulx ce qui leur peult estre deu desdites pensions et sur
qui ilz sont assignez, et en .m'envoyant par vous lesdits
mémoires je ne fauldray à les faire satisfaire, comme la raison
le veult. Bien les pourrez-vous advenir que aucuns desdits
prélatz débiteurs desdites pensions remonstrent qu'il est rai-
sonnable que sur icelles Ton deSalque au prorata les décimes
qu'ik paient.
J'ay veu le pourtraict que vous m'avez envoyé de celluy qui
propose l'entreprinse de Naples, à quoy pour ceste heure je
ne vous puis faire autre response, sinon qu'il fault prendre
sa bonne volunté pour effect, car vous povez penser le peu de
moyen que nous avons mainctenant d'y entendre, oultre ce
que la saison s'approche et que l'armée turquesque se vouldra
retirer sans avoir jusques icy faict aucun effect, dont n'ay occa-
sion de me louer (i), qui est tout ce que j'ay à vous dire pour
ceste heure, vous ayant envoyé par le courrier Gobir tout ce
que nous avons de nouveau, dont à toutes advantures je vous
ay bien voulu faire faire ung dupplicata, priant Dieu,
Mons^ d'AngouIesme, qu'il vous aict en sa très saincte et digne
garde. Escript à Marchaiz le XIIP jour d'aoust i558.
HENRY. ^ DUTHIEK.
Mons' d'AngouIesme, je ne faiz point pour ceste heure de
dépesche à mon cousin le s"* domp Francisque d'Est (2), mais
(i) Tout cî passage est chiffré.
(2) Francesco d'Esle, marquis de Massa, fils d'Alfonso I et de Lncrezia Borgia, mort le
23 février i SyS. Cétait an des fidèles conseillers de Henri II. car, dans les instruc-
tions données à l'évêque d'Angoaléme, on lit ce passage caractéristique : t Aiant
edîtevcsque esté quelques jours à Rome, s'il voit que les affaires du Roy le permettent,
ponra faire un voiaige en poste à Montalchin pour conférer avec le sieur Dom Francesque
d'E«t de toutes choses concernans le service de sa Majesté. »
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1 10 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQtES
e VOUS prie ne faillir de luy faire entendre ce que voas verrci
estre à propoz du contenu cy dessus, luy envoyant ung double
du sommaire de mes affaires et occurrances*, ensemble de k
Ibte des forces qui sont en mon armée, et Tadvertissez aa
surplus comme, par ce que m'a dit mon cousin le grant pneur,
il a donné ordre de faire bailler une bonne et seure galaire,
avec une autre de conserve, jpoxir poner l'argent ordonne
pour l'extraordinaire de la Tuscane, sur quoy il poum
prendre ce qui luy est deu de son estât Et au decaourant
vous ne fauldrez de communicquer au cardinal du Bellay (il
ce que je vous escriptz tant de Testât de mes afEùres et occur-
rances que aussi la liste que je vous envoyé de mes forces.
A Mons' révêque d'AngouIesme, mon conseiller, mastrc
des requestes ordinaire de mon hostel et ambassadeur auprès
de nostre Saint Père le Pape.
Au dos on lit cette cote :
Le Roy,XIIPaoust i558. Receuele XXVIIPdudit mois.
Ce fut, en effet, le 28 août i558, à une heure du matin, qu'un gen-
tilhomme du cardinal Du Bellay remit la dépêche royale aux mains
de révêque d'Angouléme. Celui-ci n*y répondit que le 5 septembre
suivant (2) et manda au roi les bruits qui avaient couru à Rome, le
27 août, de la mort du Pape, et le démenti donné à cette rumeur par
l'annonce faite, le lendemain 28, d'une audience publique du Saint-
Père pour le 3o. Il continua en ces termes (3) :
(1) Lt cardinal Jeao Do Bellay avait qniné la France après la mort de François W et
t'était retiré à Rome, où il éuit doyen du sacré collège et où il moamt le 16 férrier i56o.
(2) Entre la dépêche du 14 juillet et celle du S septembre on en trouve ptasieors autres
dans 1« recueil des Négociations. Celle du i3 ao^t (fol. XVII y) est partioillèrciMBt
curieuse par le rédt du Consistoire tenu par le Pape. • Il ne parla, dit-il, que d'un bré-
viaire nouveau qu'il veult que nous suivions, de la translation de la feste saint Domtniqoe
et de la réformation de la vy« des cardinaux, ansqnels il promost bien de les cbastier si,
après ceste dernière monition, eux-raesmes ne se corrigeoienL » — On voit, par ce passage,
combien les mœurs des princes de l'Eglise étaient relÂchc^es à cette époque: les neveux da
Pape, i l'insu de ce vieillard, donnaient, d'ailleurs, le plus triste cxeoM^c d'une vk
débauchée.
3 NégociattonSy foU XXI r«.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV III
Le mesme jour à une heure de nuit je receuz vostre
depesche du XIII* d'aoust apportée par Niquet à Ferrarc et
de Ferrare icy par un gentilhomme de M. le cardinal du Bellay
à qui ledit Niquet la bailla. Sire, le jour ensuivant XXIX* du
passé, je fei? par plusieurs fois chercher le cardinal Caraffe
pour luy dire que j'avois lettres de vostre Majesté, desquelles
je désirois luy faire entendre le contenu; mais il ne fut pos-
sible toutte ceste journée là de le trouver. Je fiz semblable
dilligence et pour le mesme effect d^avoir audience de nostre
saint Père, ce que je ne peuz, et me pria le marquis de Mon-
tesarchio de l'excuser et de m'adresser pour cest heure au
Cardinal. A la fin, sur la nuit, un estaphier du pape me
vint dire de la part dudit cardinal que je le trouverois le matin
à bon heure en sa chambre. Je n'euz garde, Sire, de faillir à
ceste assignation qui fut le XXX% en la quelle apprès avoir
devisé avecques luy de la santé du Pape, qu'il m'asseuroit estre
bonne, de Testât de vos affaires et du lieu où elles estoient,
ensemble celles de vostre ennemy, et de la délibération en
laquelle vous. Sire, estiez de donner une bataille au roy
Philippes, s'il la voulloit accepter, je lui fiz amplement enten-
dre la bonne volunté et singulière affection envers eux et la
grandeur de leur maison, en laquelle il se povoit asseurer que
vous, Sire, vouliez continuer et entendre au moins de l'effec-
tuer à bon étient, si tost que vous. Sire, seriez hors des grans
affaires que aviez de présent à demesler, lesquelz ne pour-
roient durer longuement. Et sur cella luy exposay ce qu'il
luy a pieu me commander de la résignation de l'évesché de
Comminges, à quoy je adjoustay qu'il ne lairroit pas ce pen-
dent d'estre pourveu de l'évesché de Bresce (i), et ne luy
manqueroit dispence de tenir quant et quant celle de Com-
minges, pour quelque temps, pendent lequel il pourroit vacquer
wi France de bonnes abbeyes, et pourroit estre que vous,
(i) Brescia.
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1 12 REVUE DBS DOCOMEKTS HISTORIQUES
Sirc^ luy lairricz Tun et l'autre et le traitteriez de sorte qu'a se
résoudrait à la fin de laisser Bresce et de se tenir à Conuninges
et autres biens faictz qu'il pourroit entre cy et la recevoir de
vostre Majesté. Sur quoy,Sire, je vous veux bien advenir que
j'ay entendu qu'il est hors d'espérance que les Vénitiens con-
sentent sa provision de Brece, et ne mettoyt cecy en avant
que pour donner coulleur à la dimission de Comminges,
ainsin que sa Majesté a très bien entendu. II fist pour Theure
semblant de ce contanter de ce que je luy disois, tant de vostre
part que de moy mesmes, qui emplifiay ma créance en tout
ce que je peuz d'honnestetez généralles et non obligatoires
pour gaigner le temps de ce papal qui menasse ruyne fort
proche à ce que sur ce d^eel ilz ne facent quelque traia préju-
diciable à vos affaires.
L'évèque d'Angouléme continua en ptrlant de la mauvaise santé du
Pape, c Sire, dit-il, je ne suis astrologue ne médecin, et ne tous en
puis mander que ce que j'en sçay, mais les conjectures sont grandes
qu'il s'en va le grand galop. •
Répondant au sujet du duc de Paliano, il dit : € Sire, le duc de Pa-
liano c'est contenté de ce que je luy aj £ait entendre de vostre part sar
le fait de sa pension, et dit qu'il voudroit avoir beaucoup d'escus pour
vous en servir durant vos affaires. »
La dépêche suivante, du i5 septembre i558 (t), parla encore de la
mort imminente de Paul IV. Celle du a i septembre (2), au contraire,
fut des plus rassurantes. L'ambassadeur y raconta une conversation
qu'il eut avec le cardinal Caraâi, qui se montra très bien disposé pour
la France.
Sire, ainsin que je divisois avecques ledit cardinal à une
fenestre, j'apperceuz le Pape qui passoit par un jardin de
belveder marchant de son pied assez légèrement pour son âge,
(1) NégocUtious, fol. XXV v*. -> Uorigioâl de cette lettre e»t coaterré i k BB)bo-
thèque Datiooale, F. Fr. 3i5i, fol. 47.
(s) Négociations, fol. XXVII r*. — L'orifioal de cette lettre eit couscrré A la Kblio-
thèquenatioiiale, F. Fr. 3i5i, fol. 36.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV 1 13
et me dist ledit cardinal : Voïez comme marche ce jeune
garson. Avisez sUl est prest à mourir.
Du 26 septembre au la décembre i558 Babou de La Bourdaisière en-
voya six dépèches au Roi(i). De son côté, Henri II instruisait son
ambassadeur des graves événements qui se produisaient. La mort de
la reine Marie d'Angleterre et Tavénement de sa sœur Elisabeth en-
travaient singulièrement les négociations commencées entre la France
et l'Espagne. Â une dépêche du 22 novembre, reçue à Rome le i3 dé-
cembre, l'évèque d'Angouléme répondît le 25 de ce mois et raconta
une audience qu'il avait eue du Pape (2) :
Sire, je serois trop long si je voulois référer ce que sa Sain-
teté me respondit à ce propos, montrant une joie incroTable
de la souvenance que vous, Sire, avez, et du conte que faictes
de luy. Maintenant, parlant de la fervente charité et affection
qu'il porte à vostre Majesté, maintenant ostant son bonnet et
priant Dieu pour la félicité, accroissement et exaltation de
vostre empire, et autres foix discourant des louanges de vos
vertuz, et au surplus me commandant, sans autrement
demander audience, de le venir trouver à toutes heures que je
voudrois, qui est un langaige quUl m^a plusieurs fois tenu,
mais je ne voy moien de le mettre en effect et ne saurois dire
sy en cest endroit il parle à bon esciant, car c'est un très arti-
ficieux vieillard, ou sy j'en dois rejecter toutte la coulpe sur
ses neveuz. Je pense, à dire vray, qu'il y a de l'un et de
l'autre. Sire, pour vous rendre conte sommaire de ce que
j'apprins en cest audience qui fut de plus de deux heures et
demye, il me parla de la mort de la feue royne d'Angleterre et
de la couronnation de la royne Elizabet^ laquelle, conmie je
pense, prendra mary de pais, et m'allégua plusieurs exemples
de grandes dames d'Angleterre qui se sont mariés basse-
ment, et entre autres, la mère du feu roy d'Escosse et la royne
(t) Nigociationtf fol. XXIX à XXXV. Là dépêche a été publiée dâot les Lettres
mémoires d'estat de Guillaume Ribier, t. II, p. 774,
(») ^Négociations, fol. XXXV v.
TOME IV l5
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1 14 REVUE DES DOCUMENTS HISTOtIQUES
Marye^ lesquelles en leurs viduhez espouzèrent de Uen pedz
compaignons; d'avantaige qu'il ne peut penser que les Angloîs
qui, d'autre part, déprisent toutes autres nations, consentent
une autre foix Talliénation avecques les Espaignolz, après en
avoir tasté. Sur quoy il se mist à dépeindre le naturel de
TEspaignol et leur avarice et superbes déportemens, quant ilz
ont Tavantaige, et les moiens dont ilz uzent pour y parvenir,
avecques une naifve et plaisante fason, par laquelle il monstre
bien le bien qu'il veult à ceste nation là; puis tumba sur k
mariaige du roy Philippes avecques ladicte royne Elizabet,
dont Ton faisoit quelque bruit, et, luy estant dit par moy que,
quant bien les parties et le pais seroient d'accord en cela, sy
ne se pouvoit il faire sans luy, il me dist que le roy Phili]^)es
ne luy avoit encores rien mandé de la mort de sa femme,
mais seulement de celle du feu empereur son père, et qoe,
n'estant par luy requis de la dispence d'espouzer ladicte royne
Elizabet, il n'estoit saison de dire s'il accorderoit ou refîizeroît,
mais que je vous pouvois bien dire que en cela ne autre
chose, force, richesses, grandeurs ou estatz, promesses, guerres,
dangiers, crainte de mort ou menasses, ne respect de consan-
guinité et parenté, n'avoicnt puissance de luy faire faire chose
indigne du lieu qu'il tient.
Avant d'avoir reçu cette dépèche, Henri II écrivit de nouveau, ks
3 et 10 décembre i558, à son ambassadeur à Rome, pour lui dévoiler
les projets de mariage de Philippe II avec la nouvelle reine d'Angleterre
Elizabeth et lui ordonner d'agir auprès du Pape pour empêcher que ce
vieillard consentît à cette union d'un catholique avec une hérétique (i).
Mons' d'Angoulesme, vous aurez entendu par la depesche
que le gobbe (qui partit le XXVI !• du passé) vous a portée,
Testât en quoy en estoit lors de son partement la practicque de
la paix et Topinion que j'avoys que le faia de Calais seroit
pour empescher tout le fruict que nous en espérions, veu
(i) Cette lettre ftit partie de U coUectioo de M. Benjâmio Filk».
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HENia II ET LE PAPE PAUL IV Il5
mesmement que la longueur dont ilz usoient à se résouldre
ne m'en promectoit aultre yssue que celle qui s'en est depuis
ensuivye. Et, comme ilz en estoient en ces termes, la nou-
velle de la mort de la royne d'Angleterre survint, qui acheva
de tout gaster, d'aultant qu'estant le Roy en espérance d'es-
pouser la nouvelle Royne, et ne vouUant luy donner occasion
de mescontentement, il n'estoit pas croiable qu'il feust pour
conclurre ny faire aucun appoinctement avecques moy, auquel
les Angloys ne feussent satisfaictz^et contentez. Ce qu'estant
bien et saigement préveu et considéré par mes depputez, ilz
ne faillirent incontinant de faire instance d'estre résoluz de
Calais, ne voulans parler ny se laisser entendre plus avant sur
aultre quelconque poinct, que cestuy là ne feust résolu, qui
fut le vray moyen pour leur arracher leur dernière conclu-
sion qui fut en somme qu'ilz ne pouvoient conclurre ny traie-
ter avecques moy sans les Angloys. Sur quoy s'estans d'une
part et d'aultre voulu séparer, avant que ce faire ilz advisè-
rent de prolonger la trefve et abstinence de guerre de deux
moys, lequel terme ilz prindrent pour se rassembler, promec-
tans cependant de faire tout ce qu'ilz pourroient pour induire
et persuader les Angloys de appoincter avecques moy. Voylà
la façon dont ceste assemblée s'est séparée. Sur quoy il fault
que je vous dye, Mons' d' Angoulesme, mon opinion et les con-
sidérations qui ont peu mouvoir le Roy d'Espaigne à en user
de la façon qu'il a faict, qui sont (comme je scay et ay esté
advcrty de très bon lieu) que prévoyant, il y a plus de six
moys, la mort delà feue Royne d'Angleterre, sa femme, il a
faict tout ce qu'il a peu pour faire gaigner ceste-cy, affin de
trouver moyen, sa femme morte, de l'espouser, pour l'espé-
rance qu'il auroit par là de unir pour jamais l'Angleterre, la
Flandre et TEspaigne ensemble, par le moyqn des enfans qui
viendroient de ce mariaige, estant elle jeune, belle et propre
pour avoir enfans. De ce qu'il y a proufficté jusques à
ceste heure, je ne scay, mais il est bien certain que dès qu'il
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1 16 REVUE DES DOCUMENTS HISTOtliyTES
entendît l'extrémité de la feue Royne» il d^pescha le ccmte de
Ferye pour remeare les fers au feu, et Caire tout ce qu'il pour*
roit pour y pouvoir parvenir.
Et, affin que vous sçachiez quelle elle est, tout le monde
sçait de quelle façon elle a vescu et de quelle opiniastreté elle
a persévéré en sa religion, quelque contraincte et rigueur dont
la feue Royne d'Angleterre, sa seur, luy ayt peu user pour Tcn
faire désister. Et de faict la pronière chose qu'elle a fucte,
mourant sa seur, et elle entrant en Londres, a esté de faire
crier qu'elle vouloit persister en sa religion et que chascon
creust ce qu'il vouldroit, ne vouUant contraindre personne
de prendre aultre foy ne créance que celle qu'ilz vouldrom
tenir. Voylà la créance de la nouvelle Royne d* Angleterre^
protestante pour la vie et entièrement contraire à celle que k
Roy Philippes a jusques icy suivye fort constamment. Main-
tenant on verra qui sera de meilleure opinion des deux, car,
s*ilz viennent à se marier ensemble, je ne sçay, quant à elle,
ce que sa loy et créance luy permet, mais selon celle que
l'église catholicque tient si longuement observée par tout le
monde, }e s^y bien que il n'y a homme chrestien qui puisse
espouser les deux seurs sans dispense du Pape. N'en deman-
dant point, il est nécessaire qu'il change de religion et que
l'ambition de ce royaume luy face pradcquer ce dire, s'il fault
violer le droict et oublyer Dieu, sa foy et toutes choses sainc-
tes, il fault que ce soit pour régner. En ce cas, s'il a ceste
opinion, je ne fais aucune doubte (elle le voulant) qu'il ne l'es-
pouse. S'il persévère en sa crainae et que, comme l'église
nous commande, il ayt recours au Pape pour luy octroyer la
dispense nécessaire pour se marier, pour avoir sa Saincteté
jusques icy si sévèrement observé tous les poinctz de nostrc
religion et si religieusement maintenu toutes les bonnes,
sainctes et catholicques constitutions de l'église, je ne puis
croyreque, sur ses derniers jours, elle soit pour imprimer une
telle tache à sa réputation et à la saincteté de sa vie passée de
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HENRI n ET LE PAPE PAUL IV II7
consentir jamais à une chose contraire à i^authorité de i^église
et tout.droict et raison, et mesmementque estant luy cathoUcque
et elle en son royaume protestant et ennemy de Téglise ro-
maine, je ne sçay comme selon Dieu et raison ung homme de
bonne conscience peult faire ung tel mariage, car, si par les
sainctz canons la seulle conversation des héréticques et de
ceulx qui estoient chassez du sein de l'église nous a esté prohi-
bée et deffendue, et leur a Ion par interdit l'eau et le feu,
comme on dict, par plus forte raison le mariage le doibt estre,
ou ilfault que toutes choses soient tellement conjoinctes qu'il
n'y puisse avoir aucune séparation, qui me faict croyre que,
quant sa Saincteté entendra tout ce que dessus, qui n'est
que ung progect de cent mil belles etsainctes choses qui sur cela
se peuvent dire et alléguer, pour estre telle que je l'ay toute ma
vie estimée et que tout le monde l'a congneue, ne sera pour
jamais consentir nyprester faveur à ung acte où il y va tant de
rhonneur de Dieu et de la saincte opinion en quoy il est juste*
ment tenu par tout le monde, vous advisant, Mons' d' Angou-
lesme, que je vous ay faict tout ce discours pour ce qu'il est
nécessaire pour le bien de mon service, et prévenir de bonne
heure et préparer le Pape de luy donner ceste impression,
avant que les Espaignolz viennent à le gaigner et luy faire
entendre les choses aultrement qu'elles ne sont ; et, pour ce
faire, il fault que vous gaignez dextrement, comme vous
sçaurez très bien faire, quelqu'ung de ses théatins, qui son^
les personnes du monde qu'il croyt le plus, qui luy puissent
référer tout ce que dessus et ce que vous sçaurez très bien
adjouster, selon que vous congnoissez son humeur, pour le
disposer à improuver ce faict, car, si une fois il vient à le
trouver mauvais, le prenant par où on leprent,en luymons-
trant en cela le tort qu'il feroit à sa réputation et à la sainc-
teté en quoy il e^t tenu par tout, on le chatouillera par où il
luy démange et sera, comme congnoissez son naturel opi-
niastre, si persistant en son opinion, qu'il n'y aura jamais
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tl8 REVUE DES DOCCMENTS HISTORIQUES
ordre de le gaigner ny le luy faire passer, qui ne sera point
peu de fhiict pour le bien de mon service, car, si le Roy
Philippes a la religion telle comme il a monstre tt que toat
le monde dict, je croy qu'il ne passera jamais sans cela, et k
moindre retardement qu'il y puisse avoir n'apportera poina
peu d'avantaige à mes affaires. Mais, je vous prjre, donnez-
vous bien garde que on ne puisse descouvrir que cela vienne
de vous en façon du monde, car je ne sçay encores comme
j'auray à vivre avec la dicte Royne d'Angleterre, et, avant
que le sçavoir, je ne vouidrois point me brouiller avecqœs
elle, et, estant dict par ceste manière de gens, il ne sera trouvé
si mauvais ny de luy ny d'aultre, d'autant que on estimera
qu'ilz ne parleront pour passion aucunement, mais pour la
seulle vérité. Au demourant j'ay receu voz deux dépesches
des vingt*quatriesme octobre et cinquiesme de novembre, par
les quelles j'ay veu le mauvais estât en quoy il est, dont je
suis très marry, pour ce que en ce qui se présente nous aurons
besoing d'une personne comme luy.
Vous remercyerez mes cousins le cardinal Carafte et duc de
Palliane du bon oflBce qu'ilz ont faict pour moy, comme me
mandez, à l'arrivée de mes deniers à Gvitavechia, et lesasseu-
rez que j'en ay telle satisfaction qu'en toutes choses où je
les pourray gratifier ilz me y trouveront aussi prest qu'ilz le
peuvent désirer. Je vous ay satisfaict, par la dépesche du
gobbe, à ce que ledict cardinal dist à Sainct Ferme ( i) touchant
révesché de Couminge, sur quoy je voy bien, à ce que me
mandez, qu'il ne fauldra d'estre malcontent, et au pis aller
je désireroys que sa Saincteté entendist les considérations qui
me mandent à en user comme je fais et n'avoir ladicte rési-
gnation pour agréable, m'asseurant que^ quant il les entende-
roit, il ne pourroit que grandement louer mon intention.
Touteffoys vous regarderez de la luy dire plus doulcement que
(i) Boiicfaier, abbé de Saint-Fcnnc, doat il ett toiiTent qactdoo dam tes dépêctet de
Baboa de La Bourdaiaière. Ce dernier reatoya eo France k lo férrier iSSç.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV II9
faire se pourra et la luy faire trouver bonne, car je n'ay
pas délibéré d^en user aultrement. Quant à Tarchevesque de
Thurin, j'en escripray à mon cousin le mareschal de Brissac
pour sçavoîr que c^est, affin qu'U advise tout ce qu'il sera pos-
sible de faire en sa faveur ( i ), qui est, Mons' d' Angoulesme, tout
ce que je vous y puis respondre pour ceste heure, ne vous
pouvant riens dire sur ce que Torquato (2) vous a proposé, puis
que ledit Cardinal ne vous en a aultrement parlé, et me
semblant qu'il est bien raisonnable d'entendre ung peu ce
qu'il vouldra dire, priant Dieu, Mons' d'Angoulesme, vous
avoir en sa saincte garde. Escript à Sainct-Germain en Laye
le IIP jour de décembre i558.
Depuis ceste lettre escripte j'ay receu une dépesche du
s' don Francisque d'Est, par laquelle il se plainct d'une chose
dont vous m'aviez par cy davant escript qu'il vous avoit
adverty, qui est le descry des monnoyes estrangières dans les
terres du Pape, et que le cardinal Carafife vous avoit dia qu'on
envoyast ung teston et un juUe du poix ligue et scaudille
qu'on les youUoit avoir cours, qui est ung bon commancement,
s'ilz ontenvye de riens y faire de bon. De quoy je vous prye
leur faire instance, affin de remeddier à la nécessité en quoy
se trouveroient ces paouvres soldatz de la Tusflcane, qui sans
cela n'auroient moyen de vivre. Au demourant j'ay vcu par
voz lectres du XII°** l'incertitude en quoy sont les Caraffes de
leur récompense, et croy à la vérité qu'à la fin il n'en réus-
scira riens qui les contente et que tout cela ne se face que pour
traîner les choses à la longue, actendant la mort de nostre
sainct Père. Au reste, vous pourrez veoir par ce que je vous
mande comme le Nunce n'a pas de bons advertissemens, car
(i) Dans une lettre écrite au cardinal de Lorraine, les 4 et 5 novembre i558, Babou de
La Bonrdaisière avait dit: t Monseigneur, Tarcevesque de Turin se plainct d'une taxe de
VC livres que le mareschal de Brissac a ordonné estre prins sur son arcevesché et m'a
pryé d'en escrire en sa faveur au Roy et à vous, Monseigneur. « (Bibl. nat^ F .
Fr.3i5i, fol. 64.)
(2) Torquato Conti, agent du roi de France. (Cf. Négociations, fol. III r«.
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lao
RBTm
oocuMiirTS imroMQOEs
il est bien malaisé qu'il leur paisse encores enroyer les arti-
cles de la paix qu'il dict estre £dcte, car de ma part je ttrojrs
hienempesché de sçavoir encores comme le tout se passera.
Dt Saint-Germain en Laye ce X"* jour de décembre.
Y^K
Y
.çiwf
Mons' d'Angoulesme, mon conseiller, maistre des requesta
de mon hostel et mon ambassadeur à Rome.
On lit, sur le revers de la pièce, la cote suivante, émantnt de l'arn-
bassadeur :
Le Roy des III et X-~ décembre i558. R. le IIII* janvier
dudict an.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV 121
Cette dépêche parvint à Rome le 3 janvier iSSg, ainsi que le marque
la cote de l'ambassadeur. Le 7 du même mois l'évêque d'Ângoulême
répondit à Henri II la lettre suivante (i) :
Sire, je receuz le quatriesme du présant vostre lettre de
i'unziesme du passé, par le commencement de laquelle con-
tenant un épilogue de vostre précédente et dernière dépesche
apportée par le gobbe, j'ay veu comme vous, Sire, m'avez
par sy devant écrit du xxvii* novembre, que, estant la pra-
ticque de la paix tenue en longueur pour la difficulté et irré-
solution sur le fait de Calaix seroit survenu de la mort de la
feue royne d'Angleterre qui auroit achevé de gaster tout.
Sire, ledit gobbe arriva icy le xiu* et estoit sa dépesche
du xxii^ novembre, ne faisant aucune mention dudit Calaix
ne delà mort de ladicte royne, dont je n'ay eu aucun
avertissement de vostre Majesté jusques à la réception de
vostredicte dernière dépesche qui m'a esté envoyée de Mon-
talcin, qui me fait douter que entre ceste là et celle du
gobbe il y, en peult avoir une autre qui sera demourée par
les chemins, ays^tit entendu que un courier dépesche par les
faaeurs des Gadagnes à Lion pour venir icy par la longue
s'est avanturé de prendre la droicte et a esté détroussé et
arresté à Millan.
Sire, vous avez peu voir par ce que je vous ay écrit du
XXV® du passé par courrier exprès ce que j'ay senty de
l'opinion du Pape sur le fait de ladite dispence. Il ne m'^a pas
semblé estre requis de presser plus fort ne m'en formaliser
d'avantaige que ce que je vous en ay escrit en avoir fait,
pour n'avoir aucun commendement sur ce de vous, et
mesmes voyant de quel costé incline la volunté du Pape en
laquelle je pense estre meilleur qu'il se y gectast et y persistas^
de luy mesmes que à vostre sollicitation et requeste. Je fais
doute. Sire, sur les advertissemens que j'en ay de tous cos-
tez qu'il ne soit pour y persévérer, pourveu que ladite royne
{î) Négociations^ fol. xlvi vo.
TOME IV l6
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132 REVUE DES DOCUMENTS HISTOtIQCES
demeure en sa protestation; mais si die avoitgaigné ce pcMst
de luy faire acroire qu'elle voulust retourner à Tégiise sans
aucune faintise ou dissimulation, en ce cas, je fais doutte
que le bon homme ne se laissast aller du costé dont il peo-
seroit tirer plus de bien pour sa maison, et tiens pour cer-
tain que, estans toutes choses pareilles, voire avccques
quelque désavantaige, il inclineroit de vostrepart plutost que
celle du roy Philippes. Quant aux théatins, depuis que j'ajr
congnoissance des choses en deçà, je ne me suis point aperœa
qu'ils ayent autre puissance envers luy que de luy raportcr
nouvelles de la façon de vivre, actes et propoz d'un cfaascuo,
et par ce moien peuvent donner quelques impressions de
Tun et de l'autre, et conmiunément en mauvaise part, mais
au surplus ilz suivent ses opinions et voluntez, fondées à
bonnes et vives raisons, qu'il confirme par beaux exemples et
auctoritez de T Écriture, ausquelles il ne se fault pas jouer
et contredire. Je ne lairray toutesfoix de tempter le moien
que me demandez, si commodément se peult faire sans rien
gaster ne hazarder.
Sire, je vous envoyé la coppye d'un avis de Flandres qui
court par ceste ville tiré d'une lettre de l'abbé de Saint
Salut et de quelques autres du iiii* du passé, à ce que vostre
Majesté voye comme ilz ont faict entendre à la nouvelle
royne d'Angleterre que vos ministres de deçà avoient fait
instance envers le Pape de la faire desdarer bastarde. J'en
parlay hier au cardinal CarafTe et luy dis que le Pape et luy
estoient bons et suffizans témoins sy jamais on leur en av<Mt
parlé, non pas du temps desdits avis, car il estoit impossible,
d'autant que ne sçavyons pas icy la nK>rt de la feue royne,
mais encpres depuis que les nouvelles en sont icy, qui fut le
XII* du passé. Je croy qu'ilz ne diront pas que personne en
ait ouvert la bouche de la part de vostre Majesté. Ledit car^
dinal me respondit que c'estoit un invention d'Espaignolz
pour irriter ladicte royne contre vous et que je puis estrc
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV 123
asseuré qu'ilz ne laissent jamais en arrière nulle manière de
méchanceté pour parvenir à leurs desseins, et que les mi-
nistres du roy d^Espaigne ne luy ont jamais monstre qu'il/
eussent doute ou suspison que moy ne autre eussions fait tel
office par deçà, et qui ne se sont point encores entenduz jus-
ques à demander la dispence du mariaige du roy d'Espaigne
et de ladicte nouvelle royne. Bien en ont ilz touché en paroles
couvertes, atendant, comme il juge, d'en parler plus ouver-
tement, mais qu'ilz puissent estre asseurez du vouloir de la-
dicte royne. Je n'entray point plus avant en propoz de ce fait
aveçques ledit cardinal, estant d'avis que le moins s'eschaufFer
en ceste matière est le meilleur ; mais il me semble. Sire,
que ladicte royne entendra bien difficilement au mariaige
d'elle et du roi Philippes, ne povant contracter aveçques
luy, à mon jugement, qu'elle ne confesse par çest acte que
le royaume d'Angleterre ne luy apartient point de succes-
sion, en quelque sorte de religion qu'elle veille vivre , car
par là elle aprouveroit le mariaige d'entre son père et la
royne Catherine et confesseroit que les deux frères ou les
deux sœurs se peuvent espouser, soit aveçques ou sans dis-
pence, ce qui luy est nécessaire de nier, voulant maintenir
nul ledit mariaige d'entre les roys Henry et royne Cathe-
rine, lequel constant, elle est conceue et née d'une autre
femme. Autrement il faudroit dire qu'on peust en mesme
ten^)s avoir deux femmes légitimes, qui est une opmion
ausy peu aprouvéc des protestans que des catholicques.
Sire, j'ay fait entendre au cardinal CarafFe le contentement
que yostre Majesté a eue du bon office qu'il a fait pour la seu-
reté de vos deniers par sy davant arrivez à Civitaveche, et
ce que sur ce il vous a pieu m'écrire, dont il a monstre une
joye extrême, et entre autres choses me dist que le plus cher
joiau qu'il cust en son cabinet, c'estoit une painture au vif
de vous, Sire, dont Madame vostre soeur luy a fait présent,
laquelle il dist estre tout son recours et consolation, quant il
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1^4 REVUE DES DOCUMEJOS HISTORIQUES
c^est bien dépitté et ennuyé des mauvaises impressions qu'on
a, à tort, donné de luy à vostre dicte Majesté, de Uqodk
regardant la figure en pensant que vous, Sire, luy avez autres-
foix dict et entendu de luy, il se promect tant de vostre bonté
qu'il ne peut penser estre esloigné de vostre bonne grâce, la-
quelle il estime plus que toutes les choses de ce monde. Je
n'ay point encore vu le duc de Palliano, qui est au lit un peu
mallade de la goutte. Je ne fauldray à la première audience
que i'auray du Pape de luy faire entendre ce que vous. Sire,
me mandez touchant Tévesché de Comminges. Quant au dcs-
cry des monnoyes estrangères j*ay piéça averty le sieur dom
Francesque comme il n'y avoit d'ordre d'y faire autre cbosse
par deçà, sur quoi il a avisé de s'accommoder au mieux qu'il
a peu.
Sire, je prie à Nostre-Seigneur, etc. De Rome, ce vu* jan-
vier 1559,
Sire, le bon homme Cordclicr, évesque de Nebia, dépes-
ché en faveur de vostre Majesté en ces derniers consistoires,
est venu vers moy depuis la présante escrite, bien estonnc
et perplex d'une nouvelle qu'il a entendue que vous, Sire,
rendez la Corseque aux Genevois (1), disant, sy ainsy estoit,
que luy et les autres Corses aymeroient mieux avoir le cor-
deau à col prest à estre estranglez que de retumber en la
puissance desdits de Genevois. Je l'ay consolé le mieux que
j'ay pu et asseuré que sa pœur estoit veine. Il m'a dit
nommément que s'il pensoit que vous. Sire, les habandon-
nassiez, il ne se feroit point sacrer, et aimoit mieux estre
au plus pauvre couvent de son ordre, pourveu que ce fiist
hors des mains des Genevois, que d'avoir le meilleur éves-
ché de leur pais. Il m'a semblé. Sire, vous devoir avertir de
ce que dessus. J'ay ordinairement aux oreilles des Siennois
avecques semblables plaintes pour leur respect. Je fais ce que
je puis pour les entretenir en bonne espérance.
(i) Henri II, par le trtiti de Catetn-Cambrétis, rendit la Corte aux Génois.
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HENRI II ET LE PAPE PAUL IV 125
Le 9 du même mois le cardinal de Tournon écrivit à Henri II pour
lui exprimer ses craintes sur Taccomplissement du mariage de
Philippe II avec Elisabeth d'Angleterre (i).
J'ay plus de peur que d'envie que ledit roy Philippes soit
pour Tespouser : auquel cas, si le Pape me vouloit croire, il ne
bailleroit point de dispense; dont, à ce que j'entends. Mon-
sieur d' Angoulesme luy a parlé, mais la réponse qu'il en a
eue est si générale et si peu résolutive qu'on ne sçauroit bon-
nement juger ce qu'il a délibéré d'en faire, s'il en estoit
recherché.
Puis il ajouta ces mots sur les dispositions du Pape à T^rd de
Henri II :
Sire, Monsieur d'Angoulesme m'a fait entendre la sub-
stance de l'audience qu'il a eue de Sa Sainteté.... Et de vray.
Sire, je croy que de sa naïve volonté il incline plus à vostre
Majesté qu'il ne fait au roy Philippes : je ne sçais si j'oserois
ainsi dire de ses neveux.
Les craintes de Henri II s'évanouirent bientôt. Philippe II résolut de
faire la paix, et, pour gage de sa bonne volonté, il demanda en ma-
riage Elisabeth, fille du roi de France, promise tout d'abord au jeune
io^Eint d'Elspagne don Carlos. Le traité de Cateau-Cambrésis, signé le
3 avril iSSg, ratifia cette union.
Pendant ce temps une révolution inattendue avait eu lieu à la cour de
Rome. Paul IV, édifié enfin sur la conduite de ses neveux, sans doute
par un de ces Théatins en la puissance desquels Henri II avait si grande
confiance, avait dépouillé le cardinal Carlo Carafa et le duc de Paliano
de tous leurs emplois et les avait exilés. Ce fait important eut lieu le
27 janvier iSSg, à la grande satisâiction de tous.
« Maintenant, écrivit peu après l'évéque d'Angoulême, chacun, sans
aucune dissimulation, les blasme et maudit, se plaignant tout haut de
leur superbe,*injustices, rapines et violences, t (2)
Le Pape, désabusé, fut sans pitié pour ses parents et ne voulut pas
les revoir. Il mourut le 18 août iSSg. Le peuple romain manifesta une
telle haine contre ce souverain pontife qu'on dut enterrer son corps de
(i) Lettres et Mémoires d'estat de Ribier, t. II, p. 777.
(3) Lettre da 22 mars i559 dans les Lettres et Mémoires d'estat de Ribier, t. II,p^79i
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136 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
nuit, tant cérémonie. H tcmma alon sa foreur contre la ttatne de
Paul IV, dont il jeta les débris dant le Tibre, et, fidèle aux umiiiiaas
de toute populace, il mit le feu au palais de Tlnquisition.
Gian-Angdo di Medici, élu pape dans la nuit du iS au 26 dé-
cembre 1 559, prit le nom de Pie IV. Le 7 juin 1 56o il fit arrêter et ie^r
en prison les cardinaux Carlo et Alfbnso Carafa, le duc de Paliano et
d'autres membres de cette £imiUe. Leur procès fut instruit et se ter-
mina, le 3 mars i56i, par une sentence de mort. Le cardinal Carlo iu
étranglé dans sa prison et le duc de Paliano décapité. Ainsi finirent ces
deux personnages, qui, pendant le règne de Paul IV, aTaient exercé m
pouvoir si absolu. Les historiens ne sont pas d'accord sur les mobiks
de la sévérité de Pie IV. Les uns disent que ce Pape voulut punir les
excès commis par ces Caraft et apprendre aux neveux des papes futin
à ne pas abuser de leur £iveur. D'autres prétendent qu'il obéit aox
sollicitations du roi d'Espagne, son bienfEÛteur, dont il servit ainsi la
vengeance.
Philibert Babou de La Bourdaisière acquit la faveur du nouveau
Pape, qui le créa cardinal, en i56i. Il mourut à Rome le 35 janvier
1 570 et fut enterré dans l'église Saint-Louis.
Le recueil des n^ociations de ce diplomate, du 19 juillet 1S6S ai
19 décembre 1570, existe à la Bibliothèque nationale, F. Fr., 3 104
k3io6(i)..
(1) A la bibliothèqiM de Rein» sont cooierrées 5o lettres de Baboa de La Boardaittèn.
do f^ {ofllac i560 an s arril i56i, et dos5 mars 1 563aB8 ^Tier 1564. EIktoiit été pmbhtn
•CNM ce titra : c Corrtspomddnce de PkiUbert Bskm et Le Momrdêkière, rf>éff
itAmiOuUmê, étpuis csréinéi^ ûmbmsidtur à Rome^ pmkiiét tmr U wuamaerit et U
hibUotkèqui de Reims var E. Henry et Ch. Loriqnet; Rdm». P. Dobois. iSSç, «-8.
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UABBÉ SICARD
MASSACRES DE SEPTEMBRE 1792
L'abbé Roch-Ambroise Sicard, successeur de l'abbé de PÉpée dans
Véducation des sourds-muets, était en prison, comme beaucoup de ses
collègues, à l'époque des massacres de septembre. Détenu à la chambre
d'arrêt du comité de surveillance de la section des Quatre-Nations, il
était, le 4 septembre 1792, sur le point d'être mis à mort, lorsqu'il
écrivit au président de PAssemblée nationale la lettre suivante (i) :
Monsieur le Président,
C'est à vous-même que, sur ce chiffon de papier, le seul
que j'aie pu me procurer, je me hâte de vous apprendre, le
désespoir dans Pâme, que le peuple de la section des Quatre-
Nations demande ma tête et que, dans une heure au plus, je ne
vivrai plus, si, dans votre sagesse, vous ne trouvez quelque
moyen de me sauver. Ah! de grâce, faites-moi transférer
prisonnier dans quelque comité de TAssemblée nationale.
Sicard, instituteur des sourds-muets.
A la chambre d'arrêts du comité de surveillance de la
section des Quatre-Nations, ce 4 septembre.
(1 Cette lettre et les pièces suirantes font partie de It belle collection révolutionnaire
de M. B. FOlon.
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128 REVOE DES DOCOMBNTS HISTORIQUES
L'adresse portait ces mots :
A Monsieur, Monsieur le président de l'Assemblée natio-
nale, pour conserver la vie d'un citoyen (i).
•^
Cette lettre, souillée de sang, fat portée à TAssemblée natiooak qui,
alors, n'était pas en séance. ReuToyée au Comité d'instruction publique,
elle produisit un effet tel que le secrétaire de ce Comité, Gilbert
Romme, rédigea aussitôt une note pressante pour la Commune de
Paris. En voici le texte :
M. Tabbé Sicard fait entendre le dernier cri du désespoir
pour appeller à son secours TAssemblée nationale qui, dans
cet instant, n'est pas en séance. Le tems presse et Thuma-
nité, la justice, nous font un devoir de prendre la première
mesure qui se présente à nous. Vous, Messieurs, qui avez la
confiance du peuple, faites un dernier effort pour rappeller
ceux qui demandent aujourd'hui la tête de M. Sicard à la
(i) Sar le fac-similé de l'adretse, oa a marqué la place de la tache de tafig«
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7>
t
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cX
I
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l'abbé sicârd 129
clémence quUls montrèrent hier et qui les honora aux yeux
de tous les amis de la liberté (i). Nous vous envoyons le
billet de M. Siccard. Ces lignes, tracées dans Pagitadon d'une
âme désespérée, sont faites pour faire une profonde impres-
sion sur les âmes sensibles.
4 septembre, Tan 4 de la liberté, le premier de Tégalité.
Constant Saint-Estève. G. Rommb, secrétaire.
Brunel. F.-V. Mulot.
Brugonas (?).
L'Assemblée nationale, pendant ce temps, rentra en séance, et rendit
le décret suivant :
« L'Assemblée nationale décrète que l'abbé Sicard sera rendu à ses
fonctions et qu'il est sous la sauve garde delà loi. » ,
Aussitôt la lettre de Romme et le décret furent envoyés au Conseil
général de la Commune, qui dépécha un de ses membres, Guirault, de
Bordeaux, à l'Abbaye. Là, ce citoyen parvint à arracher l'abbé Sicard
aux assassins et à le ramener au sein de l'Assemblée. On dressa pro-
cès-verbal du fait :
Extrait du procès-verbal de la Convention nationale du
4 septembre 1792, Pan premier de la République française.
Un membre de la Commune, M. Guirault, vient annoncer
à l'Assemblée qu'il a arraché à une mort presque certaine
Tabbé Siccard, élève de Tabbé de TÉpée, qu'il s'est mis
entre le peuple et lui, et qu'aiant été assez heureux pour le
sauver, il vient le présenter au Corps législatif.
L'Assemblée nationale applaudit au dévouement du sieur
Guirault, et décrète la mention honorable dans son procès-
verbal.
CoUationné à Toriginal par nous, secrétaires de la Con-
vention.
(1) Romme fiut allosion à Cazotte et à Sombreail, qui forent, grâce i Tadmireble dérooe-
ment de kors filles, arrtcbét à la mort.
TOBiE rv 17
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l30 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
A Paris, ce la décembre 1792, Tan premier de la Rqra-
Uique française.
L.-M. Lepeletier, secrétairt
OssELiN, secrétaire. L.-A. S*-Just, s~.
Le 6 septembre, le Comité de sanreilUnce de la secdon des Qnttrt-
Nations ordonna de restituer au cito]ren Sîcard les dth de ses pro-
priétés.
Le comité de surveillance de la section des Quatre-Nations
donne pouvoir au citoyen Plongeur (?), Tun de ses membres,
de se transporter au comité de surveillance générale de polia
et de sûreté pour retirer les defe du citoyen Sicard, institu-
teur des sourds et muets, afin que ce citoyen jouisse de
la liberté de ses propriétés à lui rendues par décret de l'As-
semblée nationale.
Au Comité de surveillance de la section des 4 Nations, le
6 septembre 1792, Tan 4* de la liberté et le i*' de
régalité (i).
Le Gangneur, Barbot,
Commifuirc de police. Gonniifleairc.
(I) La pièce est tignée cTim tfXMdème pertoonige, dont le nom est iltitible.
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DESTRUCTION DE L'ABBAYE DE CLUNY
Les trois lettres suivantes, émanées du ministre de l'intérieur Chaptal,
témoignent des efforts que fit ce savant, sous le Consulat, pour empêcher
la destruction de Tantique abbaye de Cluny. On- sait que ces efforts
furent vains et que l'église de Cluny et ses dépendances furent cédées
pour le prix dérisoire de 5o,ooo francs à des industriels, qui en ven-
dirent les matériaux en détail (i). Il ne reste aujourd'hui de cet illustre
monument que le clocher et la belle chapelle Bourbon où on conserve
quelques chapiteaux admirables provenant de l'église.
Liberté. Égalité.
Paris, le 27 frimaire an 9 de la République française,
une et indivisible (2)
Le Ministre de Pintérieur, par intérim,
au Ministre des finances.
J^apprends, mon cher collègue, que P Église de la ci-
devant abbaye de Cluni va être détruite entièrement par
des acquéreurs qui ont déjà commencé sa démolition pour
en vendre les matériaux. Les habitants avaient, dit-on, le
projet de faire de ce local une maison d^éducation pour les
conmiunes qui Favoisinent. Ils promettaient de le faire
recouvrir à leurs frais, si on voulait empêcher la destruction
d^un édifice qui a été vendu contre les dispositions des lois,
puisque les acquéreurs ont obtenu pour une sonmie de cin-
quante mille francs ce qui en vaut plus de deux cent mille.
Il serait donc intéressant, sous plusieurs rapports, et, parti-
culièrement, sous celui de l'architecture, de conserver un '
*" (1) Histoire de Vabbaye de Cluny, par H. Champly; Mieoo, 1866, in-i3, p. 371.
(3) 18 décembre 1800.
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l32 REVUE DES DOCUMENTS HISTOKIQUES
monument construit au commencement du x"** ^ède^ et
dont la conservation est si parfaite qu'il paraît sortir de la
main des ouvriers.
Vous sentez, mon cher collègue, le double avantage qu^il
y aurait d'annuler une vente aussi désavantageuse et où U
nation a été lésée de plus d'outre-moitié.'
Je vous invite donc à vous faire présenter, le plutiât pos-
sible, un rapport sur cette affaire, et à vouloir bien me doo-
ner connaissance de la décision que vous aurez cru devoir
prendre sur un objet de cette importance.
Je vous salue,
Chafwll.
Liberté. Égalité.
Paris, le 14 prairial an 9 de la République française, une
et indivisible (i)
Le Ministre de Tintérieur
au Ministre des finances.
J'apprends, mon cher collègue, que, malgré les ordres
que vous aviez donnés de suspendre la démolition de Tabbaye
de Cluny, sans vous prévenir des résultats des mesures que
vous avez indiquées, et sans avoir reçu des instructions ulté-
rieures, le Préfet du département de Saône-et-Loire s'est per-
mis d'accorder aux acquéreurs de ce monument la main-
levée des oppositions mises i leurs travaux.
Comme ce monument est un des plus intéressans de ceux
qui nous restent, par l'époque i laquelle il a été ^construit,
par la beauté et la pureté de son architecture, conmie il est
essentiellement lié à l'histoire de la nation;
D'un autre côté, comme il conste, par les considérans
(1) 3 juin 1801.
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DESTRUCTION DE l' ABBAYE DE CLUNY l33
même du Préfet, que les acquéreurs n'ont pas, à beaucoup
près, payé la valeur réelle de ce monument.
J'ai écrit sur-le-champ au Préfet pour le blâmer d'avoir
autorisé la démolition, sans en avoir reçu des ordres ulté-
rieurs, pour lui ordonner de les faire suspendre sur-le-champ
jusqu'à ce que les consuls, à qui je vais exposer la nécessité
de conserver ce monument, ayent déterminé l'indemnité à
accorder aux propriétaires.
Je vous préviens de cette mesure, mon cher collègue, afin
que vous veuilliez bien concourir avec moi à la conservation
de ce beau monument, et donner en conséquence les ordres
les plus prompts.
Je vous salue cordialement.
Chaptal.
Liberté. Égalité.
Paris, le 24 thermidor an 9 de la République française,
une et indivisible (i)
Le Ministre de Tintérieur
au Ministre des finances.
Mon cher collègue, d'après la lettre et le rapport du Préfet
de Saône-et-Loire sur la situation de Tabbaïe de Cluny et
sur rimpossibilité de conserver ce monument, je cesse toutes
démarches à cet égard, mais je vois avec douleur que Tin-
fluence d'un gouvernement réparateur n'ait pu sauver un de
nos édifices les plus intéressans pour l'histoire et pour les
arts.
Je vous salue très-cordialement.
Chaptal.
Ces documents sont empruntés à la collection de M. B. Fillon.
(i) la août 1801.
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HONORIUS III
Bulle du ptpe Honorios III autorisant les Frères Prêcheurs à oââxtr
la messe sur un autel portatif (i).
C'est Saint Dominique qui, lors de son dernier séjour à Rome,
obtint cette faveur du souverain pontife. Il mourut le 6 août de h
même année. La bulle est du a des nones de mai de l'année laai.
Honorius, episcopus, senrus seryorum Dei, dilectis filiis
fratribus de ordine Predicatorum, salutem et apostolicam
benedictionem. Postulastis a nobis ut, cum extra dvitates
et villas frequentiua existada, nec vobis expédiât per bajos-
modi locadiscurrere pro divinis offidis audiendis, cdebrandi
vobis ubi Conventus de ordine vestro fuerit super altare
portatile licentiam preberemus, Nos autem id vestris postu-
lationibus inclinati concedimus sine juris prejudido alieni
Datum Laterani II nonarum noaii Pontificatus no$tri anno
quinto (2).
Cette pièce hit partie de la collection de M. Benjamin Fillon.
(i) U ii*ti ptt trouvé cette balle daat l« rccBefl dlanooent QroB : CmKpiUiio £>lil»-
anm dêorfUUiwm HamtrU III; TooImm. 1645, ia-foL
(s) 6 mai 133 1.
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS
François-Hubert Drouais, né â Paris le 14 décembre 1727, fut un
portraitiste habile et mourut dans sa ville natale le 21 octobre 1775.
Mon ami, M. Maurice Toumeux, a retrouvé, dans les archives d'un
notaire, Finventaire de la succession de ce peintre. Il m'a autorisé à
publier ce document qui intéresse l'histoire de l'art et des mœurs au
scviii^ siècle.
L'an mil sept cent soixante quinze, le mardy douzième
jour décembre, trois heures de relevée, i la requête de
demoiselle Anne- Françoise Doré (i), veuve du s' François-
Hubert Drouet, Peintre du Roy, conseiller de l'Académie
Royale et premier peintre de Monsieur, frère du Roy, de-
meurante à Paris, rue Saiht-Honoré, paroisse Saint-Roch, en
son nom à cause de la communauté de bietis qui a été entre
elle et le feu s' son mary, qu'elle se réserve d'accepter ou d'y
renoncer, ainsy qu'elle jugera à propos, et comme tutrice
de Marie- Anne-Louise Drouet et Germain- Jean Drouais,
leurs enfants mineurs.
En présence de M. Jean-Baptiste-Bernard Lutton, avo-
cat et greffier au parlement, demeurant rue Sainte- Anne,
même paroisse, oncle paternel desdits mineurs et leur su-
brogé tuteur.
La d* veuve Drouet et le s' Lutton, élus chacun à leur
égard à ces charges par sentence homologative, de l'avis
des parents et amis des mineurs, rendue par M. le Lieu-
tenant civil au Châtelet le vingt un novembre dernier, en-
suitte de laquelle est l'acceptation qu'ils ont chacun à leur
égard fait de ces charges le vingt huit du même mois au
(i) FrtDçoU-Habert Drooait avait épousé, à Saint-Roch, le 7 juillet 1758, Aone-Fran-
çoiae Doré. (a. ùictUmnaire de Jal.).
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l36 ftSVUE DES DOCCMENTS HlSTOtlQUES
registre de M. L^as^grefifier de U diambre dvUe dodh Cht-
telet, et sous la réserve faite par ladite dame d^aco^ier b
garde bourgeoise de ses deux enfants, si eUe le juge A prtj^os,
laquelle réserve elle réitère.
Lesdits mineurs habiles à se dire et porter héritier diacoa
pour moitié du sieur leur père.
A la conservation des droits et actions des part^ es noms
et qualités et de qui il appartiendra, il va être par les cmneîl-
1ers du Roy, notaires au Châtelet de Paris soussignés, €ût
ensuite du présent intitulé fidel inventaire et exacte descrip-
tion de tous les meubles meublans, ustensiles de ménage,
habits, linges, hardes, argenterie, deniers comptants, tableaux,
gravures, estampes, titres, papiers, renseignements et autres
effets, dépendant desdites communauté et succession dodit
sieur Drouet, trouvés et étant dans les lieux cy-après déclarés
dépendans d'une maison sise à Paris, passage Saint Roch,
dont est propriétaire la fabrique Saint Roch et où le s' Drouet
est décédé le a i octobre dernier.
Sur la représentation et mise en évidence qui en sera faite
aux notaires soussignés par ladite dame veuve Drouet, après
serment fait tant par elle de tout représenter fidèlement sans
rien cacher ny détourner, et par François Glaise, domestique
au service de ladite dame, et ce qui étoit à cduy du sieur
Drouet, lors de son décès, demeurant en ladite maison, à ce
présent, de n'avoir aucune connoissance qu'il ait été rien
caché ni détourné par qui que ce soit, sous les peines de droit
en pareil cas introduites, qui leur ont été expliquées et qu'elles
ont dit comprendre.
La prisée des choses y sujettes sera faite par m* Spire-
Charles Poupet, huissier commissaire priseur au Châtelet de
Paris, y demeurant rue du Four, faubourg Saint Germain,
paroisse Saint Sulpice, à ce présent, lequel fera cette prisée
eu égard au cours du temps, ainsy qu'il suit :
Par ces mêmes présentes ledit sieur Lutton en sadite qua-
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS lij
lité, a nommé pour donner son avis sur restimation des ta-
bleaux, gravures, estampes dépendant desdites communauté
et succession, le s*" Folio, marchand de tableaux, demeurant
à Paris, rue Montmartre, paroisse S* Eustache, lequel,
pour ce présent, a promis de donner son avis sur ladite esti-
mation en son âme et conscience après serment par luy à cet
effet prêté entre les mains des notaires soussignés, à laquelle
estimation qui sera faite par ledit M. Poupet, de l'avis dudit
sieur Folio, ladite veuve Poupet a dit qu'elle sera et ont
les parties signé sous toutes réserves et protestations respec-
tives et de droit.
Premièrement : deux demies queues de vin rouge, fût de
Mâcon, prisées 1 80 livres, cy 180 1.
Item cent bouteilles remplies de pareil vin prisées quarante
livres, cy 40 1.
Quarante caraffons de gros verre rempli de vin blanc, cru
deTonnerre, prisées 16 livres, cy 16 1.
Huit demies bouteilles de vin deMalaga blanc, prisées 4 li-
vres, cy 4 1.
Quatre vingt carafifons de gros verre vuide, huit caraffons
de gros verre de six pintes chacun, le tout partie étoile, prisé
ensemble huit livres, cy 81.
Deux vieilles planches à bouteilles de bois de sapin ver-
moulu et deux bouts de chantiers de bois de chêne, prisé en-
semble trois livres, cy 31.
Une demie voye de bois de gravier scié en deux, prisé
sept livres, cy 7I.
Dans la cuisine au quatrième étage sur le derrière
ayant vue sur le passage Saint-Roch.
Une paire de chenets, pelle et pincette, une pincette, trois
gaufifriers, une crémillère, un tourne broche à manivelle avec
sa chaîne et sa broche et d'un gros poids de pierre, une che-
TOME IV 18
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l38 REVUE DES DOCUMENTS HISTOUQUES
vretie, trois fers à rq>asaer linge, trois grils, un tr^ned, \
dessus de tourtière, quatre poêles à frire et une à marom, i
fourgon, une pelle à four, une lechefritte, une autre
lechefritte et douze cafetières» le tout de fer, piîsé fnfmhk
quarante livres, cy 40L
Sq>t casseroles à queues, deux grandes poâes à imifiuwcs
et une poêle d'office, quatre tourtières de campagne, un ré-
chaud, trois feuilles, le tout de cuivre rouge, pmé m^cmhtr
cinquante livres, cy 5o I.
Une bassinoiredecuivre rouge priséetroîslivres^cy 3 L
Quatre poêlons, une cuillère à pot, deux martinets, <)iiatrr
chaudrons de différentes grandeurs, une passoire, une ccu-
moire, un moyen et un petit chandelier et un p<Mte mou-
chette, le tout de cui\Te jaune, prisé ensemble trente six li-
vres, cy 361.
Trob couprets, deux hachoirs, un grand couteau de cui-
sine, un vieux soufflet, deux vieilles planches de bois desapm
servant de tablettes^ une planche à bouteilles aussi de bois de
sapin, une vieille table de cuisine de bois de chêne, un saloir
de bois de chêne fermant à clef, dans lequel ne s'est rien
trouvé, trois vieilles chaises en bois de hêtre foncées de paille,
une jarre de Graye contenant trois voyes d'eau sur sable , un
baquet de bois de tonnellerie, prisé le tout ensemble dix-huit
livres, cy 18 1.
Un buffet de bois de chêne à deux volets pleins par haut,
et deux par bas, fermans à clef, prisé seize livres. . 16 1.
Une poivrière de fer-blanc et dix pièces de potterie terre
et grais, ne méritant description, prisé ensemble vingt sdk,
cy il.
Dans la chambre du domestique au cinquième étage
ayant vue sur le passage Saint Roch.
Une couchette à bas piliers et enfonçure de bois, une pail-
lasse de toile écrue, un matelas de laine, couvert de toile 2
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FRANÇOIS-HUBEtT DROUAIS iSg
carreaux, une couverture de laine blanche, prisé vingt livres,
cy 20 1.
Quatre fauteuils de bois de hêtre foncé de canne, une rame
de papier blanc à dessiner, un gros paquet de crin dans son
enveloppe de toile à carreaux, un tas de vieille boiserie, une
petite paire de balances de cuivre jaune, un petit baril de bois
de tonnellerie, renfermant un boisseau de lentilles, trois
planches servant de tablettes, deux tringles de fer, six
grands carrafFons de gros verre vuide et trois autres de con-
tenence de six pintes chacun, prisé avec plusieurs morceaux
de toile peinte et damas de Caux et un paquet de chiffons ne
méritant description, prisé le tout ensemble trente six livres,
cy 361.
Dans une pièce au quatrième étage servant d'atelier
ayant vue sur la rue Saint-Honoré.
Une petite armoire en bibliothèque de bois de rose à deux
volets grillés de fil de laiton, deux vieux fauteuils de bois de
hêtre foncés de canne, deux gradins de bois de hêtre, en
forme de fauteuil foncé de paille satinée, une contrépreuve de
bois de chêne, quatre châssis de croisée de bois de chêne à
quatre grands carreaux chacun, le tout prisé ensemble vingt-
quatre livres, cy 24 1.
Dans une pièce ensuite ayant pareille vue.
Une couchette à enfonçure de bois, une paillasse de toile
éeruë, deux panneaux d'alcôve de bois de sapin grillé et fil de
laiton avec deux vieux rideaux de taffetas vert, prisé neuf li-
vres, cy 9I.
Un trumeau de trois glaces, la première de trente pouces,
la seconde de vingt, et la troisième de sept, le tout de haut,
tontes trois sur vingt pouces de large, avec bordure de bois
doré, prisé trente six livres, cy 36 1.
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140 REVl'E DES DOCCMEirrS HISTORIQUES
Deux petits pieds en consoles, de bois doré, avec leurs tt-
blettes de marbre rance, prisé quatre livres, cy. . . 4I.
Six fauteuils et une chaise de bois de hêtre foncé de canne,
prisé six livres, cy 6L
Une petite boîte à couleurs en forme de chifiTonnière ck bois
de noyer, prisée trois livres, cy 31.
Dans une chambre au troisième étage ayant vue
sur le passage Saint Rocb.
Une armoire de bois de noyer à deux battans fermant à
clef avec sa corniche ceintrée par haut, prisée quarante hait
livres, cy 48 1.
Une autre armoire de bois de noyer, à deux volets fermaos
à clef, garnie de sa corniche quarrée par haut et de son tiroir
par bas, prisée trente livres, cy 3o L
Un buffet de bois de noyer à deux volets par bas et deux
par haut fermans à clef avec corniche ceintrée, prisé cinquante
livres, cy 5oL
Un autre buffet en forme de bibliothèque à deux volets
par haut et deux volets par bas grillés de fils de laiton avec
rideaux de taffetas vert, prisé trente deux livres, cy. 32 L
Une table de bois de sapin, sur son pied prisé de bois de
chêne, douze chaises de bois de hêtre foncé de canne, un
petit miroir de toilette, prisé ensemble 10 livres, cy. 10 1.
Dans un cabinet ensuite ayant pareille vue.
Une grille de feu double, pelle et pincette de fer poli avec
garniture de cuivre argenté, prisé douze livres, cy. 12I.
Une cheminée de deux glaces, la première de trente huit
pouces, la seconde de douze, le tout de haut, sur trente trois
pouces de large, sur son parquet de bois peint en blanc avec
filets et ornements de bois sculpté doré, prisée cent vingt
livres, cy 120 1.
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS I4I
Une paire de bras de cheminée à deux branches et bobè-
ches de cuivre en couleur, prisé seize livres, cy . . i61.
I>eux flambeaux de cuivre argenté avec leurs bobèches pa-
reilles, six autres flambeaux aussy de cuivre argenté, prisé
ensemble quarante huit livres, cy 48 1.
Six tasses et six soucoupes et une tayère de porcelaine des
Indes, prisées six livres, cy 61.
Quinze lez de tenture de Damas des Indes jonquille sur
deux aunes moins un quart de haut, avec encadrement de
baguettes de bois sculpté doré, une paire de rideaux de taffe-
tas jaune en deux parties à deux lez chaque partie sur tringles
de fer et anneaux de patin, prisé deux cents livres,cy. 200 1.
Huit fauteuils en cabriolets de bois de noyer foncé de
crin couvert de damas jaune, prisés soixante douze livres,
cy 72 1.
Six chaises de bois de hêtre foncé de paille satinée, prisé
huit livres, cy 81.
Une couchette à bas piliers à fond sanglé, un sommier de
crin, deux matelas couverts de toile à carreaux, un lit, un
traversin et un oreiller de coutil remplis de plumes, deux
couvertures de laine blanche, prisé cent livres, cy . 100 1.
Une autre couchette à fond sanglé, un sommier de crin,
deux matelas couverts de toile à carreaux, un lit, un tra-
versin et un oreiller de coutil remplis de plumes, deux cou-
vertures de laine blanche, prisé cent livres, cy. . . 100 1.
Un petit tabouret foncé de crin couvert de velours d'Utrecht
jaune, prisé, avec un soufflet, trois livres, cy . . . 31.
Dans une pièce ensuite servant de garde robe.
Une petite couchette à bas piliers à fond sanglé, un som-
mier de crin , deux petits matelas de laine couverts de toile à
carreaux, un traversin de coutil rempli de plumes, une cou-
verture de laine blanche, un petit couvrepieds d'indienne,
prisé soixante livres, cy 60 1.
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14^ REVre DES DOCCICENTS HISTOtIQCES
Trois planches de bois de sapin servant de tablette, be
sceau à laver les pieds, de fayance, un grand plateaa aussi de
fajrance, quatre petites mesures d'éuin, une petite armoirt
de bois de sapin et une table de nuit de bois de noyer, pnaé
ensemble huit livres, cy 8L
Dans une autre petite chambre à coucher ensuitie
ayant vue sur la rue Saint-Honoré.
Une couchette à bas piliers à fond sanglé, un sommWr de
crin, deux matelas de laine couverts de toile à carreaux, im
lit, un traversin et oreiller de coutil remplis de plumes, ant
couverture de laine blanche, prisé quatre vingt livres,
cy Sol
Une toilette de campagne de bois, d'acajou garnie de fer,
ustensils, prisés vingt livres, cy ao 1.
Une armoire de bois de chêne à deux volets fermant i
clef et prisée quarante li\Tes, cy 40 1.
Une commode de bois de noyer à deux grands et deux pe-
tits tiroirs fermans à clefs, garnis de mains et entrées de ser-
rures de cuivre en couleur, prisée seize livres, cy . 16I.
Une petite pendule à cadran de cuivre et émail dans sa
boîte de marqueterie et cuivre et sur son pied en console de
bois sculpté doré, prisée trente six li\Tes, cy . . . . 361.
Une paire de rideaux en deux parties de toile et de cottoo
blanc sur sa tringle de fer, avec anneaux de potin, prisé douze
'ivres, cy lal.
Dix aunes de cours de tenture de damas de Caux sur deux
aunes moins un quart de huit, prisé vingt-quatre livres
cy 24I.
Un petit miroir de deux glaces, la première de quarante
deux pouces, la seconde de dix sept, le tout de haut sur vingt
un pouces de large, dans sa bordure de bois sculpté doré,
prisé soixante quinze livres, cy 75 1.
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J-RANÇOIS-HUBERT DROUAIS I43
Dans le sallon étant ensuite ayant pareille vue.
Une grille de feu double, pelle, pincette de fer poli avec
gdrniture de cuivre argenté, prisé dôu2e livres, cy. 12 1.
Une paire de bras de cheminée en fer blanc monté en
fleurs d'émailleà deux branches et bobèches, prisé trois livres,
cy 31.
Une cheminée de deux glaces, la première de trente cinq
pouces, la seconde ceintrée de huit, le tout de haut sur vingt
six pouces de large, sur son parquet de bois peint en vert
avec bordures et ornement de bois sculpté doré, prisé quatre
vingt livres, cy 80 1.
Un entre deux de croisée de deux glaces, la première de
trente et un pouces, la seconde de vingt deux, le tout de haut,
sur vingt trois pouces de large sur son parquet de bois peint
en vert d'eau avec ornements de bois doré, prisé soixante li-
vres, cy 60 1.
Un miroir de deux glaces, la première de quarante pouces,
la seconde ceintrée de douze, le tout de haut sur trente quatre
pouces de large, sur son parquet, et dans sa bordure de bois
sculpté doré, prisé cent cinquante livres, cy. ... i5ol.
Une commode de bois de placage à deux grands et deux
petits tiroirs garnie de mains, entrées de serrures, sabots et
ornements de cuivre en couleur avec son dessus de marbre,
prisé soixante livres, cy 60 1.
Une autre commode en tombeau de bois de placage à
deux grands et deux petits tiroirs, garnie de mains, entrées
de serrures, sabots et ornemens de cuivre en couleur avec
sa tablette de marbre rainé, prisée soixante douze livrés,
cy 72 1.
Une toilette de campagne de bois de noyer, prisée douze
livres, cy 12 1.
Une pendule faite à Paris par Peignart, à cadran Cuivre
et émail sonnant les heures et demie heure dans sa boite, et
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144 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
sur son pied d'écaillé verte, avec oniements de oiivre en
couleur, prisée cent vingt livres, cy i ao l.
Une autre pendule faite à Paris par I..efaucheur, à cadrm
de cuivre et émail, sonnant les heures et demie heures dans
sa boite et sur son pied de marquetterie et cuivre, prisée cent
vingt livres, cy 120L
Un petit secrétaire de bois de noyer en forme de pupitre,
prisé quinze livres, cy 1 5 1.
Une petite table à écrire de bois noirci, une vieille tahk â
cadrille cou verte de drap vert, prisée douze livres,cy. 12 1.
Huit fauteuils en cabriolet de bois de noyer foncés de cria
couvert de velours d'Utrecht vert,prisécentlivres,cy 100 1.
Quatre chaises de bois de hêtre foncé de crin, un pied en
console, de bois sculpté doré avec sa tablette de marbre, prisé
douze livres, cy » 12 1.
Un fusil à un coup sans nom d*auteur, prisé vingt livres,
cy 20 L
Un autre fusil à deux coups damasquiné, prisé . 3o I.
Vingt deux lez de tenture de damas vert sur deux aunes et
demi de haut, deux vieux rideaux en quatre parties de taf-
fetas vert hors de service, prisé deux cents livres,cy . 200 1.
Une couchette à bas piliers garnie de ses roulettes de bois
de Gayac, fond sanglé, un sonunier de crin , deux matelas
de laine couverts de futaine et toile à carreaux, un lit et un
traversin de coutil rempli de plumes, une couverture de laine
blanche, un petit couvrepieds piqué de satin jonquille, un
autre couvrepieds piqué de satin blanc avec housse en bal-
daquin et courtepointe de satin et damas vert, prisé deux
cent quarante livres, cy 240 1.
Dans les armoires et buffets cy-devant inventoriés:
Une douzaine d'assiettes de fayance commune, six plats de
pareille fayance, une soupière et son couvercle aussi de
fayance, prisé le tout ensemble trente livres, cy . . Sol.
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS 146
Cinquante pièces de verrerie en caraffes, verres, fioles, verres
à liqueur et plateaux, prisé ensemble douze livres, cy . rj 1.
Dix douzaines d'assiettes de porcelaine du Japon et des
Indes, prisé quatre-vingt livres, cy Sol.
Un mortier de marbre et son pilon de bois de Gayac,
un. autre mortier et son pilon de fonte, un poids
et une petite paire de balances, de cuivre jaune , un moulin
à café avec sa manivelle, prisé ensemble douze livres,
cy 12I.
Trois plateaux de cabaret, et quatre autres petits plateaux
déforme ronde de lacque, un petit moutardier et sa soucoupe
de-fayance, de Sceaux, prisé ensemble douze livres avec une
saucière de terre blanche, cy 12I.
Cent cinquante volumes de livres, sujets de peinture, archi-
tecture et dévotion, prisés soixante livres, cy. ... 60 1.
Dix douzaines de serviettes de toile pleine et à œil de per-
drix, trente-huit nappes, de différente [toile pleine et ouvrée,
prisé le tout ensemble. . . ., ;..... 140 1.
Une douzaine de tabliers de cuisine et deux douzaines* de
vieux torchons, prisé comme vieux trois livres, cy. 3 1.
Un service composé de dix-huit serviettes et une nappe de
toile damacée, prisé dix-huit livres, cy 18 1.
Trente-quatre paires de draps de lits de maître et de do-
mestiques de différente toile de ménage, prisé trois cent
livres, cy 3ool.
Dix huit taies d'oreillers, dont huit garnies de mousseKne
brodée, prisées douze livres, cy 12I.
Six douzaines de chemises à usage d'homme, de toile de
Flandres et d' Alençon, dont une douzaine garnie de man-
chettes de batiste unie, trois douzaines de cols de mousseline,
deux bonnets de cotton, trois douzaines de coiffes de nuit,
(piatre douzaines de paires de chaussons, deux camisolles de
ftanelle d'Angleterre, quinze paires de bas, de soye blanche,
deux paires de bas de soie noire et deux paires de bas de
TOME IV 19
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146 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES
laine noire, une douzaine de paires de bas de laine, fil et
cotton, prisé ensemble trois cents livres» cy. . . . 3oo l.
Six bonnets de laine de Sigovie, trois douzaines de mou-
choirs de toile blanche, quatorze mouchoirs des Indes et
carreaux rouges et blancs, prisé ensemble quarante bok
livres, cy 48 L
Deux rideaux de toile de cotton blanche, prisés vii^ Kvres,
cy 20L
Deux douzaines de chemises à usage de femme de toile de
ménage, une douzaine et demie de paires de bas de fil et
cotton blanc, quatre vieilles paires de bas de soie blanche, une
paire de bas de soie noire, quatorze bonnets piqués, dooze
bonnets ronds de mousseline, partie garnie de petite dentelle,
quatre déshabillés de toile de coton blanche, six jupoos pi-
qués, six corsets de toile de cotton blanche, quatre camiscrfes
de toile blanche, six paires de poches de bazin blanc, douze
mouchoirs de toile blanche, prisé le tout ensemble avec buh
paires de manchettes de mousseline unie, rayée et brodée et
trois rangs, cent vingt livres, cy . isol.
Douze coiffes et huit fichus de mousseline, quatre mantelets
aussy de mousseline et un paquet de chiffons ne méritant des*
cription, et deux paires de petits rideaux de mousseline, prisé
ensemble vingt-quatre livres, cy 14 1.
Il a été vaqué à ce que dessus jusqu'à neuf heures sonnées
par double vacation, à la réquisition des parties. Pour accélérer
ce fait, tout ce qui a été ci-dessus inventorié a été laissé^ du
consentement du sieur Lutton, en sadite qualité, en la garde
et possession de ladite veuve Drouet, qui le reconnaît et s^en
charge pour en faire la représentation quand, à qui et aînsy
qu'il appartiendra, et la vacation pour la continuation du pré-
sent inventaire a été remise et indiquée àdemain, mercrectyhuit
heures du matin, et ont les parties signé sous les mêmes ré-
serves et protestations par elles cy devant faites et qu'elle^
réitèrent*
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j
FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS I47
Dudit jour mercredi treize décembre, audit an mil sept cent
soixante quinze^ huit heures du matin, en conséquence
de Tassignation donnée par la clôture de la dernière va-
' cation à ce jourd'huy et heure, il va être par les conseillers
du Roy^ notaires au Châtelet de Paris, soussignés,
mêmes requête, présences et qualités que cy-devant,
. procédera la continuation du présent inventaire , ainsi qu^il
suit:
Suivent les habits, linges, hardes et dentelles à Tusage du
feu sieur Drouet :
Un juste au corps veste et deux culottes de Baracan gris, un
juste au corps veste et deux culottes de drap noisette, un
autre juste au corps veste et une culotte de Prussienne gris de
lin, un autre juste au corps veste et deux culottes de Gour-
gouran cramoisi, un juste au corps veste et deux culottes de
velours cerise, à petits bouquets noirs, un autre juste au corps
veste, et une culotte de velours printemps capucine, une veste
de drap d'or doublée de pluches de soie blanche, un juste au
corps, cinq culottes de velours noir, un juste au corps et sa veste
de petit velours à la Reine, coton et blanc, un juste au corps et
sa veste de soie petit gris doublé d'une fourrure grise, un habit
veste et une culotte de toile noire, une redingotte et sa veste
d^espagnolette grise, prisé le tout trois cents livres, cy 3oo 1.
Une paire de manchettes de dentelle de point d'Alençon,
une autre paire de taanchettes de dentelle point d'Angleterre
et deux paires de manchettes de dentelle de Malines brodée,
prisées comme vieilles quarante livres, cy 40 1.
Vingt deux paires de manchettes de mousseline unie, rayée,
brodée et garnie d'effilé, prisées ensemble vingt-deux livres,
cy 22 1.
Un chapeau demi castor à mettre sous le bras, un autre
chapeau demi castor uni, trois paires de souliers de veau
retourné et quatre perruques en bourses et en bonnets de che-
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148 REWE DES DOGIJiœNTS HISTOIIQUES
veux gris, deux bourses à cheveux de taffetas noir, prisé en-
semble six livres, cy 61.
Une ^>ée d'acier damasquinée en or, une autre épce d^ackr,
demi damasquinée à poignée à fiiagrammes d'ai^ent» ooe
canne d'un gros jet, commun, à pomme de cuivre dcm, prisé
ensemble dix livres, cy loL
Une canne d*un jet garni d'une pomme et vindes d^oc,
prisée cinquante livres, cy 5oL
Suit la garderobe à l'usage de ladite veuve Drouet :
Une robe et jupons de gros détours fond vert d'eau, deux
robes et leurs jupons de taffetas chiné fond blanc, une robe et
jupons de poux de soie noire, une robe et jupons de raz de saint
Maur, une robe et jupons âe taffetas rayé noir et blanc, une
robe et jupon d'indienne fond rose à petits bouquets, une robe
et jupon de satin fondcramoisiet blanc rayé, une robe et jupon
de velours à la Reine, fond cerises à grandes rayes blanches,
une robe et jupond'indienne fond jaune à bouquets, une pièce
d'étoffe des Indes rayée, fabriquée d'écorces d'arbre, un cou-
pon de douze aunes de satin blanc, un deshabillé de satin
blanc, une petite jupe et un petit jupon d'enfants de Dauphine
fond vert, un mantelet de taffetas noir, un manchon en baril
de satin gris, prisé le tout ensemble trois cent livres,
cy 3ool.
Huit garnitures de différentes dentelles d'Angleterre, point
d'Argentan et Malines brodée, une paire de manchettes à trois
rangs de vieille dentelle fausse Valenciennes et une autre paire
de manchettes de dentelle de Malines, entoilée d'entoilage,
prisé le tout ensetnble soixante livres, cy 60 1-
Suivent lesdiamans et bijoux :
Une paire de boucles de souliers, une paire de boudes de
jarretières à usage d'homme à contours d'argent, chappes et
ardillons d'acier, une autre paire de boucles à contours de
cailloux de Cayenne montés en argent, chappes et [ardillons
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FRÂHÇOIS*HUBERT DROUAIS I49
d'acier, une paire de boutons de mandas de cristal de roche,
monté en argent, une boucle de col d'argent, un porte col d'ar-
gent avec son agrafife, un hochet d'argent avec sa dant de cristal
de roche, une paire de boucles de souliers à usage de femme
à contours d'argent forme ovale, chappes et ardillons d'acier,
prisé le tout ensemble trente-six livres, cy 361.
Une paire de boucles d'oreilles de jay noir monté en argent,
un petit anneau d'or garni de dix rubis, une petite verge d'ar-
gent , un caronilles d'argent, prisé ensemble douze livres,
cy 12I.
Une montre à usage de femme faite à Paris par Auniolde,
dans sa boite d'or de Genève, chaîne de Puichebecq, maillée, clef
de cuivre, et petit cachet d'agathe grise et arborisée, monté
en or, prisé quatre vingt livres, cy 80 1.
Une petite tabatière de carton à cercles d'or, prisé neuf
livres, cy 9I.
Une montrée cadran d'émaille faite à Paris par Hervé, dans
sa boite d'or de Paris, garnie de sa chaîne d^acier, petit cachet
d'une pierre cornaline, montée en or et de deux petites clefs
d'or, prisée cent livres, cy 100 1.
Un étuy d'or en canonière pesant une once trois gros, prisé
quatre vingt seize livres, cy 96 1.
Une paire de boucles d'oreilles de cocques, entourées de
brillans, prisées mille livres, cy 1000 1.
Une bague à usage de femme composée d'un diamant
brillant d'une eau rousse, prisé trois cent livres, cy. 3oo 1.
Une bague d'une agathe arborisée entourée de brillans,
prisée deux cent livres, cy 200 1.
Une autre bague d'une agathe arborisée entourée de trois
petits brillans, prisée vingt-quatre livres, cy . . . 24 1.
Une autre bague en miniature représentant le feu roy Louis
quinze, montée sur cuvette et anneau d'or, prisé neuf livres,
cy 9 1-
Une bague à usage d*homme d'un brillant entouré de dix
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l50 KETUB DBS DOCUMENTS HlSTOtlQCES
autres flnoyens m<mtée sur cuvette et aonesu d'or^ prise sqit
cents livres, cy 700L
Suit la vaisselle d'argent :
Trefite cuillères et trente fourchettes à boudie, deux cék-
1ères à potage, une grande fourchette à bouilli, cinq caiUèrei
à ragoût, une cuillère à olive, une cuill^ à sucre, trots tim-
bales, sept cuillères à caffé, une à moutarde, le tout d'ai^CDt,
poinçon de Paris, pesant vingt-six marcs, deux onces» ua
gros, prisé à juste valeur et sans crue, comme vaisselle platt,
à raison de cinquante livres treize sols six deniers k marc,
revenant ladite quantité audit prix à la somme de treize cent
trente et une livres deux sols, cy i33ii.3s.
Un grand plat à soupe, un plat à bouilli, quatre plats d^en-
trée, un grand et deux petits plats de rôts, le tout d'ai^nt,
poinçon de Paris, pesant ensemble quarante trois marcs deux
onces, prisé à juste valeur et sans crue comme vaisselle plate
soudée à raison de cinquante livres neuf sols dix deniers k
marc, revenant la dite quandté audit prix à la somme de deux
mille cent quatre vingt trois livres quinze sols trois deniers,
cy 2i83Li5s.3d.
Une écuelle couverte, une autre écuelle non couverte, deux
compotiers, trois gobelets à pieds, quatre salières, deux co-
quetiers, un essais en forme de tasse, un porte huillio' avec
ses deux bouchons de caraffes, deux moutardiers, une salière
et poivrière, le tout d'argent, poinçon de Paris, pesant en-
semble dix sept marcs six onces, prisé à juste valeur et sans
crue comme vaisselle, montée à raison de cinquante livres deux
sols quatre deniers le marc, revenant ladite quantité audit
prix à la somme de huit cent quatre vingt neuf livres onze
sols cinq deniers, cy 889I. 11 s. 5d.
Douze cuillères à caffé de vermeille d* Allemagne pesant un
marc quatre onces, prisé à juste valeur et sans crue, conmie
vaisselle d^ Allemagne, à raison de trente neuf livres dix sols
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FIANÇOI&-HUBERT DROUÂIS l5l
neuf deniers le marc, revenant ladite quantité audit prix
é. la somme de cinquante neuf livres six sols un denier,
cy 53 L6s. I d.
Cent vingt cinq jettons d'argent, pesant quatre marcs quatre
gros, prisé à juste valeur et sans crue, comme jettons, à raison
de cinquante livres dix sept fois trois deniers, le marc, reve-
nant la dite quantité audit prix à la somme de deux cent six
livres douze sols six deniers^ cy 206 1. 12 s. 6 d.
Suivent les deniers comptants
y
S'est trouvé trois cent louis de vingt-quatre livres chacun
faisant ensemble la somme de 7200 1.
Treize doubles louis de quarante huit livres chacun faisant
ensemble six cent vingt quatre livres, cy 624 1.
Trois sacs de douze cent livres^ faisant ensemble trois mille
six cents livres, cy 36ool.
En écus de six livres neuf cent quarante deux livres,
cy 942I.
Un sac de sols de cinquante livres, cy 5ol.
Deux sacs de sols de vingt-cinq livres chacun, faisant en-
semble cinquante livres, cy 5ol.
Il a été vacqué à ce que dessus jusqu'à onze heures sonnées :
ce fait, tout ce qui a été cy-dessus inventorié a été laissé, du
consentement du sieur Lûtton en sa dite qualité, en la posses-
sion de la dame veuve Drouais qui le reconnaît et s*cn charge
pour le représenter quand, à qui et ainsi qu'il appartiendra. Ce
fait, les parties ont requis les notaires soussignés de se trans-
porter de suite en une petite maison sise à Paris rue de Cour-
celles, faubourg du Roulle, dépendant desdites communauté et
succession, pour y être procédé à Tinvent^fire et description des
meubles et effets, qui garnissent ladite maison, et ont signé.
Obtempérant auquel réquisitoire, les notaires soussignés se
sontà rinstant transportés avec ledit m* Poupet et les autres
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l5a REVUE DES DOCmCENTS HlSTOtlQUES
parties à ladite maison rae deCoorceUesyOÙ étant arrivés, 3
a été procédé en présence desdites parties es noms et quali»
à la description et prisée des meubles meublans, ustenaks
de ménage et autres effets garnissant ladite maison.
Sur la représentation et mise en évidence qui en sera fttte
aux notaires soussignés par lad. dame veuve Drouet» aptes
serment par elle nouvellement fiait et prêté ès-mains desd
notaires de tout représenter fidèlement sans rien cacber oi
détourner et par ladite dame et ledit Francis Glaise de n'avoir
aucune connaissance quMl ait été rien détourné par qudqoe
soit, sous les pdnes de droit.
La prisée des choses y sujettes sera faite aussi par ledit
M* Poupet^ ainsy qu'il suit, et ont les parties signé sous les
mêmes réserves et protestations par elles cy devant faites et
qu'elles réitèrent.
Dans la cave :
Un quarteau de vin rouge cru d'Orléans, prisé trente livres^
cy 3oL
Cent vingt caraffons de gros verre» rempli de vin nMige cru
d'Orléans, prisé avec les caraffons quarante huit livres,
cy 48L
Cent caraffons duquel verre rempli de vin rouge cru de
Bordeaux, prisé dnquanie livres, cy 5o 1.
Soixante demie bouteilles remplies de vin blanc crû de
Marsault et de Pétuval, prisés trente livres,' çy . - 3o l.
Trente caraffons de gros verre, remplis d'eau de vie d^Or-
léans, prisées vingt quatre livres, cy 24 1.
Quatre ^ingt caraffons de gros verre vuide, partie étoiles,
prisés huit livres, cy 81.
Deux demies queues de vin rouge crû de Bordeaux, prisés
deux cents livres, cy 200 1.
Un quart de voye de bois de gravier, sdé en deux, prisé
trois livres, cy , 31.
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS l53
Dans la cuisine au rez-de-chaussée ayant vue sur le
jardin :
Une paire de chenets à cran, pelle, pincette, deux grils, un
trépied, une poêle à frire, un tournebroche, sa manivelle et
sa broche, chaîne, cordage et poids de fer, un garde feu de
trente deux feuilles, une contenance, un réchaud, deux ha-
choirs, un couperet, le tout de fer, prisé dix-huit livres,
cy i81.
Trois casseroles, une poêle à confiture, une tourtière, le
tout de cuivre rouge, et une petite marmite aussi de cuivre
rouge, une écumoire de pareil cuivre, prisé dix huit li-
vres ; i81.
Deux poêlons, un porte mouchette, de cuivre jaune, prisé
six livres, cy 61.
Cinq caffetières, cinq couvercles, deux antonnoirs de fer
blanc, un moulin à cafFé et vingt pièces de potterie terre et
gray, à usage de ménage, ne méritant description, un sceau
de tonnellerie, une bassinoire, de cuivre rouge, deux tamis
à passer le bouillon, prisé le tout ensemble huit livres,
cy 81.
Un buffet de bois de chêne à deux volets pleins par haut
et deux autres par bas, fermant à clef, prisé quarante huit
livres, cy 48 1.
Dans ledit buffet :
Cinq douzaines d'assiettes, quatre saladiers, douze plats,
quatre caraffes, un porte-huilier et ses burettes de cristal, et
vingt pièces de menue fayence à usage de ménage, prisé le
^out ensemble douze livres, cy 12I.
Deux soupières de fayence de Sceaux, leurs couvercles et
leurs plateaux, prisés six livres, cy 61.
TOME IV 20
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l54 UVUE DES DOCUMENTS HISTOUQUES
Dans un salon ensuite ayant vue sur leîardin :
Une petite table de bois de sapin sur son pied ployant de
bois de chêne, une table plus grande aussy de bois de sapb
sur son pied brisé de bois de chêne, six vieilles chaises de
paille et six chaises de cannes, un balet de crin, un maicbe-
pied de bois de chêne, un vieux soufiBet, et un chandeScr
de cuivre jaune, prisé le tout ensemble huit livres, cy. 8 L
Quatre miroirs de deux glaces chacun, la premià^ de
quarante huit pouces, la seconde de vingt de haut, toutes sur
trente deux pouces de large, dans leurs bordures de bots sculpté
doré et sur leurs parquets de bois peint en gris, prisé lesd
quatre glaces ensemble huit cent livres, cy . . . . 800 L
Un baromètre, une paire de bras de cheminée à double
branches, de cuivre en couleur, prisé trentelivres, cy. 3o I.
Une grille de feu double à trob pommes, pelle et pincette
de fer, prisé douze livres, cy 12 1.
Dans une chambre au premier étage ayant vue sur la
cour et le jardin :
Une paire de chenets, pelle et pincette de fier, un poâe de
terre fayence, avec ses bouts de tuyaux , trente deux chaii>
deliers de cuivre argenté, six diaises de bois de hêtre foncées
de paille, une table i cadrille couverte de drap vert, use
échelle de bois d'aune, prisé 24 1.
Une commode de bois de noyer, à deux grands et deux
petits tiroirs, garnie fontes de cuivre en couleur, prisée seize
livres, cy 16I.
Une cheminée d^une seule glace, de trente un pouces de
haut, sur trente trois de large, sur son parquet de bois pdnt
en grès avec bordures de bois doré,| prisée soixante [livres,
cy 60I.
Un miroir d^une seule glace de vingt un pouces de haut
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS l53
sur vingt quatre de large^ dans sa bordure de bois doré, prisé
trente livres, cy Sol.
Deux fonds sanglés garnis chacun d'im matelas de laine,
couvert de toile à carreaux, un traversin et un oreiller de
coutil rempli de plumes, et une couverture de laine blanche,
prise quarante huit livres, cy 48 1.
Quinze lez de tenture de vieux damas vert, sur une aune
et demie de haut, bordé de galon d^or faux, quatre paires de
rideaux de taffetas vert, sur leurs tringles de fer, prisé comme
très vieux soixante douze livres, cy 72 1.
Une couchette à bas pilliers à fond sanglé, un sommier de
crin et deux matelas de laine, couverts de toile à carreaux, un
lit, un traversin et un oreiller de coutil remplis de plumes,
une couverture de laine blanche, et une courtepointe de vieux
damas vert, prisé cent vingt livres, cy 120I.
Dans une petite chambre à côté ayant vue sur le jardin :
Une paire de chenets, pelle et pincette de fer, prisé six
livres, cy 61.
Une couchette à bas piliers à deux dossiers, un sommier de
crin» deux matelas de laine, couverts de toiles à carreaux, un
traversin et un oreiller de coutil remplis de plumes, prisé cin-
quante livres, cy 5ol.
Un lit de sangle et un matelas de laine, couvert de toile à
carreaux, prisé vingt livres, cy 20 1.
Une cheminée d'une seule glace, de deux pouces de haut,
sur vingt neuf de large sur son parquet de bois peint en
çrès avec bordures de bois doré, prisé cinquante livres,
cyv, 5ol.
Une seringue et son canon d'étain, prisé quarante sols
ci 2K
Un petit secrétaire de bois de noyer peint en rouge, prisé
quarante livres, cy 40 1.
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l56 REVUE DES DOCUMENTS HOTOtlQUES
Dans ledit secrétaire :
Deux vieux parasols de taffetas vert, privés six Imts,
cy 61.
Un microscope solaire, prisé vingt livres, cy . . . 20L
Une serrure de sûreté et deux defs^ prisé quatre lirrcs,
cy 4L
Dans le grenier :
Un petit étaux, un tas de ferraille ne méritant descriptk>n et
un tas de vieux débris de bois, prisé ensemble huit livres»
cy 8L
Dans une petite serre au rez-de-chaussée :
Un 'établi de menuisier, un rabot, un valet de fer, un
maillet de bois, deux barils de bois de tonnellerie cerclé en
fer, douze caisses remplies de petits arbrisseaux, comme
lauriers roses, grenadiers et orangers nains, une hotte d'ozîcr,
une bêche, deux râteaux, une vieille brouette et quatre arro-
soirs de cuivre jaune, prisé le tout ensemble soixante^douzê
livres, cy 72 L
Il a été vacqué à l'inventorié cy dessus jusqu'à deux heures
sonnées. Ce fait, tout ce qui a été cy devant inventorié a été
remis du consentement du sieur Lutton, audit nom, en la
garde et possession de la dame veuve Drouet, qui le reconnaît
et s'en charge, pour le représenter quand, à qui et ainsy qu'il
appartiendra, et la vacation pour la continuation du présent
inventaire a été remise et indiquée à demain jeudi, huit heu-
res du matin, et ont signé.
Dudit jour jeudy quatorze décembre mil sept cent soixante-
quinze, huit heures du matin, en conséquence de l'assi-
gnation donnée par la clôture de la dernière vacatioe à
cejourd^huy et heure, il va être, par les conseillers du Roy,
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS lij
notaires au Chàtdet de Paris soussignés, ès*mêmes requêtes,
présences et qualités que cy devant, procédé à la continuation
du présent inventaire, ainsi qu^il suit :
Suit rinventorié des tableaux, estampes, gravures et plan-
ches dépendantes desdites communauté et succession, dont
l'estimation a été faite par ledit M? Poupet, en présence et
de l'avis dudit sieur FoUiot, ainsy qu'il suit :
Premièrement : N"* i*'. Douze tableaux prisés ensemble
douze livres, cy " 12 1.
N** 2. Onze tableaux, prisés ensemble douze li-
vres, cy 12 1.
N** 3. Vingt autres tableaux, prisés ensemble. 20 1.
N'' 4. Treize autres tableaux, prisés ensemble. 1 2 1.
N*" 5. Sept autres tableaux, prisé ensemble. . . 6 1.
N* 6. Un portefeuille d'académies au nombre
de trois cents, prisé ensemble quatre-vingt-seize li-
vres, cy 96 1.
N** 7. Quatre-vingt-dix académies, prisées en-
semble 24 1.
N^ 8. Deux cents estampes, prisées ensemble . . 24 1.
N^ 9* Deux cent quinze estampes, prisées en-
semble quatre' cent trente livres, cy 43o 1.
N** 10. Mille gravures, prisées ensemble. ... 100 1.
N** 1 1 . Seize planches gravées à Teau-forte par
M. Fragonard, prisées ensemble quatre-vingt-
seize livres 96 1.
N® 12. Six planches de différentes grandeurs,
gravées au burin, prisées ensemble cent quarante-
quatre livres, cy 144 1.
N** i3. 834 estampes gravées au burin, prisées
ensemble quatre cent livres, cy 400 1.
N"" 14. 23o estampes gravées au burin, prisées
ensemble cent quinze livres, cy ii5 1.
Il a été vacqué jusqu'à onze heures sonnées, tant à l'arran-
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|58 RBTUI on DOCnilENTS mSTOtlQCES
gamat et dktinctkm dcsdht tabkaaz, estimpes et grevme^
qu'à kur estiiiutiûn et inventorié; ce fût, iesdîts tabk— t,
estampes et gravures ont été laissés^ du OMiaentemeu àoA
sieur Lutton, audit nom^ en la garde et possession de la&c
dame veuve Droueti qui le reconnait et s'en cha^e^ pour cb
Cairela représentation ou en compte^ quand, àqui et ainsqr qa^
appartiendra, et la vacation pour la continuation dn présaa
inventaire a été remise et indiquée du consentement des pu*
ties à cejourd'hui) trois heures de relevée, et ont signé jn«c
ledit M* Poupet et ledit sieur FoUiot.
Dudit jour jeudy quatorze décembre mil stpt cent soîxaste-
quinze, trois heures de relevée, en conséquence de Pasâ-
gnation donnée par la clôture de la vacation de ce num
à cejourd'hui et heure, il va être, par les conseillers dn
Roy, notaires au Chitelet de Paris, soussignés, es meaio
requêtes et présences et qualités que cy devant, procédé à
la continuation du présent inventaire, ainsi qu'il suit :
Suivent les papiers :
Premièrement : Texpédition en parchemin du contrat de
mariage d'entre ledit feu sieur Drouais et ladite dame, au-
jourd'hui sa veuve, passé devant M* Bontemps, qui en t
gardé minute, et son confrère, notaires i Paris, le vingt-
six juillet mil sept cent cinquante-huit.
Par ce contrat, il a été établi communauté de biens entre
les lors futurs époux suivant la coutume de Paris, à l'exclu-
sion des dettes antérieures au mariage, en faveur duquel les
père et mère du lors futur époux, lui ont constitué en dot, eo
avancement d'hoirie de leurs successions futures, la somme
de huit mille livres, pour lesquels ils ont constitué quatre
cent livres de rente perpétuelle, pour en conmiencer le paye-
ment des arrérages à compter du premier juillet lors prochain
seulement.
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nUNÇOlS-HUBERT DROUAIS iSg
Il a été convenu qu'an moyen de cette constitution de dot,
le survivant des sieur et dame Drouais, père et mère, aurait
la jouissance pendant sa vie du bien du prédécédé, sans être
tenu d'en rendre aucun compte audit sieur lors futur époux,
à ses représentants, en demeurant par le survivant en vi-
duité, et faisant faire bon et fidèle inventaire, à l'extinction
de laquelle convention ledit sieur lors futur époux s'est sou-
mis pour luy et ses représentants.
Ledit futur époux a déclaré lui appartenir de ses gains et
épargnes et a promis apporter au mariage la somme de
mille cinq cent cinquante livres en deniers comptans, bijoux,
tableaux et effets ayant rapport à l'art de peinture, meubles
meublans, glaces, linges, habits, bardes à l'usage du feu
sieur Drouais, dont la demoiselle, lors ftiture épouse, a dit
avoir connaissance.
Il a déclaré en outre luy être dû, pour diflférens ouvrages
par lui faits pour le Roy et des particuliers, environ la somme
de neuf mille livres, sauf cependant les diminutions ou pertes
qui pourroient arriver.
Les biens de la demoiselle, lors future épouse, ont été dé-
clarés consister en la somme de deux mille six cents livres,
aussy provenant de ses gains et épargnes, composés de dix-
sept cent vingt livres de deniers comptans, et le surplus en
habits, robes, linges, nippes et hardes à /son usage; le tout
que ledit sieur lors futur époux a reconnu luy avoir été
fourni et remis par ladite demoiselle future épouse, envers
laquelle il s'en est chargé.
Et encore en sa portion comme habile à se dire et porter
héritière pour un sixième de ses père et mère.
Des biens des lors futurs époux, il est entré de part et d'autre
en communauté, à prendre sur le mobilier jusqu'à la somme de
mille livres, le surplus, avec ce qui leur adviendroit et écherroit
pendant le mariage par succession, donation, legs ou autrement,
leur a été stipulé propre et aux leurs de leur côté et ligne*
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l6o REVUE DBS DOCUMENTS HISTOtlQUES
Le dooaire en ftveur de U fiitore a été fixé à deux ccqks &-
vres de rente de douaire préfix, pour en jouir par elle soÎTint
la coutume, le fond duquel douaire a été stipulé propre an
enfants.
Le préciput en fiiveur du survivant en meubles de la oob-
munauté, suivant la prisée de Tinventaire et sans crue oa
en deniers comptans, a été fixé à la somme de mille livres.
Le remploi des propres aliénés a été stipulé à rordinaiit.
La faculté de renoncer et de rq>rendre en faveur de h
lors future épouse et des enfants qui naîtroient du mariage
a été stipulée dans toute son étendue.
Laquelle expédition a été cotée et paraphée par M* Roues,
Tun des notaires soussignés, et inventoriée pièce unique de
la présente cotte, cy Une.
Deux pièces : la première est l'expédition de Tinvoitairc
fait après le décès du sieur Hubert Drouais, peintre ordinaire
du Roy et de son 'Académie royale de peinture, à la requête
de demoiselle Marie-Marguerite Lusurier, sa veuve, en son
nom, à cause de la communauté de biens qui a été entre elk
et ledit défunt son mary, qu'elle s'est réservée d*accepter ou
y renoncer ainsi qu'elle aviseroit, que comme ayant droit de
jouir en usufruit au moyen des dotations par elles laites,
conjointement avec ledit défunt sieur son mari, à ses enfants,
des biens de la succession du prédécédé.
Puis i la requête dudit sieur François-Hubert Drouais,
Puis de M. Jean-Baptiste-Bernard Lutton, avocat et gref-
fier au parlement, et de demoiselle Marie- Etiennette Drouais,
son épouse, de luy autorisée^ avec laquelle il est déclaré être
commun en biens.
Ledit s' Drouais et lad. d* Lutton, frère et sœur, ger-
mains habiles à se dire et porter héritiers, chacun pour
moitié, dudit feu sieur Hubert Drouais, leur père, par la clô-
ture duquel inventaire, fait par M* Lepot d'Auteil, Tun des
notaires soussignés, le i3 mars 1767 et jours suivants, clos
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS l6l
en justice le huit octobre suivant, tout le contenu en iceluy a
été laissé en la possession de la dame veuve Drouais.
La deuxième et dernière est l'expédition du procès-verbal
de vente faite, après le décès duditsieur Drouais, par M* Bresse,
huissier priseur, le 8 avril 1767 et jours suivans.
Ces deux pièces inventoriées Tune comme Tautre.
1\ va être, de la réquisition des deux
parties, procédé sur l'inventaire cy dessus décrit au recolle-
ment des papiers qui y sont inventoriés ainsy qu'il suit :
La pièce unique de la cote première est en nature.
La pièce unique de la cote deux est aussi en nature.
La pièce unique de la cote sept, de même en nature, c'est
l'expédition en parchemin du contrat passé devant M* Bil-
leheu, qui en a gardé minute, et son confrère, notaire à Paris,
le 27 novembre 1761, contenant vente par Marie- Alexandre-
Nicolas Baillot, écuyer, avocat au parlement, Prosper-
Maurice Musnier, Ecuyer, conseiller du Roy, auditeur des
comptes, et dame Marie-Madeleine Baillot, son épouse, audit
feu sieur Drouais père, et son épouse, une maison sise à
Paris, faisant l'encoignure de la rue des Orties et de celle
des Moineaux au long, désignée en ladite vente, faite moyen-
nant la somme de vingt-six mille livres.
En interrompant le Recollement :
Un écrit fait double sous signatures privées, le i3 juillet
dernier, par lequel le feu sieur Drouais et les siens, et
dame Lutton, ont donné à loyer, pour trois, six ou neuf an-
nées, qui commenceront le i*' octobre 1776, et promis faire
jouir, à M. Nicolas Longuet, marchand épicier à Paris, et
demoiselle Marie-Françoise-Mainque Bourgeois, son épouse,
de luy autorisée, acceptant, une boutique faisant d'encoi-
gnure desd. rues des Orties et des Moineaux, une autre bou-
tique attenante servant de salle, deux chambres à Tentresol
au dessus desdites boutiques, une cave au dessous de la
TOME IV 21
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l6a RBVUB DBS DOCUMSinS mSTOtlQITES
première boutique, et trois sous caves ao dessous qm k
communiquent, le tout d^>endant de ladite maisc» faîsas
Tencoignure desdites rues.
. Ce bail est fait aux charges, clauses et oooditioiis y ex-
primées, et moyennant mille livres de loyer, par dbêaat
année.
Cette pièce inventoriée unique de la présente coïc
cy - Trois-
Suite du Recollement :
Les quatre-vingt-quatre pièces de la cote huit, les doq
pièces de la cote neuf, sont en nature.
Les quatre pièces de la cote dix : les première et troisième
sont en nature, les deuxième et quatrième sont en déficit.
En interrompant le Recollement :
Une action des Indes, de deux mille cinq cents livres, signé
de Nory, pour la compagnie, en vertu de la délibération do
six juin 1770, surmontée d'un coupon de 62 livres 10 sols,
pour les six derniers mois de la présente année 1776, œ
coupon numéroté, ainsi que ladite action, 13405.
Il n'a été mis sur cette pièce aucune cotte ni parq>he,
attendu sa nature d'effet au porteur, mais la description qui
vient d'en être faite tiendra lieu de son inventorié soi^ la
présente cote, cy Quatre.
Suite du Recollement:
Les six pièces de la cote onze, les soixante-treize [nècesde
la cote douze, la pièce unique de cette cote vingt-deux est en
déficit, les trois pièces de la cote vingt-trois, la pièce unique
de la cote vingt-cinq, la pièce unique de la o^ vingt-six,
sont de même en déficit, les quatre pièces de la cote vingt*
sept sont en nature.
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS l63
Les quatre pièces de la cote vingt-huit, les trois pièces de
la cote vingt-neuf, les cinq pièces de la cote trente, et les deux
pièces de la cote trente et un sont en déficit.
Les quatre pièces de la cote trente-deux et les trois pièces
de la cote trente-trois sont en nature.
Les treize pièces de la trente-quatrième et dernière cote
sont en déficit.
Une liasse de seize pièces : la première est l'expédition
d'un acte passé devant M* Lepot d'Auteuil, l'un des notaires
soussignés, qui en a minute, et son confrère, le 28 mars 1770,
par lequel la dame veuve du sieur Hubert Drouais, pour
égaler le feu sieur Drouais, son fils, à la dame Lutton, qui
avait reçu en dot 27,407 livres, lui a payé la somme de
1 1,400 livres, faisant, avec les huit mille livres, dont il a été
dette par son contrat de mariage, cy devant inventorié sous
la cote première, 19,400 livres, A l'égard des huit mille livres
restans, la dame veuve Drouais a obligé sa succession de le
payer audit sieur Drouais, par privilège et préférence sur
les plus clairs et apparents biens de sa succession lors de
son ouverture et sans intérêt jusqu'à ce temps.
La deuxième pièce est l'expédition du testament de ladite
feue dame Drouet.
La troisième est l'expédition de l'acte de notoriété fait après
le décès de ladite dame devant ledit M« Lepot d'Auteuil, qui
en a minute, le 28 janvier 1772, justificatif qu'elle n'a laissé
pour héritiers que ledit feu sieur Drouais et la dame Lutton.
La quatrième est l'expédition d'un acte passé devant ledit
M* Lepot d'Auteuil, qui en a minute, et son confirère, le
22 juin 1772, contenant le partage des biens des successions
des sieur et dame Drouais, père et mère, entre ledit feu
sieur Drouais et les sieur et dame Lutton, lesd. sieur
Drouais et dame Lutton, seuls héritiers, et chacun pour
moitié, de leurs père et mère.
Par ce partage, il est échu au feu sieur Drouais différentes
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i64 tevuE DES Docmamrs hstouques
parties de rentes, montant* en capitaux et arrérages lers
échus, à la somme de quinze mille six cent trente-neuf livres
un denier, sur quoi il a Cait soulte i la dame Lutxon de k
somme de 41 5 livres cinq sols dix deniers, et il a eu net dos
le mobilier la somme de trente-huit mille six cent quant-
vingt-huit livres neuf deniers; les autres pièces sont diffiéras
mémoires quittancés faisant partie de la liasse de dix-oeof
pièces, cottées et paraphées au désir dudit partage.
Toutes lesquelles pièces ont été conées et paraphées ps
première et dernière par ledit M* Rouen, et inventoriées, Tunt
comme Tautre, sous la présente cote, cy Cinq.
Deux pièces : grosses en parchemin de deux contrats passés
devant ledit M* Lepot d^Auteuil, qui en a la minute, et son
-confrère, un même jour i5 juillet 1770, contenant constitu-
tion, par M*^ les commissaires de Sa Mafesté, en exécutkxi
de Tarrêt du conseil du 20 janvier 1770, pour conversîoA
d'actions sur les fermes de cent cinquante livres de rente
chacun au principal aussy, chacun de trois mille livres, ces
deux contrats constitués au profit de la d^ v* du sieur Drouais
père, n^ 2638 et 2640.
Ces deux pièces inventoriées Tune comme Fautre,
cy Sx.
La grosse d'un contrat passé devant ledit M* Lepot d^Âu-
teuil, Tun des notaires soussignés, qui en a minute, et sos
confrère, le. trente juin 1770, contenant constitution par
MM. les commissaires de sa majesté, en exécution du même
arrêt du conseil du vingt janvier 1770, pour conversion
d'effets de la quatrième iotterie Royale, au profit de lad.
V* Drouais, de trente-quatre livres de rente perpétuelle au
principal de six cent quatre-vingt livres, ce contrat n**- 1877,
inventoriée pièce unique de la présente cote, cy. . Sepi.
La grosse d'un autre contrat passé devant ledit M* Lepot
d'Auteuil, qui en a minute, et son confrère, le i3 may 1769,
contenant constitution par mesd. sieurs commissaires, en
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS l65
exécution dudit mois de novembre 1767, pour conversion
d'annuités au profit de lad. veuve Drouais, de cinquante li-
vres de rente perpétuelle au principal de mille livres, ce
contrat numéroté 9879, inventorié pièce unique de la pré-
sente cote, cy Huit.
Deux pièces, grosses en parchemin de deux contrats passés
devant ledit M' Lepot d'Auteuil, qui en a les minutes, et son
confrère, un même jour 10 février 1769, contenant constitu-
tions par MM. les commissaires de sa majesté, en exécution
dud. édit de novembre 1767, au profit de lad. d* v* Drouais,
pour conversion d'effets, provenant des dettes de la gucjrre
de la Marine et des Colonies, Pun de trois cent cinquante li-
vres de rente au principal de sept mille livres, et l'autre
de cent livres au principal de deux milles livres, ces deux
contrats numérotés 1 1398 et 1 1399, inventoriés l'un comme
l'autre, cy Neuf.
La grosse en parchemin d'un autre contrat passé devant
les mêmes notaires, ledit jour dix février 1769, contenant
constitution par mesdits sieurs commissaires en exécution du
même Edit pour conversions d'effets, de l'emprunt de cin-
quante millions, au profit de ladite veuve Drouais, de trois
cent cinquante-sept livres dix sols de rente perpétuelle au
principal de sept mille cent cinquante livres; ce contrat nu-
méroté 6395, inventorié pièce unique de la présente cote,
cy Dix.
Toutes lesquelles parties de rente dont les titres sont inven-
toriés sous les cotes six, sept, huit, neuf et dix, cy devant,
sont échues au feu sieur Prouais, par le partage des succes-
sions de ses père et mère.
Quatre pièces, les deux premières sous billet d'empnmt de
la compagnie des Indes, datées à Paris du premier 8**^ 1769,
signés Martin, de cinq cents livres chacun, numérotés 12771
et 17501. Les deux autres sont coupons d'intérêts desdits
billets de vingt^dnq livres, chacun pour la présente année.
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l66 UVOB DES DOCDHENTS HISTOtIQCES
numérotés ainsy que lesdits billets^ le tout échu atidit feu t
Drouais par ledit partage.
Sur lesquelles pièces il n^a été mis aucunes cottes aj
paraphes, attendu leur nature d'effet au porteur, mais li
description qui vient d^en être faite tiendra lieu de leur ioTOh
torié sous la présente cotte, cy Onze.
Deux pièces : la première est la grosse d*un contrat passé
devant M* Dutartre qui en a gardé minute, et son confrère,
notaires à Paris, le so décembre 1759, contenant constîtatk»
par MM. les Prévost des Marchands et Échevins de cette
ville, en exécution de TÉdit d'avril lySS, de cent linesde
rente perpétuelle assignée sur les Aydes et Gabelles au prin-
cipal, au denier vingt-cinq de deux mille dnq cent livres,
n uméroté 7548 et du n""/ . . . de liquidation 88 1 .600.
La deuxième et dernière est la grosse en parchemin éa
titre nouvel de cette partie de rente passé devant k^
M* Lepot d'Auteuil, qui en a minute, et son confrère, k
2 juin 1 767, en exécution de TÉdit de décembre 1 764, eisuite
duquel est le certificat de la chambre du pariement qui t
liquidé cette partie de rente à deux mille livres, son princ^
au denier vingt, ce titre nouvel numéroté 881.600.
Ces deux pièces inventoriées Tune comme Tautre,
cy Douze.
La grosse d'un contrat passé devant M* Bontemps qui en
a gardé minute, et son confrère, le 1 1 avril 1769, ccmtenam
constitution par MM. les commissaires de Sa Majesté en
exécution de l'Édit de novembre 1 767, au profit du feu sieur
Drouais, pour conversion d'annuités de trois cent trente livres
de rente perpétuelle au principal de six miHe six cent livres.
Ce contrat numéroté 9,596, inventorié pièce unique de la
présente cote, cy Treize.
La grosse en parchemin d'un autre contrat passé dev^t
ledit M* Bontemps qui en a gardé minute et son confrère, le
II avril 1769, contenant constitution par mesdits sieurs
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS 167
commissaires en exécution du même Édit de novembre 1767, •
au profit du feu sieur Drouais, pour conversion d'effets de
Temprunt d'Alsace, de neuf cent quatre-vingt-cinq livres de
rente perpétuelle au principal de dix-neuf mille cinq cent
livres; ce contrat numéroté 8783, inventorié pièce unique de
la présente cote, cy Quatorze. .
Il a été vaqué à ce que dessus jusqu'à neuf heures sonnées,
par double vacation^ à la réquisition des parties; pour accé-
lérer ce. fait, tous les papiers, tant ceux inventoriés que ceux
restant à inventorier, ont été laissés du consentement du sieur
Lutton,. en sa dite qualité, ^ en la garde et possession de.
M"* veuve Drouais qui le reconnaît et s'en charge pour les
représenter lors de la première vacation remise et indiquée
pour la continuation du présent inventaire àsamedy prochain
seize du présent mois, trois heures de relevée, et ont signé.
Dudit jour samedy seize décembre audit an mil sept cent
soixante-quinze, trois heures de relevée, en conséquence
de l'assignation donnée par la clôture de la dernière vaca-
tion à cejourd'huy et heure, il va être, par les conseillers
du Roy, notaires au Châtelet de Paris, soussignés, es
mêmes requêtes présences et qualités que cy devant, pro-
cédé à la continuation du présent inventaire ainsi qu'il
suit :
La grosse en parchemin d'un contrat passé devant M® Bon-
temps, qui en a gardé minute, et son confrère, notaires à
Paris, le II avril 1769, portant constitution par MM. les
commissaires de sa majesté,, en exécution de l'Édit de
novembre 1767, pour conversion d'efifet de l'emprunt de
cinquante millions de douze cent soixante -douze livres
dix sols de rente perpétuelle au principal au denier vingt
de vingt-cinq mille quatre cens cinquante livres; laquelle
grosse, numérotée 7440^. a été inventoriée pièce unique de la
présente cote, cy . . . • Quinze.
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l68 lEVUE DES DOCUMEIfTS HlSTOtlQIJES
UampHation en parchemin d'un contrat passé derssr
M* Picquais, qui en a gardé minute, et son confinère, notsîres â
Paris, le aS avril i77i,poruntconsdtuti<mparMM. les dé-
vots des marchands et Écherins de cette Tille en exécmioct de
redit du mois de février 1770, au profit du sîesr âcy
Joseph Gombaux, bourgeois de Paris, pour la roite appar-
tenir à ceux des créanciers des bâtiments du Roj au prafe
desquels il en serait passé déclaration par ledit aîoir Goo-
bauz de cent vingt mille livres de rente perpétuelle as^ignéh
sur les aydes et gabelles au principal au dernier vingt-ciaq
de trois millions de livres, en mai^ de laquelle ampUMàtm
numérotée 1 154, est l'expédition d'un acte passé devant kcfic
M* Picquais le i3 mai 1771, contenant déclaration par leA
sieur Gombaux que dans ledit contrat il appartient aïKfit feo
sieur Drouais cinq cent vingt livres au principal à quatre
pour cent de treize mille livres, cette pièce inventoriée pièce
unique, cy Séze.
La grosse en parchemin d'un contrat passé devant M* Do-
tartre qui en a gardé minute, et son confirère, notaires à Paris,
le neuf may mil sept cent soixante, portant constitution p^
Jean Marie DarjuzoUt caissier des États de Bretagne, sub-
stitue aux pouvoirs d'année à M. de la Boissière, trésorier
général desdits États, portés par leur procuration du <fix-
huit février 1759» en conséquence de leur délibération du
quatorze du même mois, au profit du sieur Drouais de
soixante quinze livres de rente perpétuelle au principal de
quinze cent livres, ensuite de laquelle grosse numérotée 4385,
est l'expédition d'un aae passé devant ledit M* Dutartre, le
vingt-deux dudit mois de may, contenant la ratificaticm de
M. de la Bourdonnaye, Procureur Général sindic des dits états.
Cette pièce inventoriée unique de la présente cotte,
cy Dixsq>t
Une liasse de sept pièces. La première est la grosse en par-
chemin d'une sentence rendue au Châtelet de Paris, le
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS 169
i*' juillet 1769, sur le décret poursuivi à la requête de
WL* Henry Froment, Conseiller du Roy, receveur des Tailles
<ie rilectionde là Marche, sur Nicolas Anne de Lisle, Écuyer,
Seigneur de Sannois, au nom et comme curateur à Tinter-
cUction de Hubert Daniel Froment, bourgeois de Paris,
cl' une maison sise à Paris, paroisse Saint-Roch, vis à vis la
petite porte, rues d'Argenteuil et des Moineaux, contenant
l^adjudication définitive de ladite maison à M* Mallet, procu-
reur au Châtetet, aux charges et conditions de l'enchère, et
moyennant la somme de cinquante six mille livres, cette sen-
tence d'adjucfication dûment insinuée à Paris par Caqué le
14 août 1769, ensaisinée par le fondé de Procuration de
Monseigneur l'Archevêque de Paris, le huit du même mois.
Lequel M* Mallet en a fait sa déclaration audit feu sieur
Drouais le sept dudit mois de juillet audit an 1769, ensuite
de la grosse de laquelle sentence est la quitance dudit sieur
Brillon de Jduy, Receveur des consignations, au feu sieur
Drouais, de la somme de cinquante trois mille cinq cent
livres^ faisant avec deux mille cinq cent livres retenues par le
sieur Drouais, conformément à l'enchère pour le fond d'un
douaire, celle de cinquante six mille livres, prix de l'adjudica-
tion, avec déclaration de la part du sieur Drouais, que dans
ladite somme est entrée celle de douze mille livres par luy
empruntée de Charles Louis Mouette , bourgeois de Paris,
par obligadon du douze dudit mois de juillet passé, sans mi-
nute devant Doillot et son confrère, notaires à Paris, en marge
de laquelle quittance est mention dudit M* BoiUotque lesdits
douze mille livres montant de ladite obligation ont été rem-
boursées par quittance, ensuite d'icelle du onze juillet 1770, et
encore autre mention de M* Bontemps que les deux mille
cinq cents livres retenues ainsy qu^il est dit en la quittance
du receveur des consignations ont été remboursées par quit-
tance passée en minute devant ledit M* Bontemps et son
confrère le 8 mars 1775.
TOME IV 22
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170 REVUE ves Dooamns msTotiQOES
La deuxième pièce est ie brevet original de Imdsàt oHigi-
don et quittance étant ensuite, laquelle pièce, attends qal
n'en est pas resté de minute, est de la réquisitioii des p«ra0
demeurée cy annexée pour y avoir recours après avoir éé
de lad. dame Drouais signée et paraphée en préseoce des
notaires soussignés.
La troisième est la quittance des deux miUe cinq cem
livres qui avoient été retenues OMifonnément à Feiidière, et
dont la mention est cy-dessus.
Les quatrième et cinquième sont extraites de pièces four*
nies pour la sûreté de ce payement.
La sixième est une quittance du soussigné Mercier pov
M. Mongolfier, Procureur de Monseigneur F Archevêque de
Paris, en date du douze août dernier, de la somme de
vingt quatre livres, un sol trois deniers, pour sq>t années qm
écherront à la saint Remy prochaine, de dnquante-ciiiq sob
parisis de cens et rente dû sur ladite maison.
La septième et dernière est Toriginal en parchemin d^me
quittance expédiée par M. Meiault d'Harvelay, garde da
Trésor Royal, le 3i juillet 1763, enregistrée au coatrôk
général des finances par M. Clautrier, le trente un décembre
suivant, de la somme de mille six livres pour le rachat de
rimposition des boues et lanternes sur ladite maison.
Lesquelles pièces ont été cotées et paraphées par prem^
et dernière, par ledit M* Rouen, et inventoriées Tune comme
l'autre, pour le tout sous la présente cote, cy. Dix huit.
Trois pièces : la première est Texpédidon d^un acte pas^
devant M* Fouerault de Pavent qui en a la minute, et son
confrère, notaires à Paris, le 6 décembre 1774, par lequel
le feu sieur Drouais a donné à loyer pour neuf années
consécutives qui commenceront le premier octobre de
Tannée prochaine 1776, à Pierre Lecoquierre, m^ merder, à
Paris, et à Jeanne Françoise Thierry, son épouse, de Ivj
autorisée, lesd. deux maisons se joignant rues d'Argenteuil
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PRANÇOIS-HUBERT DROUAIS I7I
;t des Moineaux, moyennant cinq mille cent quatre vingt
quatre livres de loyer par an, et aux autres charges et
conditions énoncées audit bail.
La deuxième est l'expédition du bail actuellement subsis-*
tant de partie desdites deux maisons et qui expirera au pre-
mier octobre de Tannée prochaine, fait aux sieur et dame
Simon, moyennant trois mille quatre cent livres par an.
La troisième et dernière est un écrit du soussigné Leco-
quierre en date du 19 janvier 1772, contenant son consen-
tement à ce que le sieur Drouais demeure propriétaire de
deux croisées dont le défunt a fait faire les bois neufs.
Ces trois pièces inventoriées Tune comme l'autre,
cy Dix neuf.
Une liasse de quinze pièces qui sont anciens baux desd.
maisons rues des Moineaux et d'Argenteuil, lettres, nottes et
quittances relatives.
Desquelles pièces il n'a été fait aucune description comme
inutile, mais elles ont été cotées et paraphées par première et
dernière par ledit M* Rouen et inventoriées Tune comme
l'autre sous la présente cote, çy * . . Vingt.
Quatre pièces, la première est l'expédition en parchemin
d'un contrat passé devant M* Lepot d'Auteuil, Tun des notai-
res soussignés^ qui en a minute, et son confrère, le 25 sep-
tembre 1772, insinuée à Monceaux, le 18 décembre suivant
par Hennequin, ensaisinée par M. Masso de la Perrière,
exécuteur testamentaire de la dame son épouse, dame de
Clichy la Garenne, le 24 avril 1773, contenant vente par
le s. Claude Brice Emery, bourgeois de Paris, et d"« Anne
Dessoudé, son épouse, audit feu sieur Drouais et à la
dame aujourd'hui sa veuve, de luy autorisée, de six cent
soixante-trois toises en superficie de terrein^ ayant son entrée
et largeur sur une avenue qui aboutit et que les sieur et dame
Em^ry ont fait pratiquer rue de Courcelles, aux charges et
conditions énoncées en cette vente et moyennant la somme
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172 tEVUB DBS DOCUMENTS HBTOUQOES
de quatre mille deux cent livres de prix principal qiic \b
sieur et dame Drouais se sont obligés solidairement de payer,
savoir : douze cent livres à Antoine Charles et sa femme, ov
leurs représentants, pour les causes énoncées en ladite venic,
et les trois mille livres à M. Hocque de Cerviilecomn^ ayant
droit par transport passé en minute devant M* Ledoux et son
confrère, notaires à Paris, le 33 janvier 1766, de rohfigatko
passée au sieur Joquant, devant ledit M* de Cervilk, k
treize dudit mois de janvier.
Ensuite de laquelle expédition est celle de U quittance
dudit M* Hocque de Gerville, de lad. somme de trois mSk
livres en date du 26 septembre 1772, et ensuite celle d^joot
autre quittance du sq>t octobre suivant donnée par k
s' Jacques Gillet, laboureur à Mousseau, comme tuteur de
Jacques et François Charles, enfants mineurs de deffbnts
Antoine Charles, laboureur à Paris, et Qaude Jeanne
Lenormand, sa femme, de ladite somme de douze cent
livres pour restant dû et parfait payement du prix de l^lite
vente.
La deuxième pièce est l'expédition d'un acte passé devant
ledit M* Lepot d'Auteuil, qui en a minute, et son confrère,
le 25 sept. 1772, par lequel les s' et d* Emery d'une
part, sieur et dame Drouais d^autre part, par une suite
de la vente cy dessus énoncée et relativement à iceUe ont £ùt
entre eux différentes conventions et entr'autres choses, les
sieur et dame Emery se sont obligés de payer, en l'acquit des
sieur et dame Drouais, les droits de centième denier, et
lots et ventes auxquels cette vente a donné ouverture, même
les frais de contrat, plus de faire clore à leur firais les six
cent soixante trois toises de terrein par eux vendues aux
sieur et dame Drouais tant dans toute la longueur du côté du
nord à compter depuis la moitié du puits dont l'autre moitié
donne sur l'avenue jusqu'au bout, au levant dans toute k
largeur, tant de ce côté du levant que pareillement dans toute
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PftANÇOIS^HOBERT DROUAIS lyS
la longueur du côté du midy à commencer de Tavenue
jusques pareillement au bout, lesquels murs seroîent^pareille*
ment mitoyens entre les sieur et dame Emery, s*^ et d*
Drouais.
Les sieur et dame Drouais, à leur égard par composition
et à titre de forfait entre majeurs, se sont constitués débi-
teurs envers les sieur et dame Emery pour raison de ces
droits royaux seigneuriaux, frais de contrats et constructions
de murs de clôture, de la somme de trois mille huit cent livres
à laquelle le tout a été fixé, sur laquelle somme de trois mille
huit cent livres les sieur et dame Drouais ont payé comptant
aux sieur et dame Emery huit cent livres, et à Tégard des
trois mille livres de surplus, ils se sont obligés de les payer
au sieur Emery, dans sept mois à compter du premier octobre
prochain, avec Tintérêt sur le pied de l'ordonnance.
Ensuite de laquelle expédition est celle d^un acte passé de-
vant ledit M* Lepot d^Auteuil, le 24 mai 1773, par lequel le
sieur Drouais a reconnu que le sieur Emery a satisfait à
toutes les charges, clauses et conditions auxquelles il seroit
soumis par Pacte ci dessus décrit et en conséquence a payé.
Les deux autres pièces sont relatives aux remboursement et
délégations contenues par la vente.
Les quatre pièces inventoriées Tune comme l'autre,
cy Vingt un.
Une liasse de vingt quatre pièces qui sont mémoires de ré-
parations, constructions et autres ouvrages faits en la maison
rued€G)urcelles, la plus part quittances, desquelles pièces il
n'a été fait d^autre description pour accélérer, mais elles
ont été cotées et paraphées par première et dernière et inven-
toriées Tune comme l'autre, cy Vingt-deux.
Quatre reconnoissances numérotées 15,196, 2715, 2718,
2866, expédiées par le sieur Micault d'Harvelay, garde du
trésor Royal, en exécution des arrêts du conseil des dix-huit
février et deux décembre 1770, du même jour, trente un jan-
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174 REVUE DBS DOCmcnTS HISTOtKyJES
vicr 1774$ pour reaoovtUeman dMmcriptions saspendiKs^
U première de dix mille livres sur la recette géoérale des
finances de Poitiers, les trois autres de deux mille livres cha-
cune sur celle de Riont, desquelles reconnoissances les mté-
rêts sont dûs de la première à compter du douze nuars^ des
trois autres à compter du dix du même mois, le voat de
Tannée dernière.
Desquelles reconnoissances la présente description tîeodra
lieu de Tinventorié et il n^a été mis sur icelles aucune cocte nj
paraphe à la réquisition des parties pour n'en pcwt gêner la
perception et renouvellement, mais elles ont été scalement
décrites sous la présente cote, cy Vingt-trois.
Huit actions de la compagnie des Indes expédiées par le
sieur de Mory en vertu de la délibération du 6 juin 1 770, con-
trôlées par le s' Lecoutte, le tout aux termes des lettres
patentes du 22 avril 1770, numérotées 25,675, 26,663,
26,664, 26,800, 27,164, 27,986, 34,820, 34,849, chacone
de deux mille cinq cents livres productibles de cent vii^-
cinq livres d'intérêt par an et surmontées chacune de leurs
deux coupons d'intérêt numérotés, de même pour les six pre-
miers et les six derniers mois de la présente année chaque
coupon de soixante deux livres dix sob.
Par les mêmes raisons ci-dessus motivées il n'a été mis
aucime cotte ny paraphe sur ces huit actions, mais elks (»it
été seulement décrites sous la présente cotte, cy. Vingt>-quatre.
Deux pièces, la première est le double d'un bail £ait par
le sieur Ledreux, comme principal locataire du sieur Drouais,
de Tappartement où se fait le présent inventaire pour huit
années trois mois qui ont commencé au premier 1774,
moyennant huit cent soixante livres de loyer par chaque
année et aux autres conditions portées en ce bail sous seing
privé du 19 avril 1774.
La deuxième est une quittance dusieur Ledreuxde deux coït
quinze livres pour le terme échu le premier octobre dernier-
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS lyS
Ces deux pièces inventoriées l'une comme l'autre,
cy Vingt cinq.
Quatre pièces qui sont provisions accordées au feu sieur
Drouais comme peintre de TAcadémie de Monseigneur le
comte de Provence, de Madame, et aussi au sieur Drouais
père, pouvant servir de renseignements, ces pièces invento-
riées, cy Vingt six.
Une liasse de sept pièces qui sont quittances de vingtièmes
de la maison rue d'Argenteuil pour les six mois de Tannée
dernière et le premier quartier de la présente année, chaque
quartier de quatre vingt dix sept livres sept sols pour le
logement des suisses pendant les premiers six mois de la
présente année, ensemble de cent huit livres pour la capita-
tion du sieur Drouais et de son domestique, aussy de la
présente année de quarante huit livres, et trente six sols et de
Paumone des pauvres, pour Tannée dernière de vingt six sols.
Ces sept pièces inventoriées Tune comme Tautre,
cy Vingt sept.
Une liasse de trente cinq pièces qui sont : différentes autres
quittances et décharges en faveur desd. succession et commu-
nauté dont il n'a été fait d'autre description et qui ont été
seulement cottées et paraphées par première et dernière et in-
ventoriées pour le tout sous la présente cote, cy. Vingt huit
Deux pièces : la première est un état des dépenses faites
par le s' Lutton pour la dame Drouais, depuis le décès,
pour les objets y portés ; la deuxième est un compte arrêté
entre eux, le douze du présent mois, des objets que ledit feu
sieur Drouais et le sieur Lutton touchoient en commun, dans
lequel la dépense portée au premier état a été défalquée et
suivant lequel il résulte que mad* Drouais a payé au sieur
Lutton pour reliquat et solde de ce compte onze cent cin«
quante deux livres seize sols deux deniers.
Ces deux pièces inventoriées Tune comme Tautre,
cy Vingt neuf.
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176 REVUE DBS DOCCMEKTS HBTOtlQDES
Sept pièces : U pctmiire est un état de ce qoi est da am
succession et communauté notamment par te Roy, madf U
Dauphine, M. te comte de Provence, par Monsieiir, M. k
comte d^ Artois et divers particuliers, cet état £ak par it
dame Drouais, ainsi qu'elle le dédare, avec U plus grande
exactitude qu'elle a pu y mettre, mais sans néanmoins es
garantir la fidélité dans toutes ses parties, attendu qui!
y en a qu'elle a simplement mis de mémoire et sur lesqœb
elte peut se tromper pour te plus ou le moins,
aussi qu'aucuns des articles sont portés suivant les \
en demande et peuvent être susceptibles de règlement, pour-
quoi ladite veuve Drouais se réserve d'après plus ample véri-
fication et les éclaircissements qu'elle pourra se procoFer
d'augmenter ou diminuer cet état conformément i Ul venté
et aux règlements qui pourroient être faits, néanmrâis
comme cet état est la boussote de l'acdft pour plus grande
régularité cet état est demeuré ci annexé à la réquisition des
parties, et i la dame Drouais ; signé : A.-F. Doré.
Les six autres pièces sont mémoires au soutien de cet Etat
dont il n'a été fait d'autre description vu que les résumés
sont portés en l'état cy annexé, et seulement cottées et para-
phées et inventoriées par première et dernière, cy. Trente.
Quatre pièces qui sont mémoires dûs par lesd. conuno*
nauté et succession, la première au sieur Edmond, tailleur,
montant en demande à trois cent sept livres dix sept sok.
Le deuxième au sieur De Bretonne, médecin, i cinq cent
soixante quatre livres.
Le troisième à la d"* Doré en recette et dépense que
le sieur Drouais faisoit pour elle, la recette montant à trois
mille huit cent soixante dix huit livres, la dépense à la somme
de deux mille neuf cent quatre vingt une livres onze sols,
partant le reliquat à celle de huit cent quatre vingt seize
livres neuf sols.
Et le quatrième au sieur Laurent, plombier, à cent quinze
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS I77
livres dix neuf sols cinq deniers en demande et réglé à côté
à cent cinq livres douze sols.
Ces quatre pièces inventoriées Tune comme Tautre ,
cy Trente un.
Une liasse de six quittances, la première du sieur Bur-
gières, prêtre de Saint Roch, dé deux cent quatre vingt sept
livres dix sols, la deuxième de la femme Longuet, épicière,
de deux cent seize livres huit sols, la troisième du sieur
Faguare pour le sieur de Launay, juré crieur, de cent qua-
rante six livres dix sols, la quatrième du sieur Thenaut,
vicaire de Saint Roch, de trois cent livres, la cinquième du
sieur Gillet pour crespes de neuf livres quinze sols, la
dxième et dernière : état d'autres dépenses relatives, mon-
tantes à vingt sept livres dix sols, le tout pour le convoy du
sieur Drouais et Tannuel que la piété de la dame veuve
Drouais Ta engagée à faire dire en Téglise Saint Roch pour
se conformer à l'intention de son mari, montant ensemble à
neuf cent quatre vingt dix-sept livres treize sols.
Lesquelles pièces ont été cotées et paraphées par première et
dernière et inventoriées Tune comme l'autre, cy. Trente deux.
Neuf pièces qui sont mémoires, états, nottes de dépenses
faites par la dame Drouais depuis le décès, pour deuil et
autres objets, dont il y auroit la distinction à faire de ce qui
peut être personnel à la dame veuve Drouais pour son deuil
d'avec celui de ses enfants, ce qui entraîneroit dans un trop
grand détail, et ces pièces ont été seulement inventoriées par
première et dernière, cy Trente trois.
La dame veuve Drouais déclare qu'il est dû au^ dites
communauté et succession, savoir : des contrats de rente
viagère ci-devant tontine, trouvées en nature par le recolle-
ment sous la cote vingt-sept, depuis le premier janvier
dernier.
De la rente de quatorze livres sur le sieur Veron en com-
mun, depuis le i**" avril 1773.
TOME IV 23
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I7K tEVUE DES DOCOMEKTS HISTOIUQUES
Sur la charge de potier d*étain, cent huh livres.
Des cent cinquante livres de rente par les aydes et gàbdia
depuis le premier janvier dernier.
Par les locataires de la maison rue des Moineaux, en com-
mun, cinq cent vingt huit livres suivant le détail fait en Fâii
qu*elle en a représenté et indépendamment de detix cent
quatre vingt quatorze livres dû par la dame Ladnville,
ancienne locataire, ledit état inventorié, cy- TrenteH|aatrc
De la rente pour conversion d*actions des fermes invento-
riée sous la cote six du présent inventaire i cooipier do
premier octobre dernier.
De celle inventoriée sous la cote sept, depuis le premier
janvier dernier, de celle pour annuités inventoriée sous la
cote huit, de même de celle pour effets de la guerre, sous la
cote neuf demeure, de celle pour effets de cinquante millions
sous la cote dix de même demeure des rentes invenuxnées
sous les cotes douze, treize, quatorze, quinze, seize et dix
sept, aussi depuis le premier janvier dernier.
Les loyers de la maison rue d'Argenteuil du terme cou-
rant, tous suivant le bail inventorié cote dix neuf, que ceux
qui subsistent des anciens baux inventoriés cote vingt.
Comme aussi que lesd. communauté et succession doi-
vent indépendamment des pièces inventoriées i François
Glaise, domestique, ses gages depuis le premier juilkl der-
nier, à raison de cent vingt livres par ^née.
Il a été vaqué à ce que dessus jusqu'à neuf heures scumées
par double vacation à la réquisition des parties pour finir;
ce fait, ne s'étant plus rien trouvé à dire, déclarer ni com-
prendre au présent inventaire, recollement fait des papiers qui
se sont trouvés régulièrement cottes et paraphés tout le con-
tenu en y celui a été laissé du consentement dudit sieur
Lutton en sa dite qualité en la garde et possession de
mad* veuve Drouais qui le reconnoit et s'en diaige du
tout pour le représenter ou en compter quand, à qui et ainsi
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS I 79
qu^il appartiendra, et ont les parties signé sous toutes réser-
ves et protestations respectives et de droit et singulièrement
de la part de la dame Drouais sous la réserve qu'elle fait
demander la garde bourgeoise de ses enfants.
Rayé aux présentes quarante sept mots comme nuls.
État de ce qui est du a feu M. Drouais.
Note des ouvrages faits pour le Roi.
Le Portrait de mad* la Dauphine en Hébé. . 3,ooo 1.
Le Portrait de mad® la C^ de Provence en ,
Diane 3,ooo l.
Copie en miniature du feu Roi, pour M. de
Brancas 288 1.
Le portrait de mad* Clotilde 2,400 1.
8,688 1.
Pour Monsieur.
Le Portrait en pied de Monsieur, en grand habit de Tordre
du saint Esprit, sur toile de 7 pieds 3 pouces de haut, sur
6 de large.
Une copie du portrait de Monsieur en pied, pour la
ville d'Angers, sur toile de 7 pieds 3 pouces de haut, sur 6 de
large.
Une copie du portrait de Monsieur en pied, sur toile de
6 pieds 9 pouces de haut, sur 5 de large, pour M. de Limon.
Une copie du portrait de Monsieur en pied, sur toile de
5 pieds 9 pouces de haut, sur 5 de large, pour mad® de
Pange.
Une copie du portrait en pied de Monsieur, sur toile de
7 pieds 6 pouces de haut, sur 5 pieds 3 pouces de large,
pour M. de Fontelle.
Une copie du portrait en pied de Monsieur, sur toile de
6 pisds 9 pouces de haut, sur 5 de large, pour M. le comte
de Crainai.
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l8o EEVUE DES DOCUMENTS HISTOIIQOES
Une copie du portrait de Monseor, sur une tmk ovak dt
ao, pour M. D'Angcville.
Les prix ne sont pas encore fixés à tous ces oayrages.
Pour Madame.
Une copie du Portrait de Mad* en Diane, sur toile de
40, pour M. le comte de Vin, ambassadeur de Sarda^ne,
cy 1,000 L
La bordure du tableau précédent 120 L
Une copie du portrait de Mad% sur une
toile ovale de 30, pour M. Tabbé Marat 3oo L
Une copie à l'huile du portrait de Madame,
pour mad* la Duchesse de TEspare 3oo 1.
Une copie du portrait de Mad% en minia-
ture, pour mettre sur une boîte, pour M. Crcxnot. 288 L
2,008 L
Pour mad* la G>mtesse d'Artois.
Le portrait de mad* la comtesse d'Artois
sur une toile ovale de 20 i ,200 L
La bordure dudit tableau 120 1.
Une copie du portrait de M*' le comte
d'Artois dans sa première jeunesse pour ma-
dame la Comtesse d'Artois 3oo h
Une copie du portrait de mad* la comtesse
d'Artois, pour envoyer à Turin 240 1.
La bordure dudit tableau 96 L
Une copie du portrait de mad* la Comtesse
d'Artois, pour madame Qotilde 240 1.
La bordure dudit tableau 72 L
Une copie du portrait de mad« la Comtesse
d'Artois, pour Madame 240 1.
La bordure dudit tableau 96 1.
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FRANÇOIS-HUBERT DROUAIS l8l
Une copie du portrait de mad* la Comtesse
d'Artois, avec deux mains, pour M. le comte •-
de Veri, ambassadeur de Sardaigne i,ooo 1.
La bordure dudit tableau 120 L
Une copie du portrait de mad* la comtesse
d'Artois, sur un ovale 240 1.
La bordure dudit tableau 72 1.
Une copie à l'huile du portrait de hiad*
Clotildie, sur toile de 20, avec des mains, pour
mad* la comtesse d'Artois.
Le prix n'est pas fixé de cette copie.
Tous ces prix ne sont pas encore réglés et sont
par conséquent susceptibles de réduction.
4,o36 L
Pour Mad* Victoire :
Une copié du portrait de mad* Clotilde.
Le prix n'est pas encore fixé.
Pour mad* la Duchesse de Chartres :
Son portrait conunencé, dont le prix n'est pas fixé.
Pour M. le Prince de Condé :
Le portrait de Mademoiselle 600 1.
Une copie du Portrait de mad* de Ver-
mandois *........ 240 1.
Frais de voitures 48 1.'
888 1.
Pour différents particuliers :
Une copie en pied du portrait de mad* Du Barry et
une copie en miniature, dont les prix ne sont pas fixés, pour
M. Beaujon.
Le Portrait de mad* de Marcenai avec des
mains . . ., 600 1.
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l8a KETUl DES DOCUMENTS HtSTOtH^CES
Le portrait de M. de Laval dont le prix n'est
pas fixé.
Le portrait du comte de Langear pour
mad* de Langeac 36o L
Le comte de Langeac doit iio 1.
Un portrait d'enfant pour mad* la duchesse
de Grammont 720 L
Le portrait de mad« de Chousi 36o h
La copie du portrait précédent en miniature . 193 1.
Mad* du Barri doit la somme de 10,000 1.
Pour différentes copies faites de nouveau
pour mad* du Barry, et dont deux ne sont pas
encore livrées (i) I1I76 1-
Il est dû par mad* la comtesse de Brienne . . 648 1.
Une copie du portrait de la Reine sur une
toile ovale de 20 sans mains, pour M. de Limon. 240 1.
14,416 L
Il est dû par les élèves la somme de ... . 772 1.
Plus il est dû pour une copie du Roy pour
M. de Cromot 240 L
Plus pour M. Délavai pour une cc^ie de son
portrait, dont le prix n'est pas fixé.
Signé et paraphé au désir de Tinventaire fait après le
décès du sieur Drouais en la vacation de ce jourd^huy seize
décembre mil sept cent soixante-quinze.
Signé : A.-F. Coré, Le Pot, d'Auteuil, Roi^n, ces deux
derniers notaires.
(i) Cf. d«ot les Mélanges de littérature et (f histoire recueillis et publiés par k
Société des Bibliophiles français, Paris, Lahart, i856, in^ p. 388, le dociuMoC nhut
publié ptr M. le btroo J. Pichon : Mémoire des ouvrages de peinture conmamàfs par
Madaute la comtesse du Barry à Drouais, peintre du Rof, premier peintre de Monsieur
et à son épouse, à commencer en décembre 1 768.
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JULIETTE RÉCAMIER
Lettre de Madame Récamîer*adressée le 8 juillet 1817 à Madame
Darleus, à Plombières. Elle est relative à la maladie de Madame de
Staél. Cette dernière, partie pour Tltalie à la fin de 181 3, avait, au
mois de février suivant, marié, à Pise, sa fille Albèrtine de Staël avec
le duc de Broglie. Revenue à Paris dans les derniers jours de 18 16, sa
santé ne fit dès lors que décliner. Madame Récamier, à l'époque où
elle écrivit la lettre que je vais publier, habitait, à Mont rouge, le pavil-
lon de La Vallière, qui appartenait à Amaury-Duval, membre de
l'Académie des Inscriptions. Elle avait auprès d'elle sa cousine Madame
de Dalmassy, alors fort malade (i).
8 juillet 18 17.
Mon silence n'auroit pas besoin d'excuse auprès de vous,
Madame, si vous saviés combien je suis tristement occupée
de la double inquiétude que me donne la santé de Mad. de
Staël et celle de ma cousine Mad. Dalmassy, qui souffre d'une
maladie aussi douloureuse qu'inquiétante. Vous comprendrés
mieux que personne le chagrin que j'en dois éprouver. Sans
ces tristes circonstances j'aurois eu probablement le bonheur
de vous voir cette année, mais j'ai voulu au moins me rappel-
1er à votre souvenir et vous écrire à Plombière où j'ai trouvé
tant de plaisir à vous voir.
(i) Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Madame Récamier (par
Madame Lenormant, sa nièce); Paris, Michel Lévy, 1866, 2 vol. in-S, t. I, p. 298 à 3oo,
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184 lEVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
La situation de Mad. de StaSl est toujours ta m&ne, sans
dangers imédiats mais sans espérance de guérisoo. Son ima-
gination est aussi bien malade. Il est impossible de la Toir
sans être navré de son état. Elle ne voit plus qae ses aoûs
intimes et ne peut même pas les voir long tems de saite. Mjîs,
au milieu de toutes ses douleurs, elle conserve toaîoiirs h
grâce de son esprit. Ce soin de plaire, dans une situatk» oc
il seroit si naturel de n^ctre occupé que de soi, a quelqiK
chose de si attendrissant qu'il est impossible de ne pas es
être ému. Elle est soignée de la manière la plus toudiansc
par tout ce qui Tentoure, et particulièrement par M"* Rindal
et Mad. de Broglie. Je vous donne tous ces détails, sadwnf
combien votre amitié s'y intéresse.
M' Ballanche, que j'attends depuis long tems, n'est poîar
encore arivé (i).
Le duc de Laval (2) m'a bien recommandé de vous paria
de lui. Soyez bien persuadée que tout ce qui a eu le bonheur
de vousconnoitre ne vous oublîra jamais, et recevez, my dcar
Madame, l'assurance de l'attachement le plus vrai.
J'attends M*" Balanche pour le manuscrit.
J. R.
A Madame, Madame Darleus, à Plombières.
Madame de Staél ne survécut que six jours â cette lettre. Le
14 juillet 1817, vers midi, Adrien de Montmorency et la duchesse de
Luynes vinrent à Montrouge annoncer à Madame Récamier la mort
de son illustre amie (3).
Je dois la communication de cette intéressante lettre à Tobligeanoe
de mon ami M. Alfred Bovet.
(t) BtlUnche, ayant perdu ton père le 30 octobre 1816, était parti pour L700. D en
retint à Paris que dans le conrant de Tété de 1817- (Sonvenfr^, 1. 1, p. 396-7.)
(3) Adrien de Montmorency.
(3) Souvenirs, t. I, p. 3oo.
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LOUIS, DUC DE BAR
Robert, duc de Bar, mourut en 141 1, laissant de Marie de France,
Bile du roi Jean, quatre fils ( i ) , Edouard, Louis, Charles et Jean , et
cinq filles. Edouard succéda à son père, et fut tué, avec son frère Jean,
à la bataille d'Azincourt [zS octobre 141 5). Le duché de Bar échut alors
à Louis, évèque de Langres, puis de Châlons. Ce prélat avait été créé
cardinal, en 1397, P^^ Tanti-pape Benoît XIII, puis mis au rang
des cardinaux-prêtres par Alexandre V. Il avait représenté le roi
Charles VI au concile de Pise en 1409, et le Pape en France et en
Allemagne. En 141 9 il devint évèque de Verdun et céda son duché de
Bar à son neveu René, fils de Louis II, duc d'Anjou et roi de Naples ;
mais il n'en garda pas moins le titre de duc et le gouvernement du
Barrois, comme le prouve la pièce suivante, empruntée au cabinet de
feu M. Alfred Sensier.
Loys, par la grâce de Dieu cardinal duc de Bar, seigneur
de Cassel, à nostre amé Warin de Chappy, nostre prévost
de Clermont, salut. Nous voulons et vous mandons que
vous baillez et délivrez à nostre amé le prieur de Beauchamp
un millier d'alevin, de la pesche de noz estangs de vostredicte
prévosté et en rabatant de ce en quoy nous povons estre
tenus audit prieur. Et avecques ce baillez et délivrez à icelui
prieur huit pièces de gros marrain que nous lui avons donné
pour refaire son estang, à prandre ledit marrain en noz bois
prez de Longchamp à son plus grant prouffit et à nostre
moins de donmiage. Et par rapportant ces présentes et [en]
présance de nostre clerc juré de Clermont de la valeur dudit
(I) Us deux fils aînés, Henri et Philippe, ayaient été tués en 1396 à la bataille de
Nioopoli, en Hongrie.
TOME W 24
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l86 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
alevin, avec quictance dudit prieur, nous voulons que vœ
soyez et demourez quicte envers nous de la valciir dofit
alevin par ceulx à qui et comme il appartiendra sans contre-
dit. Donné en nostre chastel de Clennont le zzim* jour dt
janvier Tan mil cccc et dix-neuf (i).
En la présence de moy Bertrand Normant, clerc juré des
boix, par vertu de ce mandement ledit greffier a baillé et
délivré audit prieux de Belchampz la somme de ung millier
de carpaille, allevains, vendus et pressiez la somme de dix-
sept livres tournois, lesdits carpaille et allevins issies de b
pescheriez de Testang du Jar de Qermont, peschés ou mob
de février ini* et dix-neuf.
NORMANT.
Louis, cardinal et duc de Bar, mourut à Varennes, dans le Clennoa-
tois, le 23 juin 1430, et fut enterré dans la cathédrale de Verdun (i)*
(I) 1410, n. i.
(3) a. Art dt vér{/ltr les Dates et Dictionnaire de Morcri.
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LOUIS XIV
l^ettre au lieutenant de police La Reynie pour lui ordonner de faire
recevoir Jacques Villery maître imprimeur et libraire de sa bonne
viUe de Paris.
Mons'' de la Reynie, m'ayant esté représenté que le nommé
Jacques Villery a toute la suffisance et Texpérience requise
pour estre receu Imprimeur et libraire de ma bonne ville de
Paris, je vous fais cette lettre pour vous dire que je désire que
vous le fassiez recevoir maître de cet art en la manière acous-
tumée, nonobstant l'arrest de mon conseil de Tannée 1667
portant deffenses de recevoir aucun maitre imprimeur et
libraire, et sans tirer à conséquence, voulant d'ailleurs que
ledit arrest de mon conseil soit ponctuellement exécuté. Sur
ce, je prie Dieu qu'il vous ayt, Mons' de la Reynie, en sa
sainte garde. Escrità Versailles le xxiin* novembre 1673.
Louis.
COLBERT.
A Mons' de la Reynie, conseiller en mes conseils, maitre
des requestes ordinaire de mon hostel, lieutenant général de
police à Paris.
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CHARLES PARROCEL
Charles Parrocel, né à Paris le 6 mai 1688 (1), était fils de Joseph
Parrocel , célèbre peintre d'histoire et de batailles. Il perdit soa pèie
en 1704 et devint élève de Boulogne ; mais, dominé par un caractère
aventureux, il s'engagea en lyoS dans un régiment de cavalerie.
Racheté par sa mère, il se remit au travail et passa en Italie ( 171 2'.
Revenu à Paris il fut admis â l'Académie le 22 février 1721 {i^sur on
tableau représentant un combat d'infanterie et de cavalerie. D fat
nommé adjoint à professeur le 3i janvier 1744 et professeur le 3o oao-
brc 1745. Charles Parrocel accompagna Louis XV dans ses campagnes
de 1 744 et 1 745 et il assista à la bataille de Fontenoy . Il fit pour le
château de Choisy un tableau de cette mémorable victoire. Cest au
sujet de cette toile qu'il écrivit la lettre suivante à M . de Toumehem (3) :
Monsieur,
Vous m'avés premis d'avoir recoures à vous dans mes be-
soins. Sur cette assurance je prent la liberté de vous repré-
senter que ma maladie et mon déménagement ont prodi-
gieusement dérangé mes [pet]ites finances et consommée au
delà du premier compte que vous m'avez fait donner sur les
ouvrages de Choissy. La teste n'est point libre dans cette
situation et j'ose vous supliere pour la rassurer de m'accor-
(i) II eut pour ptrrtin le peintre Ourlet de La Fosse. (Cf. Diciionmaire de Jil.)
(2) Archipes de fart /lançais,
(3) Cette lettre fiait ptrtie de It collection de M. le comte Chartes Borromée, de Mil».
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CHARLES PAItROCEL 189
er un à-compte d'un miller d^écus. J'ay repris vigoureu-
sment Fouvrage et je compte estre en état de donner mon
3.bleau de la bataille de Fonteneoy avant la Saint Louis.
Je suis avec un profond respect,
Monsieur,
Votre très humble et très obéiseant serviteur,
C. Parrocel.
Des Gobelins, ce 17 février 1748.
A Monsieur, Monsieur de Tournehem, directeur-général
des Bastiments du Roy, en son hôtel, à Paris.
En tête on lit :
A Monsieur Coipel. Songer à luy dans la première distribu-
tion. Ce 22 febvrier 1748.
Charles Parrocel était paresseux et adonné è l'ivrognerie (i). De là
ses fréquents besoins d'argent. Il logeait aux Gobelins, et plusieurs de
ses tableaux ont été reproduits en tapisserie. Il mourut le 24 mai 1752.
Son œuvre est peu considérable, et le Louvre ne possède pas de tableau
de cet artiste.
1) Abeeedario de Mariette.
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NAPOLÉON I"
La correspondance de Napoléon comprend, à là date du i8 «>ût 1807,
quatorze lettres de ce souverain ( i ). En voici une quinzième adressée
par l'Empereur à sa mère : elle est remarquable par son ton impérieux
et par les renseignements précis qu'elle donne sur Fattitude de Napolécm
à regard de sa famille (2),
Madame, j'approuve fort que vous alliez à votre campa-
gne, mais, tant que vous serez à Paris, il est convenable que
vous diniez tous les dimanches chez Tlmpératrice où est le
dîner de famille. Ma famille est une famille politique. Moi
absent, Tlmpératrice en est toujours le chef. D'ailleurs c'est
un honneur que je fais aux membres de ma famille. Cela
n'empêche pas que, me trouvant à Paris, toutes les fois que
mes occupations me le permettraient, je n'aille diner chez
vous.
Votre bien affectionné fils,
Napoléon.
A Finckenstein, le 18 août 1807.
(1) Tome XV, p. 83^.
(2) La kttr« n'ett que tigaée. L'origiiul est actudleiiMiit ca ma poatesaioa.
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TABLE DES PIÈCES INÉDITES
CONTENUES DANS CE VOLUME
Adresses illustrées au xviii® siècle.
— Notes et reproductions, p. 5y.
Alienor de Guyenne. — Charte d'elle,
p. 83.
Angers. — Pièce du cardinal Balue,
p. 97.
Angletbrre. — Pièces sur la captivité
de Jean d'Orléans, comte d'Angou-
lême, p. 18. — Quittance du comte
de Suffolk, p. 25. — Lettre de
Marguerite, auchesse de Somerset,
E. 26. — Pièce de Talbot, p. 32.—
cttre de Richard Cromwetl, p. 44.
— Charte d'Alienor de Guyenne,
p. 84. — Avènement de la reine
Elisabeth et portrait de cette prin-
cesse, p. II 3-1 16.
Angoulêmb (Jean d'Orléans, comte
d*). — Lettres de lui et notes le
concernant, p. 20 et suiv.
Baboude la Bourdaisi&rb (Philibert).
— Lettres et fragments de ses négo-
ciations, p. 10 1 et suiv.
Balue (le cardinal Jean). — Pièce de
lui, p. 97.
BARiRE (Bertrand). — Lettre de lui,
p. 95.
BtAUCHAUP (prieuré de). — Don fait
au prieur par le cardinal de Bar,
p. 1^5.
Belgique. — Pièce de Gérard van
Opstal, p. i3.
Berton (Pierre-Montan). — Acquit
donné par lui, p. 10.
Billaud-Varenne. — Lettre de lui,
p. 95.
Bonaparte (Letizia). — Lettre à elle
adressée, p. 190.
Bretagne. — Lettre d'une jeune
Nantaise à Robespierre, p. 88. —
Pièce de Guillaume Cnauvin, p.
100.
Brunoy. — Fêtes données par le comte
de Provence en 1776, p. 9.
Carretto (Fabriziodi), grand-maître
de Rhodes. — Lettre de lui, p. i .
Catherine de Méoicis. — Lettres
d'elle, p. 49, 52, 54.
Chaptal. — Lettres de lui, p. i3i.
Charles VIII, roi de France. — Let-
tre de lui, p. 39.
Chauvin (Guillaume). — Pièce de lui,
p. 100,
Clergé. — Dispense accordée par le
cardinal Balue, p. 97. — Pièce de
Guillaume Chauvin sur un reli-
3uaire, p. 100. — Lettres de Babou
e la Bourdaisière pendant son
ambassade à Rome, relatives au
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192
REVUE DES DOCUMENTS HISTOWQCES
pape Ptul I V, p. ioi-ia6. — Pièces
sur la destruction de Tabbaye de
Quny, p. i3i. — Bulle du pape
Honorius III, p. 134.
Cluny (abbaye de). — Documents sur
sa destruction, p. i3i.
CoMiDiB-rriajENNS. — Paiement fait
aux acteurs pour des fêtes données
à Brunoy, p. 9.
Q>iiSB. — Lettre de Babou de la
Bourdaisière sur ua évéqoe de
Nebia, p. 124.
Cromwcll (Olivier). — Annonce de
sa mort, p. 44.
Cromwkll (Richard). — - Lettre de
lui, p. 44.
DoDART (Denis). —Son testament, p.
6a.
Drouais (François-Hubert). — Inven-
taire après sa mort, p. i35.
Doi«ots (Jean d'Orléans, comte de). —
Pièces de lui ou à lui adressées,
'p. ai, 26, 32.
EusABBTH, reine d'Angleterre. —
Lettre la concernant, p. 1 i3-i 16.
Espagne. — Lettres de Babou de ta
Bourdaisière et de Henri II sur le
projet de mariage de Philippe H
avec Elisabeth d'Angleterre, p. 114-
116.
Flbury (le cardinal dc|. — Lettre
du grand Frédéric à lui adressée,
François I«', roi de France. — Let-
tres à lui adressées, p. i .
FRiDÉRic II, roi de Prusse. — Lettre
de lui, p. 78.
Henri II, roi de France. — Lettres
de lui, p. io5 et suiv.
Honorius III, pape. — Bulle de lui,
p. 134.
Imprimerie. — Lettres de Louis XIV
accordées à un imprimeur, p. 187.
Italie. — Lettres de Henri II et de
Babou de la Bourdaisière sur le
pape Paul IV et la cour romaine,
p. 101 et suiv.
jANsimsTKS. — Pièce les
p.3i.
La CoNDAMiifE. — Pièce de Im. p. 4^
La Rochelle. — Lettre da cafdn.
de Richelieu sur le siège de ctst
ville, p. 99-
Laubardkmont (Jean*Martia àc^ —
Lettre de lui, p. 93.
LscLERC (Emmanuel), — Lettre de
lui, p. 47.
Librairie. — Lettres de Loois XIV
accordées à un libraire, p. 187.
I^NGUEviLLC (^François II d*Orlé8i&.
duc de\ — Pièce sur ses funérailles.
p. 7.
Lorraine. — Lettre du cardîiuI-dEC
de Bar, p. i85.
LouDUN. — Lettre de Laubardemoet
sur les possédées de Loudun, p. 90.
Louis XrV, roi de France, — L^trc
de lui, p. 187.
Louis XV, roi de France. — Estampe
sur son maris^, p. 14. — Pièce
signée par ses mies, p. 43.
Louis XVI, roi de France, — Décret
pour sa déchéance, p. 40.
Louis XVIIl, roi de France. —Piè«
• signée par lui, p. 9. — Sa protes-
tation en i8i5, p. 76.
Louis, cardinal-duc de Bar. — Pièce
de lui, p. i85.
Lyon. — Lettre de Leckrc surk
siège de cette ville, p. 47.
Mantes. — Pièce de Gérard van Ops;
tal sur une table d'autel destinée à
Téglise des Célestins de Mantes,
p. II.
Marie ùe MiDicis. — Lettre de Ri-
chelieu à elle adressée, p. 99.
Marie Lectinska, reine de Frmce.
— Estampe sur son mariage, p. 14*
MA2ARIN (le cardinal). — Lettre de
Richard Cromwell a lui adressée,
P- 44-
MÉDEaME. — Lettre d'Antoine Petit,
p. 36. — Testament de Denis Do-
dart, p. 62.
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TABLE DES PIECES INEDITES
193
ONTMORKNCY (Guillaumc de). — Let-
tre de lui, p. 7.
.I3S1QUE. — Pièce sur les fêtes de
Brunoy, p. 10.
ANTES. — Lettre d'une jeune Nan-
taise à Robespierre, p. 88.
APOLéoN I«^.— Lettre de lui, p. 190.
foRMANDiE. — Lettre du comte d'An-
goulème , datée de Cherbourg ,
p. iZ,
>psTAL (Gérard van). — Traité passé
par lui, p. II.
)rléanaîs. — Lettres de Jean d'Or-
léans, comte d'Angoulême, de Du-
nois, de Charles d'Orléans, p. 18
et suiv. — Lettre d'Antoine Petit ,
p. 36.
Orléans (Charles, duc d'). — Pièces
de lui, p. 21, 28.
Paris. — Traité de Gérard van Opstal
avec Pierre Touzet, juge et garde
en la monnaie de Paris, p. 11. —
Adresses illustrées de marchands
parisiens, p. 57. — Lettres d'im-
primeur et libraire à Paris, p. 187.
Parrocel (Charles). — Lettre de lui,
p. 188.
Paul IV, pape. — Documents le con-
cernant, p. 101 et suiv.
Peinture. — Inventaire après le dé-
cès de François-Hubert Drouais,
p. i35, — Lettre de Charles Parro-
cel, p. 188.
Petit (Antoine). — Lettre de lui,
p. 36.
Philippe II, roi d'Espagne. — Lettre
le concernant, p. 1 14-1 16.
PiGALLE (J.-B.). — Lettre de lui,
p. 87.
Protestantisme. — Lettre de Cathe-
rine de Médicis, p. 54.
Prusse. — Lettre du grand Frédéric,
P-77-
Rabelais (François). — Quittance de
lui, p. 35.
René, duc d'Anjou. — Dispense
d'œufs à lui accordée par le cardi-
nal Balue, p. 97.
RÉVOLUTION française. — Lettre
d'une jeune Nantaise à Robespierre,
p. 88. —Lettre de Barère^ Bil-
laud-Varenne et Robespierre ,
p. 95. — L'abbé Sicard sauvé des
massacres de septembre, p. 127. —
Destruction de l'abbaye de Cluny,
p. i3i.
Rhodes. — Fabrizio di Carrctto,
grand maître, p. i.
Richelieu (le cardinal de). — Lettre
de Laubardemont à lui adressée,
p. 93. — Lettre de lui, p. 99.
Robespierre (M aximilien). — Lettre
d'une jeune Nantaise, à lui adressée,
p. 88. — Lettre de lui, p. 95.
RocHECHOUART (Frauçois de). — Let-
tre de lui, p. 7.
RoMME (Gilbert). — Lettre de lui,
p. 128.
Saint-Maixent.— Privilèges accordés
à l'abbaye par Alienor de Guyenne,
p. 84.
Sculpture. — Pièce de Gérard van
Opstal, p. 1 1 . — Lettre de Pigalle,
p. 86.
Sicard (l'abbé). — Lettre de lui, écrite
pendant les massacres de septembre,
p. 127.
Somerset (Marguerite , duchesse de).
— Lettre d'eue, p. 26.
Sorcellerie. — Lettre de Laubarde-
mont sur les possédées de Loudun,
p. 90.
SuFFOLK (Guillaume, comte de). —
Pièces de lui, p. 21, 25.
Talbot (Jean). — Pièce de lui, p. 32.
TOME IV
25
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TABLE DES FAC-SIMILE
CONTENUS DANS CE VOLUME
AdRKSSES illustrées au XVIII* SIKCLE.
— Trois reproductions, p. 58.
Aliknor de Guyenne. — Charte d'elle,
p. 84.
Anooi'l^mk {Jean d'Orléans, comte d').
— Signature, p. 23.
BALUK(le cardinal Jean). — Signa-
turc, p. 98.
Carretto (Fabrtxio di). — Signature,
p. 6.
Chauvin (Guillaume). — Signature,
p. 100.
Cromwell (Olivier). — Sceau privé,
p. 46.
Cromwell (Richard). — Signature,
p. 45.
DoDART (Denis). — Signature, p. 71.
Henri II, roi de France. — Signature,
p. 120.
HoNORius III, pape. — Charte,
p. 134.
Jansénistes. — Profession de foi en
1806, p. 3i.
Laubardemont (Jean-Martin de). —
Signature, p. 94.
Louis XVI, roi de France. — Décret
pour sa déchéance, P- 4i*
Louis XVIII, roi de France. — Si
protestation, p. 76.
Louis, cardinal-duc de Bar. — Sigaa-
ture, p. i85.
Marte Lbczinska, reine de Fnoce-
— Estampe la représentant , p. Jt-
Montmorency (Guillaume de). -
Signature, p. 8.
Opstal (Gérard van). — Sigoatœt
p. i3.
Orléans (Charles , duc d*). — S^
ture, p. 29.
Parrocel (Charles). — Lettre, p. i^
PiGALLE (J.-B.). — Signature, p. 5;
Rabelais (François). — QuitoïKt
p. 35.
Richelieu (le caidinal de). — Ltttrt
p. 99. "
Robertbt. — Signature, p. 120.
Rochechouart (François de). —Si-
gnature, p. 8.
SiCARD (l'abbé). — Lettre, p. iiS-
Somerset ( Marguerite, duchesse ai-
— Signature, p. 28.
SuFFOLK (Guillaume, comte de)- "
Signature, p. 26.
Talbot (Jean). — Signature, p. 33.
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INDEX DES ARCHIVES
DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES
ET DES COLLECTIONS PARTICULIÈRES
D^OU PROVIENNENT LES PIECES PUBLIEES DANS CE VOLUME
Bibliothèque nationale.
Manuscrit du comte d'Angoulème,
p, ig. — Pièce du comte d'Angou-
lême, p. 29. — Lettre de Char-
les VIII, p. 39. — Négociations de
Babou de la Bourdaisière, p. loi
et suiv.
A/, le comte Charles Borromée.
Lettre de Charles Parrocel, p. 188.
M. Fernand Calmettes.
Adresses illustrées au xyiii® siècle,
p. 58.
M. Jacques Charavay.
Lettre de Barère, Billaud-Varenne et
Robespierre, p. 95.
M. Etienne Charavay.
Lettre de Fabrizio di Carretto , p. i .
— Lettre de Guillaume de Mont-
morency et François de Roche-
chouart, p. 7. — Pièce sur les
fêtes de Brunoy, p. 9. — Pièce de
Gérard van Opstal, p. 11. — Image
sur le mariage de Louis XV, p. 14.
— Pièce sur les Jansénistes en
1806, p. 3i. — Lettre d'Antoine
Petit, p. 36. — Lettre de Leclerc,
p. 47. — Testament de Denis Do-
dart, p. 62. — Lettre de Louis XIV,
p. 187. — Lettre de Napoléon I*',
p. 190.
M. Benjamin Fillon.
Quittance de Rabelais, p. 35.
chéance de Louis XVI, p.
-Dé-
. . 40 —
Lettre de R. Cromwell, p. 44. —
Lettres de Catherine de Médi-
cis, p. 49. — Protestation de
Louis XVIII, p. 76. — - Lettre du
§rand Frédéric, p. 77. — Charte
'Alienor de Guyenne, p. 84. —
Lettre d'une jeune Nantaise à Ro-
bespierre, p. 88. — Lettre de Lau-
bardemont, p. 93. — Pièce du car-
dinal Balue, p. 97. — Lettre de Ri-
• chelieu, p. 99. — Pièce de Guil-
laume Chauvin, p. 100. — Lettres
de Henri II, p. io5, 114. — Lettre
de Tabbé Sicard, p. 127. — Lettres
deChaptal,p. i3i. — Honorius III,
p. 134.
M. Eugène Minoret,
Lettres du comte d'Angoulême, p. 23,
24. — Lettre du comte de Suffolk,
p. 25. — Lettre de Marguerite de
Somerset, p. 26. — Pièce de Talbot,
p. 32.
M. Alfred Sensier.
Lettre de Charles d'Orléans, p. 28.
—- Lettre de Pigalle, p. 86. — Let-
tre du cardinal de Bar, p. i85.
M. Maurice Toumeux.
Inventaire après le décès de François-
Hubert Drouais, p. i35.
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^^â^-j>i/
^
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REVVE
:>ES DOCVMENTS
HISTORIQVES
SVITE DE PIÈCES CVRIEVSES ET INEDITES
PVBLlésS AVBC
DES NOTES ET DES COMMENTAIRES
PAR
ETIENNE CHARAVAY
ARCHIVISTE PALiOGRAPMK
CINQUIÈME ANNÉE
PARIS
4. LEMERRE ÉDITEVR C. MOTTEROZ IMPRIMEVR
a? PisMge CboUeul Rue du Dragon 3i
1878
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REVUE ::..::..
DES •*• • . •••
DOCUMENTS HISTORIQUES '*'
ANTOINE DE CHABANNES
COMTE DE DAMMARTIN
Depuis les traités de Conflans et de Saint-Maur (5 et 29 octobre 1465),
qui, au prix de sacrifices momentanés, brisèrent la Ligue du bien public
et sauvèrent la monarchie française, jusqu'à la mort du duc Philippe
le Bon (i5 juin 1467), la paix avec la Bourgogne ne fut pas ouverte-
ment rompue.
Le comte de Charolais, qui, maintes fois du vivant de son père,
s*était montré Tennemi de Louis XI, n'était pas homme à respecter la
foi des traités. Son caractère emporté et son humeur belliqueuse
allaient se trouver directement aux prises avec Tesprit prudent et rusé
et le tempérament éminemment politique du Roi de France. A peine
Louis XI eut-il été informé officiellement de Tavénement du nouveau
duc, qu'il se prépara à la lutte. Il fît réunir son artillerie, plaça des
garnisons sur les marches de^ Bretagne et envoya le comte de Dam-
martin avec plusieurs compagnies sur les frontières des pays de
Luxembourg et de Liège. Antoine de Chabannes, comte de Dam-
martin, avait été, à l'époque de la Praguerie, ardent partisan du Dau-
phin. U avait rejoint ce prince assiégé dans Niort et Tavait empêché
de capituler (i). Plus tard il avait secondé fidèlement Charles VII dans
ses entreprises contre son fils rebelle et avait été chargé d'aller occuper
le Dauphiné. Louis XI, à son avènement, dépouilla de ses biens son
ancien ami et le bannit du royaume, a Comme il se trouva grand et
(0 Cf. Les vies de mettre Jacques et Antoine de Chabannes, tous deux grands mais
très de France, par le sieur Du Plessis ; Paris, Libert, 1617, in-n, p. 3i.
TOME V I
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2 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
roi couronné, dit Comm^rnes ( i ), d'entrée ne pensa qu'eux '
mais tost \uj en vint le dommage, et quand et quand la
Aussi par le traité de Conâans il rendit au comte de Dammartia les 1
.q\\.'il avait confisqués et lui confia cent lances. Dès lors Antoine de Q»
-* tî^^n^el. fut un des plus fidèles serviteurs de Louis XI. Il renaît d*ém
..o^ grand- -maître de France (23 avril 1467) lorsqu'il fut cfaar;^ àt
' l'Uiït^ 'itir.tts frontières liégeoises.
Charles le Téméraire avait, dès son avènement, vu se révolter cooce
lui les Gantois et les Liégeois. Il pacifia d'abord Gand et mardta es-
suite contre les Liégeois qui avaient chassé leur évèqne et venaîest de
prendre la ville d'Huy (2). Ces derniers étaient alliés de Louis XI qui
chargea Dammartin et Tévèque de Langres d'essayer de rétablir la paix
entre le duc et ses sujets. Les ambassadeurs attendirent vainement à Re-
thel le moment favorable pour entrer en négociation. Ni les Boorgai-
gnons ni les Liégeois ne montrèrent dlempressement à accepter la mé-
diation de la France. On accusait Louis XI de fomenter Tinsurrectioa.
Charles le Téméraire entra, le 23 octobre 1467, sur les terres des
Liégeois et assiégea Saint-Tron. Les Liégeois, venus au secours de cettt
place, furent battus, le 28, à Bruystein, et le i*' novembre, Saint-Troa
se rendit à discrétion. On rasa ses fortifications. Cest peu après oes
événements que le comte de Dammartin, alors à Louches, en Artois,
écrivit, le 12 novembre 1467, la lettre suivante à Louis XI (3). Mandé
par son souverain qui, trahi par le duc d'Alençon et attaqué par k
duc de Bretagne, voulait fiûre justice de sas vassaux, il répond qu'il va
se rendre aux ordres du Roi.
Sire, le plus humblement que je puis me recommande à
vostre bonne grâce. Et vous plaise savoir que je receuz uncz
lectres lundi neufviesme jour de ce moys qui vous a pieu moy
rescripre, escriptes le premier jour dudict mois, contenant
que incontinent ces lectres vehues je montasse à cheval et
que je vensisses devers vous, toutes aultres choses lessées.
Et pareillement m'a rescript mons' le seneschal de Poitou.
En semblable sustance, Sire, incontinent vos lectres rcceues,
je me suis délibéré d*acomplir vostre commandement et ay
(1) Mémoires, liv. I, ch. X.
(2) Mémoires de Commjrnes, Uy. II, chtp. II.
(3) Cette lettre fait partie de ma collection personnelle de documenu sur le règne de
Louis XI.
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ANTOINE DE CHAEANNES 3
assemblé tous les cappitaines (i) pour avoir advis en vos
affiedres de par deçà, où j'ay eu beaucoup à besoigner pour
les mectre en ordre au mieuk qui m*a esté possible, car,
comme je vous ay dernièrement rescript par Merlin et par
Bosrodon, tous les cappitaines estoient esbais et troublés
pour mon allée devers vous, en disant qu'il ne savoient que
faire et que ne leur aviés riens fait savoir de vostre voulunté
et qu'il estoient délibérés de venir devers vous, ce qui ne se
povoit pas bien faire pour ceste heure à vostre avantage à
mon advis, veu que encores ne scet on si le duc de Bour-
guogne aceptera les trêves ou non, se que Je cuide qui fera, et
les dissimulations qu'il en fait jusques ycy je cuide que c'est
pour ce qui scet que vous gens sont sur les champs tant deçà
la rivière que delà, affin que le peuple ait cause de soy plain-
dre. J'ay assemblé tous les cappitaines avant que je soye
party, et ne bousgeront du pais jusques à tant qu'il sauront
novelles de vous et aussi si la trêve se tiendra ou non.
J'ay mis le meilleur ordre que j'ay peu, en manière que je
cuide qui le tiendront, et ay fait qui se conduiront par Sale-
zart jusques à tant qu'il aient novelles de vous, lequel se con-
duit très bien et le voy en bonne et grant affeccion de vous
servir et tous les aultres semblablement. J'ay ordonné à
Pierre Aubert que incontinent qui saura que la trêve sera
prise qu'il en renvoyé les francs archîers en leurs maisons.
II n'est homme qui en puisse venir à bout, tant font de maulx,
et partout là où il passent, il gastent tout. Sirç, je m'ejn vois
detiré devers vous et n'arresteré que je n'y soye, et ay. or-
donné à mon lieutenant qui s'en viengne après moy avecques
, la compagnie tout bellement.
Sire, vous me rescriptes l'autre jour que vous aviés sceu
que je tenois aucuns officiers de Mons' de Bourguogne et que
je les feisses délivrer, eulx et leurs biens. Je ne sache point
(i) Il avait sons ses ordres les capitaines Salazar, Etienne de VignoUes et Robert de ,
Conigan. (Cf. Le cabinet du roi Louis XI, édit. Cimber et Danjou, p. la.)
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4 RBVUE DES DOCmOEim BSTOtlQUES
qu'il y ait nulz des oflSders de Mons* de Bom^oogne déms
ny arrestés. Il est bien vray que le seigneur de Tcman csa
arresté, comme je vous ay fait savoir plusieurs fois, ct^ po«
ce que en vos lectres n'estoit point fait mendon de lui, fa;
différé i le délivrer jusques adce que je sceussez plus am-
plement de vostre vouloir, non obstant que je Tay kssé à
Rethel et ay ordonné à Salezart que si les trêves sont qui k
délivre et qu'il en envoyé. Si vostre plaisir est qui «oh ptœ
toust délivré, mandez-le moy et je le feray délivrer uxonû-
nent, en priant Dieu, Sire, qui vous doint bonne vie et lon-
gue. Sire, il a couru ung bruit de par deçà que ceuk de
Cintron (i) cestoient renduz aux Bourguignons, mais j'ay
depuis veu unez lectres que le bailly de Lyon (2) a rescriptes
à Salezart qui dit le contraire et que le siège n'est point m-
corez fermé de tous coustés, car les Liégeois entrent et
saillent quant il veuUent Escript à Louche (3) le xn« jour
de novembre (4).
Au Roy mon souverain seigneur.
(i) Stint-Tron. Au moment où Dtmmartin écrivait cette lettre, Saint-Tron s'était de-
pait dooxe joart rendu aux Bourguignons.
(a) François Rayer, bailli de Lyon, ambassadeur de Lx>uis XI auprès des liégeoit. H
avait assisté à la bataille de Bruystein. (Cf. Commynes, Ht. II, chap. II.)
(3) Canton d'Ardres, département du Pas-de-Calais, i 3o kil. de Saint-Omer.
(4) La signature seule est de la main du comte de Dammartin.
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ANTOINE DE CHABANNES 5
Lre capitaine Sale^art^ dont Dammartin parle si favorablement dans
a lettre, s'appelait Jean de Salazar. Il était de Biscaye et était venu
Ml France en 1439. Charles VII le prit à son service et Tenvoyà
iix L^an^edoc avec le Dauphin. Véritable routier, il rançonna les
copulations et se fit donner de grosses sommes d*argent pour quitter
le I^anguedoc. Il épousa, en 1441, Marguerite de La TrémoiUe, dame
de Saint-Fargeau, fille naturelle de Georges de La Trémoille, devint
conseiller et chambellan du Roi, fut un des meilleurs lieutenants du
comte de Dammartin et mourut à Trojes le 12 décembre 1479. Il fut
enterré dans Téglise du prieuré de Macherets près Méry-sur-Seine. Un
de ses ûls, Tristan, qui devint évéque de Meaux et archevêque de Sens,
éleva à son père, dans Téglise Saint-Étienne de cette dernière ville, un
magnifique monument (i).
\i> Bibl. nat, cabinet des titres, dossier Sala^ar, — Tristan de Salazar assista au con-
cile de Pise, ainsi que le constate la pièce suivante qui appartenait 4 la collection de
M. B. FiUon:
« Nos Tristandus de Salaxar, ndseratJone diviot Seoonensis arctnepiscopits, GalHanim
et Germanie primas, certifficamus omnibus qnibns interest aut interesse poterit Tacasse
et fuisse occupatos pro concilio Pisano universatis ecclesie indito Pisis et illi interfuisse
et Inseruisse a die secnnda menais augusti anni presentis millesimi quingenteaimi unde»-
cimi usque ad hune présentera diem apparidonis Domini sextam januarii dicti anni, et
ista asserimus pro veritate et medio juramcnto fore et esse Tera. In quorum fidem et
teorimonium omnium et singolonun premissomm bas présentes manu nostra propria
signavimos et per Nicolaum Richer, presbiterum, secretarium nostrnm, subsignari
fecimus die et anno suprascriptis.
« TaiSTANDUs DS Salazar, Senonensis episcopus. »
« N. RiCUER. »
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1
MICHEL DE L'HOSPITAL
Le chancelier de Frtnce Michel de L'Hospital, après crotr,
huit années, lutté pour empêcher la guerre civile, quitta li Cor
en i568 et se retira arec sa femme, Marie Morin (i), dans sa terre éi
Vignay, située i quatre lieues d*Étampes. Cette même année il scka
la terre de Vert-le-Grand, sise près d'Arpajon (a). Cest dans ce àawB
lieu qu'était le chancelier lorsqu'il reçut la noavelle du massacre de ii
Saint-Barthélémy. Sa fille Madeleine (3), restée à Paris, loi oaài
aussitôt qu'elle avait été sauvée par la puissante intercession d'AsBt
d'Esté, duchesse de Guise. Lliospital lui répondit, le aSaoûtiSri,
lendemain du massacre, la lettre suivante, admirable de fermeté et de
résignation (4).
Ma fille, j'ay vcu ce que m'cscrivés et voy bien la tcmpestt
qui tombe sur ma maison, s'il ne plait«à Dieu la destourner.
Ccst ce qu'il a promis aux siens. Faiaes comme avés en-
commencé et vous aidés de tous bons moiens pour la saul-
vcté de vostrc mère, mary, vos et vos enfans» (5) car ;c «
vois pas qu'il soit fort besoîng de vous cmploier pour moy
ne que y puissiés riens prouffiter. J'escris à la roine et à ma-
damme de Savoie. (6) Vous les ferés présenter dextremant et
(I) L*Ho«pita] avtit épousé,» i537, Marie Mono, fill« du lievteoaot criimiMl iaa
Morin. (CC nne lettre du chancelier Poyet à ce raiet dans VImpemtaire éet ëMtogrf^
et des documents historiques composant U coiUctiom de M, Benjamin PUUm, v 3iS4
(s) Cf. Nouvelles recherches historiques sur U vie H tes ouvrages dm ckâMcetitrée
LHospilal, par A.-H. Taillandier; Pari», Didot, 1861, in-8, p. aji. - li.Tiininfi«f
donne 4 cette terre le nom de Valgrand et dit qu'elle s'appelle anjoardlwi Yai-^ I
Grand, La lettre dn chantier qne |e pnbtte prouve qu'an xn* tiède ce dernier toa
était ntité. )
(3) Elle éuit mariée i Robert Hnrault de Beletbat, maître des ttqmèm, qn iT<i< ^
bratié le protettantitme. De là le danger qu'elle courut pendant le massacre.
(4) Collection de M. Alfred Sensier.
(5) Parmi ces enfants éuit le filleul même du chaniclier, Micbd Hurtnlt, qui Wô" '^^
la bibliothèque de son grand-père et derint maître des requêtes au ParicBcnt de fin»*
(6) Marguerite de France, fille de François I», qui airait eu L*Hoapitil poor P»**»^
de son Conseil.
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J
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MICHEL DE l'hÔSPITAL 7
près tenir celle de madite dame de Savoie. J'escris aussi à
£Qadame de Nemours (i) pour la remercier très humblemant.
Vous verres les letres. Je me recommande à vous, priant le
Segneur vous consoler et redresser en tous vos afiaires. De
Verlegrand ce xxv d'aoust 1572.
' Vostre bon père
M. DE LOSPITAL.
A Mademoiselle de Belesbat, ma fille.
Michel de L'Hospital, au dire des historiens, résidait dans sa terre
du Vignay au moment de la Saint-Barthélémy. N'y a-t-il pas erreur
dans cette assertion ? car la lettre ci-dessus prouve que le chancelier
était, le 25 août, à Vert-le-Grand. Avait-il, au reçu de la nouvelle,
quitté le Vignay ? Il semble difficile d'admettre ce voyage, alors que des
cavaliers de mauvaise mine rôdaient, dit-on, autour de la maison du
chancelier. Quoi qu'il en soit, L'Hospital ne dut la vie qu'à l'interven-
tion de Catherine de Médicis. Réfugié auprès de son gendre et de sa
fille à Belesbat, il adressa des épitres latines à Marguerite de France
et à la duchesse de Guise, pour raconter à l'une les horribles événe-
ments qui venaient de ^'accomplir et rendre grâces à l'autre de sa géné-
reuse protection {2).
(i) Anne d*Este, dach^esse ;de Guise.
(2) a. Œuvres complètes de Michel L'Hospital, éd. Dufey; Parit, BouUand, 1825,
3 vol. in-S, t. ni, p. 499. — La pièce adressée à la duchesse de Savoie contient ce pas-
. Bage touchant sur le danger que courut la fille de UHospiul :
Filia Parisiam casu qu« vencrat urbem,
Imprudens subitis oppressa tumultibus, Annas est
JEstensis servau fide. Nam sezus et «Us
Nulliprœsidio fbit in discrimine tanto.
Uépttre i la duchesse de Guise (p. 491) commence ainsi. :
Anna, mihi natis h«c de tribus una superstes
Vivit adhuc, vivitque tuo servata reccnti
Munere, dum tota codes flagraret in urbe :
Proterea nec spes occurreret ulla saintis.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE<X)THA
(1763-1767)
Les origiiuux des lettres qu'on Ta lire appartietinent aux archives
ducales de Gotha, et c'est en préparant la noureUe édhioa de la Coms-
fondmict Uttérmhre (dont deox Tohmes d^ ont para), que M. M anrioe
Tourneuz en a eu oonnainance. Il a pu obtenir de les fiûre oopier a
m*a communiqué celles qui présentaient quelque intérêt an point de
vue de l'histoire des lettres ou des mœurs. Plusieurs d'entre elles ne
renferment que des protestations de dévouement ou des roeux pour la
santé de la ûunille prindère, et leur âimination n'atténuera en rien k
mérite de celles que nous avons conservées.
Sauf la neuvième tt la vingt et unième, toutes ces kccres sont adres-
sées à la duchesse Louise^Dorothée, née le 10 août 1710, mariée k
17 septembre 1729 au prince héréditaire devenu duc, sous le nom de
Frédéric III, le 23 mars i733, et morte le 22 octobre 1767; le destina-
taire des deux autres est le prince héréditaire Ernest, plus tard
duc Ernest II de Saxe-Gotha, mort en 1804.
Bien qu'il fût d'origine bavaroise (étant né à Ratisbonne), Grimm con-
tracta de bonne heure et conserva de tout temps les relations les {dus
étroites avec la cour de la petite ville où il devait mourir le 23 dé-
cembre 1807. Avant d'en être le ministre plénipotentiaire il en fut k
représentant officieux et son zèle allait même, ainsi qu'on le verra par
deux lettres fort plaisantes, jusqu'à se diarger d'acheter des perruques
poudrées et des pou/s. à la considération.
Ce n'est point mon habitude de publier ici des correspondances si
longues ; je sais que la variété est indi^>ensable dans un recueil tel que
la Revue des documents historiques. Seulement je ferai observer que
toutes ces lettres de Grimm ont des sujets si divers, que chacune con-
stitue à elle seule un ensemble. Pour rendre cette observation plus sen-
sible j'ai &it précéder chaque lettre d'un sommaire des faits qu'elk
contient.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 9
I
LETTRE DU 3l JUILLET lyÔS
d'aXEMBERT a LA COUR DE PRUSSE. — JUGEMENT SUR CE PHILOSOPHE.
ESTAMPES DE M. DE CARMONTELLE. — PETIT CATECHISME DE
irOLTAlRB.
Madame
Je ne me ferai jamais à Texcès de bontés dont votre Altesse
Sérénissime m'accable. J^en reçois les témoignages avec tant
d^ )oie, tant de regrets, tant de confusion, tant de reconnais-
sance^ que mon cœur ne suffit pas pour contenir les divers
sentimens qui Tagitentet le troublent. Vous mettez, Madame,
dans vos bienfaits, une sorte de délicatesse inconnue même
aux âmes bienfaisantes, et qui vous rend maîtresse de tous les
coeurs. Je ne puis me rappeller les bontés dont votre Altesse
m'a comblé pendant le peu de momens que j'ai eu le bonheur
de passer à sa cour, sans éprouver une espèce d'attendrisse-
ment douloureux dont mon cœur est oppressé. Mes yeux se
remplissent de larmes toutes les fois que je mets le nom de
votre Altesse Sérénissime sur mes paquets; jugez, Madame,
si je suis en état de recevoir les lettres dout vous daignez
m'honorer, et si je puis soutenir la pensée que votre Altesse
- dispose en ma faveur d'un moment de loisir si nécessaire à
votre santé, après tous les devoirs que vous vous imposez
pour le bonheur de vos sujets. Je n'oublierai de ma vie la joie
que votre Altesse a montrée du succès de. ses bontés et je ne
puis y penser sans pleurer comme un en&nt. J'ai honte de
tant de faiblesse; mais il y a une grande douceur à s'en con-
fesser à votre Altesse. Vous êtes bien digne, Madame, de faire
des heureux; mais que votre Altesse détourne ses yeux de
dessus moi, car je reste accablé sous le poids de vos bontés,
et il m'est douloureux de penser que je passerai ma vie sans
TOME V. 2
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10 tEVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
donner à votre Altesse une preuve d'attachement et de zèk.
J'ai abusé, Madame, de vos bontés en vous importonani
successivement de quatre paquets pour le plus grand et le fias
aimable des mortels. Je supplie votre Altesse Sérénissime de
me pardonner. Cela n'arrivera plus, et ces paquets lui scrc»xt
envoyés désormais directement par un homme qui est chargé
ici de ses commissions. Je voudrais bien que la confiance me
revint un peu; il faudrait pour cela être aussi sûr de Tindul-
gence du Roi que de celle de votre Altesse, et, comme je crob
ravoir déjà dit, aussi souvent que je me mets à travailler, je
vois ses grands yeux bleus que je n'ai jamais vus, fixés sur
moi, et cela me trouble.
M. d'Alembert m'a écrit de Charlottenbourg du i6. Il me
mande, ce que je savais déjà, que votre Altesse Séraùssime a
tout fait; qu'il avait prévenu M. d'Argens et M. de Catt de
mes desseins, et que tous deux lui avaient dit que le Roi ne
prendrait pas de correspondant avant Thiver, attendu les
affaires dont il était accablé. Je dois encore à votre Altesse
d'avoir changé les résolutions du Roi à cet égard.
Au reste le Philosophe ajoute : c Je ne vous parle point de
ce Prince, si ce n'est pour vous assurer qu'il est encore au
dessus de sa gloire et de sa réputation, et plus aimable encore
qu'il n'est grand. Il n'y a point de bontés* dont il ne m'acca-
ble, ni de bien qu'il ne voulut me faire. On ne saurait éprou-
ver plus d'agrémens que j'en éprouve à sa Cour, de sa part et
de celles de toutes les personnes qui l'approchent. Cela ne
m'empêchera pas de venir rechercher ma chaumière dans six
ou sept semaines; mais j'emporterai au fond de mon cœur le
souvenir de ses vertus et de ses bontés. »
Je ne suis pas étonné que le Roi en soit enthousiasmé.
M. d'Alembert est fort gai, fort polisson, faisant de bons contes
qui doivent grandement divertir le Roi. C'est après Voltaire
de tous les Philosophes celui qui a le plus de réputation à
Paris et dans le pays étranger. A peine sorti de l'enfance il a
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA II
eu la réputation d'un grand géomètre, ce qui l'a fait recevoir
de très bonne heure de l'Académie des Sciences. Le discours
préliminaire de l'Encyclopédie est de lui, et ce morceau a eu
un grand succès. Ses autres ouvrages de littératures qu'il a
recueillis sous le titre de Mélanges en quatre volumes, ont eu
moins de succès, et, si j'ose confier ma pensée à votre Altesse,
je n^en fais pas un grand cas; je n'y trouve ni le génie de
Diderot, ni le talent de Buffon; cependant sa réputation a
toujours été en augmentant, et votre Altesse sait ce que l'Im-
pératrice de Russie a voulu faire pour lui et les bontés du Roi
de Prusse. Ce monarque lui fait depuis dix ans une pension
de douze cent livres qui a été toujours exactement payée
pendant la guerre.
M. d'Alembert passe pour être fils naturel de la célèbre
Madame Tencin, sœur du cardinal. Sa mère n'a jamais voulu
le voir; une pension viagère de douze cent livres était tout
son patrimoine. Il est vrai que ses besoins sont fort bornés de
ce côté-là, et que ses moeurs sont d'un vrai Philosophe. Il n'a
jamais quitté sa nourrice qui est la femme d'un honnête vitrier
de la rue Michel-le-Comte, et toute son ambition du côté de
l'argent s'est réduite à en avoir assez pour faire du bien à cette
honnête et pauvre famille.
Il se proposait à son retour de Berlin de passer par Gotha
et de faire sa cour à votre Altesse Sérénissime, et je l'avais
assuré qu'il serait accueilli avec la bonté que votre Altesse
sçait si bien accorder au mérite ; mais je vois avec peine qu'il
passera à Gotha à la fin du mois d'août, précisément dans le
temps où votre Altesse sera partie pour ses Etats d'Altem-
bourg.
Vous trouverez. Madame, dans le premier paquet encore
quelques estampes de M. de Carmontelle (i) qui sera bien
(i) Louis Carrogis, dit Carmontelle, né à Paris le i5 août 17 17, mort dans la mimt
ville le 36 déc. 1806. Il était lecteur du duc d'Orléans; ses Proverbes étaient estimés, et
on prisait beaucoup son taleth d*aqua-fortiste. (Cf. Dictionnaire de Jal).
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ta tEVUB DB DOCUMEim «STORfQqn
heureux de tout ce que votre Altesse a la bonté de me maa-
der pour lui. Il est dans ce moment-ci à vingt lieues d'ici avec
M. le duc de Chartres (i). Il s'était bien promis de me donner
tout ce qu'il y aurait de gravé de ses profils, et les bontés de
votre Altesse ne le feront pas chaîner d'avis. Jusqu'à présent
il n'y en a pas d'autres de gravés. On ne peut les acbcser
parceque ce sont les personnes mêmes qui les font graver et
qui les donnent à leurs amis, et comme ils en donnent à
M. de Carmontelle un certain nombre d'exemplaires, ilen fû
présent à son tour à ceux à qui il croit faire plaisir.
Je suis peu édifié de la conduite du bon apôtre (2). Je crains
que votre Altesse, justement irritée de son pieux entêtement,
ne lui ôte le droit de faire passer ses ordres à son pauvre
profane (3), et le pauvre profane souffrirait ainsi de rentète»
ment du bon apôtre. Ce pauvre profane supplie votre Altesse
Sérénissime de lui conserver ce nom; il le chérit, puisqu'il le
tient des bontés de votre Altesse. Je prends la liberté de
joindre à cette lettre un petit cathéchisme du grand apôtre
Voltaire (4). Il se trouve très heureux de contribuer à l'édifica-
tion de votre Altesse.
Il supplie votre Altesse de le souffrir à ses pieds et de per-
mettre qu'il se dise pour toute sa vie avec le plus profond res-
pect et l'attachement — oserai-je achever? — le plus tendre
Madame
de votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur
Grimm.
A Paris le 3i juillet 1763.
(I) tonit-Philippe-Joseph d'Orlétnt, dit plot Urd Philippe Égalité,
(a) Ce sobriqaet qai reTJent plasieurt fois dtas ces lettres désignet )e pense, le btroa de
Sbadnitz qui avait représenté la duchesse de Gotha à Paris quelques années auparavant.
(3) Griram hii-mlme.
(4) CéUéehism* de VhoiuUte homme ou Dialogue entre un caloyer et un homme de
bien. Réimprimé dans toutes Iss éditions complètes de Voltairt,
!
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GXIMM ET LA COUR DE SAXE'OOTHA l3
II
LETTRE DU 22 SEPTEMBRE I763
RlGltSTS DB d'aLEMBERT DE n'aVOIR PAS ÉTÉ A OOTHA.
ESSAI SUR LES MIRACLES PAR VOLTAIRE.
Madame
Le billet ci-joint, que M. d'Alembert vient de m'envoyer,
prouvera à votre Altesse Sérénissime le regret que ce Philoso-
phe a eu de ne point faire sa cour aune Princesse dont il a en-
tendu tous les jours l'éloge dans la bouche du Héros du siècle.
En arrivant à huit heures du soir à Gotha, il apprit que votre
Altesse partait le lendemain à cinq heures du matin pour
Altembourg avec toute sa cour; il n'osa plus faire aucune
démarche pour se présenter. C'est le seul regret qu'il ait rem-
porté de son voyage d'Allemagne, qui est d'ailleurs en tout
point le plus agréable qu'un sage ait jamais fait, sans excep-
ter celui de la Reine de Saba et celui des Mages à l'étable de
Bethléhem. Je vois par l'essai sur les miracles que Milord
Maréchal envoie à votre Altesse(i) que vous travaillez toujours,
Madame, à votre édification. J'en bénis Dieu et le bon ange
de votre Altesse Sérénissime. Ce bon ange siège dans la bonne
tête qui gouverne la plus belle âme d'une grande et adorable
Princesse dont un grand Roi parle sans fin et sans cesse.
C'est un morceau bien sagement et bien profondément rai-
sonné que celui de David Hume. Il me semble aussi que la
traduction qu'on envoie à votre Altesse Sérénissime est beau-
coup meilleure que celle qui a été imprimée il y a quelques
années.
Je viens de faire partir à l'adresse de votre Altesse quelques
(1^ Les Questions sur les mirmçlcs de Voltaire doQt Grimm parle plus loin ne pamren^
qu'en lyôS. J'ignore donc quelle est la brochure transmise à la duchesse par George
Keith, connu sous le nom de Milord Maréchal et qui resta jusqu'à sa mort l'ami de Fré-
déric et d( Roosstan.
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14 tEVUB DCS DOCUBIENTS HISTOtIQUES
livres et une boete contenant un portrait en profil. Comme '}c
Tai fait encadrer sous verre, je ne dormirai tranquillemem
que lorsque le bon apôtre m'aura mandé par ordre de votre
Altesse que cette boete est arrivée en bon état. J'ai pris pour
cela toutes les précautions possibles, et remets le reste à r^rec
à la providence.
Je lui remets aussi la plume du très-excellent apôtre de U
plus adorable souveraine, afin quelle l'inspire et lui donne le
louable dessein de m'écrire; mais je crains que le bon apôtre
ne soit resté à Gotha.
Je vous supplie, Madame, de me soufirir à vos pieds. U
faut bien permettre que depuis le grand Frédéric, le plus
grand des Mortels, jusqu'au petit Frédéric de la rue de Luxem-
bourg, le plus petit des honmies, tout adore votre Altesse
Sérénissime.
Agréez, Madame, le profond respect et l'attachement
étemel
Madame
de votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur
Grimm.
A Paris le 22 septembre 1763.
III
LETTRE DU 20 OCTOBRE lyÔS
rORMATION d'uni COMPAGNIB POUR REMBOURSER LES PRINCES ET ÉTATS
DE l'empire de leurs FOURNITURES DE FOURRAGES. — ENVOI Z>KS
PORTRAITS DE DIDEROT ET DE TRONCHIN.
Madame
J'ai reçu la lettre dont votre Altesse Sérénissime m'a ho-
noré le 3 de ce mois. Il faut bien souffrir que votre Altesse, à
peine de retour de ses Etats d'Altembourg, «nploie les pre-
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA l5
jociiers momens à m'écrire; il y a longtemps que votre Altesse
lie met point de bornes à ses bontés. M. le Marquis de Cas-
trîes (i) a vu, Madame, ce que vous avez eu la bonté de me
mander sur la personne à laquelle il s'intéresse. Il aura lui-
même l'honneur de témoigner sa reconnaissance à votre
Altesse Sérénissime. M. Gelly, c'est le nom delà personne en
question, m'a écrit à cette occasion une lettre que je joins ici;
il m'a remis aussi ce petit mémoire sur le bruit qui a couru
qu'une compagnie s'était formée ici pour rembourser les
Princes et Etats de l'Empire de leurs fournitures de fourages.
Ce bruit parait fondé. On dit qu'il y a Aine compagnie qui
achète toutes les prétentions de fourages liquidées et non
liquidées, et qui paye huit sols par ration pour la cession de
tout droit. Ce que je sçais, c'est qu'un sous-fermier de cette
compagnie a dit à une personne de distinction dont je letiens^
qu'il achèterait six sols la ration de tout Prince ou Etat d'Al-
lemagne qui voudrait lui vendre ses prétentions et qu'il y
gagnerait deux sols par ration, parceque la Compagnie comp-
tait en donner huit sols. Or si cela est, il est bien plus court
de s'addresser à la compagnie même. La formation de cette
compagnie parait assez indécente et même incroyable; mais
les choses les plus incroyables ne sont pas souvent les moins
vraies. Celle-ci pourrait influer sur M. Gelly; car si le conseil
de votre Altesse jugeait convenable de traiter avec cette com-
pagnie et de préférer un payement convenu et effectif à un
payement éloigné et incertain, sa mission n'aurait plus d'objet.
Ce que je sçais c'est que la reconnaissance de Monsieur de
Castries n'en perdra rien de sa force, et si votre Altesse Séré-
nissime a des ordres à faire passer à M. Gelly, ou qu'elle
désire de plus grands éclaircissemens sur cette compagnie, je
m'acquitterai de tout avec le zèle que je dois sentir et qui ne
peut finir qu'avec ma vie.
(i) Chtrle»-Eagtae-Gabriel de La Croix, marquis de Castries, maréchal de France
eo 1783, n* X737, m. iSoi.
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i6 iBVUB DIS DOcaimrrs msrotiQCES
M. d'AJembert a été bien touché des bontés de ▼OCR ^
et il vous supplie. Madame, d*agréer son profond respect. Je
pensetoujours que ce ne sera pas la dernière fois qull WÊn
été à Berlin, et qu'il pourra r^arer le malheur qu^il a eu de
manquer Toccasion de faire sa cour i ime Princesse dom i a
entendu Téloge pendant trob mois de suite dans la bouche ds
héros du siècle.
Votre Altesse trouvera dans le premier paquet encore oc
exemplaire du profil du Philosophe Diderot (i). Ce prc^ n'est
pas un ouvrage de M. de CarmcHitelle; c'est nxM qui Taî fnt
faire et qui possède la planche. Ainsi j'en peux foomir à
votre Altesse le nombre qu'elle désirera. Jusqu'à présent k
Philosophe ne m'a pas permis d^en donner id, et )e me s»
conformé à ses ordres pour ne poim efifaroucber sa modestie.
Dans ce paquet il se trouve aussi l'estampe du docteur
Tronchin que M. le Controlleur général a fût faire (2).
Je supplie votre Altesse de me souffrir à ses pieds, oà je
serai toute ma vie, où mon re^)ect, mon attachement et la re-
connaissance me retiennent également. Ma santé un peu al-
térée depuis deux ou trois jours ne me permet point de parler
aujourd'hui à Madame la Grande Maîtresse ni d^elle ni de sa
Souveraine qui est de mon cœur.
Je suis avec un profond respect
Madame
de votre Altesse Sérénissime
le très-humUe et trè&obéissant serviteur
GaofM.
A Paris le 20 octobre 1763.
(I) 11 s'agit dt Tcttampe gravie par Chena, «Taprèt la pdiitare de Jarand. Elle a été
reproduite à i'eâa-forte par M. Rajoo, pour nne édition de te IMigitun (la piniclie a été
égarée après quelques épreuves d*essai), et sur ader par M. DdaaMy, pour les (Bkmv
complètes^ éd. Assézat et Toumeux.
(a) rignore à quel portrait Grimm fait aUnaion : le cabiaet des EatMipea
que cdui de Léotard gravé par OaUlard et à la manière noire ptr'J. Wataoa.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA I7
IV
LETTRE DU 1^' NOVEMBRE lyÔS
Et^VOI DES LETTRES DE PRéDÉRIC H ET DE CATHERINE II ADRESSÉES A
d'aLBMBERT. — AURORE BORÉALE OBSERVÉE EN FRANCE.
Madame
Après la plus belle résistance du monde, M. d'Alembert a
consenti à ce que j'envoyasse à votre Altesse Sérénissime la
lettre du grand Roi votre dévoué frère et celle de Tlmpératrice
des Russes; mais il a exigé et pris ma parole que votre Altesse
ne permettrait à qui que ce soit de les copier. En conséquence
je les ai transcrites moi-même, et me suis trouvé très flatté
d'être le répondant de la Souveraine que j'adore. Le Philo-
sophe d'Alembert m'a fait sentir, indépendamment d'autres
raisons, que ni le Roi très Philosophe ni l'Impératrice ne
trouverait peut-être pas bon de voir courir ces lettres, et je
serais assurément au désespoir de lui causer à cet égard la
moindre tracasserie; je n'en aurais pas même voulu pour moi,
mais l'envie de faire ma cour à votre Altesse Sérénissime l'a
emporté.
J'ai reçu la lettre dont votre Altesse m'a honoré le i8 du
mois passé. Il faudra bien m'accoutumer à recevoir ces mar-
ques de la bonté de la Souveraine de mon cœur. Elles me
sont délicieuses malgré le remords qu'elles excitent en moi;
je ne puis voir votre Altesse prendre la plunie pour m'écrire
sans me sentir le cœur serré; il est vrai que le moment qui
suit cette image est délicieux et fait toujours couler mes larmes.
Madame, il y a aujourd'hui un an que je partis de Marbourg
pour aller me mettre aux pieds de votre Altesse Sérénissime.
Si je calcule bien, cette lettre sera remise à votre Altesse le
jour que je repartis de Gotha. Quelle suite de jours sacrés pour
moi, je vais célébrer! Vos bontés ont épuisé nia sensibilité;
TOME V. 3
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i8 lEvuE DBS Doancsrrs histomodcs
mon bonheur était trop grand pour pouvoir en jouir, il ne
m'en reste qu'un souvenir qui me remplit de la pi as dooccdes
satisfaaions et d'une reconnaissance au delà de TexpressiofL
Que je suis charmé du succès de Boufferié (i) et de sgd
maître et de leur heureux voyage I J'ai fait passer à M. de Car*
montelle à Fontainebleau, où il est avec M. le doc de Chartres,
les témoignages de bonté de votre Altesse Sérénissime. Il ne
dépendra pas de moi qu'il ne les mérite par tout ce qu'il ima-
ginera de plus propre à les mériter.
Il est vrai, Madame, que le jour même que votre Altesse a
observé une aurore boréale, nous l'avons vu en FraïKx et,
suivant ce qui me revient, d'une manière très-remarquable.
Un de mes amis revenant de Fontainebleau à Paris a eu tout
le tems de la bien observer. Il prétend qu'elle a été très-forte
à différentes reprises, qu'il y a eu aussi quelques intermittences,
et qu'elle a duré en tout jusqu'à environ dix heures et demie.
Je ne sais si ces observations s'accorderont avec celles de
Gotha. Quant à cette fleur d'arbrisseau singulière que votre
Altesse m'a fait la grâce de m'envoyer, plusieurs persomies
entendues à qui je l'ai montrée doutent qu'elle puisse être
filée. Cependant on m'assure qu'il y a en ce pays-d une es-
pèce de chardon qui produit un duvet à peu près semblable
et qu'on file. Je ne doute point qu'on ne put du moins mêler
celui de votre Altesse avec d'autres matières, et le rendre ainsi
propre à la filature. Il est évident qu'il doit être très-bon pour
faire des couvre-pieds, des robes ouattées, etc. En Lorraine
on fait une étoffe d'écorce d'arbre dont j'ai vu des habits, ce
qui y paraît bien moins propre que cette fleur d'arbrisseau.
Il m'a été confirmé de nouveau depuis ma dernière lettre
qu'il s'était formé une compagnie qui achetait, à raison de
huit sols par ration, les prétentions de fourages des Princes et
Etats de l'Empire. On m'a assuré que cette compagnie n'était
point autorisée par le Ministère à qui l'état des finances du
(i) J'ignore sll t\^i d'an nom réel on d*an sobriquet.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA I9
royaume ne permettait pas encore de songer au rembourse-
ment des Princes d'Allemagne. Auquel cas il parait toujours
qu*on ferait une excellente affaire en vendant à cette compa-
gnie ses prétentions argent comptant, quoi qu'au prix modique
de huit sois par ration.
Je supplie votre Altesse dej recevoir avec sa bonté ordi-
naire les assurances du profond respect et de l'étemel attache-
ment avec lesquels son profane sera toute sa vie
Madame
de votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur
Grimm.
A Paris le premier novembre 1763.
LETTRE DU 21 NOVEMBRE I763
MARIAGE DU COMTE DE SCEY AVEC MADEMOISELLE DE GRAMONT. —
PORTRAIT DU PHILOSOPHE. — COMPTE RENDU DU SALON PAR DIDEROT.
Madame
Si la Divinité voulait en user avec les hommes comme
votre Altesse Sérénissime, il n'y aurait jamais eu aucune dis-
pute ni sur sa bonté, ni sur ses autres attributs. Vous com-
blez. Madame, de vos bontés le dernier de vos serviteurs; j'ai
beau crier avec remords, en voyant les traces de cette main
auguste et chère : non sum dignus, non sum dignus, je vois
toujours les paquets de votre Altesse me venir chercher dans
mon réduit. Sans doute, Madame, que vous croyez me devoir
quelque consolation dans un tems où je célèbre l'anniversaire
des jours que j'ai eu le bonheur de passer aux pieds de votre
Altesse. Ah que ce mois de novembre est différent de Tautre \
J'espère, Madame, que mes paquets arrivent régulièrement
le neuvième jour à Gotha. J'ai grand soin en les adressant à
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30 REVUS DES DOCUMENTS mSTOlK^TES
Messieurs d'OIenschlager à Francfort^ de les faire afiranckk,
et je me flate que ce n'est pas de mes paquets que votre
Altesse aperçoit le retard. J'ai déjà fait avertir le secrétaire de
M. le Prince de Soubise de se servir de cette adresse de
M'* d'Olenschlager. J'avertirai de même M. de Poyanne et
M. de Lugeac. Cest ce que je connais ici (k plus dévoue à
votre Altesse Sérénissime. Peut-être serait-il à propos qu*<m
ordonnât de la part de votre Altesse à Messieurs d'Olenscfala-
ger d*avoir grand soin des lettres qui leur seront adressées.
Il est vrai, Madame, que M. le comte de Scey vient d'é-
pouser en Franche Comté Mademoiselle de Gramont qui a de
la naissance, de la fortune, de la jeunesse et de la i>eauté.
C*est ce que m'a dit Madame la Marquise de Castries qui en
passant par cette province s'est presque trouvée de la noce.
On dit que nous ne le verrons pas à Paris tout de suite.
Je me veux un mal infini de n'avoir pas songé à présentera
Monseigneur le Prince héréditaire le portrait du Philos<^bc
La seule chose qui puisse me consoler de n'avoir pas songé
à ce moyen de faire ma cour à S. A. S. c'est que passant par
les mains de votre Altesse ce portrait acquerra un nouveau
prix. Je lui ai lu Tarticle de la lettre de votre Altesse qui le
concerne. Je voudrais. Madame, que vous puissiez entendre
tout ce qu'il a dit là dessus. Il est bien naturel que mes amis
sçachent de quel prix est le sufirage de votre Altesse Sérénis-
sime. Je prétend que comme il n'a jamais occasion de se
louer, quelqu*envie qu'il en ait, il reçoit les éloges des autres
avec un grand plaisir; mais que Téloge de la Princesse que le
premier homme du siècle met au-dessus de tout, lui paraît
plus flatteur que tous les éloges ensemble.
Votre Altesse daigne me tracer un beau tableau en nous fai-
sant voyager par Gotha à Berlin. Pourquoi faut-il qu'un si
beau rêve ne soit qu'un rêve! Je suis bien sûr que le Philosophe
bonhomme emporterait de Gotha les bontés de la Souveraine
des cœurs, et qu'il mériterait celles du Philosophe couronné.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 2 I
Le secrétaire des G>mmandemens de celui-ci me mande que la
Description du Sallon a été trouvée excellente (i). Jesçavais
bien que le goût de votre Altesse se rencontrerait avec celui
du grand Roi, Si par la suite ayant un peu mieux mérité ses
bontés, votre Altesse veut faire venir à sa Majesté Penvie de
voir le Philosophe, j'ose vous assurer, Madame, que nous
n'avons pas besoin de géographe pour sçavoir par quelle route
il faut prendre.
Sous peu de jours je compte être en état de rendre un compte
exact à votre Altesse de cette Compagnie qui veut acheter les
prétentions des Princes de TEmpire.
Je mets aux pieds. Madame, le profond respect avec lequel
je serai toute ma vie
Madame
de votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur
Grimm.
A Paris, le 21 novembre 1763.
VI
LETTRE DU 28 NOVEMBRE 1 703
QUESTION DES FOURRAGES. — LE MARQUIS DE CASTRIES
APPROUVE LE RACHAT.
Madame
Suivant les informations que j'ai prises je ne puis douter
qu'il n'y ait des gens ici qui proposent d'acheter argent
(i) Le compte renda par Diderot du salon de 1763.
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22 REVUE DES DOCUMBNTS HISTOUQCCS
comptant les prétendons des Princes et Etats de l'Empire. Us
ne demandent qu'à recevoir les originaux des billets de liqui-
dation et s'engagent à payer six semaines après. Je leur ai fait
dire, sans nommer personne^ qu'ils devaient sendr que cette
extradition des papiers originaux ne pouvait avoir lieu qu'en
échange de lettres de change payables à six semaines de date,
mais duement acceptées par quelque solide maison de com-
merce. Il ne faudrait pas autrement s'embarquer avec des
gens dont la probité n'est pas autrement bien établie. Au resfee,
ils n'offrent que six sols pour la ration de fourage que le Roi
a passée à quinze sols dans ses billets de liquidation; mais
comme votre Altesse Sérénissime a très-bien observé^ l'argent
comptant est d'un grand contre-poids quand il n'y a de l'autre
côté que des espérances vagues et éloignées que l'état des
finances du Royaume ne permettra pas de longtemps de réa-
liser.
Si votre Altesse Sérénissime daigne donner une nouvelle
marque de bonté à son très-humble profane en l'honorant de
ses ordres, je tacherai de mériter cette nouvelle grâce par mon
zèle. Il faudrait pour cet effet être muni des papiers originaux
au plutôt possible, pour pouvoir les montrer et entrer en
négociation, et si ces papiers ne pouvaient pas être envoyés
tout de suite, il me faudrait en attendant une note détaillée des
différentes livraisons faites par les sujets de votre Altesse, où
l'on aurait soin de marquer à chaque article ce qui est liquidé
et ce qui ne l'est pas. Car il y a d'autres gens qui proposent
même de traiter sur des articles qui ne sont pas liquidés. Je
crois bien que leurs offres seraient extrêmement minces, et
qu'il faudrait procéder dans cette négociation avec beaucoup
de prudence et de précaution, mais comme il n'en coûte rien
d'écouter de pareilles propositions, il n'en faudrait n^liger
aucune.
Ce qu'il y a de certain c'est que toute cette affaire est ac-
tuellement en fermentation ici, et je crois qu'il faut saisir le
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 23
moment sans perte de tems. Je sais encore de science cer-
taine que la maison de Waldeck est entrée en négociation avec
les gens en question. Je serai instruit des progrès de cette né-
gociation. Si ces gens-là entrent une bonne fois en payement,
ce sera un préjugé favorable pour eux. Les prétentions de la
maison de Waldeck vont à huit millions.
M. le Marquis de Castries est si éloigné de désapprouver
les idées de votre Altesse à cet égard que c'est lui-même qui
m'a donné un des premiers l'éveil sur cette compagnie.
S'il a désiré de procurer vos bontés, Madame, à ce M. Gelly,
qu'il connaît pour un digne homme, ce n'est point du tout au
préjudice de ce que les intérêts de votre Altesse pourraient
exiger. Je laisse à M. de Castries à parler à votre Altesse Séré-
nissime de sa reconnaissance. La seule chose qu'il désirerait,
ce serait que votre Altesse voulut accorder à M. Gelly le titre
de son agent avec une lettre pour M. le duc de Prasiin, sans
appointemens et sans affaires, parceque la simple qualité d'a-
gent d'une Cour d'Allemagne suffirait à M. Gelly pour remplir
ses vues d'un autre côté et le faire réussir dans des projets qu'il
a formés pour son avancement. J'ai osé promettre à M. de
Castries qu'à moins de quelque raison particulière que nous ne
pourrions sçavoir, votre Altesse se prêterait volontiers à lui
donner cette marque de bonté.
Il ne me reste, Madame, que le tems et l'espace de porter à
vos pieds les hommages de celui que votre Altesse a accablé
sous les poids de ses bontés sans bornes, et de vous sup-
plier d'agréer le profond respect avec lequel je serai toute ma
vie.
Madame, de votre Altesse Sérénissime
le très humble et très obéissant serviteur
Grimm.
A Paris le 28 novembre 1 763.
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14 REVUE DES DOCUMENTS HISTOEIQUES
VII
LETTRE DU 29 DÉCEMBRE I763
MALADIB DB LA DUCHES». — FROTBSTATIOia DS I^TOOCMiarr.
Madame
Si je ne sçais comment mériter tant de bontés dont votre
Altesse Sérénissime ne cesse de me combler, je n'ai pas du
moins à me reprocher de n'en pas sentir vivement tous les
accessoires qui les rendraient sans prix si elles n'étaient inesti-
mables en elles-mêmes. Comment se peut-il, Madame^ que née
dans un rang à qui Tamitié parait étrangère, votre Altesse
en connaisse tous les charmes et toutes les douceurs ? Vous êtes
comme l'homme de génie qui peint d'inspiration des situations
dont il n'a jamais rien éprouvé de semblable; tous les senti-
mens honnêtes, quoiqu'étrangers à votre condition, trouvent
place dans votre grande ame. Si mon ami Diderot avait été
malade à mon insu il aurait fait comme votre Altesse; il
m'aurait écrit une longue lettre afin de me laisser toute ma sé-
curité, et il ne m'aurait parlé de sa maladie qu'à la fin et après
m'avoir prouvé son rétablissement. Encore une fois. Madame,
comment pouvez-vous connaitre cette délicatesse et ces mena-
gemens que l'égalité et l'intimité de l'amitié apprennent seules
à employer? Lorsque je suis arrivé à la fin de la lettre dont
votre Altesse m'a honoré, l'inquiétude, la joie, la reconnais-
sance se sont saisies de moi et j'en ai éprouvé un attendrisse-
ment qui m'a fait fondre en larmes. J'ose vous conjurer.
Madame, de donner vos premiers soins à votre conservation,
comme nous y donnons nos premiers vœux. J'ose vous le de-
mander, non seulement pour ces rejettons de votre auguste
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GROIM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 25
maison dont vous êtes l'ame et l'exemple, non seulement pour
cette cour qui vous adore, non seulement pour ce peuple qui
n'a pas besoin de se rappeller la misère de tant d'autres peuples
gouvernés sur des principes différejis, pour vous bénir et pour
demander au Ciel dans la simplicité de son cœur la conserva-
tion de sa Souveraine avant d'avoir sollicité celle de ses pro-
ches et de ses amis; mais aussi pour moi qui voudrais partager
avec vos sujets la douceur de prier pour votre Altesse Séré-
nissime, et qui donnerais pour cette douce erreur toutes les
vérités qui l'ont détruite. J'ose me flatter que cette fièvre
n'aura pas eu de suite. Moi pauvre exilé, je remets tous mes
intérêts entre les maiçs de M. Sulzer, et comme ils sont
confondus avec les siens j'espère qu'il m'en rendra bon
compte. ^
M. le Marquis de Castries a été très-sensible à la lettre dont
votre Altesse Sérénissime l'a honoré. Si M. le Baron de Zuck-
mantel à son passage ne parle pas à votre Altesse de son atta-
chement, il n'aura pas bonne mémoire. Quant à moi. Madame,
je n'ose en charger un si illustre voyageur; je me suis contenté
de lui dire que votre Altesse m'avait mis dans le cas de ne
jamais penser sans confusion aux bontés dont elle m'a comblé.
Ce que vous avez la bonté de me dire sur cette inscription, doit
l'augmenter encore.
Agréez, Madame, au commencement de la nouvelle année
les hommages du plus profond respect, du plus parfait dé-
vouement, de la reconnaissance la plus vive et la plus juste :
tout usage qui me ramène aux pieds de Votre Altesse Sérénis-
sime m'est trop sacré pour être négligé. Je supplie votre
Altesse non de me conserver ses bontés, mais d'y mettre des
bornes ; je supplie aussi votre Altesse de me dire une fois
qu'elle est bien convaincue que je lui suis uniquement et en-
tièrement dévoué, et que les vertus de votre grande âme me
sont aussi présentes que si j'avais le bonheur d'en être le spec-
tateur journalier. Puisse ce spectacle être éternel, comme le
TOME V. 4
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I
l6 RIVUE DIS DOCUMENTS HISrOIIQiaS
souvenir n'en périra jamais, aussi kmgtems qa'il y aura ées
âmes sensibles et vertuoises.
Je suis avec le plus profond respect
Madame, de votre Altesse Sérénissime,
le très humble et très obéissant
Giuiiii.
A Paris, le 39 décembre 1763.
VIII
LETTRE DU 25 JUIN I764
BRUIT d'un EMPOISONNElflNT DE TnÈùiMK, U,
ntVOI DB DéOOUPURBS DE soie AMI HI»Sa.
Madame
Je ne puis laisser partir ce paquet sans avoir l'hcooeor de
dire à votre Altesse Sérénissime que m^étant trouvé fe jour da
départ de M. le Marquis de Castries pour les eaux de Bar^ â
diner chez lui, j*ai eu la satisfaction d'y rencontrer M. le cocnte
de Scey que je n'avais pas eu l'honneur de voir depuis U
guerre. M. le Comte de Schombei^ s'y trouva aussi, et il est
très aisé de deviner quel fut le sujet fiavori de notre entretien.
M. le Comte de Scey m'a fort recommandé de le mettre aux
pieds de votre Altesse Sérénissime, et je l'ai fort assuré qu'il
n'avait pas besoin de m'en prier et que je ne négligerais point
une si belle occasion de faire ma cour à votre Alt^se. Rien ne
prouve mieux l'attachement de tous ceux que le sort a conduits
à Gotha pendant la dernière guerre que la joie qu'ils ont de se
rencontrer sans se connaitre ; ils se croient liés d'amitié les uns
aux autres par un sentiment commun qui les attache à votre
Altesse.
Il s'est répandu ici un bruit ces jours derniers que le grand
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ORIliM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 27
Frédéric s'était presque empoisonné en buvant d'une limonade
qui avait séjourné dans un vase où il s'était formé du verd
de gris, qu'il en avait été extrêmement incommodé, mais qu'il
était aussi parfaitement rétabli. Nous avons, M. D'Alembertet
moi, des lettres de Berlin postérieures à la date de cet accident,
et ces lettres n'en font aucune mention. Cela me fait espérer
que ce n'est qu'un faux bruit ou du moins une nouvelle fort
exagérée. Il serait bien cruel et bien extraordinaire que le héros
et l'ami de votre Altesse finit ainsi. J'ai la confiance que son
sort sera unique en tout, et comme c'est un miracle qu'il ait
survécu à tant de travaux et à tant de dangers, j'espère qu'il
fournira la plus longue comme la plus belle carrière.
Je viens de lui envoyer un recueil de découpures de mon
ami Huber(i) de Genève dans lequel on renferme ces morceaux
pour les voir. J'ai prié M. de Catt, quand le Roi les aura vues
assez, de les envoyer avec Je verre à la Princesse de l'Europe
que sa Majesté estime et considère le plus. Ainsi j'espère que
votre Altesse verra arriver ces découpures en temps et lieu, et
qu'après avoir satisfait sa curiosité, elle aura la bonté de me
les renvoyer à Paris où l'auteur compte en disposer. Monsei-
gneur le Prince héréditaire qui aime les arts ne sera pas fâché
de voir des productions d'un talent unique.
Je ne puis assez exprimer. Madame, combien je suis vive-
ment et profondément touché des bontés de votre Altesse
Sérénissime dont mon ami et l'excellent apôtre de la Souve-
raine des cœurs me fait un détail que je regarderai comme
l'épitaphe la plus glorieuse que je pourrai jamais mériter. Il
est certain que lorsque le sort disposera de moi, il disposera
de l'homme malheureusement le moins nécessaire à votre
Altesse, mais de celui de tous qui vous est le plus entièrement
(i) Jean Hubcr, né à Genève en 1733, mort en 1790, s'est rendu célèbre par Tart
prodigieux avec lequel il découpait sur le vélin des figures grotesques et nommément
celle de Voltaire dans la familiarité de qui il éuit admis. Il a fait également d*après le
patriarche des croquis pleins d'humour et de finesse dont quelques-uns ont été
gravés.
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a8 REVUE DES DOCUMENTS HISIOKIQtBS
dévoué. Daignez en agréer les assurances ainsi que leprolood
respect avec lequel je serai toute ma vie
Madame, de votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant scrvîtcn:
GtmM.
A Paris le a5 juin i764.
IX
LETTRE DU l3 DÉCEMBRE I764
d£cOUPURBSDC RUBER. — BNYOI DU PORTRAIT DO JVUlfS MOSART. GROIM
DEMANDE POUR CET EXFANT LA PROTICTION DK LA DOCRBSSS ET OC
SON FILS. — PCniTURR ÉLUDOmiQUI.
Au duc-héritier.
Monseigneur
Je viens [de] causer une sensible joie à ce bon vieux Prési-
dent (i) en lui disant ce que votre Altesse Sérénissime a bien
voulu me demander à son sujet dans la lettre dont elle ma
honoré. Il voudrait que les Princes en France fussent aussi
bien élevés qu'à Gotha et moi qui suis sensible à la gloire de
ma patrie et qui ai tant de raisons d'aimer la France, je le vou-
drais bien aussi. Il voudrait bien aussi, avant de mourir,
avoir le bonheur de faire sa cour à votre Altesse en
ce pays-ci, et je Tai assuré que ce n'est [pas] moi qui m'y
opposerai.
Je suis charmé. Monseigneur, de savoir enfin les décou-
pures arrivées sans accident à Gotha; j'espère qu'on n'aura
pas oublié ce double verre qui est nécessaire pour les bien
voir et qui les fait paraitre avec avantage, surtout à la lumière.
(1) Le pritidcnt HtoaoU qui t?tit tlort toixtnte-dix-neuf «ns.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 29
Je m'en tiens au jugement que votre Altesse Sérénissime en a
porté, il confirme le mien. Le grand Frédéric n'a pas eu le
temps de les bien voir; il n'a vu que de la patience, un morceau
de vélin, des ciseaux. Il nous aurait fallu auprès de lui une
main habile pour présenter ces diflférens morceaux avec art
sans en accabler le Roi ; alors il en aurait pu sentir le mérite.
Son aimable Chambellan, Monsieur d'Edelsheim, eût été bien
cet homme-là, mais je n'ai osé m'adresser à lui. Je me suis
adressé à M. de Cattet je m'y tiens. Celui-ci veut que je lui
obtienne son pardon d'avoir osé écrire à Madame la Duchesse
en lui envoyant ces découpures, et j'ai pardonné au nom de
son Altesse Sérénissime; on peut compter qu'elle souscrira
toujours à un acte de bonté.
Quant aux frères aine et cadet, votre Altesse me permettra
de réparer un peu la brèche que j'ai faite à ma réputation de
discrétion. Tout ce que je sais c'est que j'ai vu acheter des
contredanses, que j'ai passé une journée entière à parler avec
délices d'une cour à laquelle je suis attaché à tant de titres
divers, où je ne puis faire un pas sans rencontrer mes dieux ;
que je suis charmé de savoir ces contredanses entre les mains
de Madame la Princesse, que je suis vivement touché du
souvenir .dont S. A. S. m'honore et qu'il faut que vous
me permettiez. Monseigneur, de me mettre à ses pieds et
de présenter mon respect à Monseigneur le Prince au-
guste.
Ce n'est pas tout. Dans l'église romaine on s'adresse à la
mère pour obtenir les grâces du fils; moi, fidèle à la foi de mes
pères, je ne veux pas de cette [cascade, mais je veux obtenir
une grâce de la plus respectable des mères par un fils
qui l'adore et qui à son exemple daigne me combler de
bonté.
Votre Altesse a peut-être entendu parler de petits enfans
que leurs talens pour la musique et particulièrement pour le
clavecin ont fait admirer de tout Paris l'hiver dernier; leur por-
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3o REVUE DES DOCUMENTS HISTOKIQUES
trait sera joint au premier paquet. Ces enCans se trouYent à
Londres depuis le mois d'avril. Quoiqu'arrivés beaucoup trc^
tard, ils ont bien fait leurs affaires dans le commencementi ils
ont été appelés chez la Reine deux ou trois fois, et le petit
virtuose va lui dédier un livre de sonates composées par son
ordre. Mais toute la belle saison est une saison absolument
morte à Londres; le père a eu d'ailleurs une maladie con^dé-
rabie, il a pensé mourir, et il lui a fallu trois mois pour se ré-
tablir. Il s'agit donc de réparer cet hiver les pertes de Pété, et
le projet du père est de donner par souscription un concert à
chaque assemblée chez Madame Comelys in Soho square. Or
le duc d'York, père du Roi, est un des principaux membres de
cette assemblée, et si S. A. R. voulait protéger ces en£ans qui
s'appellent Mozart, leur concert serait sans doute agréé par toute
l'assemblée et leur sort se trouverait fait. Aauellement j'ai la
ferme confiance en vos bontés. Monseigneur, que vous enga-
gerez la plus heureuse et la meilleure des mères, la première
fois qu'elle écrira à Madame la Princesse de Galles, d'écrire
un mot en faveur de ces enfans et de prier S. A. R. de les re-
commander à son fils le duc d'York. J'ai encore la ferme con-
fiance que votre Altesse me pardonnera cette importunité
et me la fera pardonner par la Souveraine que j'adore. En me
gâtant par un excès de bonté, elle m'a accoutumé à regarder
Gotha comme les dévots regardent le ciel, c'est-à-dire comme
un lieu de refuge et d'asyle dans tous mes besoins. Vous
avez. Monseigneur, imité son exemple; vous m'avez gâté
comme elle, il faut bien que votre Altesse en souffre, et que
je puisse me vanter de vous devoir tous les jours davantage.
J'abuse même par cette longue lettte du loisir dont votre Al-
tesse me laisse disposer. Je vais donc finir bien vite en vous
suppliant de souffrir que je me mette aux pieds de LL. AA.
SS. vos augustes parens. J'attends avec impatience une épitre
de ce cher apôtre pour être instruit de leur santé. Je supplie
aussi votre Altesse après m'avoir accordé ses bontés gratuite-
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1
GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 3l
e
ment, de me les conserver et d'agréer le profond respea avec
lequel je serai toute ma vie
Monseigneur
de votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très-obéissant serviteur
Grimm. '
A Paris le i3 décembre 1764.
Tout ce que je sais de la peinture éludorique c'est que les
tableaux se peignent sous Teau. De cette manière ils conser-
vent, dit-on, une fraicheur singulière; la poussière ni la
moindre ordure n'en peut approcher, la couleur et l'huile
seuls restent sur la toile, et tout ce qui est étranger ne peut
toudier la toile, au lieu que sur le chevalet elle est exposée
à la poussière qui s'imprègne avec les couleurs.
Quand un tableau est fini ainsi, on le tire de l'eau et on lui
donne une façon de feu à peu près comme à l'émail, mais pas
aussi forte, à ce que je crois (i).
X
LETTRE DU 26 JANVIER 1766
DÉCOUPURES DE HXJBER. — MÉDIOCRE SUCCÈS QU'sLLES ONT EU AUPRÈS
DU GRAND FRÉDÉRIC. — LES HOMMES DE GÉNIE SONT FAITS POUR ÊTRE
JUGÉS ET NON POUR ÊTRE JUGES : TÉMOIN DIDEROT. — SA CORRSS*
PONDANCB EST TROP SÉRIEUSE POUR LE ROI DE PRUSSE. — DÉSIR JDE
CELUI-CI d'attirer HELVÉTIUS A SA COUR.
Madame
Je suis pénétré de tout ce que votre Altesse Sérénissime a
la bonté de me dire dans la lettre du lo de ce mois; mon
(1) Lm reBfldgtttmeQtt têcbnlqaet BaoqutAt sur ce procédé qoi fut ettayé vert U
mèm% temps que la peinture à U cire et dont le secret est aujourd'hui perdu. Le seul
artiste de ulent qui en ait fait usage est Gabriel de Saint-Aubin qui, au salon du Cotisée
« 1776, entoytit dtsjixés par la peinture éludorique.
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3 a RCVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
cœur en sent tout le prix, mais ma bouche ne sait où trourer
les expressions.
J'ai fait passer à Monsieur Tronchin les remarques de
M. Sulzer, et j'attends sa réponse; )e suis curieux de voir ce
qu'il me dira. Quant à moi ignorant, j'avoue que )e suis en-
tièrement de Tavis de M. Sulzer. J'approuve infiniment oc
cataplasme de pommes de Borsdorf. Si les médecins n'avaicss
jamais employé que de ces remèdes qu'on appelle remèdes de
bonne femme, ils auraient fait beaucoup moins de maL J'ai
la ferme confiance que par ce régime doux M. Sulzer parvien-
dra au but que nous désirons avec tant d ardeur, surtout si
votre Altesse daigne le seconder par un peu de modération dans
le travail et dans l'application. S'il a pu voir, sans se fâcher,
deux pages d'écriture en faveur d'un homme que deux lignes
de votre Altesse Sérénissime rendraient également heureux, il
est certainement très-indulgent; or plus l'indulgence est grande
d'un côté, plus la crainte d'en abuser Test de l'autre. Je me
flate que le retour du printemps vers lequel nous avençoos
insensiblement achèvera cette guérison tant souhaitée et nous
rendra une joie pure et sans mélange avec le parfait rétablis-
sement de votre Altesse Sérénissime.
J*ai mandé à mon ami Huber son succès auprès de votre
Altesse. Il le dédommagera du succès médiocre de Potsdam,
dont au reste il avait des pressentimens, car il ne s^est pr^
qu'avec peine à ma proposition et il m'avait prédit que le Roi
regarderait ses ouvrages comme des misères difficiles. Le peu
d'impression qu'ils ont fait sur le héros du siècle ne me fait
pas changer d'avis sur leur mérite, et l'approbation de votre
Altesse me confirme dans mes idées. Les hommes de génie
sont faits pour être jugés et non pour être juges. Quand mon
ami Diderot veut me rendre compte de quelque chose qu'il a
lu ou de quelque fait historique, je lui dis : souvenez- vcms que
Dieu vous a fait créateur et non rapporteur, ainsi dites des
choses et jamais des faits, et lorsqu'il persiste à vouloir conter.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 33
je dis. Messieurs, voilà qui est fort beau, n'est-il pas vrai, eh
bien, il n'y a pas un mot de vrai. La plupart du temps j'ai
raison et nous rions. L'homme de génie de Potsdam n'a vu
que du vélin découpé avec patience, et n'a pas daigné y regar-
der mieux. Si j'y laissais regarder Denis Diderot, il y verrait
cent choses qui n'y ont jamais été et nous tournerait la tête
par ses récits.
La confiance que je dois à tant de titres aux bontés de votre
Altesse Sérénissime me fait avouer avec la même naïveté que
je crains n'avoir pas réussi jusqu'à présent auprès du Héros
par mon travail. Il ne m'arrive que ce que je mérite pour
avoir eu une ambition trop démesurée. J'ai été séduit par les
bontés de votre Altesse, je devais prévoir que je n'éprouve-
rais point cette indulgence de la part d'un homme supérieur
qui a autant de raisons que votre Altesse pour être difficile en
fait d'ouvrages d'esprit, mais qui n'a pas cette habitude de
bonté et l'indulgence qui vous rend. Madame, la souveraine
des cœurs. Il est juste avec moi, il n'y a rien à dire. Ce que je
comprends par les mots que M. de Catt me jette de temps en
temps, c'est que ce travail est en général trop sérieux pour le
Roi qui aimerait mieux ne recevoir que de simples bulletins
où il y eut, outré la notice des livres nouveaux, des anecdotes
de' toute espèce et propres à amuser. Or il m'est impossible de
me prêter à cet arrangement. Outre que je craindrais de chan-
ger la forme de cette correspondance, telle que votre Altesse
a daigné l'approuver, j'ai une aversion invincible pour le mé-
tier d'écrivain d'anecdotes; il faut qu'elle soit bien forte
puisque je ne puis la vaincre en faveur du premier homme du
siècle auquel ma vanité serait si contente de plaire. Il est deux
sortes d'anecdotes. Les unes sont curieuses et intéressantes,
mais un honnête homme, aussi longtemps qu'il n'est que sim-
ple particulier, ne peut et ne doit en mander de cette espèce; il
faut avoir un caractère, être ministre pour être autorisé à faire
ce métier. Ily a d'autres anecdotes qui composent l'histoire
TOME v. 5
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34 I8VQK DBS Docmnrrs
scandaleuse de Paris qui pourraknt coittribiier à «nmer ss
Majesté, et qu'on pourrait nunder sans se compromettre.
Mais jamais je ne vaincrai ma répugnance i cet égard. J'écooit
la plupart du temps ces sortes d'histoires avec la plus grande
indifférence, quoique j'en connaisse les acteurs, cela ne me
reste pas trois minutes dans la tête, et s'il était questioD de me
racheter la vie, il me serait impossible, je oxms, de me résou-
dre à écrire de pareilles misères. Je suis donc réduit à crwidre
que je ne pourrai jamais remplir l'objet d'un Roi que aes ta-
lens et ses glorieux exploits* devaient me rendre troproilov*
table pour ambitionner le difficile bonheur de lui plairt. Ce
qui me console c'est de penser qu'il n'a qu'à jetti^ mes paqwia
au feu sans les lire; il doit être exposé à en recevoir souvoit
de pareils.
Je sens. Madame, en faisant ce long dâail combien je m'oib
blie et combien les bontés de votre Altesse m'ont gâté« Je paria
à votre Altesse de mes craintes avec aussi peu de dtscréôûQ
qu'à mon ami le plus intime. Peut-être je me les exagère on
peu; j'ai cependant dans la tête qu'il n^y a point de milieu avec
le grand Frédéric; ou l'on réussit beaucoup, ou l'on déplaît;
or certainement je n'ai pas réussi supérieur^nent. U m'a
pourtant donné une marque de bonté il y a deux mots; c'est
l'unique que j'en aie reçue jusqu'à présent, et il faut que je la
confie à votre Altesse en la suppliant d'en garder le secret
jusqu'à ce que la chose soit publique.
Il a envie de faire venir M. Helvétius soit pour pass^ quel-
que temps avec lui, soit pour y rester si cela lui convenait. U
sçavait que j'étais lié avec M. Helvétius, et il m'a fait charger
de cette commission en me faisant écrire par M. Catt que c'é-
tait un moyen sûr de lui Caire grandement ma cour. Je n'ai
pas eu de peine à déterminer M. Helvétius à un voyafe si
flatteur, et j'ai mandé à M. de Catt que, quant au prcqet dt k
fixer entièrement à Berlin, ce ne pouvait être que l'ouvrage du
Roi même. Sa Mi^té m'a £ût dire depuis qu'elle était Gon*
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0RBOI ET LA COmt DE SAXE«GOTHA 35
lente de ma façon de n^ocier. C'est quelque chose que d'avoir
réussi dans le phis petit point.
Nous attendons actuellement une réponse pour savoir en
quel temps M. Helvétius devra se mettre en route. J'ima-
gine que ce sera vers le mois d'avril, à moins que les noces du
Prince de Prusse ne retardent le voyage philosophique. J'ai
déjà osé prévenir M. Helvétius que son chemin le mènerait
parGottei, et que votre Altesse Sérénissime serait sûrement
bien aise de recevoir en passant ses hommages. Vous voye^,
Madame, jusqu'où va ma témérité; mais le Philosophe sera
encore plus agréable au Roi si, en arrivant, il peut se vanter
d'avoir vu une Princesse que le grand Roi chérit et houpre
avec tant de raison.
Je supplie votre Altesse de me pardonner ce long et énorme
bcvardage, de me conserver ses bont^ qui font ma consolation
et ma gloire, et d'agréer avec le profond respect avec lequel
îe zGtai toute ma vie
Madame,
de votre Altesse Sérénissime
le très-humble et très obéissant serviteur
Grimm.
A Paris le 126 janvier 1765.
' I^tTttE DO 7 MARS I765
LE DOCTEUR TRONCHIN. — RAPPORTS DE GRIICM AVEC LE GRAND FRiéDéRIC.
— MILORD MARÉCHAL. — LES LETTRES DE LA MONTAGNE DE J.-J.
RÔUS^AÛ. — SÉVÈRE JUGEMENT SUR CE PHILOSOPHE. *— LES CONTES
MMtAUX Bft MARMOifTKL. -^ DÉPAirr d'hBLVÉTIUS.
Madame,
it SBtè honoré de dtvtx lettres de ma souveraine si adcMrée
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36 REVUE DES DOCUMENTS HISTOUQUES
et si digne de l'être. Elle ne vent point que je Tempedie de
m'écrire. Hélas, qui mieux que moi peut sentir le bonhcBr
de recevoir des témoignages de ses bontés, qui peut ea
mieux connaître le prix ? Je remporte une viaoire sur moi-
même aussi souvent que je supplie votre Altesse Sàxnis-
sime d'y mettre des boraes. Cest bien contre le vœu de
mon cœur que je fais ces instances ; je sens trop combien il
m'en coûterait d'être privé de ces lettres précieuses. Je ne
formerai donc plus de demandes contre mes propres intérêts;
c'est à M. *^lzer à régler le noml^^ et la longueur des lettres
qui me sont destinées ; j'en charge son âme et sa copscicnce,
et je me nourrirai, en attendant, de la douce espérance que ses
soins, secondés par les approches de la belle saison, nous
ôteront toute inquiétude sur les yeux de votre Altesse.
J'ai fait partir sur le champ la lettre dont votre Altesse
Sérénissime a bien voulu honorer le docteur Tronchin. Si
j'avais le droit des remontrances, j'en aur^ûs fak à votre
Altesse sur les dix louis qu'elle m'ordonne de lui faire payer.
J'aurais bien des choses à dire sur la disproportion de la ré-
compense d'avec le service; mais votre Altesse ne ferait aucun
cas de mes remontrances; il vaut donc mieux se taire et
obéir. Comme je n'ai encore aucune nouvelle de Messieurs
D'Olenschlajer sur le crédit qu'ils doivent m'établir, j'ai
ajouté ces dix louis au mémoire de la correspondance que
j'ai l'honneur d'adresser à votre Altesse Sérénissime.
Avec quelle bonté. Madame, vous daignez vous occuper
de ma position vis à vis du héros philosophe. J'en suis pé-
nétré. Je vois bien que c'est à moi à rassurer votre Altesse,
comme si cette affaire, vous touchait directement. Je supplie
donc votre Altesse d'abord de croire que j'ai la tête assez
bien faite; que j'aurais été infiniment vain d'avoir réussi
supérieurement avec le héros, mais que je ne suis pas pour
cela malheureux d'avoir eu un médiocre succès, que cela ne
m'a pas encore tracassé un quart d'hrare, si ce n'est pour
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GfiIMM ET LA COUR DE SAXE-<K)THÂ Sy
étudier et chercher les moyens qui sont en mon pouvoir
pour plaire mieux. Il se peut que je m'exagère un peu mes
mauvais succès. Mes craintes n'ont d'autre fondement que
quelques mots jettes de temps en temps par M. Catt, quel-
ques conseils trop vagues pour être utiles, sur la manière de
rendre ces feuilles plus agréables au Roi. J'en conclus donc
qu'elles ne le sont pas infiniment; j'en conclus aussi que ces
conseils sont la plupart du temps dictés par le Roi même,
car son lecteur ne voit mes feuilles que par occasion. Quoi
qu^il en soit, je trouve tout simple que le héros ne soit pas
content, et impossible d'y remédier. Je ne puis déranger
une forme que votre Altesse a approuvée depuis si longtemps,
qui convient à la Reine de Suède depuis cinq ans et qui a
trouvé l'approbation de l'Impératrice de Russie, qui m'a or-
donné l'année dernière de lui envoyer cette correspondance.
En changeant de forme et de ton, je risquerais de déplaire à
tout le Nord sans peut-être réussir davantage auprès du héros,
car, quoi qu'il en arrive, il est décidé que je ne me résoudrai
jamais à mander les petits contes, les petites tracasseries, les
petites historiettes de Paris, que mes prédécesseurs ramassaient
souvent dans les caffés, mais que je ne pourrais y chercher
et moins encore écrire, quand il serait question de me sau-
ver la vie. Je sais cependant très bien que le Roi aime
beaucoup ces bagatelles, et cela me parait très-naturel dans
un homme qui a besoin de délassement et d'amusement
après s'être occupé toute la journée d'affaires d'État. Je sais
aussi que j'ai avec lui le tort ou la tache originelle qui ne
s'efface pas, d'être allemand; si je portais un nom français,
j'aurais bien plus beau jeu. Que faire donc? L'impossible
pour plaire, d'en épier, étudier les moyens, et attendre
tranquillement le bon ou le mauvais succès. Je n'ai confié mes
inquiétudes à qui que ce soit, mais votre Altesse me permet
d'ouvrir mon cœur avec une entière confiance. Faut-il tout
dire? C'est sans doute le meilleur moyen de répondre à votre
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généreuse hoati. Ce qm me tranquilitic ikns tcmt ctâ^ cte
que depuis Yingt mois que j'ai rhonneur de hà Mtktmu am
correspondance je n'ai reçu aucune aorte de récompoK.
Je désire d'être encore dix ans <ians celte positiofK pam
que la moindre récompense suffirait pour me rendre abù-
beureux avec l'idée de n'avoir pas réussi^ au liai qà*k préMSt
fe me di% si je déplais^ k pis aller, c'est qu'il fcat noon n-
dotage au feu sans le lire ; et cette idée me rassure coticra-
ment.
Il faut que je Tavoue ingénument i votre Ahene que et
n'est ni Thonneur d'adresser mes feuilles au premier homoK
de TEurope, ni mes succès en Russie et en Suède, mais uaî-
quement vos bontés, Madame, et celles de Madanir la Pria-
cesse héréditaire de Hesse Darmstadt qui m*ODt fiait comiaocr
jusqu'à présent un travail en lui même ingrat et qui rend
toute autre occupation impossible. J'avoue que j*aî été pte
d^une fois tenté d'essayer mes forces, d^oublier les ouvrages
des autres pour voir si j'en pourrais faire à mon tour; je me
dis qu'il faut du moins l'avoir essayé pour acquérir le droit de
ne rien faire ; mais cette correspondance sans cesse reaaissanie
m'en ôte absolument les moyens et le loisir indiq>ensabfe| et
quand il m*a passé par la tête d'y renoncer, parceque loat
enfin passe par la tête, j'ai vu que les bontés de votre Altesse,
qui n'ont jamais connu de bornes, ont fait une si profonde
impression sur mon cœur que je ne pourrais rompre ua
commerce dont tous les avantages sont de mon c6té sa»
renoncer presque i tout le bonheur et à tout l'agrément de
ma vie. Effrayé par cette idée, j'ai laissé agir ma paresse, j'ai
dit que la chimère n^est qu'une chimère, que la calomnie et
la persécution sont souvent la récompense de ceux qui éori«
vent pour le Public, et qu'une couronne de lauriers ne vaut
pas une ligne de votre Altesse.
Vous voyez, Madame, avec quelle confiance je sais abuser
de vos bontés et faire de toutes mes pensées une entière coo-
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QMIIM BT LA COUm DE SAJCS-OOTHA 3g
fession à votre Altesse. Oui^ je sais que Milord Maréchal est
Vami du Roi et celui de M. Rousseau, et si j'avais écrit à
Milord, j'aurais respecté son amitié ; mais j'écris pour le Roi,
et ^ ne lui dois que la vérité, c'est à dire ce qui me parait
vrai, car nous en sommes tous là. J'espère aussi que le Roi
daignera ne me pas savoir mauvais gré de ma franchise, et
ne me pas fiadre de tracasserie ; j'en ai la confiance. Il n'a
jamais rien montré de mes feuilles à M. D'Alembert, pendant
qu'il était là bas ; c'est une délicatesse que j'ai bien sentie ; je
compte qu'il en usera avec M. Helvétius de même, et qu'il
n'en sera pas plus tenté de me compromettre avec Milord
Maréchal^ qui ^t un des dignes hommes que j'aie connu.
M. Helvétius part le 14. Il portera à votre Altesse les lettres
de la campagne (i). L'exemplaire est un peu endommagé au
dos, mais je suis encore bien heureux de l'avoir trouvé. Je ne
sms pas étonné que votre Altesse n'ait rien trouvé d'atroce
dans les lettres de la montagne ; il faut être Genevois pour en
sentir la méchanceté ; mais il n^est pas moins vrai que dans
ces lettres toute la constitution genevoise est démolie avec un
artifice d'autant plus condamnable que l'auteur prend le ton
de bon citc^en et de désintéressement ; il n'en n'est pas moins
constant que la pauvre petite république est depuis deux
mois et demi dans un état de conbustion qui fait pitié, et que
ce livre aura détruit pour quelque temps le bonheur et la
tranquillité publiques, car la méfiance et la jalousie semées
entre les différens ordres de l'État les tourmenteront d'autant
plus que les objets en sont chimériques, et qu'il n'existe
aucun grief réel : quand cet esprit de vertige s'empare des
hommes, ils sont ordinairement très près des grandes cala^
mités. Les têtes sages de Genève pensent ainsi. Dieu soit en
aide à la pauvre république. Je suis convaincu que si
M. Rousseau avait écrit ce livre contre le canton de Berne,
10 Lettres écrites de la Campagne (par J.-R. Tronchin). Proche Genève, 176$, in-8
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40 REVUE DES DOCUMENTS HISTOtIQDES
il aurait couru le risque de perdre la tête sur un échafiud;
mais il savait bien que les vingt cinq tyrans de Goièvci s
entreprenants et si redoutables dans ses lettres, étaient dkc-
tivement de pauvres gens sans crédit et sans pouvoir aux-
quels on pouvait se jouer sans crainte.
La première partie de ses lettres m*a fort amusé. La dis-
sertation sur les miracles est unique pour les folies et Ton-
ginalité dont elle est. J'ai dit que par un hazard oniquc
Tauteur en avait attesté une autre fois juridiquement. Je sais
que rÉvêque d'Atmecy s'avisa, il y a trente ou quarante ans,
de faire je ne sais plus quel miracle, qu'on fit signer une dé-
position à tous les témoins oculaires du prodige, et que
M. Rousseau, élevé alors en Savoie dans la religion, se trouva
au nombre de ces témoins. Il n*y a en cela aucune mau-
vaise foi, mais seulement un hazard bien plaisant.
Je conviens aussi avec votre Altesse que les plus gran<b
philosophes tombent dans des sophismes, et voilà pourqiu>i
je fais dans le fait si peu de cas de l'art du raisonnement ;
je n'y vois qu'un instrument à double tranchant; mais je
pardonne tous les sophismes, pourvu qu'on les fasse de
bonne foi. C'est la première qualité que j'exige dans un
écrivain ; la mauvaise foi me révolte. Je vois du moins dans
les écrits de Voltaire, de Hume, un but; je vois dans les
écrits de M. Rousseau un grand talent, mais une mauvaise
foi continuelle; il me mène par des chemins tortueux et cou-
verts ; je ne me trouve jamais en sûreté avec lui. Où veut-il
me mener ? Je n'en sais rien, il n'en sait rien lui-même.
Tout ce qui lui importe de me persuader, c'est que je suis
malheureux et malheureux sans ressource: car quand je
veux m'amender et suivre ses conseils, il me crie bien vite
qu'il n'en est plus temps et que la cause du genre humain est
désormais désespérée. Eh ma foi, c'est bien là de la folie qui
peut amuser quelquefois, mais ce n'est pas là le ton du philo-
sophe qui instruit et éclaire. J'aime à voir de temps en temps
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 41
faire les armes à un habile maître d'escrime qui sait manier
répée avec une dextérité et une habileté peu communes,
mais je n'estime guères un honmie qui ne sait faire d'autre
usage de son épée. Si M. Rousseau devient jamais Pape, il
rayera de la suite des sept sacremens de Téglise romaine
celui de la pénitence ; il ne voudra jamais que les hommes
puissent se repentir avec fruit.
On vient de me dire qu'il parait un nouvel ouvrage de
M. Rousseau intitulé des Princes (i). Je suis au désespoir,
Madame, de n'être pas à portée de procurer ces ouvrages un
peu de bonne heure à votre Altesse ; mais l'inquisition des
livres est si grande en ce pays-ci depuis environ dix huit mois
que nous ne recevons tous ces livres intéressans que fort tard
et qu'on ne saurait les avoir pour de l'argent. On m'avait offert
les lettres de la Montagne pour douze francs, il y a environ
quinze jours. J'avoue que j'ai hésité de payer le quadruple
du prix véritable, et j'ai bien fait puisque votre Altesse les a
enfin reçues d'ailleurs. Par la même raison je n'ai pas voulu
envoyer la nouvelle édition des Contes moraux de M. Mar-
montel en 3 vol. in-S**, ornée de figures (2). Il n'y a que cinq
contes nouveaux et on la vend trente livres. J'attendrai un
ordre exprès de votre Altesse Sérénissime s'il faut les faire
partir.
Je frémis à l'aspect de cet énorme bavardage. Je supplie
au moins votre Altesse Sérénissime de croire que je ne suis
pas aussi prolixe avec le héros philosophe; il ne m'a pas assez
gâté pour cela. C'est vous, Madame, qui ressentez les incon-
véniens d'une bonté à laquelle vous n'avez jamais mis de
bornes. Je supplie donc votre Altesse de n'écouter jamais
avec moi que son cœur plein d'indulgence et de bienfaisance
et de me pardonner tous mes écarts. Je regarderai bien frère
(i) Rousseau n'a rien publié sous ce titre.
|2) Les trois planches de Gravelot ont depuis quelques années donné une haute valeur
i cette édition.
TOME V. 6
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43 REVUE DES DOCIMENTS HISTOSIQISS
Helvétius entre les deux yeux, puisqu'ils aunnit k boohcnr
de voir votre Altesse.
Je suis avec un très profond respect
Madame
de votre Altesse Sérënîssime
le très humble et très obâssant scfviiem
Grimm.
A Paris, le 7 mars 1765.
M. Helvétius sera chargé d'une tête bien frisée pour
Madame la Princesse. Il part avec un jeune comte de Poelnîtz
qui a déjà eu l'honneur de faire sa cour à votre Altesse.
XII
LETTRE DU l5 AVRH. I765
hOHHK RiCCPTION FAITS A HELVinUS PAR LA DUCHSSSX.
RAPPORTS DK QKIMM AVEC PRÉOlkRlC IL
Madame
J^ai reçu la lettre dont votre Altesse Sérénissime m'a honoré
le 6 de ce mois, avec ce doux frémissement que j'éprouve
toujours lorsque j'apperçois les gages précieux de la borné et
de la bienveillance de la Souveraine que j'adore. Votre âme
sublime réunit en elle tout ce que la raison et la bienfaisaoce»
ornées de leurs augustes attributs, ofirent de plus beau et de
plus consolant pour Thumanité, et si cet excès de bonté, qui
se répand sur moi^ me remplit de confusion, je puis me van-
ter du moins que personne au monde n'en connait mieux le
prix que moi.
J'ai reconnu cette bonté adorable dans la réception que
votre Altesse a faite au bon Helvétius et dont il est vivement
touché. Il en parle avec la surprise d'un homme qui voit pour la
première fois la raison éclairée et la véritable bonté réunies
au rang souverain. J^ai assez'' bonne opinion de lui pour
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 43
croire qu'après avoir vu et connu le grand homme auprès de
qui il doit être dans ce moment ci, il n'en conservera pas
moins le souvenir attendrissant et plein de charmes de la
grande Princesse qui règne sur tous les cœurs de ses sujets et
de ceux qui n'ont pas le bonheur de Têtre.
Ce que votre Altesse présume de son succès auprès du grand
Roi me fait encore un sensible plaisir, car j'ai craint quelque-
fois que sa simplicité et sa bonhommie mises en parallèle avec
le sémillant du Philosophe d'Alembert ne fussent exposées à
quelque comparaison défavorable près d'un monarque vif
comme le salpêtre, d'une vue perçante comme Taigle qu'il
porte sur sa poitrine et que je crois peu capable de revenir
d'une première impression. Le bon Helvétius n'a pas été
lui-même exempt de cette inquiétude, et, connaissant votre
bonté. Madame, je lui ai dit que personne ne pouvait le
conseiller plus sûrement que votre Altesse Sérénissime.
J'ose cependant vous supplier. Madame, de me permettre
de ne point suivre, quant à moi, vos conseils à l'égard du
grand homme de Postdam. Votre Altesse sentira bien ai-
sément que ce n'est pas de l'argent que je cherchais, mais un
prix bien dîflKrent que j'osais ambitionner. Si je voulais de
l'argent, mon auguste débiteur me parait en assez bonne
contenance et assez solvable pour que j'attende sans impa-
tience le prix de mon travail; il est d'ailleurs trop exact
dans les plus petites choses pour que je le soupçonne jamais
d'oubli en aucun cas. Bien plus, je sens qu'en me payant il
m'ôterait toute tranquillité. Je ne sais à quel point j'ai réussi
auprès de lui; j'ai lieu de croire que mon succès est médiocre,
et je ne pouvais recevoir de l'argent sans déplaisir qu'au cas
que j'eusse eu autant de bonheur que de zèle. Je me flatte.
Madame, que vous sentirez la justesse de ces raisonnemens
et que Votre Altesse daignera ne point s'inquiéter d'une si-
tuation qui n'a rien d'inquiétant pour moi et qui le devien-
drait réellement du jour où j'aurais reçu de l'argent sans être
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44 REVUE DES DOCUimrrS mSTOUQUES
en même temps bien assuré d^avoir rempli les vues de Sa
Majesté.
M. Catt me demande dans sa dernière lettre si j'ai des
nouvelles de la santé de Tincomparable Emilie, notre grande
et digne Duchesse. Le respect, la crainte^ dit-il, de lui ravir
des instans, m'empêchent de me mettre à ses pieds et de lui
dire qu'on parle bien souvent d'elle et qu'on Thonore infi-
niment.
J'ai rhonneur d'envoyer id à votre Altesse Scrénissinoe ob
papier singulier qui court depuis quelque temps en manus-
crit à Paris. Lorsqu'il parvint à ma connaissance, je balançai
quelque peu sur le parti que j'avais à prendre ; je me résolus
enfin d'en avertir M. Catt, qui me pria bien vite de Êaire l'im-
possible pour lui en envoyer une copie : c'est ce que j'ai fait.
J'en joins une à ce paquet, mais je ne prétends pas au mérite
d'avoir aidé à répandre ce morceau d'éloquence. Votre Ahesse
saura mieux juger que moi de quelle main part cet écrit et
quel peut être son but
J'en demande très humblement pardon à Madame la Prin*
cesse, mais j'ai ri de bon cœur de l'avanture de cette pauvre
tête que j'avais vue si bien frisée ; et par un mouvement très
blâmable, je me réjouis même de Taccident, en marmottant
entre les dents que si S. A. S. avait daigné m'honorer de ses
ordres, j'aurais pris des précautions pour l'emballage qui au-
raient mieux garanti cette pauvre tête. Je vais faire passer au
grand Tronchin ce que votre Altesse a la bonté de me dire
à son sujet.
Je mets à vos pieds le profond et j'ose dire le tendre respect
avec lequel je serai toute ma vie.
Madame,
de votre Altesse Sérénissime
le très humble et très obéissant serviteur,
GaiMM.
A Paris, le i5 avril 1765.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE->GOTHA 45
XIII
LETTRE DU 9 MAI I765
JUGEMENT SUR JEAN-JACQUES ROUSSEAU BT LES PHILOSOPHES. —
PROFESSION DE FOI DE GRIMM A l'ÉGARD DE CES DERNIERS.
Madame
On est bien heureux d'être chargé de vos ordres. Le zèle
tient lieu de mérite, et la bonté de votre Altesse Sérénissime
devient ingénieuse à trouver un prix aux attentions les plus
simples. J'ai fait part à M. Bretet de son succès auprès de
votre Altesse; c'est la récompense la plus flatteuse qu'un
artiste puisse obtenir. La mienne Test bien davantage ; car
votre Altesse daigne me remercier du bonheur que j'ai de
servir la souveraine que j'adore, bonheur qui est pour moi
d'un prix si inestimable, que ne pouvant servir votre Altesse,
en choses phis importantes, j'ose me flatter que le titre de
son commissionnaire de babioles ne me sera du moins ja-
mais ôté.
Je reconnais encore la bonté de ma divine souveraine dans
ce qu'elle me dit au sujet de Jean-Jacques Rousseau, et je re-
çois bien cette déclaration comme la marque la plus flatteuse
de son estime.
Hélas, il me parait que je n'ai pas besoin d'être excité à la
franchise, moi qui fais depuis onze ans le mauvais métier de
juger tout à tort et à travers devant la princesse du monde
la plus éclairée, moi qui , entraîné par la rapidité d'un tra-
vail périodique et toujours à recommencer, suis obligé de me
laisser aller dans tous mes jugements à une première impres-
sion sans pouvoir l'approfondir, moi enfin à qui la plume
tomberait des mains du moment que votre Altesse ne vou*
drait plus m'accorder l'indulgence dont je ne puis me passer,
Le suffrage dont votre Altesse honore les ouvrages de mon
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46 UVn DB DOGUMEMTS tflSlOWHJn
ancien Jean<Jacques serait un nouveau modf de me rendre
circonspect et timide^ mais comme la liberté fait le seul mé-
rite de mon travail, je n*en ferai rien. Tai aussi ia présomp*
tion de croire que si je pouvais m^expliquer et m'étendre sor
ce sujet dans ce cabinet où j'ai été une fois aux pieds de vocr
Altesse et où je voudrais toujours être, peut^<tre on trouve-
rait mes idées beaucoup plus d'accord avec celles de la Sou-
veraine que j'adore qu^on n'avait cru. Car assurément œ
n'est pas k talent que je conteste à l'homme le plus âoqoent
et i la plume la plus séduisante du siècle; je ne sois pas
même étonné de la prodigieuse impression que ces taleos ont
faite sur le plus grand nombre des personnes les plus éclai-
rées; car enfin le plus grand nombre lit pour s'amuser, et
quelle lecture plus intéressante que celle d'un homme éloquent
qui porte ses idées sur tous les grands objets, et qui lors même
qu'il s'égare sait toujours attacher par la manière dont il sait
les présenter. C'est donc sûrement moi qui ai ton quand
Rousseau n'est pas de mon goût ; mais c'est que je n'ainoe
qu'un philosophe de bonne foi qui cause avec moi paisi-
blement, qui m'instruise sans affectation, qui ne gronde pas
toujours, parcç qu'enfin le gronder ne sert à rien, et pour
tout dire c'est que je suis trop des amis de Montaigne, de
Gcéron et de Voltaire pour m'accomoder d'une autre ma-
nière. Il est vrai qu'aussi souvent que je voudrai voir le phi-
losophe en spectacle et sur les trétaux, je donnerai à Jean-
Jacques la préférence ; mais c'est que je n'aime pas les tré-
taux longtemps ni pour y être, ni pour y voir les autres.
La subtilité est encore une qualité que je ne puis supporter
ni dans le commerce du monde, ni dans les livres, à moins
qu'on n'en ait assez pour me la dérober entièrement Voilà,
Madame, le croquis de ma profession de foi que je dépose
devant l'autel de la bonté et de la sagesse qui s'est faite diair
comme le verbe, et noosM'avons vue et son image nous est
toi^eurs présente. Si ce n'est pas ainsi que dit S^ Jean, c'est
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61IMM ET LA COUlt DE SAXE-GOTHA 47
ainsi que je dis, moi qui n'aspire pas aux honneurs de T apos-
tolat mais bien à l'avantage de conserver le nom du pauvre
profane.
Je suis bien aise que cette fois-ci les prêtres aient eu tort et
que Jean-Jacques soit dans son asile ; mais je suis fâché que
sa tranquillité empêche votre Altesse de voir un des hommes
les plus singuliers du siècle. J'ai souvent pensé que quand
toute la terre lui aurait manqué, il aurait trouvé du repos et
de la protection à Gotha, et cette idée est consolante pour
rhumanité et pour la philosophie. Je désire cependant qu'il
ne contente la curiosité de votre Altesse qu'en voyageant li-
brement et lorsque le cœur lui en dira.
Le mien me dit à tous les instants de porter aux pieds de
votre Altesse les hommages du profond respect et de l'atta-
chement sans bornes avec lequel je serai toute ma vie,
de votre Altesse Sérénissime,
le très humble et très obéissant serviteur,
Grimm.
A Paris, le 9 mai 1765.
Point de nouvelles de Potsdam depuis le 1 1 avril.
XIV
LETTRE DU 3o NOVEMBRE I765
DfVOl A BBRLIN d'uNE TÉTE FRISÉE POUR LA PRINCESSB. —
PERSÉCUTION CONTRE J.-J. ROUSSEAU.
Madame,
Ce paquet a été retardé par une indisposition qui m'est
survenue et qui m'a mis hcw's de combat pendant une quin-
awine de jours. Au moment où je vais le fermer, je reçois la
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48 REVUE D6S DOCUMENTS HISVOtlQCES
lettre dont votre Altesse Sér6iissime m'a honoré le aS de a
mois.
J'attends M. de Bentink qoe votre Altesse a daigné cfaar^
d'une lettre pour moi ; je le recevrai avec tout le respea qst
je dois au porteur de vos ordres, Madame, ec avec tous ks
soins que je rendrai toujours à tous ceux qui ont qaelqw pirt
dans les bontés de votre Altesse. Ce que je regretterai le plos
dans cette occasion, c'est de n'être pas i portée de comritner
efficacement à l'agrément du séjour de Paris.
J'ai un double intérêt à me bien acquitter des ordres àoBX
Madame la Princesse veut bien m'honorer ; le premier est
l'envie extrême que j'ai de lui faire ma cour, le second est k
désir de me venger de n'avoir pas été employé la première
fois. Ainsi je veux que ma tête qui ne voyagera pas dans une
saison plus favorable que celle qui a accompagné le philoso-
phe Helvétius, je veux que cette tête efiTace toutes les têtes fri-
sées du continent, et je vais travailler en conséquence. Votre
Altesse me dira que cette jactance serait moins dq^lacée après
le succès dont je me flatte auprès de Madame la Princese.
Cela est vrai, mais il faut bien pardonner quelque chose à xm
homme piqué.
Dans le sublime dictionnaire des Marchandes de modes où
appelle considération les petits paniers qui ont seccédé aui
grands, et qui soutiennent les robes sans donner aux femmes
l'air d'avoir des paniers. Rien ne sera plus facile que démet-
tre dans la caisse une considération. Depuis le petit opéra co-
mique d'Isabelle et Gertrude nous avons des bonnets de
femmes qu'on appelle des Gertrudes. Je ne puis me dispenser
de mettre ici cette petite érudition, pour prouver à Madame la
Princesse que je ne suis pas aussi indigne de sa confiance
qu'elle le croit peut-être.
Vous verrez, Madame, dans ces feuilles un précis des tra-
casseries qui ont occasionné le voyage de M. Rousseau. Une
de mes premières pensées a été que le désir de votre Altesse
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTMA 49
Sérénissime de voir cet homme célèbre sera satisfait. Cepen-
dant M. Hume a voulu me soutenir hier qu'il allait droit en
Angleterre sans passer à Berlin. Il est actuellement à Stras-
bourg où il a été reçu à merveille, mais on dit que la cour ne
veut point le protéger contre le décret du Parlement et qu'elle
ne lui accorde la tolérance qu'autant que le Parlement de
Paris laissera dormir ce décret qui a fait tant d'honneur à
notre siècle éclairé.
Si M. Rousseau a jamais le bonheur d'arriver à Gotha, je
sais bien ce que je ferais à sa place, c'est que je n'en sortirais
de ma vie. Votre Altesse ne refuserait pas un asile permanent
à un écrivain qui a tant d'attraits pour elle. Vous auriez la
gloire. Madame, d'avoir recueilli un célèbre infortuné ; il au-
rait le bonheur de voir tous les jours la vertu et la bonté as-
sises au rang souverain, spectacle bien propre à diminuer son
humeur contre le genre humain.
J'ai été dans de grandes inquiétudes sur la santé de votre
Altesse. Je suis un peu rassuré ; mais à deux cens lieues on
s'alarme aisément. Je supplie donc le bon apôtre de la Sou-
veraine adorée de ne point garder un rigoureux silence ; je ne
lui demande un signe de vie que deux fois par mois.
Je suis, avec un très profond respect,
Madame,
de votre Altesse Sérénissime,
le très humble et très obéissant serviteur,
Grimm.
A Paris, le 3o novembre 1765.
Je supplie instamment son Altesse Sérénissime d'ordonner
au bon apôtre de me mander si ma feuille signée N* 19 est
arrivée comme les autres. J'ai des raisons pour désirer de sa-
voh- ce fait.
TOME V. ' .7
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5o EEVUE DES DOCUMOrTS HISTOtIQCES
XV
LETTU DU 25 DÉCEMBltE IjÔS
tLOam DK M. BSIfTINCX. — MORT DU DAUFRIN : SSS DOOflÈltKS PABOLES
A SON FILS LE DUC DC BDUU. — ARRlvis DK J.-J. ROUSSEAU A FARIS
d'où il doit repartir bientôt pour l'aNCLETERRE AVEC HUME. ^
JUGEMENT SUR CE DERNIER iCRIVAIN, AUQUEL LES AKGLAiS PRÉFntEKT
WALPOLS ET ROBSRTSON.
Madame,
J'ai été honoré en huit jours de deux lettres de la Souve-
raine que j*adore. La première m'a été apportée par milord et
M. Bentink ; sa date m'a rappelé une époque où j'ai eu rhon-
neur de faire ma cour à votre Altesse Sérénissime. Il y a trob
ans de cela ; je n'oublierai de ma vie un bonheur qui a passé
comme un songe. J'ai trouvé M. Bentink fort aimable ; il ma
parlé avec tant d'intérêt de votre Altesse, il m'a paru avoir si
bien senti le prix du séjour de Gotha, il en a parlé si bien et
si sainement que cela aurait suffi pour faire sa fortune dans
mon esprit ; mais tous ceux à qui je l'ai fait connaître ont
rendu justice à son mérite et sont convenus que c'est un des
plus aimables anglais que nous ayons possédés en ce i>ays-ci.
Je ne doute point qu'il ne s'y plaise en peu de temps, et je
m'estimerai bien heureux si je puis contribuer à l'agrément
de son séjour par moi et par mes amis. La mort de Mon-
sieur le Dauphin (i) a ramené tout le monde à Paris et à Ver-
sailles ; l'hiver ne sera pas bruyant ni dansant, mais la société
n'en sera peut-être que plus agréable pour les gens rai-
sonables. Ce Prince est mort avec une grande fermeté et une
grande tranquillité d'âme. On fait courir dans le public une
exhortation qu'il a faite avant de mourir à M. le duc de
0) Louis, fils dt Louis XV, né à VereaiUet le 4 septembre 1729, mort à Foataiiieble»
le 20 décembre 1763.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 5l
Berry (i) que le Roi vient de nommer Dauphin de France. II
faut que je transcrive cette exhortation pour votre Altesse.
« Mon fils, je vais payer le tribut à l'humanité. Je ne sais
si le Ciel vous réserve de longs jours. Vous devez faire des
vœux pour la conservation de ceux du Roi ; mais si la dis-
tance d'âge, qui est entre lui et vous, vous met à la portée de
lui succéder un jour, souvenez-vous et n'oubliez jamais qu'il
n'y a de différence entre vous et vos sujets que l'avantage que
la Providence vous donne de contribuer à leur bien et de vous
occuper sans cesse de leur bonheur. »
Voilà des principes, Madame, qu'on inculque aux Princes
de la maison de Gotha depuis qu'ils respirent et qu'ils voient
pratiquer sous leurs yeux ; ainsi ils n'auront pas besoin de la
leçon du Prince que la France vient de perdre.
Le paquet de Madame la Princesse venait de partir à
l'adresse de votre Altesse Sérénissime, lorsque j'ai reçu la
lettre dont votre Ahesse m'a honoré le 1 2 de ce mois. Il ne
m'a donc pas été possible d'y ajouter une Gertrude, et
S. A. S. n'y trouvera qu'une considération avec la tête frisée.
Je fais des vœux pour que cette précieuse tête arrive à bon
port et remplisse parfaitement les vues de S. A. S. et qu'elle
me procure l'honneur d'exécuter les ordres de Madame la
Princesse, à laquelle je supplie votre Altesse de me permettre
de présenter mon profond respect avec l'instruction ci-jointe
que j'ai tâché de commenter et d'expliquer et par conséquent
d'embrouiller peut-être davantage, comme c'est le sort des
commentateurs.
M. Rousseau est arrivé ici le 17 en habit arménien; la
Cour lui a accordé un passe-port pour se rendre en Angle-
terre, et le Parlement ne cherchera pas à faire exécuter le dé-
cret de prise de corps pendant le peu de temps qu'il sera ici.
Il partira dans les premiers jours du mois prochain avec
M. Hume. Je doute qu'il soit heureux en Angleterre. Il a
0 Depuis roi sous le nom de Louis XVI.
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53 REVUE DIS DOCtTMENTS HISTOIUQDSS
toute sa vie touraé le dos au bonheur. Je ne le blâme pas de
n'avoir pas été à Berlin ; il n y aurait pas été bien ; mais je k
plains de n'avoir pas été à Gotha ; peut-être aurait-U senti k
bonheur d'y vivre, et qu'il se serait enfin écrié : portmm «-
vent ! Je reconnais Tâme de ma Souveraine dans les offres
généreuses qu'elle lui a faites. Que je le plains de n'en avoir
pas profité ! Je parierais ma tête qu'il ne sera pas heur»ix m
Angleterre.
M. Hume s'est chargé de l'y conduire, et puis il nous re-
viendra le printemps prochain pour vivre ici en particolier,
après avoir été attaché à Tambassade. Je crois qu^il passera la
plus grande partie de sa vie en France où il a reçu l'accueil k
plus distingué. C'est un bien bon et digne homme. Sa con-
versation n'est pas brillante ni fort légère, il ne cause pas
beaucoup de suite, mais il dit son mot et l'on voit qu'il
entend avec finesse. Il a d'ailleurs de la sérénité. Le com-
merce des femmes lui a été plus agréable que celai des
hommes ; mais aussi toutes les jolies femmes se le sont arra-
ché ici, et en vérité c'est une chose incompréhensible, ci
qu'on n'aurait jamais pu prévoir. I^es Anglais m'ont souvent
paru 'étonnés de cette fantaisie ; on a voulu faire voir sans
doute que ce n'est plus à la philosophie, mais aux philo-
sophes français qu'on en veut, car on ne peut pas dire que
M. Hume ait écrit moins librement qu'eux. Quant aux An-
glais, ils se fâchent quand nous leur disons que M. Hume est
un des premiers hommes de leur nation, premièrement
parce qu'il est écossais, et puis ils prétendent qu'ils ont beau-
coup mieux que cela. Ils font par exemple grand cas d'un
M. Walpole, fils du célèbre ministre, que nous possédons
ici, mais qui est presque toujours tourmenté par la goutte, et
par conséquent peu répandu. Ils disent encore que M. Hume
écrit mal et platement, et que son compatriote Robertson a
bien un autre stile.
Je supplie votre Altesse Sérénissime de croire que je n'ai
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GRIMM ET LA COUR DE SAZE-OOTHA 53
pas attendu ce moment pour chercher à avoir ces lettres sur
les miracles (i) et à en faire hommage à votre Altesse. J'y
réussirai peut-être avec le temps. Les occasions sont difficiles
et rares. Lorsqu'on tente de feire venir ces brochures par la
poste, le paquet est souvent arrêté et supprimé, et les bonnes
gens ont perdu beaucoup de chiffons de cette manière qui au-
raient pu leur servir à faire leur cour à votre Altesse et à
prouver leur zèle ; mais ce zèle ne se ralentira que lorsqu'ils
auront réussi.
Que j'aime les détails, Madame, que vous daignez me don-
ner de la vie du saint et grand apôtre de votre Altesse. Je lui
pardonne son silence puisque son temps est si bien employé.
Sous les yeux de votre Altesse il est impossible de respirer
sans se sentir gagné par cette douce activité qui porte le bon-
heur et le bien-être dans l'âme des autres. Que j'envie les oc-
cupations du saint homme.
M. Bentink m'a parfaitement rassuré sur la santé de votre
Altesse; je supplie donc le sage Esculape de Gotha de ne pas
détruire ma tranquillité. Je m'en suis rapporté au récit de
M. Bentink avec d'autant plus de sécurité qu'il ignore sans
doute à quel point ce récit était intéressant pour moi, et qu'il
ne m'aurait pas caché les fâcheux détails ; heureusement il
ne m'en a dit que de satisfaisants.
Je renouvelle mes vœux pour votre Altesse Sérénissime
à la fin de cette année, et je porte les honmiages de mon pro-
fond respect à vos pieds avec cette foule de sujets qui vous
adore et qui ne connaît de bonheur ni de joie qu'autant que le
ciel nous accorde la conservation des jours précieux de votre
Altesse. C'est donc proprement faire des vœux pour nous
lorsque nous en faisons pour votre conservation. Daignez,
Madame, y concourir par les soins les plus assidus. Daignez
(i) n 8*agit des lettres de Voltaire publiées d'abord séparémeot puis collectivement
jNeachitel, 1765, in-8) et réimprimées dans les diverses éditions de ses œuvres sous le
titre de Questions sur tes mirdeUs.
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54 WEVim DES DOCUMENTS HISTOUQCES
conserver aux souverains un modèle à suivre, et au genre
humain la consolation de voir un coin de la terre où 1» sou-
verains r^ardent leurs sujets comme leurs enfants et vivent
avec eux dans cette douce et sainte union. Puisse ina faible
voix se faire entendre au milieu des bénédictions que toutes
les bouches prononcent ; puisse-t-elle percer jusqu'à Tânic de
la Souveraine que j'adorerai toute ma vie et à laquelle je ne
penserai jamais sans la plus tendre émotion, sans le plus
doux frémissement.
Je supplie votre Altesse de me conserver ses bontés et
d'agréer le profond respea avec lequel je suis,
Madame
de votre Altesse Sérénissime,
le très humble et très obéissant serviteur,
X GitIMM.
A Paris le 25 décembre 1765.
XVI
LETTRE DU 20 JANVIER I766
ENVOI DB LA DISPUTE SUR LES MIRACLES. — UVRB SDR LA OOIFFURE AVEC
VINGT-HUIT ESTAMPES. ^ TRONCHIN EST NOMMÉ PREMIER MiDECIN DU
DUC D'ORLiANS.
Madame,
J'ai enfin attrappé un exemplaire de la dispute sur les mi-
racles. J'ai l'honneur d'en envoyer ici le commencement à
votre Altesse Sérénissime sous cachet volant à l'adresse du
Roi de Prusse. Je pense que ce monarque ne sera pas fâché
de s'édifier par cette lecture si vous daignez, Madame, lui en
faire part ; mais cela dépendra absolument de votre Altesse
et de son bon plaisir. Si vous aimez mieux garder ces feuilles,
il me sufl&ra. Madame, d'en être informé; alors le premier
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 55
exemplaire sera pour le Roi de Prusse ou pour votre Altesse
suivant le sort qu'aura eu celui-ci. Je suis bien fâché que ces
feuillets soient si rares et le patriarche, qui rend ses hommages
à votre Altesse au sujet de la nouvelle année, aurait bien dû
ajouter à sa lettre les lettres de M. Covelle et compagnie.
Je ne m'applaudis pas encore de mes succès auprès de Ma-
dame la Princesse ; il faut que je sache auparavant le succès
de cette tête lorsqu'elle aura subi un rigoureux examen. Je
suis bien fâché de n'avoir pas reçu un peu plus tard les ordres
de Madame la Princesse. Il vient de paraître un livre qui
m'aurait dispensé sans doute d'envoyer ma tête. Ce précieux
livre intitulé l'art de la Coeflfure des Dames françaises contient
vingt-huit coeffures différentes avec autant de têtes gravées et
enluminées qui les représentent au mieux (i). On m'assure
que ce livre est très difficile à avoir, mais je ferai l'impossible
et je le payerai au poids de l'or, pour le procurer à Madame la
Princesse. L'exemplaire que j'ai vu est destiné par l'auteur à
rimpératrice de Russie. J'y ai vu avec un secret mouvement
de vanité que ma tête frisée est représentée par la sixième
figure du livre et regardée par son illustre auteur comme
une des têtes les mieux coeflFées et du meilleur goût.
Les protégés de votre Altesse Sérénissime réussissent au
mieux et se trouvent déjà répandus dans la meilleure compa-
gnie de Paris. M. Bentink se rappelle avec un grand plaisir
le séjour de Gotha. Il prétend que s'il y était resté encore huit
jours, il se serait regardé comme attaché à votre Altesse Sé-
rénissime depuis vingt ans. Vous jugez. Madame, que ces sen-
timents ne lui nuisent pas dans mon esprit.
Mon travail a un peu souffert par mes indispositions et j'en
suis un peu écrasé dans ce moment. Je m'en remets à la bonté
(i) Livre d'estampes de fart de la coeffiire des dames françoi ses gravées sur ^s aesstns
originaux d'après mes accomodages avec le traité en abrégé d'entretenir et conserver les
cheveux naturels, par le «eur Legros, coiffeur des dames. A Paris, aux Quinze- Vingts
iT^^f'pctit iQ-4e, six plant et vingt-huit t£tes gravées, le tout non signé. Volume très-rare
et très-cher.
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56 KEVUB D8S DOCOMnrrs histouques
et à rindulgence de votre Altesse, ei je ne prendrai que le
temps indispensable pour réparercette brèche. Souffrez aussi,
Madame, que je vous confie votre santé comme le plus pré-
cieux de mes biens et que je supplie votre Altesse d'en prendre
les soins les plus suivis. J'ai la ferme confiance qu'eUe se
raffermira au retour de la belle saison de manière à ne
nous laisser plus aucune inquiétude. Vous êtes faite^ Ma-
dame, pour porter le calme et la joie dans tous les cœurs, et
non pas les soucis ni le noir chagrin.
M. Tronchin est nommé premier médecin de M. le Doc
d'Orléans. Il sera ici à la fin du mois.
Je suis avec un très profond respea.
Madame,
de votre Altesse Sérénissime,
le très humble et très obéissant serviteur
Grimm.
A Paris le 20 janvier 1 766.
Je viens. Madame, de montrer le beau livre de la Coefiure
des Dames françaises à quelques femmes de ma connaissance.
Elles ont trouvé toutes ces coeffîires qu'on y propose pour
modèle de très mauvais goût et d'aucun usage ; elles pré-
tendent que c'est un excellent livre quand on veut se coeffer
comme les filles qui courent les rues. Elles ont voulu m'arra-
cher les yeux quand je leur ai soutenu que la tête frisée était
dans ce livre ; car c'est elles qui me l'ont fait friser et arran-
ger, et elles prétendent avoir le goût le plus sûr et le plus
noble. Je suis un peu humilié de tout l'étalage que j'ai fait de
ce livre à Madame la Princesse, et je supplie votre Altesse
Sérénissime de m'accorder l'indulgence nécessaire pour que
la confusion que j'éprouve ne tourne pas à mon entière ruine
dans l'esprit de Madame la Princesse. J'enverrai cependant
ce mauvais livre si elle me l'ordonne.
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 5 7
XVII
LETTRE DE JANVIER I766
ENVOI DES DIX VOLUMES DE V EtlCyclopédie . — DÉPART DE J.-J. ROUSSEAU
AVEC HUME POUR l' ANGLETERRE. — ON DÉSAVOUE LE DISCOURS DU
DAUPHIN A SON FILS. — ACHAT DE LA BIBLIOTHÈQUE DE DIDEROT PAR
l'impératrice de RUSSIE.
Madame,
A Pinstant où je fermé ce paquet, je reçois la lettre dont
votre Altesse Sérénissime m'a honoré le lo de ce mois. La
lettre de crédit de mille livres établie chez Messieurs Fourton
et Baur l'a précédée de plusieurs jours. J'ai mille grâces à ren-
dre à votre Altesse de cet arrangement qui me sei'a très com-
mode, et dont je vais user dès à présent. Les deux notes ci-
jointes montent ensemble à 387 1. 6 s. que j'irai toucher un
de ces jours chez Messieurs Fourton et Baur sur ma lettre de
crédit, au moyen de quoi les articles dans ces deux notes se
trouveront liquidés.
Votre Altesse verra qu'un de ces articles sont les dix vo-
lumes de VEncydopédie absolument achevée qui viennent
de partir à l'adresse ordinaire. Il ne se trouve pas encore un
seul exemplaire de ces dix volumes dans le public de Paris.
Je n'ai même pu voir celui qu'on a expédié à votre Altesse
Sérénîssime ; on m'a simplement promis qu'il serait exact et
complet. Ainsi votre Altesse en jouira vraisemblablement
longtemps avant qu'il soit connu à Paris; et comme on ne
peut prévoir ce qui peut être ordonné à l'égard de ce livre en
France, je me suis dépêché de le faire expédier à votre Altesse
dès que j'ai sçu qu'il y avait possibilité. Il me reste encore
deux souscriptions de Gotha pour le même ouvrage entre les
mains, sur lesquels je vais prendre les ordres du grand et bon
apôtre à la maladie duquel je prends le plus vif et le plus ten-
dre intérêt
J'ai aussi été indisposé à deux reprises différentes, assez
pour être obligé de discontinuer mes occupations ; et je n'ai
TOME V. 8
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58 uvuc DB Docmcnrrs msnNtiQiiss
cependant jamais moins eu le temps d'être mabde que m
hiver. J'ose me flatter, Madame, et ]t prends la plus ferae
confiance, que comme notre gloire et notre ambition coosisteir
à imiter de loin vos vertus, votre Altesse voudra bien usa
nous donner Texemple d'une santé affermie et inaltér&bk.
C'est le but de tous nos vœux, ce d<Ht être celui de tous vos
soins. Vous ne pouvez ignorer. Madame, à quel point voi
jours sont précieux, et le plus grand de tous vos bienfés
envers nous est celui de travailler i leur conservati<Hi.
Je plains M. Rousseau de n'avoir pas connu le bonheurqm
l'attendait à Gotha. Tous ceux qui connaissent TAngletent
prétendent qu'il n*y sera point heureux, parce que dans une
nation toujours occupée de ses afhires et de sa législatioa, k
métier de faiseur de livres surtout en langue étrangère n est pas
aussi brillant qu'en France où tout ce qui occupe et chtnse
l'oisiveté générale est reçu avec transpon. D'ailleurs on n'est
pas à Londres au courant de Paris comme en Allemagne et
en Suisse, et c'est une grande privation pour ceux qui oc
vivent que de fumée et de gloire. Quoiqu'il en soit. M- Roosr
seau a pris la route de Londres le 4 de ce mois ; ses procec*
teurs qui avaient accordé le passeport n'ont pas été cooteos
du bruit qu'a fait son séjour ici. On lui a reproché l'indiscré-
tion de s'être promené tous les jours à une certaine heure sar
le boulevard en habit arménien et d'avoir eu Tair de braver
le décret de prise de corps ; aussi lui a-t-on fait dire de partir,
sans quoi il serait arrêté. Je conviens qu'il n'aurait pas vu laot
de monde à Gotha qu'à Paris ; mais aussi il n'aurait pas été
exposé à ces désagrémens.
La Galette de France a publiquement désavoué le discours
de M. le Dauphin à son fils qui a passé pour authentique
pendant quelques jours. Elle lui en a substitué un autre qui ne
vaut pas celui que j'ai eu l'honneur d'envoyer à votre Altesse.
La négociation du père de L. est absolument tombée (i)'
(I) Alliuioo doQt te Mot m'éduppt.
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GUMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 69
Il me semble que son ami à qui il a rendu visite l'année der-
nière, a changé du blanc au noir dans le courant de cette né-
gociation et ne s'est plus absolument soucié de la terminer.
Si votre Altesse pouvait lui faire entendre raison sans se
compromettre et sans compromettre ceux en faveur desquels
elle daignerait faire cette démarche, je peûse que nous en
serions fort aise ; mais nous sommes fiers, et après nous être
prêtés à tout avec beaucoup d'ehvie de finir, et avoir été re-»
jettes, nous ne voulons plus faire aucune démarche, et nous
avons raison.
Votre Altesse Sérénissime me parle de l'argent de mes dé-
comptes ; il y a déjà près d'un mois que je ne l'ai touché. Si
votre Altesse juge à propos de me faire établir un crédit, je
voudrais bien que ce fut par le canal de Messieurs d'Olen-
schlagerde Francfort auprès de Messieurs Fourton et Baur
ici. M. Baur est de mes amis^ et nous arrangeons nos petites
affaires sans embarras et sans perte de temps pour moi Je ne
me servirai de ce crédit que dans le cas des commissions et pour
n'être point obligé de tenir note des déboursés. Parmi ces
commissions, je ne compte pas celles de diamans qui seraient
trop considérables et pour lesquelles votre Altesse est en
usage de faire payer M. Bretet directement après l'arrivée
des pièces.
Je viens de recevoir une lettre de Russie qui me fait un sen-
sible plaisir. J'en aurai encore un très grand d'en parler à
votre Altesse Sérénissime en fermant cette lettre et avant d'en
avoir parlé à qui que ce soit. L'Impératrice a reçu mon tra-
vail jusqu'à présent avec beaucoup de bonté. Mon ami Diderot
était dans le cas de vendre sa bibliothèque ; l'éducation de sa
fiUe rendait ce sacrifice nécessaire. Il m'a passé par la tête de
l'offrir à l'Impératrice de Russie. Sa Majesté Impériale me
fait répondre qu'elle l'accepte au prix de quinze mille livres
que j'avais fixé et à la condition que M. Diderot la garde jusqu'à
ce que sa Majesté en ordonne autrement. Elle ajoute aussi
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6o tEVUE DCS DOCUMEKTS inSTt>HQnES
tous les ans mille livres qui doivent être employées à Fiog-
mentation de la bibliothèque ; il est clair que cette biUio-
thèque restera toute sa vie i la disposition de mon m
Diderot. J'en tremble de joie et je ne scais trop ce que jam
Je vais avoir le plaisir de lui annoncer quand j'aurai ferme
ce paquet. Cen est un des plus sensibles que je pouvais rea-
voir. J'aurai Tbonneur d'envoyer à votre Altesse la Icttrt
que rimpératrice m'a fait écrire i ce sujet. On ne sanrtit
donner à un bienûût une tournure plus agréable.
Les dernières lettres de Suisse disent que tout est rac-
commodé à Neufchâtel et que J. J. Rousseau y poam
rester.
XVIII
LETTRE DU 24 rÉVRISt I766
EKTOt DB DKUX EXCUPUOlUn DB CtMCYCLOt^tMOK.
MODBS USrrÉES ▲ LA COUR DB FRJLRCB.
Madame,
J'ai été honoré de deux lettres de votre Altesse Sérénissimc
à peu de jours de distance, et en conséquence des ordres
qu'elles m'ont apj>ortés j'ai fait expédier sur le champ te
deux exemplaires de V Encyclopédie, et me suis fait rembour-
ser de mes frais sur ma lettre de crédit, suivant la note que je
joins i cette lettre.
Je suis bien touché de tout ce que votre Altesse a la bonté
de me dire de la part de Madame la Princesse. J'ai d'abord
l'honneur de la satisfaire sur l'article important des barbes
par le mémoire ci-joint. Quant aux paniers, la Reine, Ma-
dame la Dauphine et Mesdames de France n'ont pas voulu
s'en défaire ; ainsi ils ont conservé leur empire à la cour;
mais à Paris on n'en porte plus guères qu'un jour de grande
cérémonie, comme la mariée ferait le jour de son mariage,
mais toutes les autres assistantes à la cérémonie ne seront
qu'en considération. Sur les théâtres on ne voit plus de pa-
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-OOTHA 6l
nicrs dans la tragédie et fort rarement dans la comédie. Mais
ce qui les a ruinés de fond en comble, c^est qu'il n'était pas
honnête autrefois de faire une visite sans panier, et qu'on ne*
pouvait aller que chez ses plus intimes amies sans ce vêtement
ample et roide, et qu'aujourd'hui on peut aller partout et
même chez les Princesses très honnêtement, non-seulement
en considération , mais sans aucun panier et sans considé-
ration.
Je suis bien humilié de m'être tant pressé d'annoncer l'ou-
vrage de M. Le Gros. Toutes nos dames m'ont démontré
clair comme le jour que les coëfifures de ce grand homme sont
d'un goût détestable et absolument contraire à la manière
de se coëffer des dames de Paris. Si malgré cet humiliant
aveu. Madame la Princesse désire d'avoir ce livre, j'aurai
rhonneur de le lui envoyer ; mais j'attends à ce sujet de nou-
veaux ordres de votre Altesse Serénissime.
Nous possédons ici M. le comte de Werthern depuis
quelques semaines. Vous mettez, Madame, le comble à vos
bontés en me donnant des nouvelles de Madame la Grande
Maîtresse et en me promettant d'avoir les soins les plus suivis
d'une santé, l'objet de tous mes vœux et le but de tous ceux
que vos sujets adressent au ciel. J'ai la plus ferme confiance
que cette santé qui nous est si précieuse se raffermira de
plus en plus, et que mes yeux se fermeront avant de voir un
Etat heureux et sagement gouverné redemander au ciel
dans les pleurs et dans le deuil ce qu'il ne pourra -jamais
lui rendre.
Votre Altesse doit a^oir reçu la correspondance sur les
miracles jusqira là douzième lettre inclusivement. Puisque
vous en, faites, Madame, le sacrifice au grand Frédéric, il
doit une chandelle à votre Altesse pour avoir travaillé à son
édification,^'autant que je ne serai pas en état peut-être de
remplacer ces lettres, car elles sont excessivement rares et on
tf en a tiré qu'un très petit nombre. Mais si votre Altesse mé
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6% BEVUE DES DOCtaONTS HBTOEiQIIES
l^ordonne, j€ les ferai copier i Im nuin. Je sais vraimem bia
fiché que la négociation en soit restée li et qull n^y ait pas
même d'apparence i la voir renooée.
Je supplie votre Altesse d^agréer le profond respect et Tat-
ucbement inaltérable avec lesquels je serai toute nu vie.
Madame,
de votre Altesse Sérénissime,
le très humble et très obéissant serviteui,
Grimm.
A Paris, le 14 février 1 766.
XIX
LETTtE DU 17 JUILLET I766
itictstiTi d'apprendiue l'anolais. — stnHEiuoRrri ds L'rrAuxif fouk
LA MUSIQUE. •* KÂPHmrS DC QaiMJI ATtC LS PRINCB HÉMÉJKTÂmM
DE SRUNSWICS.
Au duc héritier.
Monseigneur,
J'espérais de jour en jour pouvoir annoncer à votre Altesse
Sérénissime le départ du fameux cachet; mais c'est une race
insupportable que celle des artistes. Ce sont des gens sans fai
ni loi ; on ne peut jamais compter sur ce qu ils disent. Je me
flatte du moins que le mien, pour m'avoir fait damner dqiuis
un mois, exécutera les ordres de votre Altesse supâieu-
rement. C'est un homme fort employé et qui passe pour
avoir beaucoup de goût et de talent. Des artistes, plus célèbres
que lui, le font travailler, et vendent ensuite sur leur propre
nom fort cher les ouvrages qu'ils lui ont fait faire. Il m'a
demandé quinze louis ; mais j'espère avec douze me tirer de
ses pattes.
Voilà un beau projet. Monseigneur, que celui d'étudio'
l'anglais , et si la ferveur abandonnait tous ceux qui l'ont
formé, je suis persuadé que votre Altesse ne l'abandonnerait
pas. Je voudrais bien aussi avoir le temps d'étudier un peu
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GRIICM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 63
davantage cette langue ; mais il faudrait êû*e plus libre, et
vraisemblablement je mourrai avant d'avoir exécuté aucun
des cinquante cinq projets favoris que j'ai formés. Quant à la
musique, je crois bien qu'un homme habile rendra l'anglais, le
français, l'allemand chanteurs ; mais jamais ces langues n'au-
ront Tavantage de l'italien. C'est la langue d'Apollon, auprès
de laquelle toutes les autres ne sont qu'un jargon lourd et
barbare. Je suis persuadé que lorsque les belles anglaises
repasseront à Gotha pour s'en retourner du Carlsbad à Lon-
dres^ votre Altesse sera en état de les saluer en anglais et
d'entendre ce que la jeune chantera.
Nous n'avons plus de Prince héréditaire à fêter. Ainsi ce
serait à votre tour, Monseigneur. Celui de Brunswic nous a
fait espérer de le revoir au mois de décembre à son retour
d'Italie ; mais ce sera pour peu de temps. Votre Altesse a
donné à toutes les Princesses héréditaires l'exemple de me
combler de bonté. Tout ce qui porte cette épithète m'est fa-
vorable. Le Prince héréditaire de Brunswic nommément a
bien suivi l'exemple de votre Altesse. J'ai eu le bonheur de
le voir souvent. Tout son séjour n'a été à la vérité qu'un en-
chaînement de fêtes et de repas ; mais enfin il s'est trouvé
quelques jours de repos que ce Prince a eu la bonté de me
donner. Ces jours là j'avais l'honneur de diner à son petit
couvert et l'occasion de le mieux connaître que si je Tavaîs vu
deux mois de suite dans le tourbillon du monde et des fêtes.
Je ne pense pas sans la plus vive satisfaaion au soin que
prennent nos Princes en Allemagne depuis quelque temps de
s'instruire et de cultiver leur esprit. Il en résultera à la longue
de grands avantages pour eux et pour leurs sujets, et le siè-
cle de l'Allemagne en deviendra d'autant plus brillant qu'on
prend plus de précaution dans d'autres pays à arrêter les
progrès de la raison.
Vous me permettez. Monseigneur, de prendre toujours le
plus tendre intérêt à tout ce qui regarde votre gloire et de
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64 REVUE DIS DOCUMBIfTS HISTOMQOES
faire les vœux les plus ardeiis pour le boabettr de votre Al-
tesse Sérénissioie.
Je suis avec un profond respea
Monseigneur
de votre Altesse Sérénissime
le très humble et très obâssant sqvitem
GUMM.
A Paris, le 17 juillet 1766.
Votre Altesse me permet de présenter mon respectueia
hommage i Madame la Duchesse. Taurai Thonneur d'écrire
à S. A. S. le premier.
XX
LETTltE DU 28 JOTN 1 767
MAOVAItS SANTi Dl LA CRANI>C» DUCHSSSB. — MORT D*OIf PltSCK M
PRUSSE rr DC L'iMPiRATRICK d'aLLBMACNK. — SON OPimOH SOR
Bélisaire.
Madame,
En fermant ce paquet, je reçois la lettre dont votre Akcs»
Sérénissime m*a honoré le 20 de ce mois, et qui m'afflige
sensiblement. Je vois que la santé de la Souveraine que mon
cœur adore, a été exposée i de nouvelles attaques, et je ne me
ferai jamais à cette idée. Que les absens sont à plaindre! Rien
ne les rassure sur leurs inquiétudes ; personne ne les partage;
ils n'ont pas la douceur de les communiquer à ceux qui ont
un intérêt commun. Je suis charmé. Madame, du rôle de ce
bon apôtre ; mais que j'aurais été heureux de le partager
avec lui, et d'être assis au pied du lit de votre Altesse ! J'es-
père qu'il aura la charité de me rassurer incessamment sur
rentier rétablissement d'une santé qui nous est aussi précieuse
à Tun qu'à l'autre ; c'est tout ce que je puis lui accorder. Dans
cette lettre précieuse que je tiens depuis un moment dans
mes mains, je lis un passage dont il faut que je me plaigne.
Vous dites. Madame, que je vous ai tenu rigueur depuis tant
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6RIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 65
de temps, et il faut que j'observe à votre Altesse que c'est à
moi qu'on a tenu rigueur à Gotha. Depuis mon avant der-
nière lettre jusqu'à la dernière que votre Altesse a honoré
d'une réponse, il s'est écoulé un long espace, pendant lequel
je n'ai pas reçu le moindre signe de vie, je ne dis pas de la
Souveraine que j'adore, car je ne reçois jamais ses marques
de bontés sans quelque remords, mais ni de cet excellent apô-
tre ni de qui que ce soit. Mon coeur en a souffert , et je ne
m'en suis pas vanté. Enfin le bon apôtre n'a rompu son
silence que pour me donner quelques inquiétudes sur la santé
de votre Altesse que je ne vois que trop confirmées par la
lettre qui vient de m'arriver. Qu'il verse donc du baume sur
la blessure quUl m'a faite , en me confirmant les plus heu-
reuses nouvelles d'une parfaite convalescence 1 J'aime à
croire que le mauvais temps qu'il n'a cessé de faire jusqu'à
ces jours derniers est la principale raison de ce qui cause mes
inquiétudes. Je vois que le temps a été aussi constamment
froid à Gotha qu'à Paris ; mais comme le chaud lui a enfin
succédé je me flatte que votre Altesse en éprouvera aussi les
plus heureux effets. Je me mets aux pieds de Monseigneur le
Duc et des enfants de cette auguste branche de la maison de
Saxe qui réside à Gotha, et aux pieds de cette femme unique
qui mérite si bien le nom d'amie incomparable, pour les re-
naercier de tous les soins qu'ils ont eu le bonheur de rendre à
votre Altesse Sérénissime. Si l'attachement le plus pur, le plus
tendre, le plus juste peut retenir en ce monde, votre Altesse ne
le quittera jamais. Nous serions trop de malheureux ; cette
réflexion. Madame, doit vous attacher à la vie, et vous faire
redoubler de soins pour une santé si précieuse à tant de monde.
J'ai été touché de la mort du jeune Prince de Prusse. J'en
avais oui dire mille biens, et entre autres, que son oncle l'ai-
mait infiniment. Voilà cette maison nombreuse réduite à peu
de têtes ; il faut espérer que le Prince de Prusse donnera
des Princes à l'Etat. Pour la bonne Impératrice défunte, je
TOME V. 9
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66 Rivmc D» oocuifiirrs hisiosiqibs
pense bien conunc votre Aliesae. On peut <kmc mauiir qad-
quefoîs à propos pour soi et pour les autres. Si j'avmis llmi-
neur d'être le directeur de la conscience de rEmpcreor,
comme les Princesses catholiques ne lui réussissent pas, je
lui conseillerais de faire la conversion d\me princesse pio-
testante et de Tépouser. Il me semble qu'il est décide ob
à peu près dans notre sainte communion qu'on peut aller à
la messe quand il s'agit de partager pour le bien du nMXMk
le fardeau d'une couronne impériale. Si j'ai tort, je supplie k
bon apôtre de me redresser.
Je suis toujours chagrin, Madame, quand mes idées ne
s'accordent pas avec celles de votre Altesse, d'autant que la
nature de mon travail ne me permet pas de développer les
miennes avec le conège nécessaire à leur soutien. Ce que je
pense de Bélisaire peut tenir à des idées générales sur la
morale que je crois de toutes les sciences la moindre advancée.
Si j'avais le bonheur d'être mis aux pieds de votre Altesse
dans ces momens délicieux qu'on donne à une conversatiofl
instructive, je plaiderais ma cause avec toute son étendue, et
je renoncerais à mes idées à cet égard, ou je les ferais agréer
de votre Altesse. Mais je suis à deux cents lieues dans mon
réduit, tournant tristement mes yeux vers Gotha, et obligé
toujours de parler et de juger de tout à tort et à travers.
Je connais votre générosité. Madame, et je suis sur que
votre Altesse me plaint et me pardonne ; mais je ne pardonne
pas que la souveraine de mon cœur me dise qu'elle gagne
dans l'éloignement. Elle ne peut ni ne doit penser ainsi. Ce
serait faire la satyre de tous ceux qui lui sont attadiés, ^ qui
savent bien pourquoi. Je mets i vos pieds. Madame, rhom-
mage du profond respect avec lequel je suis
de votre Altesse Sérénissime
le très humble et très obéissant serviteur et profane
Grimm.
A Paris le s8 juin 1767.
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6RIMM ET LA COUR DE SAXfi-QOTHA 67
Id s'âiréte la corre^xmdanoe de Grimm. Malgré ses bavardages et
compliments hyperboliques elle présente un véritable intérêt litté*
raire, et ]t crois qu'il était utile de la publier.
I^ mort de la grande-duchesse ne diminua pas la faveur de Grimm
k la cour de Saxe-Gotha. Grimm n'adulait pas moins le fils que la
mère. Aussi quand le nouveau duc voulut élever à la mémoire de sa
mère un monument digne d'elle, il s'adressa à Grimm. Celui-ci saisit
avec empressement cette occasion de manifester de nouveau sa recon-
aaissaoce envers la grande-duchesse. Il choisit un sculpteur, peu appré-
.cié de ses compatriotes, Laurent Guiard, et lui fit signer par-devant
notaire un traité dont M. Maurice Tourneux a également retrouvé la
minute et que je publie avec le fac-similé du dessin lavé à l'encre de
Chine que Guiard avait annexé à cette pièce.
Gmard était né à Chaumont-en-Bassigny; il achevait son apprentis-
sage de forgeron quand Voltaire se rendant à Cirey l'aperçut occupé à
dessiner un cheval; il fut frappé de son intelligence et de son goût et
obtint qu'on lui fît prendre des leçons chez im peintre nommé Lallier
qu'il quitta bientôt pour entrer chez un ornemaniste, Landsmann,
élève de Bouchardon aîné. Il vint ensuite à Paris chez Edme Bouchar-
don qui développa ses talents sans se douter qu'il favorisait l'essor
d'un rival. En effet, Guiard, qui avait obtenu en 1760 le grand prix de
aculpture, Uit chargé par Bouchardon du modèle de la statue équestre
de Louis XV,dont il avait reçu la commande. Guiard réussit trop bien.
Le roi vit par hasard ce modèle et se montra flatté de l'élégance que
le sculpteur avait donnée au cavalier. M"® de Pompadour voulait que
Guiard exécutât seul ce qu'il avait si bien conçu. Mais Bouchardon
l'emporta et M. de Marigny obtint de Guiard qu'il brisât ce modèle.
Nagler prétend néanmoins que les débris en furent conservés et qu'on
put le reconstituer. Guiard partit pour Rome; mais au lieu d'y rester
quatre ans, il y subit une sorte d'exil et y demeura quatorze ans pen-
dant lesquels il fit pour le financier Bouret de nombreuses copies
d'après l'antique. Après une phase de découragement tel, qu'il voulut se
laisser mourir de faim, il rentra à Paris en 1767 et eut le chagrin de
voir repousser par l'Académie une statue de Mars qu'il lui présentait
pour sa réception. Il venait d'être agréé par l'infant Ferdinand de
Parme et habitait encore Paris lorsque Grimm entra en pourparlers
avec lui. Guiard dut solliciter de la cour, à laquelle il était atta-
ché, une autorisation que d'Argental, chargé d'affaires du duc de
Panne, transmit à Grimm dans les termes les plus élogieux pour
l'artiste.
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68 REVISE DES DOCtTMENTS HISTOHIQUES
Voici cette lettre contresignée, ainsi que le dit factc noCarié, pc
les parties intéressées :
Paris, ce 27 may 1769.
Le S' Guiard est chargé, Monsieur, du Mausolé de la Du-
chesse de Gotha. Cet ouvrage ne pouvait être confié à des
mains plus dignes de remplir les vues du Prince Auguste qui
Ta ordonné; le sieur Guiard est vraiment homme de génie-,
attaché au service de Plnfant, il a demandé à NL le Marque
de Felino son ministre la permission d'employer à l'entre-
prise en question des travaux qu'il doit de préférence à la
cour, à la quelle il s'est engagé. Le respect de cette ccHir pour
la mémoire d'une très-grande princesse, luy a fait obtenir,
sans hésiter, la permission qu'il a demandé, mais il a désiré
que je vous certiâasse un feit qui était par lui mône bien
vraisemblable et j'ai fait avec empressement l'occasion de vous
renouveller les assurances de tous les sentimens que je vous
ai voués depuis longtemps, et avec les quels j'ai Thonneur
d'être. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
" D'argental.
Contrôlé, le neuf mars 1770. Reçu treize sols.
Ensuite se trouve cette mention :
Certifié véritable, signé et paraphé au désir de l'acte passé
devant les notaires à Paris soussignés, ce jourd'huy neuf mars
mil sept cent soixante six.
Grimm. ^ Guiard. — Rouen. — Le Pot d^Auteuil. -
Cette permission obtenue, Gnmm se fit donner par le baron de
Franckenberg, ministre d'Etat du duc de Saxe-Gotha, un pouvoir ea
règle dont voici le texte :
Silvius-Frédéric-Louis, Baron de Franckenberg, ministre
d'Etat de son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc de
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A>rtét' i/f'j- /.WitiitrrtU Ar.r/ff^^tr^ T Vf* f*t/
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GRIMM ET LA COUR DE SAXE-GOTHA 69
Saxe-Gotha et Altenbourg, chargé des ordres particuliers de
sa dite Altesse Sérénissime pour l'objet ci-dessous.
Constituons et autorisons par la présente procuration
M. Prédéric-Melchior Grimm, secrétaire des commandements
de Monseigneur le duc d'Orléans, demeurant à Paris, rue
Sainte Anne, paroisse Saint Roch, pour traiter et passer con-
vention avec M. Guiard, sculpteur de sa majesté très-chré-
tienne et premier sculpteur de S. A. R. l'Infant Duc de Parme,
concernant le monument funèbre qu'il doit exécuter et qui
doit être érigé à la mémoire de feu S. A. S. mad* la Du-
chesse de Saxe Gotha et Altenbourg, conformément au modèle
que ledit M. Guiard a envoyé à la cour. En foi de quoi nous
avons signé la présente procuration de notre main, et y avons
fait apposer le sceau de nos armes.
Fait à Ronnebourg le dix août mil sept cent-soixante-neuf.
Ensuite se trouve cette mention :
Certifié véritable, signé et paraphé au désir de l'aae passé
devant les notaires à Paris, ce jourd'huy neuf mars mil sept
cent-soixante-dix.
Signé : Grimm, Rouen et Le Pot d'auteuil,
ces deux derniers notaires.
Le traité entre Grimm et Guiard ne fut signé que le 9 mars 1770.
En voici le texte :
Pardevant les Conseillers du Roy, notaires au Châtelet de
Paris, soussignés.
Fut présent M. Frédéric Melchior Grimm, secrétaire des
commandements de S. A. S- Monseigneur le Duc d'Orléans
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70 UTui DIS DocuMnrrs msrotiQoss
et nommé dq>uis consdller de légatkm de S. A. S. Mûq»
gneur le duc de Saxe Gotha et AJtenboui^ demeorant à I^
ris, me Saint Anne, paroisse Saint-RodL, an nom et comme
fondé de pouvoir sous signature privée de scmi KxrrnfTKC
M' Silvius Frédéric Louis Baron de Franckenberg, ministrt
d'État de son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc de Sas
Gotha et Altenbourg, chargé des ordres particuliers de sai
A. S. pour Tobjet cy-après, ledit pouvoir daté de Ronebouig.
le dix août mil sept cent-soixante-neuf, et contrôlé i Paris
par I^anglois ce jourd'huy, lequel est demeuré cy-anoexé
après avoir été du s' Grimm certifié véritable signé et para-
phé, en présence des notaires soussignés.
Ledit sieur Grimm audit nom, d'une part.
Et sieur Laurent Guiard, sculpteur du Roi et de S. A. R-
Monseigneur le Duc de Parme, demeurant à Paris, rae de
Richelieu, paroisse Saint Eustachc d'autre part.
Lesquels sont convenus de ce qui suit, savoir :
Ledit s' Guiard, moiennant le prix ci après et sous Fasso-
rance de Texécution de tout ce qui va être spécifié, promet et
s'oblige de faire le Mausolée de S. A. S. madame la Duchesse
de Saxe Gotha, décédée au mois d'octobre mil sept cent-
soixante-sept.
Le Mausolée sera en marbre ajrant principalement deax
statues, Tune qui représentera cette Princesse assise qui s'cà-
dort du dernier sommeil, la tête penchée en arrière dans des
cyprès, et Tautre la Thuringe, s'empressant de s'approcher
de la Princesse en luy prenant le bras gauche, le baisant et
arrosant de ses larmes cette bienfaitrice si r^rettée. Ces deux
statues auront chacune au moins six pieds de propcMtion en
marbre blanc, et deux pouces de plus, s'il le faut pour le bien
de Touvrage.
Le Mausolée aura pour décoration une chapelle, compo-
sée d'un Arc de Triomphe soutenu par deux colonnes adossé
sur son entablement, suivant les desseins de Tordre corin-
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QltlMU ET LA COUm DE SAXErOOTHA Jl
thien que le sieur Guiard en a envoyé et dont le croquis est
resté cy annexé après avoir été des parties signé et paraphé
en .présence des notaires soussignés.
L'ouverture ou la largeur de ce Mausolée sera de neuf
pi^db neuf pouces au plus, pied de Roy, la hauteur et la pro*
fondeur étant abandonnées à la convenance dudit sieur
Guiard.
La voûte sera en stuc comme les anciens faisaient ou è
dâfaut de stuc en plâtre durci, le tout sculpté et exécuté avec
p^ection en conformité du dessin ci annexé.
L'ensemble de l'architecture pourra avoir quinze à dix-
huit pieds de haut, et de la profondeur à proportion, le tout
dépendant dudit sieur Guiard, excepté la largeur ci-dessus
marquée.
Les dites, statues seront en marbre blanc, les colonne?
d^autre marbre de couleur ainsi que les cyprès et le fond de
Tarcade de la chapelle, qui pourra avoir quatre à six pieds
d'enfoncement, même plus s'il le faut, pour le brillant de
l'ouvrage.
Le prix de tous lesquels marbres sera à la charge du
s*^ Guiard, comme il sera dit cy après.
La statue de la Princesse sera d'un bloc de Marbre, et celle
de la Thuringe d'un autre, et peut-être encore d'un autre
petit bloc, pour raporter la draperie et le bras qui tiendra la
main dç la Princesse.
La statue de la Princesse sera d'un seul morceau, mais la
figure qui représentera la Thuringe sera, à cause du bras que
la princesse luy donnes, de deux morceaux.
Pour ces différentes décorations il sera employé les mar-
bres que le sieur Guiard jugera à propos, ledit sieur Guiard
se chargeant de les choisir lui-même à Carrare en se rendant
de Paris à Parme.
Ce Mausolée et tout ce qui est cy dessus exprimé sera
exécuté à Parme et à Carrare par le sieur Guiard, qui partira
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Jt RBVCE DBS DOCmOIfTS HISTOUQOES
pour ritalie au plos tard dans k courant du mob de tnaj
de cette année, s^obligeant de mettre le toot i fin dans lea»-
rant de trois années à compter de ce jourd'huy , étant d'aiUears
observé que S. A. S. Monseigneur le Duc de Panne, dont le
sîeur Guiard est sculpteur, a trouvé bon que le sieur Goiard
se charge dud. monument et Texécute préféraUemcnr i
toute autre entreprise « ainsy qu'il appert par une lettre
écrite par son ministre plénipotentiaire à la Cour de France,
M. le Comte Dargental, à M. Grimm du vingt-sqit may mil
sept cent soixante^ieuf, laquelle dûment controllée i Pms
par Langlois ce jourd'huy est resté cy annexé après avoir été
des parties pareillement signé et paraphé en présence des
notaires soussignés.
S. A. S. Monseigneur le Duc de Saxe Gotha sera tena
de faire prendre le tout à Parme, de fournir les fnis des
caisses et emballages, à ce nécessaires, d'agréer deux ouvriers
qui seront au choix du sieur Guiard pour aller poser cet ou-
vrage en place à Gotha, et de faire donner audit sieur Gmtfd
tous les secours et ustensils nécessaires en cette occasion, i
laquelle pose et mise en place, le sieur Guiard se trouven
pour y présider et la diriger.
Les caisses et emballages et journées d'ouvriers à complu
de leur départ de Parme pour aller à Gotha et retour à Panne,
voyages et transports, ainsy que les firais et déboursés que
le sieur Guiard pourra birt pour son voyage, et pendant
son séjour i Gotha, pour assbter à cette pose, seront à li
charge de S. A. S. sans diminution du prix ci-après accordé,
et sera le traitement du sieur Guiard et des deux ouvriers de
son choix stipulé et fixé à sa réquisition par ladite cour de
Gotha dès que le monument sera en état d'être transporté à
sa destination.
Le sieur Guiard veillera avec la plus grande attention et
exactitude à ce que les emballages soient bien faits, de façon
qu'il ne puisse arriver aucun événement pendant le trans-
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GRnm ET LA coût DE SAXE-GOTHA ji
port de Parme à Gotha à l'ouvrage transporté, par le deffaut
d'avoir été emballé tel qu41 convient pour éviter les risques
du transport.
Lorsque Touvragesera arrivé il sera désemballéen la pré-
sence du sieur Guiard pour présider à la pose et nûse en
place, suivant qu'il est ci-dessus énoncé.
Ledit sieur Grimm audit nom en vertu du pouvoir cy
annexé a pour sa dite A. S. Monseigneur le Duc de Saxe
Gotha irrévocablement fixé avec le sieur Guiard le prix de ce
mausolée à ouvrager à la somme de quarante mille livres,
argent de France, sur laquelle somme le sieur Guiard recon-
naît avoir à l'instant reçu du sieur Grimm des deniers qu^il
déclare lui avoir été remis par ordre de S. A. S. Monseigneur
le Duc de Saxe Gotha, deux mille cinq cent livres en espèces
sonnantes d'or et d'argent et ayant cours, à lui ci-devant comp-
tées et délivrées, dont le sieur Guiard quitte et décharge au-
tant S- A. S. Monseigneur le Duc de Saxe Gotha; et à
l'égard des trente sept mille cinq cent livres restant des qua-
rante mille livres, le sieur Grimm oblige S. A« S. Monsei-
gneur le Duc de Saxe Gotha de les payer au sieur Guiard
sans aucun intérêt seulement en argent de France, sans d'au-
cuns papier, billets ny effets, de telle nature quUls soient et
quelques cours qu'ils puissent avoir, nonobstant toutes auto-
rités et choses à ce contraires, en cinq payements, savoir :
le premier de la somme de deux mille cinq cents livres dans
le courant du mois de may prochain, et huit jours avant celuy
que le sieur Guiard aura pris pour son départ pour l'Italie
d'après ce qui a été cy-devant convenu.
Le deuxième de dix mille livres par MM. les frères Boissier,
Lamande et compagnie, banquiers à Gênes, pour la valeur
d'autant des marbres que le sieur Guiard aura choisis pour
le monument et jusqu'à concurrence de ces dix mille livres,
qui seront payées entre les mains et sur les quittances des
fournisseurs de Carare et aussitôt les fournissements desdits
TOME V. lO
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74 Kirat on DOcoMiim utrotiVMs
marbres, qui ta moyeo de ce se trouveront aoqtmpHr
S. A. S. à luy appartenir en toute propriété*
Et dans le cas où l'achat des marbres n'irait pas à cxK
somme de dix mille livres le sieur Grimm audit oom «Uge
sa dite A. S. de feire payer à Fuis à Tordre du S^ GmsI
l'argent qui sera nécessaire pour parfaire cette aociime4e dk
mille livres et ce aussitôt après que le payement aura clé fà
aux fournisseurs des marbres de leur valeur, supposée dan
ce cas ttre oKHndre de dix mille livres, partout si ïcar valeor
est de dix mille livres, ou plus, il n'y aura rien à payer i oa
égard à Paris.
Le troisième payement de cinq mille livres dans une anaéc
Le quatrième de dix mille livres dans deux années, ces ra-
sième et quatrième paiemeotsà Paris, au sieur Guiard ou i
son ordre ou son fondé de procuration, et le tout à ojmpiti
du mois que le sieur Guiard doit pardr pour Fltalie d'qvfe
la convention cy devant, ou seulement du jour du dépan s'il
le retarde et en justifiant toutes fins par le sieur Guiard par
un certificat de son excellence M. le Marquis de Felnio, et de
tout autre ministre d'État de S. A. R. Monseigneur Tlitfim
duc de Parme, que ledit monument est avancé à prc^xiftioo
des trois années dans le délai desquelles ledit s' Guiard s'est
engagé cy-devant de le livrer.
Et le cinquième et dernier payement de dix mille livres qui
complettera les quarante mille livres de même à P^uîs, «
aussitôt que le Mausolé sera parti.de Parme pour être trus*
porté i Gotha.
Lesquels différents payements seront fixés et n^^>rouvero&t
aucun retard, sous tel prétexte que ce puisse être.
Si le sieur Guiard se trouvait en état d'achever ledit mo-
nument dans un terme moins long que les trois années qu'il
s'est réserviées, tes susd. <fix mille livres restant saroat
également payées, aussitôt après le départ du Mausolée de
Parme, en sorte que la somme entière de quarante nulle
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1
GRIMM ET LA CQUR DE SAXE-GOTHA 7S
rves se trouve ^ayét lorsque le monument sera en route.
Au payement desquelles quarante mille livres dans les
rfnes et de la manière sus-fixés, le sieur Grimm, audit nom
en vertu du pouvoir cy annexé, aflfecte et hypothèque tous
s biens présents et à venir de S. A. S. Monseigneur le Duc
e Saxe Gotha.
Car ainsy a été convenu et arrêté entre le sieur Grimm au-
it nom et le sieur Guiard.
Elysant les parties domicile pour l'exécution des présentes,
avoir le sieur Grimm pour S. A. S. Monseigneur le Duc de
iaxe Gotha en la demeure à Paris dudit sieur Grimm, le
ieur Guiard à Paris, en sa demeure ci-devant déclarée ou à
Parme^ en celle quMl occupera, auxquels lieux nonobstant,
promettant, obligeant, renonçant, etc.
Fait et passé à Paris en l'étude Fan mil sept cent soixante
dix^ le neuf mars avant midy, et ont signé.
Çi^_
Sur le croquis annexé à l'acte de devis et marché, se trouve cette
mention :
« Signé et paraphé au désir de Tacte d'arrangement passé
« devant les notaires soussignés ce jourd'huy neuf mars mil
« sept cent soixante-dix.
Grdim, Guiard, Rouen.
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76 tt^trr t^ES nOCI?MWTS KTSTOiWJlS
Je reproduis aimi les piniplicf de Gnmm m «It Gtitafé.
J'ignore pour «{udle oiuse le mausolée^ ob^ec éc t&at 4c dimrclici,
de soins et de déj>tnf^%, ne fut pAs ojécul^. Il n'en suèiâtt ^ne 11
modèle, « composé avec génie^ » dit Manette (t), et coiaenré att|Mr^
d'hui dans le Muscc Uucal de Gotha.
Laurent Guianl mourut à Carnirc k Ji mai tjSS, aprti ne WfW
en France exigé par lérecuon à rahbaire ée CliirvaitK d*Ba mapo*
ment consacré à samt Bernard,
<i) Hêxitttt, AbecedsriP, L lU p^llf'
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/ff/'uf i/r.^ ^^"motts-ffAy Ai^-t^'ft^fiM'.' fi /' i'fi
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MUSIQ.UE DE LOUIS XV
Document relatif aux sommes dues à la musique du Roi. Il est signé
par le cardinal de Polignac, Fauteur de V Anti-Lucrèce. On sait que le
R^ent avait réduit le nombre des exécutants de la Chapelle.
Il est deub à la musique du Roy,qui cy-devant étoit payé
sur la cassette de sa Majesté, pour toutte choses quelconques
jusqu^au premier avril mil sept cens seize la somme de quatre
vingt mil cinquante huit livres.
Sçavoir :
Pour les voix, 2 quartiers de 1 7 1 5 et un de 17 16. 60040"
Pour laSimphonie de la Chapelle, toutte Tannée
1715 et 3 mois de 1716 18000
Aux petits violons, pour 4 mois de 1715 et
3 de 17 16 ^ 7668
A M. et M''* Delalande (i) pour leurs pensions,
6mois de 1715 et 3 mois de 1716 2100
Au Bibliothéquaire 2 quartiers de 1716 et un
de 1716 i5oo
Au trompette anglais, un quartier de 17*5 et un
de 17 16 750
8oo58"
Je certifie qu'il est deub à la musique du Roy la somme de
quatre vingt mil cinquante huit livres pour l'entier paye-
ment de la cassette, jusqu'au premier avril mil sept cens
seize. A Paris, ce 9 may 17 16.
LE CARD*- DE POLIGNAC
Au-dessous on lit ces mots de la main du Régent :
Il faut expédier une ordonance de la ditte somme.
0) Michel-Richard de Ltlande, le plos habile oompoeiteor desoo temps pour It
que religieuse, éuit alors surintendant de la roasiqne du Roi. Sa femme, Anne Rebel
était une excellente cantatrice.
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CX)NSTANTIN-XAVIER DE CHÉNIER
L'historien Louis de Chémer eut de U belle Greoqae i
Santi rHomika quatre fils^ Constantiii-XaTier, Louis-ScuTeiir, Amàti
et Marie-Joseph. Constantin, né i G>nstantinople en 1760, fit de brd-
lantes études i Parts et obdnt, ca 1778, le prix dlK>nne«r de rUai-
vetiité. n SttÎTit U carrière diploinatiqQe et fut consul eu «firen bcox.
Des quatre frères, André, une des gloires Uttéraires de la Fmce^
mourut le premier. Le plus Jeune, Marie-Joseph, l'auteur de Chu
les /X, termina sa vie à Paris le 10 îanrier 181 1, â l'âge de 47 aas.
Une tendre amitié l'unissait à Constantin-Xarier, qui, plein de res-
pect pour la mémoire de son frère, rédigea, le 19 janvier i8ii,U
dédarau'on suivante relative à la succession de Marie^oseph. .
Je soussigné Constantin-Xavier de Chénier^i fils aîné de
M . Louis de Chénier et de M** Elisabeth Sancti L'Hcmaco,
atteste et certifie à tous qu'il appartiendra la dédaratioii sui«
vante:
Après avoir perdu mon frère André de Chénier, mon
père, ma sœur et ma mère, )'ai perdu nnm frère Marie-
Joseph de Chénier; il ne me reste plus qu'à remplir envers
lui les derniers devoirs qu'il m'a falhi remplir envers tous
mes parents, qu'à rendre un honmiage étemel à stm illustre
mémoire, à exécuter ses désirs et à respecter ses intentions,
qu'il aurait manifestées lui-même par un acte authentique,
si Dieu lui en avait laissé la force en ses derniers jours, et
s'il n'en avait pas été détourné par une respectable amie, con-
fidente et compagne assidue de tous ses maux et de ses lon-
gues souffrances depuis douze années, et jusqu'à son dernier
soupir, malheureuse par sa perte, et ne voulant hériter de
lui que du désir ardent de voiries hommes heureux. Je sou-
haite partager avec tous ses amis les tristes restes de ma vie.
Messieurs Daunou, Amault, Andrieux, Picard, Regnaolt,
Perceval, Allard, m'ont souvent été désignés par lui pour la
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GONSTANTIN-XAVm DE CHiNDER 79
personnes qui lui étaient chères. Souvrat il me disait que
tout ce qu^il possédait au inonde ne suffirait point pour
témoigner sa reconnaissance à M. Portai, qui, depuis douze
ans, soutenait sa vie chancelante, et à ctttt respectable amie
qui, depuis seize ans d'amitié la plus constante et la plus
fidelle, ia plus noble et la plus généreuse, adoucissait ses
maux par sa pr^ence auprès de lui. Voulant donc suppléer à
ce que le temps fixé par la main divine ne lui a point permis
de faire, je prie M. Portai et Messieurs ses amis, ci dessus
désignés^ de vouloir bien agréer un hommage de sa recon-
naissance et de la mienne. Je prie M. Amault, désigné par
mon irère éditeur de tous ses ouvrages, de vouloir bien, en
agréant ce choix, joindre ce témoignage d'amitié à Thommage
touchant et solennel, plein de noblesse, de franchise, d'élo-
quence et de générosité dont il a bien voulu honorer sa mé-
moire. Je prie sa noble et respectable amie Madame Marie-
Louise-Eugénie Le Beau de L'Esparda de Maisbnnave de
vouloir bien regarder comme une propriété indivisible et
irrévocable les manuscrits de mon frère Marie-Joseph de
Chénier qui lui ont été donnés par lui-même, une montre
par lui donnée et son portrait peint par Du Creux : le tout
joint è quelques livres et autres effets déposés hors de chez
lui avec les indications nécessaires pour les reconnaître et les
recevoir, par lui*même remises à la dite dame à Teffet de rem-
plir les engagements contractés dans les derniers temps de sa
maladie, pour Textraordinaire de ses dépenses.
Voulant, en outre, unir toute ma reconnaissance à celle
dont mon frère était pénétré pour une amitié si tendre et si
constamment touchante, je déclare que je reconnais la dite
dame Marie-Louise-Eugénie Le Beau de TEsparda de Mai-
sonnave, en la qualité de sœur, pour remplacer et repré-
senter, dans ma famille, ma sœur chérie, Hélène-Christine
de Chénier, ci-devant comtesse de La Tour Saint- Ygest,
décédée à Tlsle de France, laissant un fils né en mil sept
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8o tIVUB DES DOCDMENTS HISTOKIQCIBS
cent qaatrevingt-seize^ âgé de treize ans. J'institue ou dke
dame Marie-Louise-Eugàiie Le Beau de TEsparda de Mai-
sonnave^ ma seule et unique héritièie ât tous mes biens
meubles et immeubles présents et ayenir, pour en jouir con-
jointement avec moi, jusqu'au dernier instant de ina vk,
pour en jouir après moi indivisiblement et sans ^t^cnne
réserve pendant tout le cours de sa vie, que Dîeu^ n^rniUe
longtemps conserver ; et puisqu'il nous faut tous subj^Ja kx
de sa Divine Majesté, pour les transmettre à M. de LÀ Tour,
mon neveu, fils de ma chère soeur Hélène-Christiae dt
Chénier, ci-devant comtesse de La Tour, né à Tlsk de
France en mil sept cent quatrevingt-seize, âgé aujounThui
de treize ans, lequel, après les époques indiquées d dessus,
en conservera la propriété indivisible et perpétuelle, pour
lui et pour ses descendants. Telle est la déclaration de ma
volonté ferme et stable, au nom tt en présence de Diai
créateur et conservateur de tout ce qui existe. Tel est rhom-
mage sincère que mon cœur rend à la mémoire de mcm
illustre frère et de mon plus tendre ami, Marie-Joseph de
Chénier, que je viens d'avoir le malheur de perdre et qu'une
longue maladie vient d'enlever à sa famille, i la France et au
monde. En témoignage de quoi j'ai signé le présent acte et
madame Marie-Louise- Eugénie de l'Esparda de Maisonnave,
a signé avec moi, pour témoigner son approbation et l'ac-
ceptation par elle de toutes les dispositions qu'il convient
Je l'ai en même temps scellé de mon sceau accoutumé. Fait
triple, pour être l'un des triples conservés entre mes mains,
un second remis à madame Marie-Louise- Eugénie de l'Es-
parda de Maisonnave et conservé par elle \ et un troisième
laissé également i la disposition de la dite dame, pour le
déposer où bon lui semblera, afin d^en constater l'authenti-
cité. Paris le dix-neuf janvier Tan mil huit cent-onze.
Constantin-Xavier de Chénier.
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GERARD DE NERVAL
Lettre écrite, en 1 841 , à Madame Alexandre Dumas, alors que Gérard
venait de sortir de la malsonde santé du docteur Blanche. C'est, à mon
avis, un document fort curieux pour la biographie de Gérard de Nerval.
Le 9 novembre.
Ma chère Madame,
J'ai rencontré hier Dumas qui vous écrit aujourd'hui. Il
vous dira que j'ai recouvré ce que Ton est convenu d'appeler
raison, mais n'en croyez rien; je suis toujours et j'ai tou-
jours été le même, et je m'étonne seulement que l'on m'ait
trouvé changé pendant quelques jours du printemps der-
nier. L'illusion, le paradoxe, la présomption sont toutes
choses ennemies du bon sens, dont je n^ai jamais manqué I
Au fond j'ai fait un rêve très-amusant et je le regrette. J'en
suis même à me demander s'il n'était pas i^lus vrai que ce
qui me semble seul explicable et naturel aujourd'hui. Mais,
comme il y a ici des médecins et des conmiissaires qui veil-
lent à ce qu'on n'étende pas le champ de la poésie aux dépens
de la voie publique, on ne m'a laissé sortir et vaquer défini-
tivement parmi les gens raisonnables que lorsque je suis
convenu bien formellement d'avoir été malade, ce qui coû-
tait beaucoup à mon amour propre et même à ma véracité.
Avoue! avoue! me criait-on, comme on faisait jadis aux
sorciers et aux hérétiques, et, pour en finir, je suis convenu
TOME v. it
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I
Sa REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
de me laisser classer dans une affection définie par les doc-
teurs et appelée indifféremment Théomanie ou Démonomanie
dans le dictionnaire médical. A Taide des définitions incluses
dans ces deux articles, la science a le droit d'escamoter oo
réduire au silence tous les prophètes et voyants prédits par
l'Apocalypse, dont je me flattais d'être l'un ! Mais je mt
résigne à mon sort, et si je manque à ma prédestination,
j'accuserai le docteur Blanche d'avoir subtilisé l'Esprit divin.
Je vous trouve bien heureuse d'être en Italie à l'heure qu'il
est. J'ai voulu faire un petit voyage jusqu'à la mer, pour
profiter au moins des dernières feuilles de l'automne^ mais
le mauvais temps m'a fait vite revenir à Paris. Voici Dumas
à la veille de grands succès ; on l'applaudit déjà depuis un
mois comme aux plus beaux temps du drame moderne, et
cela est de bon augure assurément ( i). Que je voudrais pouvoir
me réchauffer encore à ce rayon, je me trouve tout déso-
rienté et tout confus en retombant du del, où je marchais
de plain pied il y a quelques mois. Quel malheur qu'à défetut
de gloire la société actuelle ne veuille pas toutefois noœ
permettre l'illusion d'un rêve continuel. Il me sera resté du
moins la conviction de la vie future et de la sympadiie
immortelle des esprits qui se sont choisis ici bas : c'est en
associant toujours Dumas et vous à mes pensées dans les
instants dangereux de ma maladie, que je me suis convaincu
de mon attachement pour vous deux et du besoin que j'ai
de croire que vous m'avez conservé toute votre amitié.
GéRARa
A Madame^ Madame Alexandre Dumas.
(!) Cett probablemeot une allusion à U pièce de Dumas, wii Mariage sous Lomis XK.
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ABBAYE DE SAINT-MAIXENT
Charte de 1244(11. s.) en langue vulgaire de TAunis. Cest une vente
faite par Isoréd'Aitré(i) à Pierre, abbé de Saint-Maixent, de certaines
pièces de terre sisesà Agerne, aujourd'hui la Jarne, près de La Rochelle.
Je dois la communication de cet important document à Pobligeance
de M. Benjamin Fillon.
Ge Isorez Daitrè fois assaver a toz ceaus qui ceste présente
chartre verront et oiront que ge, ob lotrei et ob la volunté
de Willelme Ysore, clerc, et de Johan Isore, mes filz, et de
Aye, femme au dit J. Isore, mun fil, la quaus Aye fut fille
fahu Isembert Berenger (2), chevaler, ai vendu à sire Père,
abbé de Seint Maissent, un harbergement et lo troil qui i
est, et treis peces de vignes que ge aveie en Agerne; li quaus
harbergemenz est en Agerne joste lo grant chemin par ont
iom vait d' Agerne à Seint Johan d'Angele (3) entre Tarber-
(i) Aitré.en Aonis, chitdlenie qui relevait du château de La Rochelle. La famille Isoré
ou Ysoré était une des pluf anciennes du Poitou; elle a produit, au xviii* si^Ie, cet Ytoré,
marquia de Plumartin, prototype du Mauprat de George Sand.
(a) D'une funille de chevalerie du Poitou et de TAunis.
(3) S*int-JeaD-d*Angély.
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84 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
gcment Aimeri Joffrei et rarbergement Arnaut de Fessac;
et dau dites vignes est une pece à la croiz d^Ageme dont est
une partie on fe fahu Savari de Mauleon (i) et Tautre partie
on fe Wilielme de Fessac, la quaus pece est près d'Ageme
et duret de lonc des lo grant chemin dessus dit juqua la vigne
de Fabbaie de Buzeis (2} qui fut plantée on terres au cha-
pelain d'Ageme joste la veie per ont iom vait de la dite croiz
vers la Jarrie (3), einssi cum li fossez que ge i hai fait faire
ou en levet et dot vers les autres vignes qui sunt au des-
sus; et Tautre pece est on fe Girart de Mairentanoes josse
lo dit chemin entre la vigne Chafaut et la vigne Brotonea;
et Tautre pece est la treille qui est davant lo troil et }oste la
terre Père Gaschet.
Icestes III peces de vignes et lo davant dit harbei^ement ob
lo troil qui i est avon otrée ge et mi fil et ma bruz dessus
nomé à tenir et à aver durablement au davant dit abbé et à ses
successors et à lor commandement à faire tote lor vokinté,
c livres de tornes meinz x livres que li davant diz abbes men
dona et paia, et ge m'en tene per bien paiez. Et ge e les meies
choses quauque part que eles seient somes tenu à garir aa
davant dit abbé et à ses successors et à lor comandement
contre tôt gent, aus us et au costumes de Lenor de Chas-
telaillon (4)) lo davant dit harbergement et lo dit troil et les
dites vignes francs et quittes et délivrés de tôt homenage lige
et plain et de toz em paitremenz qui fait i sereient par chison
de mei et dau meins et d'autres devers, sans xv sols de cens
qui devent estre rendu chascun an per lo dit harbergement
à Aimeri Joffrei et à ses paroners et sau lo complant et gardes
et recez et garcages qui devent estre rendu au segnors dau
(I) Guerrier illottre et troubadour, prince de TtlmoQt, connétible d'Angleterre, mort
en ia33.
(a) Abbtye de Bazaj, sur Itt bords de U Loire, diocèee de Nantes.
(3) La Jarrie, près de La Rochelle.
(4) Andeooet contâmes, datant d'Aliénor d'Aquitaine, qui régissaient les terres vXaim
dans U baronnie de Chatelaillon, jadis la principale de TAnnis.
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ABBAYE DE SAINT-MAIXENT 85
davant diz fez ou à lor comandement dau dites vignes, ceu
est assaver io quint de la vendenge dau vignes qui sunt on
fez fahu Savars et Girard davant diz, et lo quart de la ven-
denge daus autres vignes por complant. Et avom renuncié
ge Ysorez et ge W. et ge J. si fil davant dit et ge Aye dessus
dite a exception de non nombrée pecune et de menor pris et
à tote force et à tote aine de leis et de canon et à totes noveles
institucions et à toz privilèges et à totes costumes qui nos
poîreent ainer à venir contre icest fait, et avon juré de nostre
plain gré sor lo seint Evangile que jamais contre iceste vende
ne contre la ténor de ceste chartre ne vendron ne autre por
nos, et que ge Aye on dites choses vendues reins ne deman-
derai por oscle ne por mariage ne por autre choses. Et
por ceu que ceste chose seit plus ferme et plus estable sire
Pères, par la graice Deu adonques evesques de Saintes, saela
et conferma à la requeste dau parties iceste présente chartre
de 'sun saea. Ceu fut fait Tan de l'incarnation Jehu Crist
M. ce. et xLHi, on meis de marz.
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LE FILS DE CAMILLE DESMOULINS
Camille Desmoulins n'eut de sa cbannante femme LucOe Dnplcaszs
qu'on fils auquel il aralt donné le nom d'Horace. Après la mort tragi-
que de ses parents» cet enûmt fut recueilli par sa grand'mire. Madame
Duplessis, qui le fit élever avec soin. La pièce suivante, recueillie par
feu M. Alfred Sensier, en esc un témoignage. Madame Duplessb pro-
teste contre la vente, ordonnée par le Domaine, des effets provenant
de Camille Desmoulins. Elle réclame pour l'orphelin le lit, la biblio-
thèque, les papiers et les manuscrits du père. La pétition est af^jée
d*une apostille autographe de Fréron, signée par plusieurs conven-
tionnels.
Au Comité de législation.
La citoyenne Duplessis^ tutrice d'Horace Desmoulins,
orphelin de Camille Desmoulins, réclame pour ce jeune in-
fortuné le lit paternel et la bibliothèque de son père. Ces
objets, aussi urgens pour subvenir i ses besoins que pour
Futilité de son éducation, ne peuvent lui être refusés. Déjà
la veuve du citoyen Roucher (i) a éprouvé cet aac de justice ;
la bibliothèque de son époux lui a été laissée comme objet
de secours.
Les papiers de famille et les manuscrits de Camille sont
aussi réclamés par le jeune pupile« Cette propriété privée
ne peut aussi lui être déniée : elle lui apprendra à connoitre
les auteurs de ses jours.
Ces demandes, appuyées par le malheur respectable et la
justice, seront sans doute accordées avec plaisir par les collè-
gues de Camille.
Diaprés ces considérations, la citoyenne Duplessis soUi*
cite la suspension de la vente des effets de Camille, avant
0) Le po€te décapiié avec André Chénier.
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LE FILS DE CAMILLE DESMOULINS 87
que le Comité ait pris les demandes de son pupille en con-
sidération.
Paris, le 28 pluviôse Pan 3* de la République françoise
une et indivisible (i).
BORDEVEIX V* DUPLESSIS.
Nous appuyons avec le plus vif intérêt la demande de la
citoyenne Duplessis, belle-mère de notre infortuné collègue
Camille Desmoulins, martyr de la liberté. La justice et Thu-
inanité réclament en faveur de son fils : nous prions le Co-
mité de législation de vouloir bien accorder un sursis à la
vente de la bibliothèque, des manuscrits et du lit pateniel.
Ce sursis est d'autant plus urgent que l'enlèvement et la
vente de ces objets doit avoir lieu demain.
Paris, ce 3o pluviôse an 3* de la République une et
indivisible.
Les représentans du peuple,
Fréron. — C. Alex. Ysabeau. — Tallien. — F. Aubry.
Laurent. — Niou.
Recommandé par le représentant du peuple soubsigné,
Leblanc. Rovère.
Le Comité de législation fit droit à cette requête par l'arrêté suivant :
Vil la pétition de la citoyenne Duplessis, tutrice d'Horace
Desmoulins, fils de Camille Desmoulins, ex-député à la Con-
vention nationale, tendante à faire surseoir à la vente du lit
et de la bibliothèque du dit Camille, et réclamant ces objets
pour subvenir aux besoins de cet enfant et à son éducation.
Les Comités des finances, section des Domaines et de lé-
gislation, arrêtent qu'il sera sursis à la vente du lit et de la
bibliothèque ayant appartenu à Camille Desmoulins jusqu'à
ce que la Convention nationale ait statué définitivement.
Ce 2 ventôse an 3* de la République une et indivisible.
Pour copie prise sur la minutte déposée au Comité de
législation.
(I) i8 lévrier 1795.
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JEAN ET LCXJIS DUBOIS
PEINTRES DU ROI AU XVII* SIÈCLE
Ambroise Dubois, un des peintres les plus câèbres de réeole àe
Fontainebleau, veuf en 1S99, se remaria, à Paris, le4mars 1601, irec
Françoise de Hoef, qui appartenait à une fiuniUe d'artistes. Il eutd'eik
trois fils : Jean, né à Fontainebleau le s3 février 1604; Antuîne, né k
5 décembre i6o5, et Louis, dont on ignore la date de naissance (i).
Jean et Louis suivirent la carrière de leur père et tous deux enrest,
par brevet royal du 36 oaobre 1644, la charge, soin et entretenemegf
des peintures exécutées dans le ch&teau de Fontainebleau par fini Am-
broise Dubois (a). Le 14 juillet 16S1 Jean resta seul chargé de cet
office (3). Il avait, dès le 26 octobre i635. obtenu de son oode Otode
de Hoey la cession du brevet de cooservateur des peintures du chiteto
de Fontainebleau (4]. U avait aussi épousé, à Paris, le i3 avril 1643,
Marie Oultrebon. Il en eut Jean, baptisé le 18 mai 1645, et Louis,
baptisé le 16 avril 1646 (5}. Tous deux furent peintres : on t peu <k
rensdgnemenu sur eux. On sait cependant que Jean obtint de son
père, le 31 février 1674, la cession du brevet de gardien des peintores
de Fontainebleau.
Les détails biographiques sur Louis manquent absolument Tai dé
couvert la minute du contrat de mariage de cet artiste; ce docucoent
m'a appris que Louis Dubois était peintre du Roi. Je le publie inté-
gralement; il porte la sigiuture du père et celle du fils, qu'on trou-
vera reproduites en fiic-simile. Le contrat fut passé à Fontaine-
bleau, le 17 septembre 1670, par-dtvant M* Ratault, notaire.
Furent présents Louis Dulxùs, peintre du Roy, demeurant
(I) Cf. DicHomutire de Jal.
(3) Ajnbroite Dubois était mort eo février 1614.
<3) ArcktPft de Fart frtmçaiSy t. III, p. 346.
i4) DictiomMMire 6c Jal.
5) n c«t taot doute pour parrain ton oncle Looit.
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JEAN ET LOUIS DUBOIS 89
à Fontainebleau, fils de noble homme Jean Dubois, peintre
et vallet de chambre ordinaire de Sa Majesté, ayant Tentre-
tenement des peintures du chasteau dudict Fontainebleau,
et de deffunte damoiselle Marie Outrebon, jadis sa femme,
dudict sieur Dubois, son père, assisté à Tefifect des présentes,
d'une part.
Et Martin Jamin, jardinier du Roy et concierge de la
maison de la fontaine et escuries de la Reyhe au chasteau
dudict Fontainebleau, y demeurant, au nom et comme stî-
pullant pour Saincte Jamin, sa fille et de deffunte Antoinette
de Caen, jadis sa femme, à ce présente et de son consente-
ment, pour elle et en son nom, d'autre part.
Lesquels, en la présence , de Tadvis et consentement de
leurs parens et amis cy après nommez, qui sont Louis Jamin,
oncle paternel, et Gilles Paulmier, sieur d'Orgemont, cy-
devant vallet de garde robbe du Roy, cousin issu de germain
du mesme costé de ladicte Saincte Jamin, ont recogneu et
confessé avoir faict et accordé entr'eux, de bonne foy, le
traicté de mariage qui ensuit, sçavoir est que ledict s'' Martin
Jamin a promis bailler et donner ladicte Saincte Jamin, sa
fille, audict s' Dubois fils, qui, de sa part, la promet prendre
à femme et légitime espouze, et ledict mariage faire et solem-
niser en face de nostre mère saincte Eglise, sy Dieu et elle y
consentent et accordent, pour estre les futurs espoux, comme
ils seront uns et communs en tous biens meubles acquests et
conquests, immeubles, suivant et au désir de la coustume de
Melun, ne seront néantmoings subjects aux debtes et hypo-
tecques Pun de l'autre faictes et créés avant la cellébration
dudia mariage , ains sy aucunes d'icelles seront payées et
acquittées par celuy du costé duquel elles procedderont et
sur ses biens, sans que l'autre ny ses biens en soient tenus,
se prendront lesdicts futurs espoux aux biens et droicts à
chacun d'eux appartenans par les successions desdictes
deffuntes, leurs mères, concistans, ceux de ladicte future
TOME V. 12
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go REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
espouze en Ut moitié d'une maison seize à la Brosse» ptfnmse
d'HeriCy, aplicqué la totalité à chambre basse, chambre
haulte et grenier dessus, au logement d'un vigneron, fournil,
escurie et autres apartenances, couverte de thuille, plus en
la moitié d'un grand presoir à bras garni de tous sa usten-
silles pour le faire tourner et n^vailler, plus en la moitié
d'une fouUerie et cave dessoubs, ladicte foullerie garnie de
deux grandes cuves, bagnoire et rondeaux servant à Tutilité
de la vendange, plus en la moitié d'un petit clos enfermé de
murs à costé de ladicte maison où il y a demi arpent de
vignes, plus et en la moitié de deux arpens de vignes en
plusieurs et diverses pièces, le tout scitué audia lieu de la
Brosse et revenant à ladicte future espouze par la succession
de ladicte deffunte Antoinette de Caen, sa mère, attendu les
advantages que ledict s' Jamin et ladicte defiunte sa femme
ont faict à leurs autres enfans. Comme aussy en favair dudia
futur mariage ledict s' Jamin père s'oblige de donner ausdicts
futurs espoux à cause de sadicte fille en advancement d'iKÂrie
sur sa succession future, la veille de leurs espouzaiiks, la
somme de quatre cens livres en meubles et linge suivant
l'estimation qui en sera faiae à Tamiable entre les parties.
De plus, en considération dudict mariage ledict s' Jamin
père s'oblige de fournir, la veille desdictes espouzailles, et
mettre ez-mains dudict futur espoux une démission escrite
en parchemin par luy passée ce jourdhuy par devant le no*
taire soubsigné, de laquelle ne seroit resté minutte chés luy,
de sa charge de concierge de la maison de la fontaine et
escuries de la Reyne audict chasteau de Fontainebleau, jardin
et parc en deppendant, remplie du nom dudia futur espoux,
pour, en vertu d'icelle, se faire pourveoir et recevoir à ses
frais et despens en ladiae charge, le plustost que ce pourra,
mesme de luy délivrer dans ladiae raille des espouzailles le
brevet de la susdicte charge accordé par le Roy en faveur
dudia s"* Jamin père le vingt-cinq janvier M VF quatorze
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JEAN ET LOUIS DUBOIS 9I
fiigné Louis et plus bas de Loménie, au bas duquel est la
réception d^iceluy Jamin en datte du mesme jour signé
Sébastien Zamet.
Ledict futur espoux a doué et doue sadicte future espouze
de la somme de mil livres de douaire préfîx pour une fois
payer à l'advenir et prendre par elle quand il aura lieu géné-
rallement sur tous et chacuns les biens meubles et immeu-
bles présens et advenir d'iceluy futur espoux qu'il en a dès
à présent chargez, affectez, obligez et hypotecquez à fournir
et faire valloir ledict douaire duquel ladicte future espouze
jobira au terme de la coustume dudict Melun.
Le survivant desdicts futurs espoux aura et prendra par
préciput des biens meubles de ladicte future communauté
tels qu'il voudra choisir réciprocquement jusques à la somme
de deux cens livres tournois, suivant la prisée de Pinventaire
et sans iceus, ou ladicte somme en deniers comptans au choix
dudict survivant. Sera loisible à ladicte future espouze de
renoncer ou accepter ladicte communauté et en y renonceant
reprendra franchement et quittèrent ce qu'elle aura apporté,
luy aura esté donné en mariage, luy sera advenu et escheu
par succession, donnation ou autrement, mesmes sesdicts
douaire et préciput tels que dessus, sans estre tenue d'au-
cunes debtes de ladicte communauté, encores qu'elle y eust
parlé, s'y feust obligée ou y eust esté condamnée, dont elle
sera acquittée et indemnisée par et sur les biens dudict futur
espoux, pour quoy elle y aura hypotecque du jour et datte
du présent contract de mariage. S'il est vendu, allienné ou
rachepté aucuns héritages ou rentes appartenant en propre à
l'un ou l'autre desdicts futurs époux, remploy sera faict des
deniers en provenant en achapt d'autres héritages ou rentes
pour sortir mesme nature de propre à celuy auquel les choses
auront esté vendues, alliennées ou racheptées. Et si, au jour
de la dissolution dudict mariage ledict remploy ne se trou-
voit faict, les deniers s'en reprendront sur les biens de ladicte
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9« REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
future communauté, et sy il ne suffisent à i'esgard de ladiœ
future espouze, ce qui s'en deffaudra sera repris sur les pro-
pres et autres biens dudict futur espoux, car ainsy est, etc^
chacun en droit, etc.
Fait et passé audict Fontainebleau en la maison dudia
s' Duboys père Tan M.VI^ soixante-dix, le dix-sepdesme jour
de septembre après midy cs-présences de Qaude Saizy,
maistre chirurgien, et Louis Thion, clerc, demeurants audia
Fontainebleau, témoins. Et ont signé.
^'^(^f-'^^'Q^ ^(^Ji^
M. Jamyn. Saincte Jamyn. Jamtn.
Paulmier. Thion. Saizt.
•Ratault,
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FRANÇOIS-JOSEPH TALMA
Cette lettre de Talma à Vedel, récemment nommé caissier du
Théâtre- Français, a été écrite sur un ton badin. Le grand tragédien
était alors en représentation à Lyon, où il obtenait, comme d'ordi-
naire, le plus éclatant succès. Il constate plaisamment son triomphe et
les bénéfices de son directeur; puis il aborde ces malheureuses ques-
tions d'argent qui lui causèrent tant d'ennuis. Talma avait le goût de
la dépense et il ne sut jamais équilibrer son budget. Il enregistrait, à la
vérité, ses dettes avec une conscience digne d'éloge, mais il ne les
payait jamais. On verra dans la lettre que je publie plus loin qu'il
faisait volontiers des billets, tout comme un négociant.
Cest à la collection d'un écrivain sur le théâtre, M. Edmond de
Manne, que j'emprunte cette intéressante épître de Talma.
Lyon, ce i5 octobre 1824.
Mon cher ami, nous avons appris, Caroline et moi, avec
un bien grand plaisir que vous aviez enfin obtenu de suc-
céder à ce pauvre Cormeille. Nous le savions déjà avant
votre lettre, et par les papiers et par des voyageurs venant
de Paris. Je n'ai que le regret de ne pas avoir été là pour
vous donner ma voix, car, lorsque le gendre de Martin vint
me parier, je lui avais déclaré que si vous vous mettiez sur
les rangs, je vous la donnerais, ce que, du reste, il trouva
très-juste. Allons, mon cher ami, à la besogne; une caisse
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94 REVUE DES DOCUMENTS fUSTOtlQUBS
et une femme & surveiller, ce n'est pas une petite chose. Je
tftcherai de féconder Tune ; chargez-vous de féconder Fautre;
enflons-les chacun de notre côté. A propos d'enflure, je
ne m'en acquite pas mal ici, non pas avec Caroline^ mss
avec la caisse de Singier. Il gagnera une cinquantaine de
mille francs à mon voyage, tous (rais faits. Aussi je jooc
cinq fois par semaine; il veut absolument m'arracber vin^
représentations, et pour çft il faut que je reste jusqu'au 24
de ce mois, et je ne sais trop comment m'arranger avc£
Paris. Mon congé, daté du 13 de septembre^ ne doit, par h
clôture qui a eu lieu, commencer que du jour de la réoorer-
turc des spectacles, c'est-à-dire du 24 septembre, ex je n'ar-
riverai que le 28, pour jouer le 3o, s'il est possible* Mas
je vous avoue que cela me sera bien pénible après un voyage
de 1 16 lieues par de mauvais chemins. Je n'aurai qu'un jov
de repos, qui ne me reposera pas, car vous savez ce que
c'est qu'une arrivée. Si la pièce nouvelle fait autant d'ai^ent
qu*on le dit, est-ce qu'on ne pourrait pas me donner rqm
jusqu'au i*' ou a novembre? Voyez donc cela, mon dicr
ami. Ne pourriez- vous pas dire, vers le 20 de ce mois, que
vous avez reçu une lettre de moi, que j'arrive le 24 a Bninoî,
où je me reposerai quelques jours, et que je reprendrai mon
service le i*' ou le 2 novembre. Je sais bien qu'ils cherdifr-
ront à avoir une représentation de moi pour la fin du mois,
mais tâchez, mon cher ami, de les détourner de cet espoir.
Au reste écrivez-moi, courrier par courrier, ce que vous
pensez de cela, et conseillez-moi dans cette circonstance. Je
recevrai encore votre lettre à temps, si vous m'éaiviez sur
le champ. Puisque vous tçnez la caisse maintenant, mon
cher ami, j*ai, je crois, laissé à ce pauvre CormeiUe mon
reçu pour ma subvention de septembre payée en oaobre.
Je le suppose du moins ; c'est ce que je fais toutes les fob
que je vais en voyage; je lui donne mes reçus d'avance.
Voyez cela. J'avais adresse chez lui pour la fin de ce mds
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FRANÇOIS-JOSEPH TALMA gS
pour 7 mille francs de billets, mais, comme leur échéance
n'est qu'au 3o, j'arriverai encore assez à temps pour vous
donner l'argent. Au reste, s'il y en avait quelques-uns qui
dussent échoir un peu plutôt, ce que je ne présume pas,
faites^moi le plaisir de les payer, comme fesait Cormeille,
puisque le montant vous en sera remis le 28. Dites-moi donc
qui vous remplace au secrétariat? Quand revient Lafon;
quand ses épanchements de famille finissent-ils ? Et cette
pauvre Duchénois, comment va-t'elle ? Quand sera-t'elle en
état de reprendre son service ? L'opération qu'on dit qu'elle
a subie m'inquiète. Nous n'avons point de ses nouvelles, et
nous ne savons que penser.
Adieu, mon cher ami, voilà bien des points sur lesquels
il faut que vous me répondiez, et vous n^avez pas un .moment
à perdre pour que je reçoive votre lettre.
Caroline et moi, nous vous embrassons de tout notre
cœur*
A vous.
Talma.
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JEAN-HENRI D'ANGLEBERT
Jetn^Henn d*Anglebert, davedaiste de la dumbre de Loub XIV,
publia à Paris, en 1689, l'ouvrage suivant : Pièces de da»edn apte If
manière de les jouer^ diverses chaames, ouvertures^ et autres airs de
Monsieur deLulljr mis sur cet instrument, quelques fugues pour rorgue,
et les principes de t accompagnement. En tête de ce livre se trouvait k
portrait de Tautear, peint par Mignard et gravé par Vermetden. Cest
tout ce qu'on sait de ce contemporain de Lulli. Void une quittance de
lui que j'emprunte à la collection de feu M. Alfred Sensier.
En ia présence des notaires au Chastellet de Paris soubz-
signez Jean-Henry d^Anglebert, ordinaire de la musique de
la chambre du Roy pour le clavesin, demeurant à Paris rue
de TArbre-Sec, parroisse Saint Germain TAuxerois, a con-
fessé avoir receu comptant de noble homme Pierre Turlin,
conseiller du Roy, trésorier général de son argenterie, la
somme de soixante livres au dit d' Anglebert ordonnez estrc
payée pour son payement de Tentretenement qu'il a faict du
clavesin durant le ballet de la naissance de Vénus, de laquelle
somme de soixante livres il se tient contant et en quitte le
dit sieur Turlin, trésorier susdit, et tous autres, promettant,
obligeant, renonceant, etc. Faia et passé à Paris es estudes
Tan mil six cens soixante cinq le dernier jour de juillet et a
signé.
i^l/hij^y0h:f
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OKOur: D KXï:c:uTioN inc m ad ami-: roi.ani>
\^ ^QM^Uc^tliJU^
TRIBUNAL CRIMINEL
Bcvolulionnaîre établi par Ja Loi du lo
mars 1793^ Fan 2«. de la République,
L'exécuteur des Jugemens criminels ne
fera faute de* se rcndr0j^^^^<4^2j^%.<,.v.^^
jy^fl'^ à la Maison de JusoSc pour y mettre
à. exécution le jugement qui condamne /^t^-<^_>^
à ïa peine de Ç(c<nJ^Z5^
J>xécation aura lieu à 09'0-i/Xj> faeurea ^^^ ^
^y^-^v-'^Ja place d« /î^^.^^^,,,^:^
rAc<na3ateur mibJic.
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..T..™. „ H^ku.^J.ff'^
Revue des Documc.Us historJc^ucSy tj Vf^^rtrf.' ;.' -
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MADAME ROLAND
ET LES
HÉBERTISTES
Parmi les documents révolutionnaires recueillis par feu M. Alfred
Sensier figuraient plusieurs ordres d'exécution. Les formules étaient im-
primées, en ne laissant en blanc que les noms et Theure. Quand une
condamnation était prononcée, on remplissait l'imprimé et on remettait
l'ordre à Fouquier-Tinville, qui apposait au bas sa redoutable signa-
ture. Suivant le nombre des condamnés, on se servait du papier in-8 ou
in-4.
Je reproduis en fac-similé les ordres d'exécution de Madame Roland
et des Hébertistes. Le premier est in-8 et le second in-4.
Madame Roland, traduite devant le tribunal révolutionnaire, le
8 novembre 1793, comme complice des Girondins, fut condamnée à
mort. Le lendemain elle fut conduite à Téchafaud avec Lamarche, le
directeur de la fabrication des assignats ; pendant le trajet, elle opposa
un calme et une sérénité remarquables aux injures et aux huées de la
populace, et elle ne s'occupa qu'à relever le courage de son compagnon,
abattu par l'approche de la mort.
Hébert fut arrêté le i3 mars 1794, mis en jugement le 22 et con-
damné le 24, avec dix-huit de ses partisans, parmi lesquels le général
Ronsin, l'imprimeur Momoro, le fameux Anacharsis Cloots, Vincent,
le secrétaire général du ministère de la guerre, etc. L'ordre d'exécution
portait d'abord Hébert et dix'-huit autres conspirateurs, mais cette for-
mule était irrégulière et on dut inscrire en marge les noms de tous les
condamnés. On mentionna aussi qu'il faudrait trois voitures pour le
transport.
TOBiE V. l3
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ARMAND CARREL
Après la révolution de i83o, Armand Carrel, qui avait signé la pro-
tesution des journalistes et puissament contribué au renversement de
Charles X, fut chargé d'une mission dans l'Ouest de la France. C'étaîL
à vrai dire, une mission délicate et toute de confiance, que celle de visi-
ter cette Bretagne, restée si fidèle aux idées ro]ralistes et qui devait ccrt
foncièrement hostile au nouveau gouvernement. Carre! accomplit
consdencteusement son devoir et commença par le département de h
Loire*Inférieure; puis il passa dans le Morbihan, C'est de Vaimes qu'il
adressa, le 1 5 août i83o, un rapport à Casimir-Périer, chargé du minis-
tère de rinténeur. Ce document, dont l'original £ut partie de la col-
lection de M. B. Fillon, est des plus curieux par les détails qn'U
renferme sur les populations de l'Ouest, qui étaient alors, comme la-
jourd'hui, profondément divisées en libéraux et en royalistes, pleins
d*animosité les uns contre les autres. Carrel montre un grand e^t
de modération et, tout en laissant voir ses préférences, il conseille une
politique d'apaisement et insiste sur la nécessité de traiter avec beaucoup
de ménagement les prêtres de l'Ouest, qui ne sont pas aussi fanatiques
qu'on croit et qui se conduiront bien, s'ils sont assurés des bonnes dis-
positions ou au moins de l'indifférence du gouvernement à leur égud.
A monsieur le commissaire provisoirement chargé du
Ministère de Tintérieur.
Vannes, le i5 août i83o.
Monsieur le commissaire,
Ma tournée dans le département de la Loire-Inférieure est
achevée. J'ai laissé ce département dans le provisoire comme
il y était quand j'y arrivai. En l'absence du nouveau préfet.
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ARMAND CARREL 99
M. de S* Aignan, je n^ai pas été assisté par les autorités
comme j'aurais pu Têtre. Les anciens fonctionnaires m'ont
généralement pris pour un homme qui venait préparer leur
destitution et j'ai souvent été traversé, bien loin d'être aidé
par eux dans les démarches qui devaient m'instruire de Tétat
du pays : cette crainte de leur part n'a rien d'étonnant et je
ne m'en plains pas. II était jusqu'à un certain point dans la
nature de la mission que je remplis de les inspirer. Je veux
seulement que vous sachiez que beaucoup de données m'ont
manqué. Au reste, tous les renseignements qui m'ont été
refusés, on a dû les adresser à M. de Saint-Aignan. Par une
voie ou par l'autre l'administration sera donc informée.
Comme j'ai eu l'honneur de vous le dire dans ma précé-
dente, l'autorité militaire est prépondérante dans le départe-
ment de la Loire-Inférieure et surtout à Nantes. Il en sera
ainsi tant que durera l'absence du préfet et cela est mauvais
parce que la lutte est finie et l'établissement régulier des
choses doit commencer. L'autorité civile, telle qu'elle était
constituée à Nantes à mon départ, était d'ailleurs assez
d'accord avec l'autorité militaire et le négoce nantais sur les
mesures à suivre, c'est-à-dire sur la convenance et la haute
habileté qui peuvent être à ne rien faire du tout, faire en sorte
que le peuple n'entende parler de rien, ne sache que tard
ou incomplètement ce qui se passe, n'entende rien aux ques-
tions-, voilà le chef-d'œuvre de la politique aux yeux de tout
ce monde. Ce sont les traditions de l'Empire et du gouverne-
ment de la Restauration qui passent au service de l'ordre
de choses actuel. On se fait un monstre du peuple Breton.
On croit que le seul moyen d'obtenir sa tranquillité, c'est de
le tromper ou de le laisser dans l'ignorance, comme cela s'est
pratiqué depuis trente ans. L'esprit négociant étroit, dur,
égoïste, est généralement ami de ces moyens de gouverne-
ment; reste à savoir si c'est par eux qu^on voudra consolider .
la Révolution de i83o,
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lOO KEVCE DES DOCDMENTS HISTOItfQOES
J'aurais désiré que les quatre ou dnq grandes inâoenoes
du chef-lieu s'entendissent pour adresser à la popuiatioa des
campagnes une proclamation expliquant simpleaicnt ks
événements de Paris et rassurant leur esprit sur le retour de
couleurs qui nécessairement rappellent dans ce pays de mau-
vais tems. Il n'y a eu qu'une voix contre ma proposition. Oc
a trouvé que dire aux paysans : n'ayez pas peur du drapeau
tricolore, ce serait leur dire : armez-vous contre lui; que rap-
peler la première révolution et le régime impérial pour £aire
sentir la différence des hommes et des temps, ce serait réveilla-
la Vendée et la chouannerie, comme s'il suffisait de nooimer
ces époques pour exaspérer la population; qu'enfia, dire que
la religion catholique a été proclamée le culte de la majorité
des Français ce serait annoncer de nouvelles persécutions
contre elle. Les hommes de l'Empire et ceux de la Restaura*
tion éprouvent une difficulté égale à comprendre le bien qu'on
peut faire avec la presse. On leur dit en vain que le système
qui vient de triompher par la Presse doit gouverner aujour-
d'hui par la Presse; que la Presse bien maniée suffit pour
lutter ici contre l'influence des prêtres; qu'il est facile de pré-
voir ce que diront les Prêtres et quelques nobles influents
pour nuire à l'ordre de choses actuel et qu'à tout on peut
répondre par de bonnes et sages instructions tirées à grand
nombre, répandues et affichées partout. On vous répond
gravement que les affiches ameutent le monde, Tinquiètent,
le font causer, et que cela est dangereux. Ne pas faire causer,
c'est là le mot d'ordre de nos gens prétendus prudents; faire
une révolution à la sourdine et gouverner sans bruit pour
que le peuple ne s'inquiète pas, voilà ce que j^entends recom-
mander partout. Il faut, je crois, sinon d'autres hommes, au
moins une impulsion fort différente de celle qu'ont reçue les
fonaionnaires des précédents gouvernements.
Ce que l'autorité ne veut pas faire ici, l'industrie, les spécu-
lations privées le font. On imprime à Nantes de petites feuilles
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ARMAND CARREL lOI
résumant les nouvelles de Paris et que des colporteurs vont
répandre dans les campagnes en y gagnant beaucoup d'argent.
L'autre jour, comme j'entrais dans le bourg de Coiron sur la
Loire, un de ceux qui se sont montrés les plus remuants
dans l'arrondissement de Savenay, je vis un de ces colpor-
teurs apporter ses feuilles; les paysans les lui arrachaient, leur
- argent à la main. J'ai vu la même chose au petit bourg de
Nore, dans l'arrondissement de Châteaubriant. Le petit nom-
bre de pièces officielles que j'ai vues affichées dans les villages
non seulement étaient lues, mais respectées. Peut-être dans
toute cette population qu'on peint comme si formidable à
Tordre de choses actuel, n'y a-t-il pas une seule de ces affiches
déchirées. J'ai parcouru à pied et à cheval les arrondissements
de Paînibeuf, de Savenay, de Châteaubriant. J'ai causç av£C
I z •* • • •
des gens de toute classe; les bourgeois partout comprcilàîwif'
que la Révolution de Paris était un grand avantagcpoyirjeujjir
Les paysans n'avaient qu'un mot, c'est qu'ils voulaient rester
en paix et que c'était assez d'avoir fait deux fois la guerre.
J'ai vu des villages tout entiers qu'on désignait comme
libéraux^ les paysans paraissaient avoir une grande animosité
contre d'autres villages leurs voisins et qu'ils disaient entière-
ment royalistes. Presque tous les villages riverains de la Loire
ou des affluents sont dans le premier cas. Ils ont arboré les
couleurs aussitôt que Nantes. J'entendais les habitants dire :
« Les Chouans ont leurs armes qu'on leur a laissées depuis
» quinze ans; nous, nous n'en avons pas; mais si nous en
» avions nous n'aurions pas besoin qu'on vienne à notre
» secours ; nous mettrions les Chouans à la raison. » Par tout
ce que j'ai vu, je ne crois pas exagérer en disant que dans le
département de la Loire-Inférieure la population est mi-partie
de gens attachés aux idées, aux habitudes de l'ancien régime,
et de gens plus industrieux, plus à portée des villes ou des
grandes communications et qui sont arrivés au degré de
civilisation que supposent nos institutions. Il m'a semblé que
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lOl REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
les uns et les autres étaient également flattés de Fidée qai
Tavenir ils pourraient nommer leurs maires et conseiikT^
municipaux. Chacun profitera, suivant son opinion^ de octe
liberté nouvelle. J ai trouvé aussi que les pa^^sans plus avancés,
hommes et femmes, n'étaient guère moins attachés à leon
prêtres que les plus arriérés. Il faut traiter avec beaucoup de
ménagement les prêtres de TOuest. Ils ne sont pas aus» fana-
tiques qu'on le croit. Id, ils ont de véritables ouailles; loir
ministère plait et plaira longtemps encore à la populat}<».
Pour peu qu'ils soient assurés des bonnes dispo^doos ou
seulement de l'indiflFérence du gouvernement à leur ^anL
ils se conduiront bien. Les prêtres sont intrigants et méehtnis
par nécessité, là où ils pensent que leur existence n'a plus de
xacÎQçsrdans les idées de la population. J'ai été fort heureux
* de'ptofuvoir assurer partout aux pieux Bretons que leurs prè-
' itfeaf 9èràiçnt toujours payés par TÉtat. Dans le boui]g de Is
Mieillerare, arrondissement de Chfiteaubriant, j'ai entendu un
curé prêcher ses paroissiens tout à fait dans le sens des der-
niers événements. Cela est d'autant plus remarquable qu'il y
a dans les environs un couvent de Trapistes très influent
Au sujet de ce couvent, j'ai entendu avec plaisir plusieurs
paysans faire la remarque que les bons religieux attiraient à
eux toute l'industrie du pays environnant. Ils fabriquent de
grossières étoffes, des meubles, des ustensiles de tcxites sortes
qu'ils vendent fort bien; ils cultivent une grande étendue de
terrain et fournissent de fruits et de légumes les marchés de
plusieurs villages. Les paysans sentent qu'il vaudrait mieux
que ces bénéfices fussent faits par eux que par des
moines.
L'ex-Roi aussi bien que son fils se sont faits le plus grand
tort aux yeux de leurs partisans par leur lâcheté. On est
brave avant tout en Bretagne et l'on ne conçoit pas que les
princes se soient laissés chasser de Paris, aient abdiqué au
bout de trois jours et aient demandé un sauf conduit quand
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ARMAND CARREL Io3
ils pouvaient se faire jour avec les troupes qui les accompa-
gnaient encore. Le résultat de cela est excellent. Cest que
Charles X et le duc d'Angoulên^e sont complètement dépopu-
larisés en Bretagne. On rougirait de lever l'étendard en faveur
de ces indignes fuyards. Les plus opposés au système actuel
ne peuvent se rattacher qu'au duc de Bordeaux, mais dans
quel avenir ? Un prince de lo ans n'est guère en état de sou-
lever la Bretagne. Les anciens chefs, ceux qui raisonnent,
avouent que cette idée les tue et qu'ils ne voient absolument
rien à faire.
Tous ces renseignements, je les tiens de la population
même et non des autorités. Je les ai recueillis dans deux
villages où l'on me montrait les maisons, les églises, les cou-
vents brûlés dans lai dernière guerre et dont les ruines n'ont
pas été relevées. Partout on ajoutait, nous voulons la paix,
qu'on nous laisse seulement tranquilles. Quant aux autorités,
)'ai tiré peu d'elles. Les anciens fonctionnaires en général ont
intérêt à peindre comme formidable le pays qu'ils adminis-
traient. C'est une manière de dire qu'eux seuls peuvent
modérer l'esprit des habitants et qu'il faut les laisser en place.
Mais il y a fort peu de localités où l'on tienne réellement aux
anciens fonctionnaires. Les hommes du système qui vient de
tomber ont généralement manqué d'intégrité et le peuple s'en
est bien aperçu. On n'a rien fait pour le peuple; on l'a laissé
dans sa nf^isère pour qu'il fut ignorant et dans l'ignorance
pour qu'il fut docile. Plus d'un paysan m'a dit, en me mon-
trant des cicatrices de l'ancienne guerre. « On nous avait
» promis que nous serions exempts d'impôt, qu'on nous
» placerait et qu'on élèverait nos enfants, que tout serait
» pour rien et que nous serions heureux : on ne nous a pas
» tenu parole. Jamais nous n'avons tant payé d'impôts, et les
» droits sur le sel, le tabac, les boissons ont encore augmenté
»> depuis Bonaparte. »
Si l'on travaille activement au bien matériel du peuple
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I04 UVUE DES DOCUMENTS HISTORIQDES
Breton on raffeaionnera i tout jamais au nouTd ordre de
choses et tous les éléments de prospérité y sont.
Depuis que j'ai visité les divers arrondissements de b
Loire Inférieure, plusieurs des premiers fonctionnaires om
dû être remplacés. Les sous-préfets de Paimbeuf et de Cbâ-
teaubriant m'ont paru se condamner eux-mêmes. Le premia-
est un homme d'esprit qui connaît fort l»en le pays et qui, je
dois le dire, m'a fourni des renseignements vrais. J'ai regret
qu'il se soit compromis sous la dernière adminbtratioa de
manière à ne pouvoir plus servir. Celui de Châteaulxiant,
M. de Boispéan, est un royaliste aussi aveugle que loyal;
comme il est fort riche, il n'a pas eu besoin de pressurer le
pays, et les hommes de toute opinion Testiment. Celui d'An-
cenis m'a dit qu'il servirait volontiers encore. Je crois dans
tous les cas qu'on ne peut se dispenser de lui demander un
rapport sur la conduite qu'il a tenue quand le général De^-
nois vint faire sonner le tocsin à Ancenis et voulut soulever
le pays.
Le jeune sous-préfet de Savenay doit avoir ses notes au
ministère; je ne puis rien dire de lui, sinon qu'il paraît fort
intelligent. Quant à la Préfecture, elle a tout à fait besoin
suivant moi de la présence de M. de Saint- Aignan. Ce n'est
pas que le département dans son ensemble puisse causer
quelque crainte. Mais ce n'est pas tout que la tranquillité
d'un département aussi beau, aussi important par sa situa-
tion ; il faut encore que dès le début il soit jeté franchement
et par une main sure dans la bonne route. Monsieur de
Saint-Aignan me paraît donc ne pouvoir être remplacé
dans ce premier moment par personne.
Il se présente relativement aux anciennes pensions ven-
déennes une question assez délicate. Le gouvernement actuel
reconnaîtra-t-il tous les services rendus à l'ancienne famille?
A Paris et au milieu d'une atmosphère toute libérale la néga-
tive peut paraître presqu'obligée. Ici, je ne serais pas de cet
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ARMAND CARREL I05
avis. Il conviendrait peut-être que le gouvernement se fit
adresser au plutôt un rapport sur les titres de chacun des
pensionnaires. Les Vendéens des premières guerres sont des
vieillards, presque tous honnêtes et dont la mort enlève quel-
qu'un tous les jours; ceux-là ne sauraient être bien à charge
et il y aurait de la dureté à leur enlever de petites pensions
de 5o, de 80, de 100 fr. qui leur aident doucement à mourir.
Quant à ceux dont les titres datent de 1 81 5, il y aurait plus
d'une radiation à faire. Il n'y a eu guère que d'assez mauvais
sujets qui aient pris parti dans la dernière Vendée et il y en
a eu de recompensés pour de véritables assassinats et des vols
à faire pendre. Ceux là pourraient être dépossédés sans que
leurs voisins, qui les connaissent pour ce qu'ils sont, en mur-
murassent. Il y a certainement une distinction à faire et je
crois qu'une enquête confiée à des hommes surs mettrait le
gouvernement à même de trancher cette difficulté à la satis-
faction du plus grand nombre.
J'ai été étranger à tous les mouvements administratifs du
chef lieu de la Loire Inférieure; je n'en puis donc parler.
Mes observations se sont bornées au pays, aux habitants, et
je suis loin de donner ici tous les détails que j'ai pu recueillir.
Ils sont rassurants. J'ai quitté la Loire Inférieure et je suis
maintenant dans le Morbihan, c'est-à-dire que je suis passé
d'un centre d'inertie à un centre d'activité. Le nouveau préfet
du Morbihan, M. Lorois, est arrivé en même tems que moi.
J'attends beaucoup de son zèle et de la grande connaissance
qu'il a du pays. Je trouve en lui, ainsi que dans le brave et
excellent général Fabre, autant d'empressement à m'informer
que j'en ai peu trouvé dans le département de la Loire Infé-
rieure. Cela tient peut-être à ce que j'ai été annoncé par le
ministère dans le Morbihan, tandis que dans la Loire Infé-
rieure j'ai manqué de cette recommandation. Suspect aux
autorités, je n'ai pas pu être aussi utile dans ce département
que je l'aurais été, mieux adressé ou plus connu. Tous mes
TOME V. 14
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I06 REVUE DES DOCUMENTS HISTOftIQUES
efforts pour foire concevoir que le ministère avait voric
s'écUirer par mes yeux et non pas gêner dans leors tftrS»-
tions les imictionnairesi ont été inutiles, et le préfet fnr
intérim a du même vous écrire que par sa noimnaiioD c
Fétat tranquille du département, ma mission iUxit âtvaat
tans objet; je n'en ai pas jugé ainsi et }e continue mec
voyage,
J'ai déjà assez vu le Morbihan pour avoir une idée des
différences qui peuvent exister entre ce département et cdui
de la Haute Loire. La présence du général Fabre y vaut ptos
que je ne saurais dire. Je vais partir pour les arrondissemenis.
Je passe par Auray, séjour des Cadoudal, et jt saurai sUs
sont partis suivant les ordres du gouvernement.
C<i ^ ^ ■» J»l • 6^^ éi<^^^ ^ÀLè^^'
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ACADÉMIE DE PEINTURE
Lettre au surintendant des Bâtiments du Roi signée par Gazes, direc-
teur de TAcadémie de peinture, Nicolas Cpustou, chancelier, et Res-
tout, Natoire, G)ypel, J. Du Mont, Leroy, Le Clerc et Lépicié, profes-
seurs, pour lui représenter Tétroitesse de Tescalier de TAcadémie et lui
indiquer les moyens de remédier à ce grave inconvénient.
Monseigneur,
L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture qui a eue
rhonneur de vous faire ses très humbles représentations au
sujet de son escalier aussi étroit que dangereux, prend la
liberté de vous observer qu'il seroit aisé d'y remédier sans
occasionner la moindre dépense à sa Majesté. Les deux pièces
où vous eûtes la bonté de vous faire conduire lorsque Votre
Grandeur fit la distribution des prix, servent de logement à
un balayeur, et appartenoient cy-devant à l'Académie. Elles
ne sont séparées de sa salle d'Assemblée que par une cloison;
en lui remettant ces deux pièces, Elle s'ouvriroit un passage
dans le salon, et jouiroit du grand escalier dont on ne feroit
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io8 KEvœ Des documekts histomques
usage que pour les Assemblées et pour le Public k jour à i
saint Louis, lequel }om la foule est si tumultueuse poorrr
Pexposition des Prix, qu'il est amyé plusieurs fois, que éc
particuliers ont été blessés, et des dames insultées en descc-
dant ou montant ledit escalier.
Ces raisons, Monseigneur, nous font e^>éFer que tocs
voudrés bien nous favoriser de votre puissante protectioac
donnant vos ordres pour l'exécution de notre demande.
Nous sommes avec un très profond respea
Monseigneur
Vos très humbles et très obéissans serviteurs
GucES. — CoDSTOU. — Restoct. — Natoœe.
— CoTPEL. — J. De Mont. — Loot. —
Le Clerc. — Lépicié, secrétaire.
A TAcadémie, ce 27 février 1745.
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ETIENNE BALUZE
Lettre du savant Etienne Baluze à Colbert, dont il était le bibliothé-
caire. On avait saisi à Nantes des livres contrefaits et on les avait dé-
posés dans la bibliothèque de Colbert. Baluze, ne sachant que faire de
ces livres, consulta le lieutenant de police La Reynie, qui l'engagea à re-
mettre les volumes au syndic des libraires. Baluze rendit compte à Colbert
de l'opinion de M. de La Reynie et demanda Pautorisation de conserver
pour la bibliothèque du ministre un exemplaire de chaque ouvrage (i).
A Paris, le 4 mars 1681.
En exécutant le commandement de Monseigneur, je vis
hyer M. de la Reynie, que je n'avois pas peu trouver chez
luy les jours précédens, pour luy demander, suivant Tinten-
tion de Monseigneur, quelle conduite il falloit tenir pour les
livres confisquez à Nantes qui ont esté portez dans la biblio-
thèque de Monseigneur. Il me dit que l'usage estoit de mettre
ces sortes de livres confisquez entre les mains du S3mdic des
(1) Ayant acquis cette lettre de Baluze, je Tai remise à M. Léopold Dellsle qui l'a r^iq-
tégrée dans le fonds Colbert» d'où elle venait tralsçqiblablement
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I lO ItEVUE DES DOCUMENTS HlSlOtiQCES
libraires, qui rend ceux qui sont contre£ùts i ceux au pré-
judice desquels ils ont esté contrefiaits, et les autres demeureK
au proât de la chambre des libraires, pour fournir aux des-
penses de leur communauté, qu'il £alloitque, si MooseigDear
le trouvoit bon, j'envoyasse quérir le syndic et luy renûsst
ces livres. Je supplie très humblement Monseigneur de me
marquer ce qu'il veut que je fasse sur ce suject.
Monseigneur m'ayant £ut llionneur de me dire qu'il escn<>
roit à M. de Marie touchant la personne de mon frère, je
prends la liberté de luy envoyer encore le mémoire cj )cisa
pour servir en cas que le premi^que j'ay eu Humeur de lay
donner se trouvât égaré.
E. Baluze.
Au cas que Monseigneur m'ordonne de remettre ces livres,
j'en retiendray un exemplaire de chascun pour sa bU>lk>-
thèque.
En marge de la première question, Golbert a écrit ces mots :
Il faut exécuter ce que M. de la Reynie vous a dit
Il a mu km en marge du post-tcriptum.
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LOUIS-ANTOINE DE PARDAILLAN DE GONDRIN
DUC D»ANTIN
REPARATIONS DES CHATEAUX DE VERSAILLES ET DE MARLY
Le duc d'Antîn, fils lé^time de la marquise de Montespas, ce modèle
légendaire du courtisan, d'abord peu en faveur auprès de Louis XIV,
parvint, après la mort de sa mère, à entrer dans les bonnes grâces du
souverain. Il remplaça, en 1708, comme directeur général des bâti-
ments, Mansart, décédé le 1 1 mai. Cest en cette qualité qu'il adressa,
le 3 et le 8 juillet 1708, au Roi les deux rapports suivants, qui donnent
d'intéressants détails sur les réparations qu'on faisait alors aux châteaux
de Versailles et de Marly. Les réf>onses autographes de Louis XIV sont
en marge.
A Fontainebleau,
le 5™' juillet 1708.
Il faut retrancher le Sire
de vos lettres (1).
Bon.
Sire, je commencerai par
rendre compte à votre Ma-
jesté des papiers du sieur
Gabriel, contrôleur de vos
bâtimens (2). Quand on leva
le selé je les remis au sieur
Marchant, homme de bien,
pour en faire l'extrait pandant
(0 Cette observation me fait penser que
c« rapport est peut-être le premier que le
duc d'Aniin ait adressé à l-ouis XIV.
(3) Jacques Gabriel^ né en 1667, archi-
tecte du Roi, puis inspecteur-général des
bâtiments, jardins, arts et manuûictures,
mourut en 1742.
Digitized by
Godgle
lit
lETIX DB DOCUMEHTS HISTORIQCES
Je ne doutte pas que ce
qu*il faut réparer ne soit
achevé quelque temps devant
mon arrivée.
Bon.
J'en suis fort aise.
Bon.
mon absance. Je les ay exa-
minCi et n'y ayant trouvé
aucune preuve ny indice de
prévarication, je les ay remis
au dit sieur de Gabriel pour
pouvoir continuer Texercicc
de sa charge.
J ay visité toutes les répa-
rations du château.
Le grand salon de dessus
la commédie sera dans la
perfexion vers le 25 du mois.
Ily a fallu plus de réparation
que Ton n'avoit cru^ une
poutre de dessous Tappar-
tement de M' de Bouillon
s'étant trouvée rompue.
Le cabinet des bijous sera
fini dans la semaine; ii est
très bien réparé.
On travaille sans relâche à
la chapelle et au grand salon
qui est devant la tribune.
Je ne me suis point con-
tante du raport du skur
Lamber et de tous ses cfaar-
pantiers; j'ay feit découvrir
les poutres du bout de la
gallerie du cÊté du grand ap-
partement ; elles sont bonnes
et saines, à la réserve de
celle qui forme Takove de
M. le Comte, qui a bessc
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LOUIS-ANTOINE DE PARDAILLAN DE GONDRIN
Il3
Bon.
Bon.
Vous pouriés oster le ré-
servoir, si le parterre va
d'ailleurs.
Bon.
Bon.
pour être trop foible. On la
va changer.
J 'ay été à Trianon pour voir
le second bureau de Boul (3) ;
il est aussy beau que l'autre et
siet à merveille à cette cham-
bre ; le petit jardin est d'une
beauté et d'un parfum extra-
ordinaire.
J'ay été à la ménagerie; la
porcion du balcon, que l'on
refait, sera achevée cette se-
maine.
La pompe qui foumissoit
autres fois le petit réservoir,
qui faisoit aller le parterre et
la G)ur, est innutile depuis
longtemps, et le bâtiment en
tombe. J'attens les ordres de
votre Majesté pour le faire
défaire. On en tirera du
cuivre et du plom.
En venant icy j'ay passé
à Paris pour voir chez Guil-
lemar les deux commodes,
qu'il fait pour la chambre de
votre Majesté à Marly ; il n'y
a plus que les tiroirs à faire ;
elles coutront Siofr. la pièce.
Je vais continuer la visite
de tous les anvirons de Ver-
TOME V.
(3) André-Charles 1«' Boulle, ébéniste du
Roi, le plus célèbre des artistes de ce nom»
né vers 1642, mort le a8 février 1733.
i5
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"4
J'en suis persuadé-
REVUE DES DOOmENTS HISTORIQCES
sailles et m'dSorcer de nar-
quer à votre Majesté le m-
cère désir que ) ay de U
servir et de luy donner des
preuvesd'unc reconnaissance
que diffidllement je pourrœ
exprimer.
A Versailles, le 3 de juillet 1708.
Ce lundy.
Ne mettes plus Sire, à la
teste de vos lettres. Je vous
Tay desjà mandé.
Je suis bien persuadé de
vostre joie sur la première
nouvelle de Gand. La prise
de la citadelle et celles de
Bruges vous en donneront
une plus parfaine.
Sire, je supplie votre Ma-
jesté de me permettre d'in-
terrompre un moment k
compte que j'ay à lui randrc
de mon employ, pour luy
faire mes très humbles com-
plimens sur Theureuse nou-
velle que j'appris hier en ar-
rivent de la prise de Gand (i).
G>mme je connois la consé-
quance de cette place, par
le haut et le bas des rivières,
j'en ay une joie bien sandble.
II seroit à souhaiter que les
affaires du roy d'Espagne luy
permissent de soulager cette
(I) Cette ville avait été prise, le 5 jailkt.
ptr le doc de Bourgogne.
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LOUIS-ANTOINE DE PARDAILLAN DE GONDRIN Il5
ville de toutes sortes d'im-
pôts, pour le présent. La fa-
cillité ou la très grande diffi-
culté de sa garde dépandent
de Paffexion des bourgeois
dans ce temps-cy.
Bon. Avant de partir de Ver-
sailles, j'ay vu les deux brè-
ches du grand escallier ra-
commodées , et Vernansal (2)
commencera lundy à pindre;
cette réparation et toutes les
autres générallement seront
finies le 20.
Je fus ansuite visiter les
Bon. pépinières de Gally, du Me-
risier et de Bally que je trouvé
Ce naist pas mon affaire. en très bon état. Je fus aussy
à Pontally, qui n'est pas de
même.
Je me rendis de là à Marly,
sur la nouvelle que j'avois
eu la veille au soir d'une
grosse poutre cassée au garde
Bon. meuble du commun n^ 49.
M. de Cotte (3) avoit pris les
devans avec Ober, charpan-
tier, pour voir ce qu'il y avoit
à faire. Elle sera remise la
(2) Guy-Louis l» Vernansal, peintre du
Roi, né en i639, mort en 1729.
(3) Robert de Cotte, architecte du Roi,
intendant et ordonnateur-général des bâti-
mento, jardins, arts et manufactures, né
en i656, mort le 14 joillet 1735.
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1 16 REVUE DES DOCtnCENTS mSTOIK^TES
semaine qui vient avec oae
col<Hine au milico^, à cansede
sa grande pc^tée et de »
grande diarge ; comme et
n'est qu'un garde meabfe,
cela ne duxiuera en rien.
B<m. Je fus ensuite à la ma-
diine, et )e commencé par k
r^ard du îongleor. Je ne s<n
point d'admiration de taot œ
que je vois; les bontez de votre
majesté pour moi me font
paroitre toutes vos magnîfi-
cances comme si je ne les
avois jamais vues ; et k soin
et Tordre, que je trouve par
tout, mérite toute sorte de
louange.
Pour me délasser du beau
je passai à Madrid ; c'est une
franche retraite i hyboux,
et tout à faut abandonné.
J'y trouvé M. le cardinal
de Janson (4) ; il est en fon
bonne santé, quoyque qu'il se
plaigne du sommeil.
Bon. Je fus de là à la savon-
nerie. Cette belle manufac-
ture est sur k point àt sa
chute; je fairai dez ce matin
ce qu'il faut pour la soutenir,
(4) ToBMtiiit dt Fortin, cardim] de
Janson, triqat de Betarait, grand anaS-
nicr d€ France, né Ter* id3o, mort k
H mars 1713.
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LOUIS-ANTOINE DE PÂRDAILLAN DE GONDRIN
117
Bon.
Bon.
Bon.
suivant l'état que votre Ma-
jesté a réglé.
Je finis ma journée par la
pépinière du Roule. Morlet
est un homme fort antandu ;
tout ce qui dépent de lui est
en fort bon ordre. Nous ver-
rons ensemble ce que Ton
pourra faire pour en diminuer
la dépance, les faux frais en
étant trop considérables.
J'oubliois de dire à votre
Majesté que les lieux à Marly,
dont j'ay eu Thonneur de lui
parler dans ma dernière lettre
et que Ton m'avoit pro-
posé comme un ouvrage de
200 francs, auroient monté à
plus de mille ; ainsi on ne les
faira pas. On redoublera les
soins pour éviter les malpro-
prêtez.
Je vais travailler tout de
suite à tout ce qui regarde le
département de Paris, dont
j'aurai l'honneur de vous
randre compte samedy ou
dimanche.
A Paris, le 8 de juillet 1708.
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MADAME DE STAËL
A U première nouvelle des massacres de septembre, Madame de Ssaêl
quina la France (i) et te réfugia à Coppet, près de son père, I>e là elle
fit les plus grands efforts pour sauver ses amis et leur procurer un asile
sûr. Elle s'intéressait surtout à l'évéque d'Autim, Talleyrand» alors en
Angleterre, où il était sous le coup d'une expulsion presque immédiate.
Elle conçut le projet de faire venir Talleyrand auprès d'elle, en Suisse^
mais, auparavant, elle voulut savoir si le gouvernement helvéck]ue y
consentirait. C'est ce qu'elle demanda à une dame dans la lettre sui-
vante, datée de Nyon, le 25 novembre 1793.
Ce 25 9»«, Nion.
Que vous êtes bonne, Madame, et que j'aime cet ensemble
de carartère qui élève au même degré l'esprit et le cœur. Je
ne sais que par vous qu'il m'est permis d'espérer la liberté
î- des malheureux prisonniers; c'est par vous seulement que
je saurai leur délivrance et , depuis que vous vous y inté-
ressez, sans me raisonner, j'y crois plus. Je vais vous con-
(1) Le a teptembre 1793, dans U soirée, le ministre des afiûres ârangèrcs. Le Bnn,
trtntmh à KUnad, procureur de U Commane, un billet de rambMsadhce de Saède,
demandant qae son départ fût proté^ Madame de StaCL, arrêtée an rnooent oè elle
sortait de Paris, fat traduite à la barre da conseil de la Commone, et obtint an pniafport
« TU son état de grossesse ». (Cf. Catalogue d'une importsmie collectnm de DooBmemts
oMiûgrapktt et historiques sur la Révolution française, publié par mon père en 1S62,
p. 45.)
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MADAME DE STAËL I ig
sulter sur un point délicat et secret. J'ai un ami, i'év. d'Au-
tun, qui ne seroit pas bien vu dans le canton de Bernes. Si
je m'établissois dans la principauté de Neufchatel pourrois-
je le recevoir chez moi sans compromettre sa sûreté d'aucune
manière. Je désire extrêmement de donner asyle chez moi
à Tun de mes meilleurs amis, mais ma fierté pour lui m'a
détournée jusques à présent de le laisser venir ici, et c'est
un des motifs qui, malgré mille autres considérations, me
fait p>enser au voyage d'Angleterre. Je voudrois bien que
votre réponse fut favorable, mais, dans tous les cas, je vous
demande le secret. Vous avez bien raison, Madame, de re-
gretter Monsieur Bailly (i). Il étoit un des plus honnêtes hom-
mes de France, mais si vous aviez connu M*" de la Fayette,
vous ne l'approuveriez pas aussi constament; mais sa destinée
vous remueroit davantage. Il a été plus loin en tout sens.
Quel sort cependant est réservé aux premiers amis de la li-
berté en France. En relation presque avec tous, chaque jour
j'éprouve une nouvelle peine et le mot de Brutus revient
souvent à ma pensée. Adieu. Si nos deux solitudes étoient
rapprochées. Madame, il 'me semble que j'apprendrois à
goûter la mienne et souvent à m'en enorgueillir.
Cette démarche fut sans résultat, et Talleyrand s'embarqua pour les
États-Unis le 3 février 1794. Après un an de séjour à Philadelphie, il
revint en Europe, demanda au gouvernement français la révocation de
la sentence de bannissement portée contre lui, et demeura, en atten-
dant, à Hambourg, puis à Amsterdam. Madame de Staël ne restait pas
inactive; à force d'instances elle obtint que la Convention, sur la pro-
position de Chonier, rayât Talleyrand de la liste des émigrés, le 4 sep-
tembre 1795. Celui-ci, après avoir rempli une mission secrète auprès
du gouvernement prussien, revint à Paris au mois de mars 1796.
Pendant ce temps Madame de Staôl, toujours retirée à Coppet, publia
son livre ; De V influence des passions sur le bonheur des individus et
des nations. Elle correspondait activement avec ses amis. Un d'eux,
(i) Bailly avait été décapité le 10 novembre 1793.
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I30 lEVUB DES DOCOMEinS mSTORrQUBS
Alexandre de Lanetl^ décrété d'aocosatk» avec Liftyctte^STUt^
avec lui et avait subi une captirité de trois années en Anmcfae. Mb
en liberté, il s'était retiré 2 Londres, en décembre 179S, mnis avait été
expulsé par Pitt. Il vint alors à Hambourg, d'où il donna de aes nou-
velles 2 Madame de Stati. Celle-ci lui répondit, de Coppec, le 24 no-
vembre 1 796, une lettre, qui témoigne d'une vive et ancienne tendresse
pour Alexandre de Ijmerh, mais qui est surtout importante par
les idées politiques qu'elle renferme. Madame de Staâ se proooooe
d'une £ifon absolue pour le gouvernement républicain et contre le prin-
cipe de l'hérédité.
Ce document, où Madame de Staél exprime ses opinions avec tam
de netteté et d*énergie, m'a été gracieusement communiqué par mon
ami M. Alired Bovet.
C, ce 24 novembre.
Pourquoi, mon cher Alexandre, pourquoi ne nous sœnmes*
nous pas toujours aimés; il me semble que tout auroit été
mieux. Je suis bien sûre, du moins, que naon âme dévouée,
incapable de se détacher la première, enthousiaste de Fespoîr
de réunir les premiers et les derniers jours de la vie sous l'em-
pire d'un même sentiment, je suis sûre que ce caraaère vous
auroit mieux convenu à la longue que votre succession
d'amies. Ce passé et tous les passés sont Tobjet étemel de la
plus douloureuse méditation: N'est-il donc pas possible que
cette vie serve à une autre et tant de réflexions cruelles ne
produiront-elles qu'une stérile douleur? Ce qui est vrai, du
moins, c'est que le souvenir a plus d'action sur moi que sur
personne. Après huit années, votre lettre, votre écriture ont
réveillé des traces que ces longs siècles de révoluticms
n'avoient point encore effacées. J'ai fait venir Théodore (i);
je lui ai confié ce qui m'étoit persoimel; j'ai cherché votre
frère, j'ai voulu consulter votre firère, c'est votre frère à qui
j'ai demandé de me servir; c'est vous que je remercie.
Vous me questionnez sur ma position en France; je crois
que je la braverai, mais elle est très mauvaise. On m'y accuse
(I) Théodore, comt« de Ltmetli, frère d'Alextodre, était akrt réfugié en Saitse.
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MADAME DE STAËL 121
de correspondance avec les émigrés, et, quoique je sois très
sincèrement d^avis de la République, cela ne suffit pas à ceux
qui veulent qu^on appartienne plus aux hommes qu'aux cho6^,
et, dans cette affidre, ce sont les choses et point du tout les
honunes que j'aime. Nous serions donc bien aisément d'ac-
cord, si j'étois assez heureuse pour vous voir. Je me réunis
bien à vous dans le grand principe de la propriété, mais
je ne sais pas si les deux degrés d^élection ne donnent pas le
même résultat que la condition de propriété. Cest une ques-
tion à examiner. S'il étoit vrai qu'un mode d'élire, qui ne
fit pas une classe à part des propriétaires, les amennat tou-
jours dans les places, ne seroit-il pas plus adroit d'avoir tout
combiné de manière qu'on choisit habituellement des proprié-
taires sans avoir prononcé à l'avance qu'on ne choisiroit
jamais qu'eux. Cest un problème politique qu'il faut analyser;
mais certainement le but est incontestable. Le gouv. ne peut
aller que par l'aristocratie des meilleurs; mais, ce qui m'at-
tache à la const^itution actuelle, c'est la répugnance que j'aurois
au rétablissement de l'hérédité, sous quelque forme que ce
soit. J'étois contré sa destruction, par ce que rien ne peut
valoir les maux que nous avons soufferts; mais maintenant,
n'y auroit-il pas quelque chose de stupide à remettre le sort
à la place du choix, à rassembler des éléments de considéra-
tion tellement divisés, tellement épars, qu'on n'en peut plus
frapper l'imagination des hommes, enfin à recréer par le
raisonnement ce que d'autres veulent rétablir par fanatisme.
Et j'arrive, alors, à mes idées les plus vives, l'intérêt de mes
amis. Comment nous autres, premiers amis de la liberté,
désignés comme les auteurs de la première révolution,
comment pourrions-nous rester en équilibre entre la
République et la Monarchie de Condé. Comment nous flat-
ter jamais d'être plus forts que deux fanatismes, et n'est-il
pas plus raisonnable de se rallier à la République, de la di-
riger au lieu de s'y soumettre, d'enter sur elle la justice et
TOME V. i6
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133 REVUE DES DOCUMENTS HISTOUQUES
rhumanité^ d'être bien plus fondateur que ceux qui Foot
créée, de faire aimer ce qu'ils ont fait haïr. Je vois là une
belle place d'une autre manière; je vois un jour d'éclat et des
revers et de la duperie, et la liberté périssant dans vos maios
par la nécessité de se servir des aristocrates pour contenir
les républicains. Je vous demande encore d'y penser, oKm
cher Alexandre. Vous avez une tête et un caractère à part,
et votre décision dans cette belle question aura une grande
influence sur les honnêtes gens, et, par conséquent, sur U
France.
Quant à Taffaire des contumaces, je la crois indispensable.
Nouvellement encore, indépendament de l'exemple de M. de
Montesquiou (i) et de Tév. (2), auquel j^ai eu le bonheur de
contribuer, les administrateurs de Longwy ont été considérés
comme contumaces, et la question, agitée en général dans
l'ass., passera dans six mois. Je voudrois que les premier
qui adresseront une pétition ou viendront se livrer d'eux
mêmes, fussent très intéressants, et cependant moins marquants
que vous. Si ces malheureux Latour-Maubourg et Bureau
de Pusy (3) étoient libres, ils seroient excellents pour marchff
les premiers et faire décréter le principe. Penser à cela ; le
pis de tout seroit que la demande fut faite par Du Mourier
et C*. Je sais que vous avez tout tenté pour M. de La Fayette;
j'essaye de mon côté ce que je puis, qui est bien peu. Nos
amis en France ne Foublienr pas, et les puissances auront la
honte peut-être de se le laisser demander par la France. Mais
concevez-vous, ou plutôt qui peut mieux concevoir que vous,
<i) Anoe-Pierre, marquis de Montesqniou-FéteDiâc, décrété d'accusation le 9 ao^cm*
bre 179s, s'était réfugié dans la petite ville de Bremgartea, canton de Zurich, n avait
été, en 1795, rayé de la liste des émigrés.
(s) Il s'agit ici do Tévêque d*Antun. Ta1leyrand>Périgord^ que Madame de S<a£I iTait,
comme on Va vu plus haut, fait rayer de la liste des émigrés. La baronne devait bteotôi
contribuer à la fortune politique de cet homme d'État, en le désignant à Barrss pour rem-
plir le poste de ministre des affaires étrangères.
(3) La Tour-Maubourg et Bureaux de Puzy partageaient alors U captivité de La Fayette
dans la forteresse d'Olmutz. Ils ne furent mis en liberté qu'en 1797.
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MADAME DE STAËL 123
ce que doit soufirir ce malheureux homme. Quels longs jours
d^étemelles années. Ah I que de douleurs autour de nous et
sur nous. Je me persuade toujours que, si j'avois été M"*" de
Simiane, M. de La Fayette ne seroit pas là. Je crois à la toute
puissance de l'amour, maintenant que j'ai vingt-huit ans,
comme le premier jour où je vous ai vu. Il peut tout, ou se
conserver ou s'inspirer. Je vous plains bien d'être à Ham-
bourg, comme je me plains d'être en Suisse, et, toute femme
que je suis, j'aimerois mieux de bons dangers que cette vie là.
Avez-vous lu un livre de moi sur les passions, qui vous inté-
ressera, je crois, dans vos loisirs. Je l'ai envoyé à Laus.
chés Sirskind (?) pour le faire réimprimer. Ne savez- vous rien
d'Edouard Valkiers. Ricé n'a jamais voulu m'écrire ce
qu^étoit devenu ce malheureux homme , qui a rendu mille
services généreux à mes amis. Répondez-moi toujours ici,
soit que je me lance dans l'abime, soit que je reste sur cette
plage déserte. Si je vis, je recevrai votre lettre, et, si je vis
aussi, elle me fera du plaisir. Je vous le dis aujourd'hui qu'il
n'y a plus que la jouissance de le dire, j'ai eu pour vous le
plus véritable sentiment, et je m'en ressouviens dans mon
amitié présente. M. de St. est conservé amb. (i). Il n'a pas
encore l'oidre de retourner en France. Adieu, mon cher
Alexandre, parlez de moi à vos amis D. et M. Instruits par
l'expérience, nous abjurerons toutes les dissentions de société.
Si tout* est utile dans la nature, ne vous reviendra-t-il pas
quelque bien de tant de peines. Serons-nous un jour réunis.
L'année suivante, Madame de Staël revint en France, d'où bientôt
l'exila de nouveau Bonapjarte, qui redoutait son influence et n'ad-
mettait pas ses principes politiques. Alexandre de Lameth, au con-
traire, servit le régime nouveau. Peu après le i8 brumaire il entra
dans l'administration comme préfet des Basses-Alpes.
(i) Le baron de Staél, ton mari, ambassadeur de Suède en France.
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LOUISE-MARIE DE FRANCE
D<s dix enfants que Louis XV eut de sa femme, Marie f rcrimka,
le dernier fut une fille, Louise-Marie, née au château de Versailles le
1 5 juillet 1737. Elevée à Tabbaye de Fontevrault, vouée, pendant nnt
maladie grave, à la Sainte Vierge, elle rapporta, à la Cour, des senti-
ments dt piété et des pratiques religieases qui lui firent prendre en
dégoût les divertissements et les plaisirs du monde. D'aiUeors, la fiToor
scandaleuse de la Du Barry ne devait-elle pas inspirer i œne pieuse
princesse le désir de s'éloigner de cette société corrompue, où son père,
par ses indignes amours, donnait l'exemple d'une aénile débanche ?
Aussi, le 1 1 avril J770, Louise-Marie de France entra au couvent des
Carmélites de Saint-Denis; elle fut désormais samr Thérèse de SmM-
Augustin |i). Le 10 septembre suivant eut lieu la cérémonie de la
prise d'habit (a); le lendemain la nouvelle Carmélite devint maîtresse
des novices. Elle prononça ses vœux le i*' octobre 1771 (3). Le 27 00-
(0 Dit prit l« iKMi dt Tkérèm à castt et tt ditotioa à otcu «Oit», tl ctlii d« SéM-
AuguUin^ ptrot qnt U prieore t*éuit proposé de donner le nom dn topérienr di Coivcst,
Tabbé Aofnttin Bertin, à It première poemltnte qa il amènerait. {ÇL Vit de Madame ,
UmisfMarie de Frayée par l'abbé Pn>7«t.) Dès lor», elle tifna too^oart 9œm- Tkérète
dt Séimà'AMgmêtiUi anpararant tHe aifnaH Lomi$e'Métrie,
{t\ a. Di»eomr$ prtmoncé, U 10 septembre /770. dams réglise des religiemses Cârmè-
tues de Saimt'^Denù, pour U prise d'habit de Madame Lomise-^arie de Praace, par
messire Maitkias Ffmeet de La RiHète, ancien Mqne de Trojres; Paria, ia|ïr. de
S. Deaprci, 1770, in^— Ce diacoort {Bibl. mat., Ln« laçSS) porte rapprobatk» wi-
vanu, que je reproduit, parce qu'elle montre combien rentrée de cette fiUe de LouitXV
dans un couvent éuit considérée comme une espèce d'eipiation des scandales de la Coir :
« J*ai In par ordre de Monteigneor le Chancelier un Manutcrk, intHnM : Dwoeowpwr
la prise ^kabit de btadame Loma^^lAau sa FaAM». On ne pcat trop ^plaadir, et an
iuatas éloges dûs à l'héroïque démarcha de cette Auguste Princesse, et an zèk du PréUt,
qui s'empresse de les publier; iU doÎTent singulièrement Intéresser les vrai» Fidèles, dus
ces temps malheureux, où la Religion a encore plus besoin des grands exemples qui subjf
guent et qui sont rares, que d'écrits lamineux que Ton discute et qui abondent.
• A Paris, ce 18 septembre 1770.
« BotnLLsaoT, Curé de S. Gerv^is. •
(3) Cf. Discours prouoncé, le mardi f octobre 777/, en tégiise des Religieuses
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LOm^-MARIB DE FRANCE 125
vembre 1773 elle fut élue, à runanimité, prieure pour trois ans (i).
Louis XV vmait souvent visiter sa fille; il avait même alloué au cou-
vent une somme de vingt-quatre mille livres pour l'indemniser des
frais que ses visites pouvaient occasionner. La Carmélite essayait,
chaque fois, de ramener son père à la Religion et surtout de lui foire
renvoyer la Du Barry, si odieuse aux princesses (2). Mais l'impression
produite sur l'esprit du Roi par les remontrances de sa fille, aussi bien
que par les terribles sermons de Tabbé de Beauvais, était trop vite
effacée par les sourires enchanteurs et les caresses savantes de la belle
comtesse. Cependant, quand la petite vérole eut atteint le Roi (3) et que
la gravité du mal fut évidente, le comte de Provence fit prévenir
Madame Louise. Il chargea de ce soin l'abbé du Temey, confesseur de
la princesse (4) et lui écrivit, à cet effet, la lettre suivante (5) :
Carmélites de S. Denyt, pour la cérémonie de la prise du poile de profession de
Madame Louise^Marie de France^ par messire Armand de Roquelaure^ évêque de Senlis;
Paris, Lottin aîné, 1771^111-4.
(1) Cf. Vie de la révérende mère Térèse de Saint-Augustin^ Madame Louise de France^
fille de Louis XV^ religieuse carmélite du monastère de Saint^Denis de Taris, par une
religieuse de ia communauté rétablie à Paris en 1807 et tran^férét à Autun en i838;
Autan, 1857, 2 yol. in-13. — Cet ouvrage, qui résume et complète celui de Tabbé Proyart,
contient des documents nouveaux et rectificatifiB.
{3) Cf. La Du Barry par Edmond et Jules de Concourt ; Paris, Charpentier, 1878, in-i3,
p. 173 et SUIT.
(3) V. Revue des documents historiques, t. I, p. 1 52 et suiv.
<4) L'abbé Conrbon du Temey, confesseur de Madame Louise, était à la gauche de la
princesse lors de la prise d'habit. Uabbé Proyart a publié deux lettres de sœur Thérèse de
Saint-Augustin à lui adressées et relatives à cet abbé. En voici une autre i Amelot sur le
même personnage :
« J. M. ce 3i« mars 1780.
« Je vous remercie, Monsieur, de m'avoir répondu aussi promtemen^ que vous avez
fait au sujet de Tabbé du Terney, mais vous ne me répondez point sur les livres qui s'im-
priment. Ce seroit une grâce qui luy feroit bien plaisir et qu'il mérite par sa sience, ses
talents et ses traveaux, quoy qu'il n'ayes jamais voulu que son nom paroisse et, par consé-
quend, ce seroit un plaisir aussi que vous me feriez. Il a la plus belle bibliotèque du monde,
ce qui l'y rendroit encore plus sensible, et je suis persuadée du désir que vous avez de
n'obliger. Soyez-le aussi, je vous prie. Monsieur, de mes sentiments pour vous.
« Sr Thérèse de S^ Augustin, R. c. i. >•
• Monsieur, Monsieur Amelot, ministre et secrétaire d'état, à Versailles. »
L'abbé du Temey avait, en effet, une bdle bibliothèque, qui, après son décès, fut vendue
le 17 décembre 1 787. Il possédait un recueil de Prières à sainte Thérèse par Madame Louise,
qui fut acquis par Villenave et qui est actuellement entre mes mains. Je publierai pro-
chainement cet intéressant document.
(5) Le fac-sitïAllè que je publie montre que cette lettre du comte de Provence est d'une
écriture plus grosse que son écriture ordinaire. Quand le comte était pressé, il en était
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J
LOUISE-MARIE DE FRANCE I29
à sa communauté, elle sut en soutenir éilergiquement les intérêts contre
le Roi soji neveu. Louis XV avait laissé par testament à chacune de ses
filles une pension de 200,000 livres. Madame Louise, obéissant au vœu
de pauvreté qu'elle avait fait, renonça tout d'abord à la succession de
son père, mais elle revint bientôt sur cette détermination, pressée par
le besoin de se procurer l'argent nécessaire à la reconstruction de
l'église de son couvent. Elle adressa, au mois de septembre 1776, un
mémoire à Louis XVI, pour exposer sa situation et réclamer la pension
que lui avait constituée son père (i).
Je tne trouve dans un cas bien singulier, mon cher neveu,
et j*en appelle tout simplement à vôtre justice. Premièrement
on répend dans le publique, les gens point instruits à ma
louange, les autres à ma condanation, que j'avois renoncé
aux. rentes que le feu Roy m^a laissez par son testament. Ja-
mais je ne m'en suis occupée, pensant que, si je n'y avols pas
de droit, j'avois renonces à bien autres choses, que, si j'y avois
droit, vous y pourvoiriez, et que je ne devois pas en parler.
Mais voicy le cas où je me trouve. Lors que vous vinte la
i*"* fois, vous me parlâte qu'il devoit y avoir un testament.
Je vous dit que vous alliez faire un héritage, et cela je vous
le dit dans la meillieure foy du monde. Dans ces malheureux
moments l'âme ne va pas chercher de tournure, et. Dieu
merci, dans auqu'un moments de ma vie ce n'a été la marche
de la mienne. Vous me répondite : Quel héritage? et je vous
répliqué, pensant que le roy nous làissoit des biens fonds :
s'il y a un testament, sûrement c'est pour ses enfants; ainsi
vous héritez de ma part, s'il est entérieur à ma sortie du
monde. Tout bonnement, vous me répondite : Ha oui; et je
vous assuré que je n'y avois pas de regret. Il ce trouve que
(i) Cette pièce a déjà été publiée par M. Ed. de Barthélémy, mais sur un texte un pea
différent de celui que je possède. Cest pourquoi j'ai cru devoir réimprimer ce document
d'après l'original et avec son orthographe irrégulière. La signature Louise, placée par
M. de Barthélémy au bas de ce mémoire, est invraisemblable, car, à cette époque, la
princesse ne signait plus que de son nom de carmélite.
TOME V. 17
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l3o KEVUE DES DOCUMENTS HISTOtIQUES
toujours les religieuses acquèreot les pentîons viagères que
leurs laissent leurs pires et mères en nioiiraiit.DernièraDeDt
nous avons l'exemple d'une femme qui a laissé une pentioQ
de i5oo livres à sa fille carméiittc. Icy nous en avons a»
qui a eu 400 livres i la mort de sa mère. Il y a eu des procest
porté à divers parlement pour juger des procest que des
maisons religieuses ont eu parce qu'elles rédamoient ces
rentes, et ils ont toujours été jugez en Caveor des maisons
religieuses, soit qu'on leurs adjugeât la pention entière, soit
qu'on n'en adujgeat qu'une partie, trouvant que la tendresse
paternelle des pères et mères avoient poussé leurs libéralités
trop loing et que cela pouvoit léser les familles. Cest ordi-
nairement les maisons religieuses qui réclament, ^ non la
religieuse, parce que, par le veu de peauvretés, la rente via-
gère est i la maison et non à elle. Mais je me trouve dans k
cas, mon cher neveu, de réclamer moy-mêmc, non obstant
mon veu de peauvreté, premièrement, parcequc par a veu
même si vous avez pris ce que je vous dit pour une rctwn-
tiation, je n'étois pas plus libre de renoncer que d'aquérir
des biens fonds; secondement, vous sentez bien que la maison
vis à vis de vous n'ose pas réclamer. D allicur, en étant
prieure depuis avant la mort du roy, d'autres que moy nt k
peut réclamer, et les rentes que le feu roy a eu la bonté d'accor-
der à la maison sur l'abbaye de S^ Germain des Prés et la pen-
tion de 24000 livres qu'il a eu la bonté de luy donner pour
les dépenses que ma famille pouvoit occ»ioner ky^ lors-
qu'elle y viendroit, feroit penser à bien du monde que je suis
insatiable. Mais c'est au nom de l'ordre entier que je le re-
clame, et voicy mes raisons.
Nous avons beaucoup de maisons de nôtre ordre. Lors
que je me fis carmélitte, il y en avoit plusieurs qui étoient
destinées pour leurs peauvretés à estre détruittes. Le feu roy
me promit qu'on n'en détruiroit auqu'unes rt qu'il pourvoi-
roit à leurs donner de quoy vivre. En conséquence il donna
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LOUTSE-MARIE DE FRANCE l3l
ordre à M*" le cardinal de Luynes de donner une somme de
36,ooo livres sur les communautés religieuses, payables en
6 années, pour commencer. Vous m'avez réitérés la même
promesse. Depuis quelques tems on répand que ce ne sera
que ma vie durant. La grâce seroit petitte. Je ne suis pas
étemelle et il n'y avoit pas d'apparence dans ce tems là que
je pu résister longtems à la rigueur de nôtre règle. Mais la
grâce fut entière. Il me promit aussi de faire accommoder
nôtre église et donna ordre à M. Bertin, ministre, pour ce
que cela couteroit. Vous m'avez réitérez la même promesse et
donnez les mêmes ordres à M. Bertin ; mais je vous avoiie
que je n^ait fait encore auqu'une démarche sur Tarticle,
parce qu'ayant fait dresser des plants, quoy qu'il n^y a)rt rien
que d'absolument nécessaire pour la surtés de l'église, dont
le portail menace ruine, et pour y adapter les chandelliers
que le feu pape m'a envoyé à nôtre église. La somme m'a
paru trop forte pour en faire la demande sur les lots de lot-
teries non réclamé, vôtre trésort royal trop chargez pour vous
demander un pareil présent, et j'ay gardée mes plants en me
confiant en la providence, qui a toujours si bien servis cette
maison, en vos bontés pour elle et en votre amitié pour moy.
Mais aujourd'huyque la justice est pour moy, je vient vous
réclamer la rente que le roy m'a laissé. S'il avoit voulu m'en
frustrer, il m'auroit désigné dans son testament. Il étoit fait
avant, et on ne fait pas sa fille religieuse sans penser de
quelle façon elle est comprise dans le testament. Si c'étoit des
biens fonds, tout étoit dit. Donnez-moi la rente en totalités
ou en partie. Je n'ait rien à vous prescrire là dessus. Quel-
ques droits que puisse avoir la maison ou l'ordre, elle
recevera toujours comme bienfait de vôtre part, ainsi que moy,
ce que vous lui adjugerez. Je ne craind plus de charger
vôtre thrésor royal parceque ce sera une dette, et ma retraitte
luy a assez épargné, puisque de plusieurs millions que je
dépençois, tout est réduit à 24,000 livres, les rentes de la
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iSa tevue ks docoments hktouqdcs
maisons étant sur les biens edésiastiqnes, et nôtre église
sera rd>ftti, nos cloîtres réparés, qu'il fout presque rq>reiKkt
sous œuvres, l'humidité de plusieurs conduits de la ckeraes»
qui ont été plusieurs années rompu, sans pouvoir estre réparé,
parce que la maison étoit trop pauvre, mais qui le soms à
présenti et Tordre entier sera rétabli. Je ne serai plus daœ
le cas de vous importuner, tantôt pour une maison, tantôt
pour une autre. J'ose vous dire que cet ordre le mérite par
luy*meme. C'est le plus florissant de vôtre Royaume par sa
régularités, sa ferveur et sa catholicités. Lorsque S*" Thérèse
le réforma, cefeut dansla vUe d'obtenir Textirpation de Tbé-
résie de Calvin dans le royaume de France. Ses œuvres en
font foy; elle en parle dans son livre du chemin de la
perfeaion, et ce fut après cette réforme qu'Henry IV devint
victorieux de la ligue et catolique. C'est un assez grand ser-
vice qu'elle vous a rendu. D'allieur, en mettant cette rente
entre les mains de nos supérieurs, leur spécifiant que c^est
pour raccommoder l'église et le cloitre de la maison des Car-
mélittes de S^ Denis, dont vôtre tante est religioise, et relever
les peau vres maison des Carmélittes de la réforme de S^ Thé-
rèse en France, et ce ma vie durant, il n'y aura pas à craindre
de rendre celle de S^ Denis trop riche, ny que j'aye auqu'une
propriété. Ce sera après cela à Dieu à voir combien d'années
il jugera à propos de faire jouir l'ordre de ce bienfait. Je vais
sur quarentesans; il n'y a pas à parier pour beaucoup, ayant
été élevée d'une façon si opposée au genre de vie que je
mène, et, si jusqu'à présent ma santé s'i est plustôt fortifié
qu'affoibli, je regarde cela plus tôt comme une preuve de la
religion et de la puissance de Dieu que comme un bail de
longue vie. Mais, quelqu'elle soit, mon cher neveu, longue
ou courte, elle sera toutte employé à vous témoigner aux
pieds des autels ma vive reconnoissance de vos bienfaits et
ces vœux, j'espère, par la miséricorde du Seigneur ne se
borneront pas à mon tombeau et ils seront appuyé de ceux
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LOUISE-MARIE DE FRANCE l33
d'une multitude dç fervantes carméUttes qui ne cesseront ny
dans le tems tant que l'ordre subsistera et à jamais dans le
ciel d'obtenir touttes les grâces que vous méritez et dont le
royaume aura besoin.
Louis XVI transmit le mémoire de Madame Louise au garde des
sceaux Hue de Miroménil et il prit soin de transcrire de sa main le
passage du testament de Louis XV qui concernait la pension de ses filles
et dont voici le texte :
Je veux que mes filles aient chacune deux cent mille livres
de pension, leur maison et table payées, et que celle qui sur-
vivra aux autres en jouisse de trois cent mille livres.
A Versailles, le six janvier mil sept cent soixante six.
Madame Louise, instruite aussitôt de la remise de son mémoire au
garde des sceaux, écrivît, le 19 septembre 1776, à celui-ci pour lui
recommander ses intérêts. Elle traita la question en femme pratique et
expérimentée, qui connaît ses droits et sait les faire valoir.
J. M. ce 19* 7**" 1776.
Je suis ravie, Monsieur. Je vient d'apprendre que c'étoit
à vous que le roy avoit confié mon mémoire et le testament
du feu Roy pour consulter nôtre affaire, car je crois ma cause
juste et j'ay des preuves de vôtre justice. Et puis, je ne sçait
si je me flatte, mais je suis assurée que vous avez une envie
particulière de me faire plaisir. Hors donc, monsieur, je ne
vous reppetteré pas ce qu'il y a dans mon mémoire. Ce ne
seroit que me rendre ennuieuse; mais j'y adjouteray quelques
particularités bien essentielles, selon moy. Premièrement
vous este à portée de savoir tous les arrest des parlements
qui ont été rendues en pareilles affaires. Si la somme est plus
forte que les autres, cela est par la dignités du testateur, et je
croy que celle du roy seroit blessée si on disoit que la somme
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|34 REVUE DES DOCUMENTS IIISTX>UQCES
est trop forte. Lorsque M"* de Sens mourut, elle laissa à
M** l'abbesse de Beaumont-lès-Toars une rente d'envîn»
3oooo livres, sans que M** le O de la Marche al^ua les pen-
dons qu'elle avoit déjà du Roy et de sa Camille et Ta toujours
payez. Et je vous dirai qu'il ne peut estre de roy qui ayt ùk
sa fille religieuse à si bon marché. Jadis il y a eu des filles
de France qui Tont été. Cétoit des droits à Tinfini qu'cm a
donné non seulement à leurs maisons, mais aux villes où
elles étoient situés. Icy je suis venue dans une maison pauvre^
qui n^a rien demandés que de quoy vivre. Le roy eut» à la
vérité, la bonté de dotter la maison de 1450 s^ticr de bled
évalué, annés communes, à 25ooo livres de rentes, mais il n*en
a rien coûté â Tetat du tout, puisque c'est sur l'abbaye de
S^ Germain, et que les frais que le roy n'a pas pu nous re-
mettre, c'est nous qui les avons payez. Il adjouta, k la vérité,
un pcntion de 24000 livres, mais en disant que c^étoit pour
payer les frais que pouvoit causer ma famille, parce qu'on ne
pouvoit prévoir que ce qui est arrivé arriva si tôt et que touttes
les fois qu'il alloit à Compile et en revenoit nous luy don-
nions à diner et à touttes sa suitte et quelqu'autres fois dans
Tannée, et qu'il n'y avoit pas de repas qui ne passât 2 ou
3ooo livres. Il avoit, sans doute, son testament en viie, car 3
me promit qu'il ne laisseroit auqu'unes de nos 61 maisons
détruire, et qu'il pourvoiroit à leurs donner du secour en
conséquence. Ce fiit pour commencer qu'il nous fit donner
36,ooo livres sur le bureau des communautés religieuses,
6000 livres par ans. Le Roy m'a réitéré la même promesse;
voicy une belle occasion. Nôtre revenue, malgré toutte l'éco-
nomie que nous y pouvons mettre, ne peut suffire à rétablir
nôtre église, cloître et réfectoires. Nous avons bien fait les
autres réparation. D'allieur nous aimons mieux assister nos
pauvres maisons. Tout i l'heure nous avons été obligé d'em-
prunter loooo livres pour en aider une, qui étoit dans le plus
grand besoin . Au fait. Monsieur, car j'ay confiance en vous
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LOUISE-MARIE DE FRANCE l35
et je suis persuadée que vous n'en ferez pas mauvais usage,
j'ay bien épargnée à l'état, par ma retraitte, le fond de ces
200000 livres. Depuis près de sept ans que je suis icy, vous
sentez. Monsieur, combien cette affaire est intéressante pour
nôtre maison et notre ordre, car, malgré le détail que je viens
de vous faire, nos graves réparations faites, nous pourrions
nous en passer, mais nos pauvres maisons y trouveront leurs
subsistances. N'est-il pas honteux que les Carmélittes de
Compiègne, sous les yeux du roy, dont la tante est du même
ordre, soient à faire une queste quand la cour y va. Ne»»
leurs donnerions des rentes, et ces renies^ ao» les jdacaifais
sur le roy.
Je voudroîs, Monsieur, que vous me répondiez et que, si
vous aviez quelqu'objections à faire, vous me le mandiez,
parce que j'auroispeutestre encore quelques objections à vous
répliquer aussi ; mais je vous avoue que, depuis le 28 août
que cette affaire est entamée et que je n'en entend pas parler,
cela me tien. Je n'ait point recherchés cette fortune pour nôtre
ordre; j'ay attendus deux ans é demi et j'aurois encore atten-
dus, si, par les engagements que j'ay pris par le veu de
peauvreté, je pouvois estre libre de renoncer. Je vous avoue.
Monsieur, que je suis dans une grande peine, j'en ait eu une
bien sensible d'estre obligée de réclamer, mais je n'ait pu me
taire plus longtems. On ne peut objecter que ce sera contre
mon veu de peauvreté, puisque ce ne sera pas moy qui les
toucherez, que je n'en aurai pas un mouchoir de plus à ma
disposition, mais Tordre entier en sera rétabli, cet ordre si fer-
vent, si attachez à ses maîtres, qui toujours est au pieds des
autels à prier pour la prospérités, cet ordre, qui est si pauvre et
si nombreux qu'a cela prêt de 5 ou 6 maisons, elles n'ont pas,
Tun portant l'autre 4 à 5 milles livres de rentes. Vous voyez.
Monsieur, qu'encore il me faudra vieillir pour assurer du pin
à touttes. D'allieursles Carmélittes de S' Denis ne feront pas
les distributions sans le conseil de leurs visiteurs et supé-
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|}6 tEVUE DBS DOCUMEW I S mSTOtlQUES
rieurs. Ainsi il n*est pas i craindre la mauTaise manotemîoo.
Elles sonts, ainsi que tout Tordre, trop soumises à leurs so-
périeurs pour cela«
Pour ce qui est de moy, Monsieur, pour qui je ne doute
pas que tous tous intéressez beaucoup, jugez quelle sera ma
joye d'estrela cause du reflorisement de mon ordre, de n'estre
plus à charge au roy et à luy demander, tantôt pour une mai-
son, tantôt pour une autre. Je luy suis souvent importune.
Je diminue pourtant, le plus que je peu, et avec tout cda 3
meurt de fin. Enfin, Monskur, faut-il tous faire ma confes-
sion entière, cette aSàirt m'occupe telmentque je sent qu'dle
a beaucoup pris sur ma santé« Vous direz que j'ai tord, mais
que voulez-vous; j*ai le coeur sensible. Se sonts touttes mes
sœurs qui seront tirés de peines, si Taffaire réussit. J'en ap-
pelle. Monsieur, à vôtre bon cœur. Je sçait combien il est
sensible; je luy remet tous mes intérest Vous jugez aisément
quelle sera ma reconnoissance. Je ne craind pas de vous le
dire ; c'est le plus grand service que vous puissiez jamais me
rendre.
S' Thérèse de S* Augustin R. C i.
Le garde des sceaux, consulté par le Roi, sollicité par Madame Louise,
résolut de demander l'avis des hauts dignitaires du Parlement. Il
envoya le mémoire au premier président Omer Joly de Fleury, en le
chargeant de prendre l'opinion des avocats-générmox. Il lui recom-
manda le secret le pins absolu. Le premier président, qui habitait alors
sa maison de campagne, accusa réception du mémoire, le 24 septembre
1776, dans les termes suivants :
Monseigneur,
J^ay reçu la lettre à double enveloppe et sur la seconde, pour
moy seul, dont vous m'avez honoré, ensemble le mémoire
et le billet particulier, aussy pour moy seul, qui yétoitjoint.
Vous me prescrives. Monseigneur, par ce billet le secret
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LOUISE-MARIE DE FRANCE iSy
sur ce mémoire, et J'ose vous asseurer qu'il sera inviolable-
ment gardé.
Vous me faites en même tems l'honneur de me demander
par votre lettre mon avis, et celuy de MM. les Avocats Gé-
néraux sur ce mémoire; et il ne me sera pas difficile d'en con-
férer avec mon neveu, qui est avec moy à Fleury.
Mais M. Seguier et M. d'Aguesseau sont chacun de leur
costé à des campagnes différentes, et come dans ce moment
j'ignore celles qu'ils habitent actuellement, je ne puis le sça-
voir qu'en écrivant à Paris pour m^en informer.
Dans ces circonstances, Monseigneur, je prends la liberté
devons observer que, lorsque je seray instruit du lieu où ils
sont précisément, je ne pourray avoir leur avis, sans leur
écrire pour leur envoyer à chacun en particulier ce mémoire
de votre part, et leur recommander aussy le même secret de
votre part.
Ainsi je vous supplie. Monseigneur, de vouloir bien me
marquer si vous m'authorisés, dans ce cas, à leur écrire et à
leur addresser ce mémoire, afin de les mettre à portée de
m'envoyer leur avis, pour avoir ensuite l'honneur de vous
en faire part.
J'ay celuy d'être, avec un profond respect.
Monseigneur,
Votre très humble et
très obéissant serviteur
JoLY DE Fleury
A Fleury, le 24 7*~ 1776.
En tête on lit ces mots de la main de Miroménil :
18 8*^ 1776. Répondu de ne point écrire, d'attendre le re-
tour de ces Messieurs, et, en attendant, de m'envoyer toujours
son avis.
Envoie une addition au mémoire à consulter, telle que Ma-
dame Louise la désire.
TOBiE V. 18
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iJ8 tKVOT DBS ooanmn» hwtowiqoes
Ctfirf— ■ 1 — ■ '*" UaàameLoaacmcitgmàeàa
sceaux était actiTC. MiroœénU, pour gagner du temps, ol^ectt que ks
ncanoes retarderaient la réponse des gensdu Roi. U princesse le tançt
Tcrtement dans la lettre du i3 oaobre :
J*M.cei3 8^i77Ô
Je vous renume. Monsieur, de votre exactitude à m'écriie,
car j'ay reçu votre lettre hier, comme vous me l'avicr pro-
mise» mab ie dc m'attendois pas à ce que vous me mander,
d'autant plus que lorsque je vous dit que les vacances poa-
voient retarder la réponce des gents du roy, vous n»e répon-
dîtes que non ; s'il faut attendre la S' Martin, cela sera un
peu dur pour une affaire où le cœur du roy est le juge
principal et le bienfaiteur dont nous attendons tout. Quoy
que notre cause soit bonne, nous ne voulons pas aller à luy
par procédés. Nous luy représentons nos droits, les volontés
du feu roy et, j'ose dire, ce qu'il se doit à luy même, et j'ose
vous dire. Monsieur, que ma retraite a déjà plus épaijBé à
l'étot que le fond delà rente qui Im'est laissé. Si vous en êtes
curieux. Monsieur, je vous le conterai aisément; vous n'avei
qu'à m'en demander la note parce que je hâtai le moment
de ma retraite pour éviter les augmentations qu'on aUoit faire
à notre maison et qui ont augmenté depuis encore. Avez vous
du moins eu la complaisance, ainsi que vous me l'aviez pro-
mis, demandera ceux à qui vous avez confie le Mémoire,
que la dette n'a rien coûté au père, et que la pention n'a
pas Heu comme je vous l'ai démontré; cela est dans U venté.
Je conte que vous voudrez bien me répondre le plus tôt pos-
sible. Recevez, Monsieur, mes remerciements pour le pois-
son; nous en avons déjà reçi «n envoy, aab j'aimctois
mieux ne manger que du poisson pourri et pouvoir tirer
notre ordre de la pauvreté où U est. Recevez aussi. Monsieur,
les assurances de mes sentiments pour vous,
S' Thérèse de S' Augustin, R. C i.
Monsieur, monaeur le garde des sceaux,
à Fontainebleau.
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LOUISE-MARIE DE FRANCE iSq
Madame Louise ent gain de cause et obtint les fonds nécessaires à la
reconstruction de Téglise de son couvent Elle chargea de cette opéra-
tion Mique, premier architecte du Roi, mais elle lui fit promettre qu'on
ne travaillerait jamais les dimanches et fêtes. « Il vaut mieux, dit-elle,
qu'on soit un an de i^us à bâtir et qu'on observe les préceptes de Dieu
et de FÉglise(i). » Depuis 1779 elle était redevenue simple religieuse,
mais elle avait été tout aussitôt nommée dépositaire et chargée» comme
telle, du temporel et de tous les soins économiques de k communauté.
Aussi s'occupa-t-elle activement de tous les détails qu'entraînait cette
construction. Les deux lettres suivantes qu'elle adressa à Mique donne-
ront une idée des tracas que lui causa ce grand travail.
J.^M. ce lo* X^ 1783.
Je ne saurois vous dire, Monsieur, la peine où je suis de
voir notre pauvre église qui va rester là, malgré qu'elle est
si avancé. Je vient d'en écrire à M' d^Angiviller. Je vous as-
sure qu'un pauvre qui seroît dans la nie, à qui on donneroit
un gitc, ne seroit pas plus aise que moy, lors que nous ren-
trerons dans nôtre église. Enfin, Monsieur, aidé moy à sor-
tir de peine. M. de Marville n'est point venu. Je n'ose l'en
prier, à cause du froid et de sa goutte. Tâchez de le voir,
lorsqu'il ira 'à Versailles, et soyez persuadé. Monsieur, du
plaisir que j'aurois de vous devoir l'accélération de nôtre
sortie de prison, car je ne peut appeller cela autrement.
S' Thérèse de S* Augustin, R. C. i.
Monsieur, Monsieur Mique, premier architeque
du Roy, à Versailles.
J. M. ce 12* aoust 1785.
Vous direz. Monsieur, que je n'ait que de mauvaises nou-
velles à vous apprendre. Il s'en faut de trois pouces que
notre S' Ciboire rentre dans le tabernacle et encore la dou-
blure en bois et la coulisse n'i étoient pas, lorsqu'on l'a me-
(1) et Vie de Louise-Marie de France, par l'abbé Proyart.
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I40 lETUE DES DOCCMEIfTS HBTOtlQCES
surë^ et il Cnit qa*il poisse tenir s S^ Ciboires dans k taber-
nacle soQtcnt, parce qu'on n'attend pas qu^îl n'y ayt plss
dliostîs de consacré pour en consacrer. Si vous ne venez pas
Toirnfiirt tniîhrnr, jt ne sçah pas comment toot cela ira. Je
croê Des Q!^«t** an désespoir. Je n'ait pas cm loy parler
avant de roos avoir écrit. On ne peut pas dire qu'il Cnit re-
fûre les S^ Gboîrcs. Noos en avons trois £3rt beauXf et il nous
les fuit grands, la communauté étant nombreuse, et laoom-
mnnion fréquente* Cela est réeliement désoUant ; on prend
touKs les précautions, i ce qu^îl paroît, et après les mesures
nesitroovempas.
S' THQtftSE DE 9 AuGcsmc, R. C L
Monsieur^ Monsieor Micpie^ixcmier architeqiie
do Roy, i Vcrsailks.
I 1780, r^i^ te terminée cm 17^4,
provre li secowle lettre <le Mirtiinf Ijoûe, S restait <
parties à parlvre. Sœmr Thérèse de Snat-Angostia sorfécut pes à
racbèreskettt de soo œwrre. EQe noorvt i Saint-Denis le 33 déoe»-
bre 1797, soupirant après le del, bcmeme de momir, cnmme si elle
prcTOTut qv'dle cdMqjpaît à rhorrcor d*assîstcr à k nûoedesafesâk
et de li BOMTcine (t.
FhT— . aè^ et véeakt de» Otfveft, 4e licsfR»-
et FiMoe avec ^i\^mL et anal. M. 4e BtoMl.
et tmèi XV.
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JACQUES-GEORGES DE CHAUFEPIÉ
Jacques-Georges de Chaufepié, né à Leuwarden, en Hollande,
le 9 novembre 1702, appartenait à une famille protestante, d'origine
française. Il embrassa la carrière évangélique et fut successivement
pasteur à Flessingue, à Delft et à Amsterdam. Versé dans la langue
anglaise, il traduisit une partie de l'Histoire du Monde^ de Samuel
Shuckford, et de VHistoire universelle^ et écrivit une Vie de Pope,
Mais l'ouvrage qui a conservé le souvenir de son nom est le Nouveau
Dictionnaire historique et critique, que Chaufepié publia, en quatre
volumes in-folio, de lySo à 1756, pour servir de supplément au Dic-
tionnaire de Bayle. La lettre suivante, écrite à un savant français,
le 27 avril 175 1, est toute relative à ce grand ouvrage, dont les pre-
miers volumes venaient de paraître. Chaufepié y donne d'intéressants
détails sur le plan qu'il a suivi et répond aux reproches que lui avaient
adressés certains critiques.
Malgré ses travaux bibliographiques et historiques, Chaufepié n'en
fut pas moins un pasteur zélé. Il a laissé quatre volumes de sermons :
le premier volume, publié en 1754, porte ce titre : Sermons destinés
à prouver la vérité de la religion chrétienne par Vétat du peuple juif.
Chaufepié mourut à Amsterdam, le 3 juillet 1786.
Monsieur et très honoré Frère
Je ne puis vous dire à quel point je suis sensible à la
manière pleine de candeur, de franchise et de bienveillance
avec laquelle vous me prévenez. Il y a longtemps que j'avois
Testime la plus parfaite pour votre mérite et pour vos talens,
plus d'une de vos productions avoit fait sur mon esprit une
impression des plus vives : éprouver ensuite, sans avoir
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143 tBVUE DES DOCUMENTS HISTOKIQUES
aucun droit de s'y attendre^ une bonté de cœar et une géné-
rosité d'âme proportionné aux lumières de Tesprit de votre
part, c'est ce qui excite en moi des sentimens, que je puis
diffidllement exprimer. Il me semble même que )e puis juger
de votre caraaère de manière à me persuader que vous
n'aurez pas de peioe à ajouter foi i ce que je vous cfiraii que
dans ce petit exorde, il n'entre pas l'ombre d'intérêt d'Auteur,
celui de tous, je vous proteste, qui me tient le moins au cœur.
Je suis devenu auteur de l'ouvrage qui paroit, pour ainsi dire
malgré moi, comme ma préface vous le fera bien sentir, quand
vous la lirez. En m'y déterminant, je n'ai pas compté de
plaire à tout le monde, et je me suis attendu à des critiques
dont plusieurs seront incontestablement bien fondées; jt sois
dans la résolution d'en profiter, quand même elles seront
désagréablement assaisonnées, mais je vous avoue. Monsieur^
avec toute la franchise dont est capable un homme, quf est
l'ennemi juré de toute dissimulation, que j'ai une aversion
si déclarée pour toute dispute ou querelle, que je ne puis me
résoudre à entrer en lice avec ceux qui m^attaqueront, quand
ils me diroient toutes les injures imaginables. Je me flatte
qu'il y aura parmi les gens de lettres des personnes assez
équitables, pour prendre mon parti quand je serai injuste-
ment mal-traité; mais j'ai pris la ferme résolution de garder
le silence, et de ne point troubler mon repos, parce qu'il y a
des gens de mauvaise humeur.
Je ne ferois aucune difficulté. Monsieur et très honoré
Frère, de me charger de dresser moi-même un extrait de
mon ouvrage, pour vous en épargner la peine, mais, outre
que je n'ai jamais travaillé pour aucun journal, et que je ne
serois pas en état d'indiquer les fautes que je puis avoir fait,
de fortes raisons ne me le permettent pas. Je souhaitterois
d'être à portée d'avoir une conversation, pour vous les com-
muniquer, je me persuade que vous les approuveriez; je ne
puis les confier au papier, mab comptez sur la plus pure sin-
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JACQUra-GEOlK^fiS DE CHAUFEPTÉ 148
cérité à cette ^rd, et qu'il n'y a qu'une espèce iTimpowîbî-
lité, qui m'empêche de tous satisfaire. Je vous dirai en même
tems que dans ma Pré£ace je rends un compte si exact de
mon travail, qu'avec la facilité que tout le nK>nde vous con-
noit, TOUS n'aurez pas de peine à faire vous même un extrait;
et fe serai charmé, que vous ne soyez gêné en rien en le fai-
sant, peimtadé que je trouverai en vous un juge intègre, «t
non un censeur malin. Peut^tre mon ouvrage <léplaît*il à
certaines gens, parce qu'au lieu d'attaquer la Religion, je Tai
défendue quand Toccasion s'est présentée. Ne seroit-ce pas
aussi (ceci entre nous) qu'on est tombé sur quelques endroits,
ou j'ai relevé l'Auteur de la Henriade, je m'en rappelle deux,
l'Article de Clark (Samuel) et cehii de Camoëns auxquels j'ai
fait quelques additions, et j'ai trouvé M. de Y. dans mon
chemin^, je conçois que cela peut indisposer quelques per-
sonnes dans vos quartiers. Du reste Messieurs vos Gazettiers
Littéraires ont raison d'appeller mon ouvrage une Compila-
tion^ c'est le titre que M. Bayle lui-même a donné à son
Dictio9maire; son Continuateur ne doit prétendre à rien de
plus. Que cette compilation soit des plus fautives, c'est ce
qu'il faut prouver, et c'est, si jt l'ose dire, ce qui demande du
tems et un examen assez approfondi. Qu'il y ait des fautes, il
n'en 6iut pas douter, et je serois fort étonné qu'on me prouvât
qu'il n'y en a point. Voyez, je vous prie, ce -que dit M. Bayle
dans V Histoire des ouvrages des Sopans, mai 1704, p. 116,
tft vous serez convaincu que quand on founûroit uae liste de
deux ou trois cens fautes, on n'auroit encore pas fait un grand
exploit. Combien plus, quand on n'allègue aucune preuve,
comme vous me faites l'honneur de me le marquer, et qu'on
se borne à produire un article ou deux dans une gazette
littéraire, qui ne peuvent ^tre que des moins considérables, et
des moins propres à faire juger de mon travail, peut-être
même ne sont ils pas de moi, car je ne prétends pas être
responsable de ceux qin sont traduits de l'Anglais, je ne m'en
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144 REVUE DES DOCOlffiNTS HlSTCHtlQUES
constitue pts le défenseur. Je vous avoue que sur un loge-
ment aussi précipité que celui dont vous me parlez, )e ne pub
m'empecher de soupçonner quelque motif secret. Vous,
Monsieur, qui êtes sur les lieux, et qui connoissez les masqnes,
vous èxts mieux i portée d'en juger que moi. Les libraires
intéressez dans mon ouvrage, ayant souhaitté d^en procurer
le débit en France, y ont envoyé les feuilles à mesure qu'on
les a imprimées, et ont obtenu l'entrée de Touvrage; M. Tabbé
Sallier, qui en a été le censeur, m'a fait faire par le canal de
M. de Larrey, ministre de notre République à la Cour de
France, un compliment fort gracieux sur mon ouvrage : les
journalistes de Trévoux, peu favorables ordinairement aux
Auteurs Protestans, et surtout à un Auteur, dcmt il y a de
l'apparence que la qualité ne leur étoît pas inconnue, ont
parlé de mon Dictionnaire^ Novembre 1749^ p. 11418, a 428,
en ces termes : Nous pouvons bien remarquer en payant, que
ce Dictionnaire^ dont nous opons pujusquà la lettre G, est
extrêmement curieux, et quapec quelques attentions (surtout
celle de retrancher les déclamations puériles contre les
catholiques) on pourroit en faire un livre excellent. Il y a
plus; la compagnie des libraires de Trévoux a fait des efforts
réitérez auprès du feû Chancelier et auprès de son successeur
pour obtenir un privil^ d'imprimer mon ouvrage; n'ai-je
pas eu lieu de penser, que s'il n'est pas excellent, il n'est pas
non plus absolument méprisable.
Je rougis. Monsieur, de parler tant de moi-même, mais
votre lettre m'en impose Tobligadon, elle me met même dans
la nécessité de continuer, pour vous donner en gros une idée
de mon travail. Mon Dictionnaire consiste en deux choses
principales. Premièrement, il y a les articles, que les traduc-
teurs Anglois de Bayle ont ajouté dans leur traduction : il a
été question de les rassembler et de les traduire en François :
c'étoit là ce que je me proposois presque uniquement, quand
je me suis engagé à ce travail. Mais je m'aperçus bien-tôt
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JACQiœS-OBOKGCS DE CHAUPE1>lé 145
qa'il y avoit autre chose à faire, et qu'un grand nombre des
articles de ces messieurs de Londres étoient faits fort à la
hâte, et qu'il y avoit bien à y refaire, qu'il auroit même fallu,
pour vous dire la vérité, en retrancher bon nombre, mais je
n'en étois pas le maître, et d'ailleurs je courrois risque de
m'attirer les auteurs Anglois sur les bras. Je pris donc le
parti de suivre, selon mon pouvoir, ces quatre choses.
I. D'ajouter soit dans le corps des articles traduits de l'An-
glois, soit dans les remarques des Faits oubliez ou n^igez ;
j'en indique uYi bon nombre dans ma Préface : en voici
quelques uns : Anaximène, orateur, Anne Comnene, Aratus
de Soles, Archimède, Archytas, Barronius, Bqyle, Ber-
nardin de Sienne, Empedocle, S^ Ephrem, Ferrari (Ottavio),
Herodien, etc. 2. De donner des éclaircissemens sur les faits
rapportez par les Auteurs anglois; voyez entre autres, les
articles Abbadie, S^ Agobard, Belon, Blake, Callimaqtu,
Collifîs (Antoine), S^- Epiphane, Eusebe de Césarée, etc.
3. Quelquefois j'ai pris la liberté de critiquer mes Auteurs :
Voy. Acace de Berée; Anastase le Bibliothécaire, Bqyle,
Blake, Camoëns, Dacier (Anne), Epimenide^ etc. 4. J'ai fait
ici et là des réflexions sur ce que ces Messieurs rapportent
d'autres auteurs, V. Abraham, Arria, Clarck (Samuel),
Donne^ etc. Vous concevrez sans peine. Monsieur, que je n'ai
pu faire tout ce que f aurois souhaitté, et ce qui auroit peut
être été nécessaire; mais je ne prétends point être responsable
du travail des Anglois, si je Tai amélioré à quelques égards,
je me flatte qu'on doit m'en tenir compte : mon premier
dessein étoit de le donner tel qu'il étoit, et je me suis trouvé
engagé sans le savoir à une tâche plus pénible, que je n'avois
dessein d'entreprendre, et dont je me suis repenti plus d'une
fois de m'être chargé. La seconde partie de mon travail est
le fruit de mes recherches particulières, ce sont des articles
entièrement de ma façon. Je ne pense nullement qu'ils soient
tous également bons: ceux de M. Bayle le sont ils? mais je
TOME V. 19
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146 tEVUF DES DOCUMESCTS HISTOUQUES
crois pouvoir espérer que les personnes judidoises et ilnpa^
dales en trouveront quelques uns, qui ne leur paraîtront pas
indignes de leur attention; et que surtout la suite de mon
ouvrage surpassera à divers ^ards ce que j'ai donné, omrt
qu'en général les articles des Anglois sont plus intéressans,
je crois qu'on en trouvera de ma Caçon, qui mériteront quel-
que approbation. J'ai suivi autant qu'il m'a été possible k
plan de M. Bayle, de discuter et d'éclaircir les Faits dans les
remarques, d'y examiner les sentimens, de faire quelquefob
des digressions ou des espèces de petites disserutions sur de
certaines matières. Par exemple dans l'article d'Anastas» h
qui est des Anglois, j'ai ajouté une digression sur la pré-
tendue correction des Evangiles, faite par son wdre sdon la
chronique de Victor de Tunune ; dans leur article (TArrtû
j'en ai fait une sur le suicide : dans les suivans tous entiers
de moi, j'ai combattu, dans celui de l'abbé de Baisser, k
sentiment de M. Morin sur la non4mmolation (pardonnez
moi cette expression baroque qui abr^) des vicdmes
humaines; dans celui de Louis Boitnn, j'ai attaqué son sys-
tème sur le règne des Israélites en Egypte; dans celui de
Dédale, je réfute celui de l'abbé Pluche sur l'origine de
l'Idolâtrie : dans celui d'Elie je fais l'apologie de ce pro-
phète contre M. Bayle; dans celui de Hartsoeker, je combats
ses intelligences Plastiques. Voilà Monsieur, un détail qui
n'a rien de fort amusant, mais vous l'exigez en quelque
façon, je le termine par la Note de quelques articles qui me
paroissent passables, tels sont celui des Adamites, où fai
mis à profit les excellentes recherches de feû M. de Beau-
sobre : Adalberl, Albon (Jacques d'), maréchal de S^ André ;
Armand de Vileneupe, Amphictyons, Barbier (Daucour)^
Bardanes, Bardesanes, les deux Boivin, Borel, Brisson
(Barnabe), Callinus, Cassien (Jules), Cro^e {la) ^ E testas,
Dédale, Echebar, Elie, Euhemere, Eusiathe, Foporin, Fer-
nier (Vincent), Florrus (Luc. Ann.), Fontaine (La), Gallus
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JACQUES-GEORGES DE CHAUFEPIÉ 147
(Cornélius), Gondebaud, trois articles des Gracques, Hari"
soeker, Rincmar de Reims, Huniade, Hus (Jean), etc. Je vous
indique; Monsieur, ce que je me rappelle sur le champ, parce
que je me trouve peu de loisir, ayant à monter en chaire
deux fois en quatre jours. Il y a peut être d'autres articles
qui valent ceux là, mais je crois qu'en les examinant on
pourra y prendre une idée de mon travail particulier, qui
avec mes additions à celui des Anglois est tout ce dont je
suis responsable. Je souhaitte ardemment, Monsieur, que
votre tems et vos occupations vous permettent d'examiner
un peu à fond mon ouvrage, je compte que j'y profiterai, en
connoissant les défauts dont vous me ferez appercevoir, et
par la justice que vous me rendrez sur ce qu'il y aura de bon;
j'ose me flatter que vous voudrez bien opposer un jugement
aussi accrédité que le vôtre, à un jugement précipité, du
moins tâcher d'empêcher qu'on ne me juge sans connois-
sance de cause. Permettez moi de vous le demander instam-
ment comme une preuve de l'amitié que vous m'offrez si
généreusement, et que je me ferai un devoir, comme un
plaisir, de cultiver avec soin. Soyez persuadé que si je puis
manquer de lumières, je ne manquerai jamais du côté du
cœur; et que je serai toujours avec l'estime la plus parfaite,
et l'attachement le plus sincère
Monsieur et très honoré Frère
^J.fA.d»^u
Amsterdam, le 27 avril 176 1.
Permettez moi de vous prier de me communiquer ce qui
se passera dans vos Quartiers sur tout ceci. J'espère que
vous trouverez que cette curiosité m'est pardonnable.
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ANNE D'AUTRICHE
Lft lettre tmvifite boqs transporte aa temps de la Fronde^ an moaKJt
même où échoua tristement cette révolte des Princes contre Tautorité
royale. C'est le a juillet i65i que Turenne attaqua, dans le ^ubourg
Saint- Antoine, l'armée du pnnce de Condé. La Reine et son }eune fils
étaient alors logés à Saint-Denis, dans le courent des Ursalioes. Pendant
le combat Anne d'Autriche était tm pied des autels, assistée de si
fidèle confidente, Madame de Motterille (t). On Tenait lui donner des
nouvelles de la bataille, lui apprendre tour à tour la mort de Saint*
Mégrin, tué dans une rue étroite où il avait imprudemment enga^' ks
Chevau-légers du Roi, et celle du jeime Mancini, neveu bico-aimé
du cardinal Maxarin. Justement émue par ces tristes notirelles, elle
souffrait et priait, soutenue par Tespoir du triomphe. Mais fînter-
▼ention des Parisiens et surtout de la grande Mademoiselle sauva k
prince de Condé et son armée. Alors la Reine s'occupa de secourir ks
soldats blessés qu'on avait de tous côtés apportés à Saint-Denis. Voilà
ce que Madame de Motteville raconte à ce sujet :
« On fit une infirmerie de la Halle et de la grande salle de TAbbare;
mais on eut de la peine à trouver assez de paille pour les coucher, et
des bouillons pour les nourrir. J'étois logée dans la grande chambre
au dessus de cet appartement, foute de logis ; je n'avois pas eu le loisir
d'aller coucher dans le monastère des filles de Sainte-Marie, où elles
n'étoient pas, et que la Reine m'avoit fait marquer le soir précédent.
Ainsi il m'y fallut demeurer encore la nuit. Le lendemain, sortant de
cette chambre, je passai dans cette salle, où je vis beaucoup de blessés,
dont la plus grande partie se mouroient; mais quasi tous demandoient
à manger avec une avidité non pareille, et pas un ne pensoit à son
salut. Ce tableau de la misère humaine me fit £ure quelques lamen-
(i) Madame de Motteville parle du coavent des Carmélites. N*est-ce pas an iAfSMi
memorim, car, d'après la Uttra qoa ic poMit, Aaoa d'Aacricbe était dws les VmJÛao,}
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ANNE D AUTRICHE I49
tationssur le malheur de la guerre ; mais enfin il n'est rien dans Tuni-
vers que le Seigneur n^ait fait : il tire sa gloire de tout, et en toutes
choses il faut toujours dire : Gloria in excelsis Deo (i). »
Le 3 juillet Anne d* Autriche, toujours logée aux Ursulines, écrivit à
la révérende Mère supérieure de ce couvent, pour s'excuser sur la né-
cessité des temps d'avoir occupé son monastère. Voici le texte de cette
intéressante lettre :
Révérende mère supérieure, vous pouvez croire que sans
une grande nécessité je n'aurois jamais consenty à prendre
vostre maison, mais m'estant rencontrée dans un logement très
incommode, et n'en ayant pu trouver d'autre que celuy-là où
je me pusse mettre, j'ay esté contrainte d'y aller, et le Roy
mesme s'y est aussy voulu accommoder, affin de n'estre pas
esloigné de moy. J'auray grand soin d'empescher qu'on n'y
gaste quoy que ce soit, et pour l'hospitalité que vous nous
donnez de si bon cœur vous pouvez vous asseurer qu'en
eschange je vous donneray en toutes rencontres des marques
effectives de ma bonne volonté et de mdn estime. Je me
recommande cependant à vos bonnes prières et à celles de
vostre Communauté, et finis par celle que je fais à Dieu qu'il
vous ayt, Révérende mère supérieure, en sa sainte garde.
Escrit en vostre monastère à Saint-Denis le 3 juillet i652.
A la Révérende Mère supérieure des Ursulines de Sainct-
Denis.
Il) Mémoires, coll. Michaud, t. XXIV, p. 438.
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LOUIS-MARCELLIN DE FONTANES
ET CHATEAUBRIAND
En i8o3, Chateaubriand, que son Génie dm Christianisme avait
rendu célèbre, fut invité à une fête que le ministre de rintérîenr,
I^ucien Bonaparte, donnait à son frère le premier consul, â Toccastoa
de l'adoption du G>ncordat par le Corps législatif. Il se rendit à cette
invitation, hommage rendu à sa personnalité naissante, et il eut avec
Bonaparte une entrevue et une conversation dont il a eu soin de nous
conserver les détails (i). Bonaparte parla, en termes sententiéux, de
rÉgypte, des Arabes, du Christianisme, et Chateaubriand se borna à
écouter. Il paraît que l'écrivain ne déplut pas au premier consul,
soigneux de rallier à lui les royalistes et les catholiques. C'était un
coup de fortune; Fontanes, le prot^é de madame Bacdodii, Élisa
Bonaparte, et qu'une liaison déjà ancienne attachait à Chateaubriand,
pressa son ami d'accepter la place de premier secrétaire à l'ambassade
de Rome. Élisa, qui étendait sa foveur aux amis de ses prot^és, se
joignit à Fontanes. Chateaubriand — du moins Fassure-t-il — résista
à ces flatteuses instances, et il ne céda que devant Tintenrention de
Tabbé Emery, qui considérait Facceptation du poste offert comme
favorable aux intérêts de la religion.
(0 Mémoires d^OutrcTowite, t. Il, p. a3o-3i.
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PONTANES ET CHATEÂOBRIÂND l5l
Chateaubriand partit donc pour Rome, où sa femme et une amie
dévouée, Madame de Beaumont, déjà mourante, devaient venir le
rejoindre. Il précédait le cardinal Fesch, ambassadeur auprès du
saint-siége. Après avoir assisté, à Milan, à un dîner de gala donné par
le vice-président de la République cisalpine, M. de Melzi, à loccasion
du baptême d'un fils de Murât, il arriva, le 27 juin i8o3, dans la ville
étemelle. Le i*' juillet il fut présenté à Pie VII. « Un volume du
Génie du Christianisme était obligeamment ouvert sur sa table. »
Chateaubriand, qui nous a conservé ce détail (i), aurait pu rappeler
qu'il avait eu soin d'envoyer son ouvrage au Pape, le 28 septembre 1802;
en raccompagnant d'une lettre conçue en des termes remarquables,
qu'il est bon de reproduire ici (2) :
« Très saint Père,
« Ignorant si ce foible ouvrage obtiendroit quelque succès, je n'ai pas
osé d'abord le présenter à Votre Sainteté. Maintenant que le suffrage
du public semble le rendre plus digne de vous être offert, je prends
la liberté de le déposer à vos pieds sacrés. Si Votre Sainteté daigne
jetter les yeux sur le quatrième volume, elle verra les efforts que j'ai
faits pour venger les autels et leurs ministres des insultes d'une fausse
philosophie ; elle y verra mon admiration pour le Saint-Siège et pour
le génie des pontifes qui l'ont occupé ; elle me pardonnera peut-être
d'avoir annoncé leur glorieux successeur, qui vient de fermer les plaies
de l'Église. Heureux si Votre Sainteté agrée l'hommage que j'ai rendu
à ses vertus, et si mon zèle pour la cause de la Religion peut me
fnérîter sa bénédiction paternelle.
« Je suis avec le plus profond respect
« De Votre Sainteté,
« Le très humble et très obéissant serviteur
« De Chateaubriand. »
d Paris, ce 28 septembre i8oa. »
Chateaubriand s'était annoncé d'avance, comme on le voit, et c'était
sans doute le quatrième volume du Génie du Christianisme qui figurait
sur la table du Souverain Pontife.
(i) Mémoires et Outre-Tombe, t. H, p. 342.
(3) Cette lettre, que j'ai déjà publiée dans \ Amateur S Autographes, t. Vllf, p. 3^
(aonée 1869), fait partie de la collection de feu M. Veydt, de Bruxelles. Elle porte la
mention de la réponse du Pape : « R. 9 febbraio i8o3. >*
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ibt tETCE ocs MxmarTs uisnMBQtxs
: le ttoéMMtrt d*aaiba9mfeic flût à «lâirrcr <les pflHC-fKKts,
cofiayciuc besogne q«i incombait à sa iboctioci. Le cardiiiai Fcsài
n uAut pas l'ecntare de aoo sobordoooé, et. ea cebm il était TrainKfli
di&cùe, car Chateaubriand arait une beQe ef grande écrirore, à b
OMaière de œUes du grand sàède; le cardinal prisait peut-être davao-
cage la regulicre calligrapliie d'on expéditioiuiairc, à lagiiefle ressem-
blait peu, il £iut rarooer, récrïtare de son secrétaire {i\. Ce dè£nEt
D*ctatt pas grare ; mais l'indépendance de caractère de Chateaobriaai
l'ctait bien datantage. Chateaubriand ne s'arisn-t-il pas d*aBer pnsesier
tes homoi^ri à rex-roi de Sardaigne! Grande £ntte pour un diplo-
mate, ainsi qu'il le reconnut lui-oième. On crut généralemcst qu'us
aae si maladroit serait soiri d'une révocation immédiate. « On écrrrit
de Rome à Paris mes effit>]rables sottises, dit-il ; heureosexnent^ î'arais
a&ire à Bonaparte ; ce qui devait me noyer me saura {^' . >
Ce qui le sauva^ ce fut llnterventioo paissante de Footanes et de sa
protectrice. Footanes, courtisan consommé, assoupli à toutes les néces-
sités, savait que son ami avait l'envie de Touloir p»ar^ire et troorait
sans doute sa oKxleste et obscure siruation an-dessous de son mérite.
Il lui écrivit, le 4 oaobre i8o3, une longue lettre où il lui donna de
sages conseils. Il fit un éloge pompeux du génie du premier ooosuL
• Ce personnage extraordinaire, s*écna-t-il, changera et réformera k
monde. » Il £iut donc s attacher à sa fortune : Fontanes y est rôolo
et il veut entraîner son ami. Chateaubriand avait enroyé un camée à
la femme de Bonaparte : Fontanes approuve cette dâicate attention,
et, lui qui savait, par expérience, combien puissante était à la cour
naissante Tinfluence féminine, il ajoute : « Soignes sa bienveiUanoe. •
10 vendémUire ou 4 ocu>bre an 12 ou i8o3.
Cette lettre, mon cher atni^ sera moins triste que la pre-
mière. Je crois, qu'avec une circonspection soutenue*» tous
détruirez les fausses idées qui vous ont nui, mais, de grâce,
consultez plus désormais votre intérêt que votre sensibilité.
Soyez en garde contre votre cœur et vos habitudes. La
franchise d'un ancien gentilhomme breton ne vaut rien au
Vatican. Les cardinaux ne ressemblent point au Père Aubrr-
(1) Mémoires d'Omtre-T^jmbt. l. II, p. xm.
,1) td , p. 145.
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FONTANES ET CHATEAUBRIAND l53
On VOUS a reproché le bruit et l'envie de paraître. Eh bien !
il vous en coûtera si peu de vous taire, puisque la renommée
parie pour vous ! Les hommes qui écrivent, dit-on, ceux qui
ont obtenu de la réputation littéraire, sont tentés de se
croire le centre de tout. Montrez que cette ridicule manie
ne vous a jamais atteint. Cette observation, qui vient d'en
haut, a pu être vraye plus d'une fois, mais ni vous, ni moi
n'avons mérité qu'on nous en fit l'application. Nous savons,
avec toute l'Europe, qu'un seul homme peut en être au-
jourd'huy le centre, le lien et le moteur.
Je n'ai pas besoin de vous représenter que le Pape est
plutôt dans ce siècle le Vice Consul que le Vice-Dieu.
Heureusement le consul veut ce qui est utile et glorieux.
Je me rassure donc et je crains peu les efforts destructeurs
de l'anarchie et de l'athéisme réunis. Les hommes religieux
trouvent le consul trop philosophe, les philosophes au
contraire trop religieux, les républicains trop monarchiste,
les monarchistes trop républicain ; ils ont tous ton, mais leur
erreur prouve que le consul est au plus haut degré Thomme
de tous les partis et de toutes les circonstances où la fortune
Ta placé. Trop de piété soulèverait les philosophes,^ trop de
philosophie les chrétiens, trop de monarchie les républicains,
trop de démocratie toute la France. Je crois fermement,
depuis le i8 brumaire, que ce personnage extraordinaire
changera et réformera le monde : il sera une grande époque
historique. Attachons-nous fortement à la destinée de celui
qui mènera toutes les autres. Au reste, ce n'est pas chez moi
une affaire de calcul, mais d'instinct et d'admiration. Je sais
combien sur cet article et sur bien d'autres nos sentimens se
rapprochent.
Le ministre (si Ton peut croire à un ministre) n'est pas contre
vous (i). Je l'ai vu deux fois cette semaine, et je le quitte
dans ce moment. Il jure que tout cela n'aura point de suites
(i) Talleyrand était alors ministre des relations extérieures.
TOME V. 20
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i54 REvm Hs Docmicirrs uBrotiQUEs
flkheuaes^ que tout s'appaiscra, et qu'il n'y aurak id qu'ioc
seule faute irréparable, celle du découragement, Gankz^Toos
bien de vous rebuter. Prouvez qu'avec un grand talent et une
belle imagination il est très facile de vaincre les gens mé<Bo»
cres dans leur petite science. Dissimulez et montrez cet e^pn/
de suite dont le Cardinal de Richelieu trouvait Comeilk
incapable. Faites mieux que le grand Corneille ea sacham
réussir, même dans les petites choses. U y a longtemps,
mon cher ami, qu'une guerre sourde est dédarée entre ks
puissances littéraires et les puissances politiques. Les sdences
exactes n'importunent point : un bon géooKtre, un bon chi-
miste peut d'ailleurs ctre un sot; mab les arts de la pensée
sont plus redoutables par leur influence. Les hommes d'état
caressent qudquefois les grands écrivains, mais ils les aiment
peu. Je ne connais qu'Auguste qui ait vraiment aimé ks
grands portes et les grands historiens de son temps. Mais
Auguste était un homme de goût, un excellent juge comme
César. Si vous mettez à part cet exemple, les talens littéraires
ont toujours donné de l'ombrage, et même sous Louis qua-
torze, qui les procréait en les tenant à qudque distance.
Voyez conmie il punit Radne d'un acte de courage et de
patriotisme envers sa condescendance pour Madame de
Maintenon. N'exila-t-il pas aussi l'auteur de Tdémaque?
Vous qui (fevez recueillir l'héritage de Fénelon, instruisez-
vous à son écok. Songez qu'il faut vous faire pardonna
l'édat de votre renommée. Le maître a lu votre mémoire.
U le trouve bien rédigé, mais il n'en accepte pas toutes les
observations. Je vois pourtant que cette lettre a produit un
bon effet. Je vous le répète, si on pouvait croire au mi-
nistre, je serais absolument rassuré. T. est plus aimable
que sur. C'est l'homme qui sait le mieux plaire, et le moins
servir. Je ne lui ai pas la moindre obligation, et il aurait pu
et du m'être utile plus d'une fois, mais je lui trouve tant
de grâces que je lui pardonne tout. S'il vous sert (comme il le
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FONTANES ET CHATEAUBRIAND l55
dit), je vais l'aimer de tout mon cœur. Vous sentez que ce
n'est pas le moment de solliciter une gratification. Mais
Foccasion favorable pourra revenir; elle ne sera pas né-
gligée. Je n'ai point vu le cy^devant secrétaire de légation.
Je sais même bien certainement que V ex-ambassadeur (i)
ne vous a pas été favorable. Le camée annoncé à Ma-
dame Bon... (2) n'était pas encore reçu ces jours-ci. Soignez
sa bienveillance. Tout me persuade que vous lui devez plus
d'un remerciment. Elle a de la bonté, de la grâce, et, quoique
toute puissante, elle parait fidelle à ses anciens amis. Sa con-
duite envers Le... me donne pour son caractère une haute
estime. Lucien vient d'acheter le tableau d'Atala exposé à
Pavant dernier sallon. C'est lui même qui me Ta dit; vous
en seriez-vous douté? Veut-il rendre à vos ouvrages la bien-
veillance qu'il vous a refusée? Nous le verrons. Adieu, mon
bon ami. Je vous renouvelle les assurances de la plus tendre
et de la plus inviolable amitié.
FoNTANES.
L'heure me presse. Je ne puis recopier cette lettre
pleine de ratures et de barbouillages. Je me suis apperçu
en la finissant que je l'avais commencée par le revers de
la page. Pour vous y reconnaître, suivez les numéros.
Chateaubriand goûta-t-il ces conseils et sut-il se plier aux exigences
de sa situation diplomatique? Il h'en eut guère le loisir. Un grand
chagrin Tassaillit. Madame de Beaumont, qui était venue redemander
au climat de Rome une santé perdue, expira le 4 novembre. Chateau-
briand l'assista à son lit de mort (3). Il semble qu'il prit alors en dé-
goût et Rome et ses fonctions. Le 29 novembre il fut nommé ministre
de France dans le Valais. Avant de quitter l'Italie, il voulut visiter
(1) Cacaalt, prédécesseur du cardinal Fesch.
(3) Joséphine.
(3) Mémoires d> Outre-Tombe, p. 362. — Fontanes écrivit une lettre de condoléances à
Chateaubriand (p. 269).
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|56 REVUE DES DOCUMENTS HlSTOtlQUES
Napks, doot il repartît le ai janTier 1804 (i). Re?ena à Pirîs, û se
disposait à te rendre à son noaTeaa poste, et le 18 mars 1804 il alk,
suivant la coutume, prendre congé du chef de TÉtat. H trouTa que
Bonaparte avait Tair sombre, presque fiuxmche, et il en fut vîrenieat
frappé. Deux jours après édau la noureUe de l'exécution du doc
d'Enghien. Chateaubriand, iustemcnt indigné de cet assa^nat poli-
tique, refusa de servir plus longtemps un tel maître et il envoya 9
démission à Talleyrand. Malgré les reproches de Madame Baocîodii
et les terreurs folles de Fontanes (a), il persista dans sa décision et E
se lirra dès lors tout entier à ses travaux littéraires.
(t) Col à Roat, ptadatt ec premier cnti de vie pvbKqae, q«c Ckateaabrâad oùêçêl
le prolet d'écrire ••• Mémoirtt.
{%) • Mâdeaie Becdodd M< ^ iMVtt cris en appranat ce qa*cUc appelait aa ddkiMi:
tUt n'eiToya dwrchcr et om it lea plot vifi reproche*. M. de Foaftaaee deriBC presqae faa
de pearaa prenier annaot : il merépatait faiUM avec toaics tes pcraemetqaii
altacMe». • [Mémoértt éTOmtrf Tombe, t. U, p^ »S6.)
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PACIFICATION DE LA VENDÉE
1800
CONVERSATION
ENTRE UN OFnClER ENVOYÉ PAR LE GÉNÉRAL HEDOUVILLE
BT
MM. DE CHÂTILLON ET DE BOURMONT
Ce document, qui se trouve aux Archives du Ministère de la Guerre,
n'avait pas été originairement destiné à la publicité. Il était resté inédit
jusqu'ici. Il ne paraît même pas qu'aucun des nombreux historiens qui
ont écrit sur les guerres de la Vendée et de la Chouannerie, et particu-
lièrement sur la pacification de 1800, l'ait connu. Il mérite de l'être. Ce
n'est pas qu'il révèle des faits nouveaux, mais il éclaire d'une certaine
lumière la situation des insurgés, les espérances, les prétentions et, grâce
à sa nature confidentielle, les sentiments secrets d'une partie de leurs
chefs, au moment où se discutaient les conditions de la pacification (i).
On croit généralement chez les royalistes, aussi bien que parmi
leurs adversaires, que cette pacification fut l'œuvre exclusive de Bona-
parte, Premier Cons^l, qui l'aurait imposée par le double ascendant
de la force dont il s^était saisi au 1 8 brumaire an VIII (9 novembre 1 799) ,
et des mesures de justice et d'humanité dont il aurait pris l'initiative
en feveur des contrées de l'Ouest. M. Thiers lui-même a contribué à
accréditer cette opinion. La vérité est que le général Hédouville (2),
(1) Je dois la commonicttion de cet important docoment à M. L6on de la Sicotière,
•éoateor, bien connu du public érudit par ses travaux liistoriques. Les notes explica*
tites sont également dues à M. de la Sicotière.
(3) HiDouviLLE (Gabriel-Tbéodore-Josepb, comte d*), né en 1745, en Lorraine, d*nne
ancienne famille ; capitaine au moment de la Révolution ; maréchal de camp à l'armée
^ Nord ; traduit devant le tribunal révolutionnaire (1793), et acquitté ; chef de l'état-major
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l58 KEVUB DES DOCUMENTS HISTOMQUES
qui oommaiidait en chef rarmée d'AngleteiTe (derenue plus tard
rarmée de l'Oaest), avait, antérieurement au i8 brumaire, entamé des
n^odations avec quelques-uns des che£i royalistes, par llntermédiaiit
de la vicomtesse de Tu rpin*Crissé ( i ), déjà mêlée aux pacifications de 1 795
et 1796 et qull avait connue i cette époque; le jour même du iS bru-
maire, elle était en conférence avec lui, au quartier général d'Angers, et,
le lendemain, Hédouville annonçait au Gouvernement qui venait d'être
renversé, ce premier succès. La vérité est aussi que cet esprit « sage, conci-
liant et fidèle t, pour employer les expressions de M. Thiers, ne put arri-
vera ses finsqu'avec d'extrêmes difficultés. Nous ne parlons passeukment
de celles que lui opposaient les sentiments, les intérêts ou les pr^ugés
des cheCi royalistes, mais de la résistance opiniâtre des administrations
révohitioniudres, hostiles en général â ses plans de pacification, des
menées du ministre de la police, Fouché,qui fiusait cause commune avec
elles (2), et surtout des impatiences, des colères même du Premier
G>nsul, qui menaçaient à chaque instant de tout rompre. Les critiques
les plus dures, les soupçons les plus humiliants ne lui furent pas épar^
gnés. 11 dut se brouiller avec Clarcke, son ancien ami, trop docile exé-
cuteur des volontés du maître. Il eut même à défendre Hiooneor de si
parole, dont on ne voulait pas tenir compte au-dtsras de lut II finit par
être disgracié, par suite même de sa fidélité à l'accomplir, et par être
remplacé dans ton commandement par le général Brune« anqud 3
de HodM (179S-1796) et mOé, eo cette qualité, à U pariJcatioii ; commiweire ennor-
dinaire à Saint-Domiiifiie (1798} ; chef de Tannée d'Angleterre (1799) ; steatenr;
ambauadeor à Salat-Pétertboarg (1801); ministre plénipocentiaire près la Coaftdé-
ration dn Rhin ; pdr de France (1814) ; mort à La Footaioe, près Arpaioa,
le 3i mars i8s5. Par «ne sinfilarité aaees renarqnaUt, ee fet le oomt» dt BoonBont,
son ancien adversaire «n Vendée, qni prononça aoa élofe fiuièbre, k 10 jntn tnivaax,
devant la Chambre des Paire.
Un de ses fHres eut moins de bonbenr. • Senrier et Hédonville cadet, raconte Napo*
léon {Mémorial de Saimte^Héièneij marchaient de compagnie pour émigrer en Espagne.
Une patrouille les rencontre. HédonvUle, pins Icône, plos leste, frandnt la firootière, se
croit très hoareai et va végéter misérablement ea Espagne. Serwier» obligé de
rebroosser chemin, revient à sa garnison, désolé. U continoe de servir, et devient
maréchal. •
(1) Jeanne-âisabeth de Bongars, vicomtesse de Tnanii-Catssi , née i Riqoler eo
Rivière, en 1769, morte à La Roche, près Angrie, à Tige de 85 ans. (Cf. Dia. kist. de
Msine'et'Loire , par Célcstin Port; — Méwioires secrets et inédits pour serpir i
fkittoire eontewiporaime, pnbUés par Beandiamp ; Paris, i8a5, in-^, t. H.)
(3) Les Mémoires pnbliéa sons le nom de Fonché (Le Ronge, 1814, s voL in-8) ne
sont pas de M, mais ont été rédigés en partie snr aea notes, fl est cnriesz de Ty voir
s'attribuer dans les négociations, dont n s*agit ici, nn HHe de conciliation et dlramaniié
que déflMntent tristement Isa docnamta anthtntiqaes qoi ont passé sons nos yens.
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PjUSFICATION DB LA VENDÉE iSg
cfMUeaût à rester adjoint comme chef d'état-major, afin de travailler
îusqtili la an à assurer Fexécution de ses plans pacifiques et aussi des
engagements qu'il avait pris personnellement vis-à-vis des insurgés. Il
lui revient donc une grande part dans la pacification de i8oo. Sa
patience et sa modération contribuèrent puissamment à un résultat
que le génie, la force et les mesures habiles et réparatrices de Bona-
parte n'auraient pas suffi pour conquérir, sans une grande effusion de
sang. « Ce succès vous était bien dû », lui écrivait le général Dupont,
directeur du dépôt de la guerre ; « jouissez-en comme d'une victoire
qu'aucune action de guerre ne peut efiacer (i). »
Parmi les chefs royalistes avec lesquels Hédouville avait à traiter,
se trouvaient le comte de Châtillon et le comte de Bourmont.
Le premier commandait les insurgés de la Haute Bretagne et du
Bas Anjou (rive droite de la Loire), et la hardie surprise de
Nantes, dans la nuit du 28 vendémiaire (20 octobre 1799), lui avait
donné ime grande popularité dans son parti (2); le second, ceux
(I) Lettre da 6 pluvidse ao VIII.
Autre de Lacuée, i5 pluviôse : • Je ne pais toas exprimer le plaisir que je ressens à
^oos Toir Tengé d'une manière si belle et si complète. On a voulu vous ;iuire et l*on n*a
fiait que fûre ressortir votre gloire. Tout ce qu'il 7 a de probe et de sensé vous rend jus-
tice, et si vous l'obtenez de vos contemporains, que sera-ce de la postérité ? »
Autre de Milscent, ancien lieutenant au présidial d'Angers ; président de l'Assemblée
des communes, en 1789 ; membre de la Constituante et du Corps législatif; élu maire
d'Angers en 179a ; mort président de chambre à la Cour d'appel. (V. ce nom dans le
Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine -et' Loire, par
M. Célestin Port) :
« Que de peines vous avez éprouvées, citoyen général, pour atteindre le but désiré !
combien votre position a été délicate et périlleuse 1 Qu'il a fillu de courage, de poli-
tique, de méditation, de secret, pour sortir victorieux d'une négociation que la situa-
tion des esprits, la malveillance, l'opinion militaire hérissoient de pièges et de difficultés !
Mais votre génie s'est élevé au-dessus de tous les obstacles, et vous n*avez vu que les
intérêts de l'humanité. Dénonciations, calomnies, menaces anonymes, bruits absurdes,
déclamations populaires, réclamations déplacées, vous avez tout bravé, tout apaisé, tout
vaincu. Il ne reste contre vous que la rage impuissante des méchants , mais, citoyen
général, qu'elle est honorable la haine des ennemis de la patrie 1... » {it pluviôse.)
(3) Chatillon (Godet, comte de), originaire d'Amiens, suivant quelques-uns, mais plus
probablement du pays Nantais ; simple sous-lieutenant avant la Révolution ; émigré ;
blessé dangereusement à l'attaque des lignes de Wissembourg ; passé en Angleterre ;
enrôlé dans l'expédition de Quiberon, n'ayant demandé ni rang ni grade, mais son pas-
sage et un fusil ; prisonnier et évadé ; président, en 1796, du Conseil royal des armées
d'Aniou et de Bretagne ; arrêté encore, à la fin de l'an V, sur les côtes du Finis-
tère, avec les deux frères de Ravenel ; évadé sans doute de nouveau; en 1799, nommé,
malgré lui, commandant en chef de l'armée de la Haute Bretagne et du Bas Anjou,
en remplacement de Scépeaux. Après la pacification, il s'attacha, ce semble, à la per*
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l6o Rives DES DOCUXCNTS HISTORIQUES
da Maine (i); U prise du Mtiis(i3 Teodémiaiie — i5 octobre) «vât
marqué l'caverture de sa campagne.
Tous deux avaient pris part au congrès de Pooancé (déœmbre 1799'.
Châtilkm en avait même été le promoteur, n ifj était constamment
montré Civorable à la paix. Bourmont tenait la plume. H indiniii
davantage vers la résistance. Il fut toutefois un des dél^ués chargés de
négocier avec Hédouville. Un dur ultimatum du Premier Coosol
[B niv6se — 39 décembre] rompit brusquement ks conlérences.
Elles lurent presque aussitôt renouées par llntermédîaire de la TÎcom-
tesse de Turpin-Crissé. Hédouville avait même eu, dans rintenrale,
une entrevue secrète avec Châtillon (2). Lacuée, envoyé par le Preoôer
Consul, Tencourageait 2 continuer ses eficvts pacifiques, soit qu'il eât
reçu des instructions particulières en ce sens, soit qu'il fât entré de
lui-même dans ces vues.
De nouvelles conférences s^ouvrirent i Candé, le ao nivôse (10 jan-
vier 1800) (3). Frotté n'y assistait pas. S<m absence laissait aux p»tî-
sans de la paix une plus grande liberté d'action, et l'abbé Bemier,
appelé par les che£i royalistes et toujours revêtu du titre àt Commis-
MNUM d« Locieo Bontptrtt, It suivit à rétraaatr, et Q m mnàn rcttri ca Firuoe
avec loi, qa'en 181 5. (Bw^sphie wioÂcme^ 1816; — Biùgrspkie lUMr; — Db
CbàtelUer, Hist. de U RépoL m Brttsgne, VI, 189 ; - Mémoires de U^ U wiam^
tet$e de Turpém^Crissé, dast les Mémoires secrets H ùtédits, |mbU6a ptr Pwiihiwp)
NapoMon parie da ChltiikM avec qadqst détaO dans tca Mémoires {Œmwres de Nspo-
UoH à Séinte-HéUne. Cûtaot toitt à la Correspondsmce, XXX, 4o3). • OrihûlMi toA
00 ritnx gtmilbofiuiM d« aolxante aaa, bon, loyal, ayant peu d*etprit, ma» q«e^ac
TigMor. n venait de m marier, ce qui contriboa à le rendre Sdde à sea proaicaaea. 0
habitait alternativement Paris, Nantes et tes tores, n obtint dans la soite pisaieus griocs
da Premier Consul. Chètîlloa pensait qu'on aurait pu oootiniier la giiene de la Ytmàk
quelques mois de plus; mais qnc,depais le 18 bnmiairc,lea cbeft ne poeraiem pta
compter sur la masse de la population. H avouait anasi qw, vers la in des csmpogms
d'Italie, la répuution da général Bonaparte avait tant cxaKé limaginatioii dea paysM
vendéens, qu'on avait été au mooKnt de laisser là les droits des Bourbons et d'eavoTcr ut
dépuution pour lui proposer de ae mettre sons son influence. •
(1) BomuiOMT (Louis-Augnstc-Victor, cornu de Ckaishk de), né au cblteaa de Bo«r^
mont, en Anjou, le s septembre 1773, mort au même lien, le S7 octobre 1846. Les
détails de sa biographie sont partout
(a) Lettre de M** de Tnrpin-Crisaé, 1 1 nivdae an VOI.
(3) Et non pas le a3 nivCse, ainsi que Tont écrit Beanchamp (Histoire de U gment
de la Vendééi et ses copistes. Les convocations faites par Hédouville indiquaient le so.
Voici, d*ailleurs, une pièce inédite, qui ne peut laisser de doote sor ce point:
t ai nivôse an Vni, vd 11 janvier 1800.
• Le Uccndemeat absolu des bommea assemblée dans lea cantonneoMots, trméa oa
non armés, aura sa pleine et entière eiécmion, le \f pluvidie inclusivement. Alon, tom
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PACIFICATION DE LA VENDEE l6l
saire général que lui avaient donné les Princes, devait y jouer un
rôle décisif (i), en amenant, avec plus d'habileté que de droiture,
quelques-uns des chefe, notamment Pallu-Duparc, d'Autichamp et
Châtiilon, à signer séparément (28 et 3o nivôse — 18 et 20 janvier) des
traités que tous les autres durent successivement subir à leur tour.
C'est au moment de l'ouverture de la conférence de Candé que dut
être rédigé le document que nous publions. Il n'est pas daté. Nous
n'avons pu découvrir la lettre d'envoi qui devait le renfermer. Dans
la série chronologique dont il fait partie, il est placé au 22 nivôse
an VIII (12 janvier 1800).
La pièce, malgré sa longueur, ^t entièrement transcrite de la main
de Hédouville, ce qui prouve Timportance qu'il y attachait et le carac-
tère absolument confidentiel qu'elle devait conserver. Ni secrétaire, ni
aide de camp n'avait eu communication de l'original, dans la crainte sans
doute de quelque indiscrétion, et cet original avait été détruit ou rendu
à ses auteurs. On comprend ces précautions, à l'âpreté de quelques-
uns des passages de cette pièce, surtout de ceux qui concernent les
Princes et l'Angleterre.
Malgré son titre, ce n'est pas à proprement parler une « Conversation
entre des officiers royalistes et un officier républicain », mais un ma-
nifeste, une exposition de principes d'une fraction du parti royaliste.
Ni un interlocuteur, ni un témoin, — s'il eût pu en assister un à un
pareil entretien, — n'aurait écrit d'un pareil style. Rien n'y sent
l'effort, le résumé. La plume y court avec une liberté, une abondance
qui trahissent l'épanchement le plus naturel.
Châtillon et Bourmont la remirent donc à Hédouville, sans doute sur
Ddividu rentrera au moment même dans son domicile , pour 7 vivre paisiblement,
comme par le passé, sons les lois da Gouvernement.
« Et, conformément à Tautorisation donnée au général Hédouville, il sera envoyé
au Premier Consul un des habitants de TOuest, chargé d'aplanir les difficultés exis-
tantes, et, si cela devenait impossible, la présente convention serait nulle. Ainsi arrêté
entre le général Hédouville et les chets soussignés, à Candé :
T. HÉDOITVILLB.
Le comte de Bourmokt ; — C. d'AuTiCHAMP ; — C. de Suzannet ;
— • Le comte d*Ain>iGN£ ; ~ Sotkr ; — La Rochk S^Andr^ ; —
de Kainlis ; ~ Le Comte de Chatillon ; — d'ANDiONi. »
Cette pièce semble bien indiquer une sorte d'entente préexistante entre une partie des
chefs et le général républicain, et laisse aisément pressentir le dénouement.
(i) Sa première lettre à Hédouville, dans laquelle on le voit déjà se poser en oracle et
eo arbitre futur de la situation, est du 12 nivdse(a janvier).
TOME V. 21
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lôa um 08S DOComifTS hstouqoes
ton tarhitioo de lai iiire oooiiattre cxtctemeiit lears griefii et la»
prétcnûoDs, afin qu'il p6t luinnéine ks tranmettre aa GonverBcmeat.
L'avaient-ils rédigée cm-mémes? On pourrait sappoacr qa'cfie
Taurait été par Tabbé Bemier, qui écrivait arec une remarquable ùà-
iité et dont, sous quelques rapports, elle exprime ks idées peraoïi-
nelles. Mats la oonfianœ qu'elle manitofc en même temps dans Tacoord
des che£i royalistes est tout à £ut contraire â ses i^ans, qui araiem
pour obiet et qui eurent pour résultat, la désuniofi de œs mêDCs
che€i par suite de soumissioas particulières. D'un autre cô^, c'est dans
les divisions de d'Autichamp et surtout de Palhi-Daparc qu*l exerçait
sa principale influence.
ChâtiUon, très-brave, mais trte-peu lettré, ainsi qu'en témoigne sa
correspondance, n'avait certes pas tenu la plume; on serak donc
disposé — mais sans pouvoir rien affirmer à cet égard — à y voir Fcenvre
du comte de Bourmont qui, lui, rédigeait Paiement et au besoin avec
talent, ainsi que le pfx>ttve le Précis de $m eomimrsûtim mtee kPratiff-
C<m$mt, en octobre 1800 (t).
CONVERSATION
CNTKE UN OFFiaCR KKV0Y£ PAR Ll CiffillAL RfoOUVILLE
rr MM. DB CHATILLON KT DB BOURMOlfT
MM. De Chatillon et De BotntMOfrr : -* « Monsieur^ avant
de parler des réponses du général Hédouville aux demandes
que nous lui avons faites, nous devons vous parler, avec
la franchise et la loyauté qu'inspirent ses procédés et sa
conduite.
« Nous vous jurons, sur notre parole d'honneur, que notre
unique désir est de terminer une lutte sanglante de Français
à Français, et de voir le pays que nous occupons, heureux,
même au détriment de nos propres intérêts; mais nous
voulons une garantie de cette nouvelle pacification, et nous
demandons au Gouvernement un acte ostensible qui nous
(I) Publié ptr M. ÉdeoM Cbin^ty, d1^>rèt une eopte appCTtcuBt à U.H dÊCde
la Trémoille, dans le t. I de la Repme des Docutmeuts kiaoriquet, P> 97 «t tait.
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PACIFICATION DE LA VENDEE l63
mette par la suite à l'abri des vexations que pourraient ame-
ner de nouveaux événements semblables à ceux qui nous ont
])our la plupart forcés à reprendre les armes.
« Le général Hédouville nous dit que le Gouvernement ne
traitera pas. Cest cependant le seul moyen de nous garantir
mutuellement nos intentions, d'assurer par Taccord de tous
les chefe la remise entière des armes de l'armée royale (i), et
de prouver aux habitants de cette grande partie de la France,
qui, à elle seule, formerait un peuple important, que le Gou-
vernement qui traite avec eux, assurera leur tranquillité (2).
« Il est impossible que le gouvernement ne [croie pas à
(i) Le désarmement, comme on le voit, n'était pat refusé d'ane manière absolue ; mais
on n'était pas d'accord sut la manière de l'opérer, n y a donc une certaine exagération
dans le récit de Beauchamp (TV, 459), suiri littéralement par Muret {Histoire des guerres
de C Ouest, V, 174) et Crétineau-Joly (Histoire de la Vendée militaire, IV, 74), d'après
lequel Hédouville aurait déclaré, le i3 janvier, aux chefe royalistes réunis à Candé,
« qoe le Premier Consul consentirait mime à ce que les royalistes conservent leurs
armes, pourvu que cette clause reste secrète, et que pour l'honneur delà République
diacutt des chefs s'engage à mvoyer ostensiblement vingt mauvais fusils dans chacune
des villes chefs-lieux de département », et les chefs, ceux-là même qui étaient le plus
Êivorables à la paix, auraient unanimement rejeté cette proposition. II existe toutefois une
protesution de d*Autichamp et de ses principaux ofBciers, en date du 3 janvier
(i3 nivôse), contre le désarmement : c Nous ne pouvons, disaient^ils, nous prêter à cette
m«sure, sans compromettre i la fois notre existence et la sûreté personnelle des habi-
tants. > Le même jour, Bemier écrivait à Hédouville dans le même sens, une lettre des
pins habiles. Tout fiit Inutile. Le Premier Consul fut inexorable sur ce point. Il avait écrit
à Hédouville, le i5 nivôse (5 janvier) : « Quant à l'article du désarmement, le Premier
Consul n'entend pas, quel que soit le mal que cette mesure pourra produire d'abord, biaiser
sur cet objet. Il faut que le désarmement soit réel et entier. >
(3) Le 21 nivôse (t i janvier), c'est-à-^ire le jour même ou la veille de l'envoi de cette pièce,
lo Premier Consul adressait aux généraux la défense la plus formelle « de correspondre
avec les chefs des rebelles, en aucune manière et sous quelque prétexte que ce fdt. »
Hédouville n'en continua pas moins ses négociations. Mais le commandant de Dinan,
Mattat, ayant, quelques jours après, conclu un traité particulier avec Pontbnand^fut puni
de quinze jours d'arrêts : * Vous êtes puni d'avoir voulu bien faire », lui disait à cette
occasion son supérieur immédiat, tout en lui promettant ses bons offices auprès du général
en chef pour tâcher d'obtenir sa grâce. (Lettre du 17 février.)
Un des chefs les plus brillants de l'ancienne Vendée, du Pérat, avait eu, lors des négo-
ciations de 1795, un mot qui mérite d'être rappelé : les représentants du Gouvernement
d'alors, moins fiers^ s'étonnaient que la Vendée fit di£Bculté de traiter avec la Répu-
blique qu'avalent reconnue tous léa rois dé TEoropa : « Est-ce que ces gens-l& sont Fran-
çais ? » interrompit du Pérat.
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164 REVUE DBS DOCUMENTS HISTOtIQUES
Texistence d'une armée royale. Nos succès, notre unioa, la dis-
cipline de nos soldats, notre organisation, bien différente de
ce qu'elle était dans la première guerre, où les Chouans;
toujours décousus, ont agi séparément, commandés par des
chefs qui ne s*entendaient pas, qui avaient peu de moyens,
peu de ressources, et qui jamais ne sont sortis de leurs ar-
rondissements respectifs. Aujourd'hui, ce qui se voit a sur-
passé mon espérance : la facilité de nous réunir, les coups
d'audace qui nous ont réussi, le secret qui a présidé à nos
opérations, une organisation qui a fort peu coûté, etqui va être
complétée, la certitude de votre faiblesse, l'assurance de ne
jamais manquer de vivres et de munitions, notre manière en>
fin d'administrer le pays et de nous conduire envers ceux
mêmes qui nous sont désignés comme Jacobins et nos enne-
mis, et nos prisonniers, toutes ces raisons donnent à notre
parti une consistance qu'il est impossible de nier (i), et (nous
le répétons) le seul moyen de faire rentrer à l'instant tout
dans Tordre, c'est d'entendre les propositions des chefs réu-
nis par l'organe de deux ou trois d'entre eux, et d'assurer
par un traité les justes réclamations que chaque parti se croit
en droit de faire.
c On tend une main secourable à des Vendéens (2); on ne
doit pas dédaigner de traiter avec un parti qui va toujours
croissant, et dont les chefs se sont, mutuellement, engagés à
(0 L41 pdntnrc qot fbat id l«t chcfi roytiittet de leun forces et de leurs ressouces
est «ssarémtiit cEtgérée. Il est juste toutefois de recoaaahrc que riasiirrectkiQ, noo pes
sealemcnt dans rOuest, mais dans ane partie do reste de la France, avait pris dans ks
derniers mois da goarememeot dn Directoiref des proportions fort sérieoses. n fitat SToir
étudié lef Archires de la Guerre pour se faire une idée de ce qu'il j avait d'indisdplioe
et de désertion dans les troapes de l'intérieur, de confusion, de désarroi et trop souvoit
de détestables passions dans les administrations civiles. Mais un ûût considérable venait
de se passer, dont CbAtillon et Bourmont ne tiennent pas id compte : c'était l'avéoe-
ment de Bonaparte au gouvernement et la concentration entre ses mains babiks et
redouubles, de toutes les forces du pays.
(3) Nous ne savons qudles sont les mesures au profit de certains Vendéens auxquelles
il est ùàt ià allusion; des mesures individuelles probablement.
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PACIFICATION DE LA VENDÉE l65
ne jamais entendre à des propositions partielles (i). Nous
devons donc désirer de savoir quelles sont les instruc-
tions formelles du Gouvernement. Qui nous garantirait au-
trement les mesures que prendra le général Hédouville ? Qui
de nous pourrait se fier aux conventions faites en vertu
d'une grande latitude de pouvoirs confiée aujourd'hui au Gé-
néral, et révoquée demain ?
« Nous sommes donc tous intéressés à ce que cette opéra-
tion soit plus sûre et plus prompte, à ce qu'elle soit avouée
du Gouvernement. Nous sommes las de faire la guerre et de
£aire couler le sang français pour les puissances coalisées et
les Anglais que nous détestons comme de vils assassins.
Nous. avions un but; il nous serait difficile peut-être d*en
approcher sans employer leur secours ; nous sommes Fran-
çais, et nous répugnons à faire le malheur de notre patrie
pour eux qui ne veulent que la déchirer et amener la dissolu-
tion de la France en mettant les armes à la main à la moitié
de ses enfants contre l'autre moitié (2). La gloire de notre
(1) Les soumissions partielles, qui allsient se succéder à quelques jours de là, donnèrent
un triste démenti à ces prévisions.
(s) Appréciation très-remarquable des vues et des intentions secrètes du Gouvernement
anglais. Nous retrouverons plus loin l'expression des mêmes antipathies. Il est certain que
la nation anglaise avait accordé aux émigrés français la plus généreuse hospitalité, que
son Gouvernement avait largement subventionné les insurrections de l'Ouest ; mais les
vieilles rancunes, les défiances nationales persistaient chez beaucoup d'insurgés. Le
sentiment patriotique était plus fort chez eux que la reconnaissance pour l'étranger.
Puisaye cherchait inutilement à dissiper ces préventions. Ses opinions constitutionnelles
qui l'inclinaient vers le système anglais, et son entente même avec le Gouvernement de
la Grande-Bretagne étaient une des causes des défiances qu'il rencontrait dans son
propre parti. On lit, dans les propositions remises par Charette aux délégués de la
Convention, lors du traité de la Jaunaye (février lygS), cette déclaration remarquable :
• Art. V. — Si néanmoins une puissance ambitieuse et rivale tentait ouvertement
c d'usurper le trône, les braves habitants de la Vendée n'oubllraient pas qu'ils sont
• Français. Ils prennent l'engagement solennel de mourir comme tels. » (Savary, Guerres
des Vendéens et des ChouanSy IV, 336.) Dans ses explications à ses ofiiciers, à l'occa-
sion de ce traité, il parlait des • desseins perfides des Anglais sur le trône de France i.
(Beauchamp, III, 129.) L'année suivante, Charette était fait prisonnier et mis à mort ;
nne de ses dernières paroles était une malédiction contre les Anglais : • Voilà donc où
ils m'ont conduit ! » L'afiiure de Quiberon avait laissé autant de ressentiments contre
les Anglais chez les royalistes que chez les républicains. Un peu plus Urd, et lors de la
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iG6 KEvn MS DOCtwEifn nsrotiQCEs
pttrie nous toodie «vaut tout. L« ooovdk réfolotioD nous
promet on ordre de choses stabk (i), et nous sommes tous
persuadés qu'on doit âdre la paix dans llméricur pour
l'avoir au dehors.
« Du moment où Tarmistice aura lieu, nous rassemblerons
nos divisions le phis loin possible de vos cantonnemens. En
les rassemblant par divisions, nous sommes plus sûrs de
leur sou£Ber le même e^rit et de les contenir, qu'en tes réu-
nissant par compagnies, dont les capitaines ne méritent pas
tous la même confiance de notre part; mais nous donnons
notre parole que la division de IL de Bourmont ne se )€in^
dra pas à celle de M. de Chfttitton, ceUe<i à celle de Geoi]ges,
etc., et qu'elles ne feront aucun mouvement îosqu'an dernier
des huit jours convenus pour se prévenir réciproquement de
la cessation des hostilités.
pfiSciHoi éê i9o*, «i tTmf% te» ém Uttit* 4% Ttkké 1
U est vrai, 4*avoir dMrdié à m oMttre à l'uiMoa en
Prtmitr Cootal,— dct récrImiMtffoiit pin Tiiw tucori : ■ Je tait désolé, plat qv'écoafié,»
écrivait-a à IMouTilk, la ii ploTMac aa vm (i« ft?riei), cda la réûtaoce àt
BOC. Otorgn at WwnL Ob tait q«l les WÊtat, VAa^tmm m la dinteole paa. EDe A
ottteflMat qM laor oppotitloa araéa capêclMfa aa noiai 50f«oa Uummu d'Ctre, A Toa*
trartf 4a la iinipipii, aar laa htét 4m Ihia. Vogà la lUIa m nièae pnaiPa qa>ik
•'agit q«a po«r alla. Cowant, aprèa cala, aa paa oorrlr laa joêk ? • Ea iSi5, !
■aaifiacaét à Vé§ud ém Anglaia, qai croiaaiaBt aar la aftia ^faiiiaai, dTéfilu i
rnbara, Hiêtoir* dm ComtmèéU tt et rEmpin, ZO, 56i ;- Marat, V, 44^ Bafia, qq «b
qaalla éaargiqaa réalataact, à la ■■coaii Raataanttaa, laa dMfc iindlMi oppmhitm
êmx tiifaacaa ém troapaa aWéai, qa*ila arrtièraat sor la ttoûta éa laart CBatasacoKaiv
avac qvai élaa Ut protaatèfam oaatra la maaaot d*aa diiaiBihfiniiat da paya |Martf»
V, 5ao). BoanMMit, dam aa oonvttaatioa avac la Preariar Goatol foa UÊm avoaa
fappatéa,dtvait taab la ailaia lanfaga : • Je voaa dcoae bm parok qaa f% a*aÉaa ai FA*-
trklMBi rAaglatarta. » Noaa poarriaaa malt^ttar ka citatioat ca ea ataa. La déliai aftka
da CMmioa at da Saaiawat a'aat doao paa iaoMe. Céda déctaratiaa a'ca «al pal
Biolst fartéraaaaata, dam Ita tanasa at laa dicomiaaoea oè cAa en faite et qui ae par-
■Mneat pas d'en taapectar la tiacérM. Ella téaioigae aaaai d>Me iwajawf qa^aaaaaa
poarraiant taxer dlwpnidaace, daat la diacrétka de Hédoavillaet da OoavamaaBast. La
diTnlgatloB d'âne paraMe pièce adrait créé i ChitfOoo et à BDonaaat da fraadea difr
collet Tit-è-iHt da TAnglctaiTa, dat Priacea at d'âne pmrttù da laart aoria, daaa la caa oè
let hotUVtét anraiaat été rapriaai.
(1) n n'y a pat trace, dant cette pièce, de la courtiaanerie obaéqakaaa door la Pfeaaief
Contai était déjà roblet. Sa panoane ett même Itiaaée en dibort, ttee aaa eérttiae
affectation. L'abM BtfBiér était 0OIM féatrté on plot habile <
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rAcmcATioif DK Lh virow 167
« Pendant rjurmistice, noua ferona poursuivre nous-mêmes
les fuyards, les voleurs et ceux qui ne s'étant pas rendus
à leurs rassemblemens, pourraient inquiéter les communi-
cations et nuire à la sûreté des routes. Il y a peine
de mort (et deux exemples ont été déjà faits) pour ceux
qui arrêteraient une voiture, un voyageur, et pilleraient
Thabitant
n II sera donc inutile de faire la correspondance des can-
tonnemens par détachemens qui ne pourraient qu'inspirer
de la méfiance aux babitans de la campagne. Quelques
hommes su£Sront donc, et ils seront protégés, escortés s'il le
faut, dans leur marche, par tous les partis royalistes qui
pourraient se rencontrer sur leur passage*
« Pourquoi le général Hédouville refuse-t-il d'adhérer à
l'invitation que nous lui avons faite d'arrêter la marche des
troupes dirigées sur les départements de l'Ouest? Si, pen-
dant l'armistice, les troupes arrivent et sont réparties, vous
sentez que nous ne pouvons pas, commençant à traiter, voir
doubler les forces qui pourraient, si la paix n'a pas lieu, nous
être nuisibles, et mettront même, pendant la cessation d'hos-
tilités, le désavantage et l'infériorité de notre côté.
« Nous désirerions que le général Hédouville pût deman-
der au Gouvernement d'arrêter la marche de ces troupes aux
environs de Paris, ou si elles Tavaient déjà dépassé, qu'il veuille
bien les laisser stationner aux premières limites de son com-
mandement. On évitera par ce moyen la méfiance inséparable
de la répartition dans les cantonnemens. Autrement, la mal-
veillance en augmentera le nombre; les chouans croiront
qu'on veut les soumettre en parlant de paix et les accabler
après qu'ils se seront rendus. L'espace de huit jours convenu
pour s'avertir, en cas de reprise d'armes, suffirait pour or-
donner la marche de ces troupes et les faire arriver à leur
destination primitive.
« Pendant l'armistice, nous désirerions qu'il ne fût fait de
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l68 MTOB DES DOCUlfEinS HBTORIQOES
part et d'autre aucune prodamatioiL Nous le procnettoos de
notre côrë. Cette guerre de plume, pour n'être pas aussi dan-
gereuse que Tautre, ne fait quelquefois pas nooins d*eflfet, et
il est à souhaiter qu'au moment de redevenir un même pcor
pie, on oublie des dénominations odieuses, r^>étées par les
deux partis, et qui ne pourraient qu'aigrir des esprits dispo-
posés à la paix (i).
« Sitôt Tarmistice conclu, je promets que nos rassemble-
mens resteront inmiobiles et ne se rapprocheront pa^des
limites que se seront fixées les cantonnemens républicains.
Nous y entretiendrons la police la plus sévère, et nous ferons
marcher sur les fuyards et sur de mauvais sujets qui pour-
raient par un coup de fusil détruire en un instant l'harmonie
qui doit régner pendant la suspension.
« Je vous jure que j'ai Thorreur de la guerre que je fus.
Lorsque je suis venu dans ce pays, il était à moitié insurgé
par les vexations de quelques administrations. Vos troupes
marchaient, le péril était pressant; j'ai fait insurger Tautre
moitié pour sauver le tout; mais à présent je mets tout mon
bonheur dans la certitude de la paix. J'ai vu séquestrer,
vendre mes biens; je n'ai plus rien; je préférerais être réduit
à la nécessité de mendier mon pain que d'aller demander des
secours à l'Angleterre et aux Princes (a). Tai près de 60 ans.
Je n'ai plus longtemps à vivre; mais je veux finir mes jours
(I) L'obttTTatioo était jotte. Hédourilk avut déjà défendu i ses divitioaiiaires de
faire des proclamations, dont il sentait le danger. Le général Grignj, qui corn-
mandait à Nantes, éluda cette défense par an orxlre général des pins ▼ioleots, dœ
Hédourille se montra très-blessé. Par ordre des Consuls . en date dn 24 nÎTdse
14 janvier), il fat mis aui arrêts pendant quinze jours, en punition de sa désobéissaace.
Le général FaTr«aa subit la m€mt peine.
Quant aux appellations injurieuses, il était plus difficile d'en empêcher rempioi< Oa
sait que, lors des pacifications précédentes, le nom de Prèrts égarés avait remplasé
celui de Brigands donné aux Vendéens et au Cboaans.
{!) Chàtillon et Bourmont se montrent ici asseï durs pour les princes de la maisea
de Bourbon. Le débarquement sur les côtes de France du comte d'Artois et du doc de
Bourbon, depuis si longtemps promis et toujours eo vain, avait été la dernière esp6-
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PACIFICATION DE LA VENDEE 169
dans ma patrie; on me fusillera plutôt que de me forcer d'en
sortir.
« Croirîez-vous que ceux-là même qui nous faisaient le
plus de mal avant la guerre étaient, la plupart, ceux qui nous
avaient servis et alimentés pendant la première guerre ? Ils
sont actuellement réfugiés: ils entourent les généraux pour
demander des troupes et des cantonnemens, et cependant
quelques-uns de ces hommes nous servent encore et nous
envoient des villes, à Tabri de leur jacobinisme reconnu, les
effets que nous leur demandons (i). Ceux qui sont restés
chez eux n'ont éprouvé aucun mauvais traitement; ceux qui
reviennent sont accueillis. J'ai toujours cherché à me faire
estimer, même de mes ennemis. »
L'officier ENVOYÉ par le général Hédouville. — «A cette
longue discussion sur les deux articles : traiter de la paix
et arrêt de la marche des troupes, je me suis constamment
renfermé dans les termes de la réponse du général Hédouville :
« Le Gouvernement ne traitera pas; il ne reconnaîtra
« jamais d'armée royaliste.
« Il veut donner et non faire la paix; il acceptera la sou-
c mission de chacun des chefs; mais il ne reconnaîtra jamais
« leur réunion.
rance des insurgés , et cette espéraoce venait de leur être enlevée. Les pins vaillants et
les pins fidèles d'entre eux étaient profondément ulcérés.
Le vieux Châtillon semble ici parler seul : c J*ai près de soixante ans... » Dans
d'autres passages de cette Conpersatiotty on trouve aussi la parole prise au singulier.
Nous en publions le texte, y compris le titre, avec une fidélité scrupuleuse.
(i) Les réfugiés étaient le principal objet de la défiance et de la haine des royalistes,
et ne justifiaient que trop ces dispositions par leur acharnement à provoquer contre
eux toutes les rigueurs possibles, c J'ai à vaincre , » écrivait Hédouville au Ministre
de la Guerre, le 3o frimaire (21 décembre), c pour parvenir à une pacification solide, les
préventions des insurgés, l'intolérance des réfugiés et des administrations civiles, qui ont
excité les haines et les divisions par des persécutions et des mesures acerbes qui n'ont
pu qu'alimenter cette guerre, et l'ardeur de mes soldats provoquée par les propos d'une
grande partie de leurs oflSciers qui ne veulent que combattre.... » L'asile donné aux
réfugiés dans certaines villes avait même été un des prétextes dont les insurgés
avaient cherché à couvrir leurs tentatives sur elles
TOME V. 2 a
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170 RBTUB DBS DOCUMENTS HISTDftIQOES
« II n'entend non plus Caire aucun échange de prisonniers.
« Le général Hédouville ne peut ni ne doit arrêter la mar-
« che des troupes; mais il promet qu'elles ne seront pas ré-
« parties tant que durera Tarmlstice. On peut s'en rapporter
« pour Texécution de tous les articles accordés par lui^ à sa
« parole, parce qu'il n'agira que d'après les ordres et ks
« pouvoirs qui lui ont été donnés par le Gouvernement. »
La sécheresse étudiée de la réponse de 1 officier et les guillemets
même qui raccompagnent indiquent assez que HédouTille avait voulu,
vts-iHYis des chefs, se renfermer dans les termes rigoureux des instruc-
tions qu'il avait reçues du Gouvernement, tout en leur laissant h
liberté et peut-être en leur facilitant les moyens de plaider eux-
mêmes leur cause devant lui.
Assurément, cette Conversation prétendue n'ofire pas Tintérét puissant
Je celles du Premier Consul avec d'Andigné [décembre 1799' et avec
Eiourmont (oaobre 1 800}, où se manifestent d'une façon si saisissante
la finesse italienne et l'efirayant absolu de son caractère, et qui sont
deux des pages les plus curieuses de son autobiographie (1). Telle qu'elk
est cependant, elle les complète ; elle a ajouté pour nous plus d'un
trait à la ph3rsionomie d'une époque trop peu connue, de quelques-
uns des hommes qui y ont joué un rôle considérable, et nous serions
heureux que cette impression fût partagée par les lecteurs de la Reme
des Documents historiques.
(I) Li coQTcrutioa avec d'Andigné a été pnbliéc par Morec |X, i58^ et par Oétincao-
Juljr (IV. 66); cclk avec Bounnont, dant la Reruedes Documents historiques (1,07.
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CH.-AUG. VON HARDENBERG
Charles- Auguste de Hardenbcrg, né le 3i mai lySo à Essenroda,
en Hanovre, était, comme tel, sujet de TAngleterre. Riche et intelli-
gent, il fut, dès 1 770, nommé conseiller de chambre, et, en 1 778, créé
comte. Il épousa une femme d'une haute naissance et d'une rare beauté.
Le prince de Galles, fils du roi Georges III, étant venu étudier à
Gœttingue, distingua cette femme et s'en fit aimer. Hardenberg,
dit-on, surprit les deux amants en flagrant délit d'adultère, et, après
cette désagréable aventure, quitta le Hanovre et se mit au service du
duc de Brunswick. Il devint ministre du margrave de Baireuth et
d'Anspach, et, quand ces principautés furent réunies à la Prusse,
en 1791, il conserva sa place. En 1795, il signa la paix avec la Répu-
blique française. Frédéric-Guillaume III, à peine roi, appela auprès
de lui Hardenberg, qui, dès lors, exerça une grande influence sur les
affaires politiques de sa nouvelle patrie. En août 1804, enfin, il rem-
plaça au ministère Haugwitz, son antagoniste, et ne fut renversé que
par la victoire d'Austerlitz. Après la bataille d'Iéna, il revint aux
affaires, mais il dut se retirer lors de la conclusion du traité de
Tilsit.
Hardenberg était véritablement dévoué aux intérêts de sa patrie
d'adoption ; impuissant à prévenir les désastres qui accablèrent la
Prusse, il n'en chercha pas moins à atténuer les conséquences par tous
les moyens possibles. Il opposa une résistance désespérée aux vain-
queurs, qu'il considérait, non sans raison, comme des oppresseurs
détestés. Ce patriotisme déplut à Napoléon, qui imputa au ministre
prussien toutes les entraves que rencontra, pendant les années i8o5,
1806 et 1S07, sa politique conquérante. Aussi Hardenberg, renvoyé du
ministère, abandonné, à regret, par son souverain, se réfugia-t-il sur
les frontières de Russie. Puis, préoccupé de ses intérêts matériels,
il résolut de se rendre dans ses propriétés de Franconie. Il vint donc
à Tilsit, et sollicita à Berlin les passeports qui lui étaient nécessaires.
Mais la peur qu'avaient inspirée les triomphes militaires de Napoléon
était si forte, qu'on n'osa pas faire droit à la demande de Hardenberg,
sans avoir pris auparavant les ordres de l'Empereur. C'est dans ces
circonstances que l'ancien ministre fit appel à la généreuse intervention
du grand-maréchal du palais de Napoléon. Duroc avait été à Berlin,
en 180 5, un des envoyés chargés de négocier avec le roi Frédéric-
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lyi REVUE DES DOCtmEKTS HlSTOftlQUES
GutlUttmc ks coaditions de la ptix. Il aTÛt alors trahë somrent aT«c
le comte de Hardenberg, qui s'était moatrc peu âiTorable aux préten-
tions françaises. Grand-maréchal du palais, il était dcrenu le conseîlkr
et le confident le plus intime de Napoléon. Ces considérations diverses
poussèrent Thomme d*État à écrire à Duroc une longue lettre, dont
. l'original est actuellement en mes mains. Hardenberg, après aroir
exposé l'objet de sa demande, explique sa conduite politique i regard
de la France. Il proteste contre les calomnies répandues sur son
compte et se défend d'avoir été le boute-feu de la guerre et l'ennemi
passionné de la France. Il condamne le sjrstème de neutralité qui a
longtemps prévalu, malgré lui, dit->il, et que les historiens lui om
imputé. 11 parle avec admiration du grmnd NapolécH^ qui, sur de £iui
rapports. Ta mal jugé, et il implore sa généroaté en Êiveor de sa
malheureuse patrie. Ce document précieux, resté inconnu iusqu'id,
présente, comme on le voit, un puissant intérêt pour l'histoire des
rapports diplomatiques entre la France et TAllemagne.
A Tihit, le 8 de juin 180}^.
Monsieur le Grtnd Maréchal,
Aucun événement n*a pu altérer Testime et la confiance
que vous m'avez inspirées, et je regretterai toujours que la
pénible position dans laquelle je me trouvai en i8o5 et
la gêne inséparable de la place que j'occupai alors,, m'aient
empêché de constater davantage toute l'étendue de ces scn-
timens et de me les concilier de votre part, ainsi que je
Paurois désiré. Toutefois j'espère pouvoir assez compter sur
les sentimens dont Votre Excellence m'a honoré, j>our oser
les réclamer à l'égard de mes petits intérêts particuliers.
Depuis la paix de Tilsit, respectant les volontés de Sa
Majesté l'Empereur et Roi, j*ai entièrement quitté le service
de Prusse. D'abord, je me suis retiré dans les Euts de
S. M. 1. de toutes les Russies, et espérant ensuite de pouvoir
retourner chez moi, je suis venu ici à Tilsit. La nécessité
que je me rende à mes terres dans la moyenne Marche, à
Berlin, en Saxe, en Franconie, dans le royaume de West-
phalie, où tous les vassaux ont été cités decomparoitre sous
peine de perdre leurs droits, dans les pays d'Hannovre et
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CHARLES-AUGUSTE, PRINCE DE HARDENBBRG lyS
de HoUstein, devient de jour en jour plus urgente. J^ai des
possessions dans ces contrées et de grandes pertes à réparer,
des relations de famille, des obligations et des devoirs à
remplir. Mais on croit avoir besoin à Berlin d'une autori-
sation expresse de S. M. l'Empereur, pour m'accorder les
passeports que j'ai demandés. J'ai de la peine à compren-
dre ce refus. Suis-je donc suspect ? Je ne désire que d'aller
librement vaquer à mes afiEaires particulières, et en m'éloi-
gnant de la Cour n'est-ce pas donner la preuve la plus
évidente que je n'ambitionne aucune espèce d'influence dans
les affaires publiques ?
J'aurai les plus grandes obligations à Votre Excellence, si
elle veut bien m'obtenir de S. M. Impériale et Royale, un
ordre à ses généraux, commandans et gouverneurs, de me
laisser aller librement, où mes occupations l'exigent.
Pardon, Monsieur le Grand Maréchal, si j'entre dans
quelques détails sur ce qui me concerne. Je ne puis m'em-
pêcher de céder au besoin de m'expliquer envers vous, sur les
objets qui ont rapport aux relations qui existèrent entre nous.
S. M. Imp** et Royale m'a méconnu. Elle n'a pas daigné
me recevoir et m'approfondir à Tilsit et je suis mal jugé,
parce qu'Elle a manifesté son mécontentement à mon égard,
parce qu'un devoir inséparable de la place que j'ai occupé,
me défend de lever le voile qui couvre la vérité, de repous-
ser les calomnies et de rectifier les erreurs répandiies sur mon
compte en Allemagne. Il ne me reste qu'à me résigner,
lorsqu'on me prête des sentimens et des systèmes politiques,
des affections et des baines, que je n'eus jamais, lorsqu'on
cite des faits absolument faux, ou qu'on les dénature, lorsqu'on
me dépeint comme le Boutefeu de la guerre, comme le par-
tisan aveugle de l'Angleterre, comme l'ennemi passionné de
la France. Ce sera à l'historien impartial, qui puisera un
jour aux sources, à donner un tableau fidèle des événemens
auxquels j'ai eu quelque part et de leurs causes, à ranger à
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174 REVUE DES DOCUMENTS HISTOMQUES
leur place les libelles et les apologies et k distinguer le vrai
du faux.
Zâé Prussien, même avant d'avoir été adopté comme tel
et dès ma jeunesse, où je vis briller les éminentes qualités de
Frédéric de leur plus bel éclat, je n'ai jamais eu en vâe,
depuis que je fus au service de Prusse^ que la gloire et le
bien être de cet Etat. D'ailleurs les Hannovriens qui pen-
soient, quelque pût être leur 6délité envers leur souverain,
pouvoient-ils se trouver heureux des liens qui les unis*
soient à l'Angleterre, qui si souvent leur avoit attiré les
plus cruels revers, sans aucune compensation. Personne n'a
plus blâmé que moi, la guerre entrqmse en 1792 par la
Prusse, terminée par la Paix de Bâle dont je fus Tinstrumem.
Je ne cacherai pas qu'il y a eu des momens, où j'ai crû que
la Prusse devoit se déclarer contre la France, mais ce furent
ceux où rhonneur, la sûreté et l'indépendance de FEtat
l'exigeoient. Et comment appréhenderois-je d'être désap-
prouvé des François dont Thonneur est la passion, ou même
par le souverain éclairé, qui a choisi Honneur et Patrie pour
devise de Tlnstitution la plus distinguée de son Empire ?
Frédéric — ou mettons le grand Napoléon à sa place — au-
roient ils vu tranquillement par exemple, entrer la Hollande,
toute la ligne du Rhin, le pays d'Hannovre, les Embouchures
de l'Elbe et du Weser sous la domination de la France,
sans y mettre des empêchemens, ou sans pourvoir à leur
propre sûreté et indépendance par des arrangemens, qui en
eussent été les gages ? Se seroient-ils alliés à la France, du
tems de la Convention ou du Direaoire, ou sans s'être
assurés de maintenir et d'étendre la gloire et le bonheur de
l'Etat ? Jusqu'en 1804, je n'eus cependant aucune véritable
influence dans tout ce qui concerna la politique du cabinet
Prussien, et, même après avoir été chargé du Portrfeuille,
mon activité a toujours été circonscrite et entravée par tant
d'obstacles, qu'on me fait certainement le plus grand tort
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CHARLES-AUGUSTE^ PRINCE DE HARDENBERG IjS
en jugeant des opinions et du système à moi, par ce qui s'est
fait et a été publié de la part de ce Cabinet. Je n'ai jamais
varié dans Topinion, que, depuis longtems, la Prusse auroit
dû se prononcer décisivement et avec énergie, soit pour la
France, soit contre elle, et qu'en prenant sans cesse de foibles
demi-mesures, en cherchant son salût dans une neutralité
précaire, dans les cajoleries prodiguées tantôt à un parti, tan-
tôt à l'autre, elle courroit infailliblement à sa perte. En
i8o5, ce ne fut pas ma faute, que nous ne nous alliâmes pas
à la France. J'y travaillai avec zèle lorsque vous fûtes
envoyé à Berlin, Monsieur le Grand-Maréchal, et ce fut bien
malgré moi, que notre négociation prit un caractère de va-
cillation et d'inconséquence, qui nous reconduisit à cette
neutralité chimérique, plus insoutenable que jamais, dans le
moment où le choc terrible, entre la France et la Russie,
l'Autriche et l'Angleterre coalisées, alloit avoir lieu. Que
n'avons nous pu réussir alors à prévenir tant de malheurs,
en nous unissant de bonne foi ; que n'avons nous alors
formé un système, qui eut été suivi fidèlement et avec con-
séquence ! Venons à ce qui a particulièrement causé le mé-
contentement de S. M. Imp** et Roy^* contre moi. Ma
conduite après le passage dans le pays d' Ansbach et mon refus
momentané de voir Votre Excellence et M. de Laforest. Il
faudroit bien connoitre la situation infiniment pénible dans
laquelle je me trouvois, pour me juger. Le Roi s'étoit décidé
pour la neutralité, nous avions refusé le passage aux Autri-
chiens et aux Russes ; la plus grande partie de notre armée
avoit été opposée à ceux-ci pour l'empêcher. Je vous le de-
mande. Monsieur le Grand Maréchal, pouvions nous
•'accorder aux François sans détruire un système que je suis
bien loin de défendre ? Nous aviez vous parlé du passage de
vos troupes ? Avoit-il été question dans nos négociations des
arrangemens de 1796 et 1800? Des explications sur ce
point auroient difficilement amené une convention sem-
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176 REVOE DES DOCUMENTS HISTOtIQUES
blable, parce qu'elle n^étoit goéres possible dans notre situa-
tion absolument différente, mais elles auraient peut-être
décidé notre alliance (i). Le malheureux événement eût lieu.
La Prusse, l'amie de la France, en pleine n^odation pour
resserrer ses liaisons avec elle, vit, sans un concert quelcon-
que, partir le coup qui attaquoit à la fois son honneur et son
indépendance, du côté d'où elle l'attendoit le moins. Cette
mesure peut avoir été nécessairement liée aux plans de S. M.
r Empereur, mais il n'est pas possible qu'on eut mérité son
estime et sa confiance, en l'envisageant avec indifférence.
Rien de plus injuste toutefois, Monsieur le Grand-Maréchal,
que de m'imputer, comme l'ont fait les Pamphlétaires, des
vlies assez rétrecies, pour n'avoir écouté dans cette occurencc
que mon attachement pour une province, qui sans doute y
a tous les titres imaginables, mais dont le sort ne pouvoir
m'aveuglcr sur ce que je devois à l'Etat en général. Je re-
fusai pendant plusieurs jours de vous voir et M. de Laforêt,
mais je vous reçus, du moment où vous me fîtes savoir que
vous aviez été munis d'ordres de S. M. Imp**. Ce ne fut
qu'avec douleur, croyez moi, que je mis dans ma conduite
cette rigueur apparente, rendue indispensable par les circon-
stances. Elle n'étoit pas à moi. Vous m'auriez bien méconnu,
si vous n'aviez distingué dans tous mes procédés, dans les
excuses que je vous fis, quand j'eus l'honneur de vous revoir,
dans les messages dont sans doute le Chev. de Bray s'est ac-
quitté, tous mes regrets et toute mon estime. Et si S. M.
Imp** et Roy'* a été offensée, ne compteroit-EUe pour rien,
que je n'ai agi qu'au nom d'un Etat dont elle a tiré la ven-
geance la plus complette par ses victoires ?
(1) n t'tgit ici de la violttion dn territoire d*Antpacfa par le corps d'armée da maréctel
Bemadotte. Les provincet d'Anspach et de Baireaih n'avaient pas été comprises dans la
neatraUté da nord de TAIIemagne par la convcntioo consentie par la Prusse dans te
dernière guerre. Cest pourquoi Napoléon avait fait traverser ces territoires à tes troupes.
Quoi qu'il en soit, cette violation fut une des causes de la rupture de la Prusse avec
la France. (Cf. Histoire du Consulat et de r Empire, par Thiers, t. VI, p soo et suif |
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CHARLES-AUGUSTE, PRINCE DE HARDENBERG I77
D'un côté le funeste événement d'Ansbach, de Tautre,
les instances, les prévenances, les représentations de TEmpe-
reur Alexandre, firent sortir le Roi de ce système de neutra-
lité auquel il avoit si fortement tenu jusqu'alors.
La G>alition, à peine formée, succomba sous le grand gé-
nie de son puissant adversaire, sans que la Prusse y prît
part; De tous les partis elle s'abandonna encore au plus
mauvais, au parti mitoyen, et le même négociateur, qui en août
avoit été contraire à l'alliance, la conclut en décembre, dans
des circonstances et sur des bases beaucoup moins avantageu-
ses, pour la rompre en 1 806 et pour en perdre non seule-
ment le fruit mais pour précipiter TEtat dans l'abyme où il
se trouve et pour l'y abandonner. Dès lors je fus méconnu
de S. M. Imp** et Roy**. Si j'avois conservé le ministère,
comptez, Monsieur le Maréchal, que les liaisons formées
n'auroient pas été aussi légèrement rompues. Je me retirai,
quoique le Roi ne voulut pas accepter ma démission, et je fus
absoliunent étranger à l'inconcevable levée de bouclier de
1806. Je fus saisi d'étonnement, lorsqu'absent de Berlin, j'en
appris la nouvelle inattendue. Je n'ai pas eu la moindre
part à tout ce qui a été concerté et résolu à cet égard, ni aux
délibérations et résolutions qui suivirent la malheureuse
campagne. Ce ne fut qu'au prîntems 1807, que le Roi me
replaça à la tête des affaires. Tout étoit déjà perdu, mais
pouvois-je me refuser à cette vocation dans le moment de
la détresse et du malheur ? J'acceptai par obéissance, par de-
voir, par patriotisme, par attachement pour un souverain
dont les intentions pures auroient été dignes d'un plus heu-
reux sort. Nous ne pouvions nous détacher de la Russie.
L'Empereur Alexandre travailloit à resserrer de plus en plus
les liens qui lui attachoient le Roi et il étoit appuyé par l'ami-
tié, par la reconnoissance et la nécessité. Nous étions au milieu
de ses nombreuses armées. Elles n'empêchèrent pas notre
perte ! S'il m'avoit été permis d'approcher à Tiisit de Sa
TOME v. 23
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ryS lEVOi DES documents msrotfQuss
Mafesté rEmpereur Napoléon^ je o'aaitHs pas craint de lui
fiûre ma confession politique, sa nsaocun dégoisemeat. Je )m
aurois parlé avec le respect dû au plus grand homme du siè-
cle, mais avec cette franchise qu'inspire le Nil canscire tibi et
qui entraine la conviction. Avec sa grande penétratîcHi, D
m'auroit mieux jugé, que sur les apparances. J 'aurois coo*
juré Sa Majesté de traiter la Prusse vaincue, mais ancienac
amie de la France, avec cette générosité qui est le partage
des grandes âmes, de rendit au Roi et â ses sujets leur exis^
tence et leur bonheur et de se complaire plus aux homma-
ges et aux efifets de la reconnoissance, qu'à ceux de la pure
soumission. J'aurois prouvé qu'un Mbiistre loyal ^ bonncte
homme, jaloux de l'honneur etd^ intérêts du Prince et de
l'Etat qu'il sert, est aussi le plus digne <k confiance et le plus
fidèle gardien de leurs relations extérieures; je Taurob été de
celles qui se seroient formées entre la FVance victcnriettse â la
Prusse régénérée par le Vainqueur.
Cest dans le sein de la Probité et de la Bienveillance qae
je dépose le contenu de cette lettre •
J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération,
p. s. Pardonnez, si je ne vous ai pas donné, peut être, les
titres qui vous sont dûs, ignorant leschangemens qui peuvent
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CHARLES-AUGUSTE, PRINCE DE HARDENBERG 17g
avoir eu lieu et que j'apprendrai avec joye, comme tout ce
qui augmentera votre bonheur et contentement.
Ce qu'il adyint de cette lettre, je Tignorc. Il est probable que Duroc,
sollicité par un ennemi vaincu, intervint auprès de son maître, car
Hardenberg, au dire de ses biographes^ se fixa dans son domaine de
Tempelhof, situé non loin de Berlin. Il n'y séjourna pas longtemps.
Noouné chancelier d'État, en iSio, il s'occupa, avec le plus ardent
patriotisme, à relever la fortune de son pays par des réformes inté-
rieures. C'est à lui que la Prusse doit Tabolition complète du servage
des paysans. Hardenberg eut la joie de contribuer à la ruine de
Napoléon et de voir son pays délivré de l'occupation étrangère, et la
France, à son tour, écrasée et conquise. Il lut un des signataires du
traité de Paris, et Frédéric-Guillaume data de cette capitale le décret
qui élevait Hardenberg à la dignité de prince. Devenu le plus grand
homme d'État de la Prusse, il coopéra à tous les actes politiques qui
eurent lieu en 181 5 et dans les années suivantes. Il assista à tous les
congrès ; sa dernière œuvre fut de signer un concordat avec le saint-
siège. En revenant de Rome, il tomba malade à Pavie et alla mourir
à Gènes le 26 novembre 182a.
Hardenberg a laissé des Mémoires qui sont restés longtemps inédits
dans les archives de TÉtat à Berlin. Un historien éminent, Leopold
von Ranke, les a récemment publiés, avec des preuves à Tappui (i).
Les derniers événements ont ramené Fattention sur le chancelier de
Frédéric-Guillaume III, qui a tant fait pour Tindépendance et la gloire
de la Prusse. On le considère comme un des précurseurs de l'unité
allemande, et on .étudie avec soin sa vie et ses actes. On s'occupe
même de recueillir sa correspondance, dont la publication complétera
les Mémoires^ qui s'arrêtent à la paix de Tilsii.
(1) Denkwûrdigkeiten des Staatskan\lers Fûrsten von Hardenberg^ herausgegeben
von Leopold von Ranke; Leipzig, Duncker et Humblot, 1877, 5 vol. in-8. Le 5« volmn
est consacré aux documents ou pièces annexes (Actenstûcke), dont le dernier est une
lettre de Hardenberg au Roi, du 2 janvier 1808.
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HARDOUIN DE PEREFIXE
Lettre de rarcherèque de Paris, Hardooin de Perefixe, aax reii-
gieuses de Port-Royal des Champs. Elle faix partie de la coUectioa de
feu M. L. Veydi.
A Paris, ce 17 février 1669.
Mes chères Soeurs,
Il y a longtems que si vous aviés pu vous résoudre à rendre
une parfaite et entière soumission aux ordres du Saint-Si^
comme vous faites à présent, vous auriés receu de moy le
mesme traitement que vous en recevez aujourd'hui. Je loue
Dieu de tout mon cœur de ce qu'enin vous êtes entrées dans
cette disposition, qui me donne lieu de vous faire connoistre
que dans tout ce qui s'est passé entre vous et moy je ne me
suis jamais proposé autre chose que de vous obliger, comme
je le devois, à rendre aux Constitutions des Souverains
Pontifes une obéissance aussi entière et aussi véritablcf que
vous me témoignez la rendre présentement Comme je me
prometz que vous persévérerez toujours dans ce sentiment,
je vous puis asseurer qu'oubliant bien volontiers tout le passé,
je n'auray pas plus de joye que de vous témoigner à Tavenir
que je suis.
Mes chères Sœurs,
Vostre très affectionné serviteur,
Hardooin, Ar. de Paris.
A nos chères sœurs, nos chères sœurs les Religieuses de
Port Royal des Champs, à P. R. des Champs.
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I
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PIERRE-NARCISSE GUERIN
Pierre-Narcisse Guerin, le peintre dcMarcus Sextus^ fut nommé en
1822 directeur de l'École de Rome. Il avait refusé ce poste en 181 6, à
cause du mauvais état de sa santé; il l'accepta en 1822 dans l'espoir de
terminer en Italie son tableau de la Mort de Priant, Guerin vint donc
s'établir à Rome, qu'il avait déjà habité en i8o3 (i). Il appartenait à
l'Institut depuis 181 5 et était âgé de quarante-huit ans.
Guerin, accablé par les soucis de la direction de l'École, usé par les
dîners et les réceptions que lui imposait sa position officielle, soumis
aux exigences d'une santé de jour en jour plus chancelante, ne termina
pas son tableau. En'revanche, il fit graver par Richomme (2) son Andro-
maque^ et par Forster (3) sa Didon. Ce travail, qu'il surveillait de loin,
ne laissa pas que de lui causer des ennuis. Richomme était découragé
et laissait inachevée son œuvre.',Guerin s'en plaignit amèrement dans
une lettre adressée, le 24 janvier 1826, à son ami M. Bourdon, « rue
de Bellefond, n» 20, à Paris. » En même temps, il faisait les plus
grands éloges du talent et de la patience de Forster.
Rome, le 24 janvier 1826.
Je trouve en effet, mon cher Bourdon, que Ton n'écrit
guère plus de Paris que de Rome. Les paresseux se
trouvent partout, et, en effet, c'est l'état naturel de l'honmie.
Loin de vous accuser cependant, je vous remercie, mon
(i) Guerin avait obtenu, en 1797, le grand prix de peinture; mais il n'avait visité
ritalie qu'en i8o3. (Cf. une lettre de lui à Gérard, écrite à cette époque, dans les Archives
de r Art français, t. II, p. 177.
(a) Richomme (Joseph-Théodore), né à Paris le 38 mai 1785, grand prix de Rome en
180 5, membre de rinstitut le 16 septembre 1^26, mort à Paris le 23 septembre 1849.
(3) Forster (François), né au Locle (Suisse) le 22 août 1790, grand prix de Rome en
1814, membre de l'Institut le 14 septembre 1844, mort le s^. juin 1873.
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l8a ItEVUE DES DOCUMENTS HtSTOUQOES
cher ami, des détails que vous me domiez sur quelques-
unes de ipes affaires, non qu'ils soient de nature i me
satisfaire ; mais il vaut toujours mieux savoir i quoi s*en
tenir.
Vous avez craint, dites-vous, de tourmenter ma conva-
lescence. Soyez sans inquiétude à cet ^ard. Je puis dire
être tout à fait bien en ce moment, et vous en jugerez si
je vous dis qu'aujourd'hui même je viens de faire à pied
une promenade de plus de trois lieues. Le temps étoit
superbe, le del épuré par deux mois de pluies continuelles
et six jours de fortes gelées. Cest danse» promenades soli-
taires au milieu de l'inculte et sauvage campagne de Rome,
c'est entre le cours sinueux du Tibre et des roches volcaniques
qui s'élivent près de ses bords que Ion ne sauroit regretta
les rives de la Seine; mais de retour dans sa chambre et le
soleil une fois couché!... mais quoi ? N'avons-nous pas la
Mariani? la Catalani? les bals? le carnaval et le miserere?
Oui, mais nous n'avons pas trois ou quatre amis de cœur à
rassembler autour d'une petite table ou d'un bon feu, et,
quand je me suis étourdi chez moi ou chez lesautresau milieu
de trente convives, je ne me couche ni moins fatigué ni plus
satisfait. Eh bien quand donc me soustrairai-je à ce genre de
vie qui me convient si peu ? Je n'en sais rien, absolument
rien. Le tems me l'apprendra. En attendant, il emporte mes
cheveux et je ne puis lui arracher une plume.
Parlons d'affaires. Vous voudriez que je fusse à Paris
pour faire marcher les miennes. Je pense que je n'y pourrois
guère plus que vous. Ainsi, de près ou de loin, il faut se
déterminer à prendre patience, ou enrager. C'est ce qui
m'arrive assez souvent en pensant au peu de conscience,
au peu de délicatesse de certaines personnes qui n'ont tout
juste d'honneur que ce qu'il en faut, comme on dit, pour
n'être pas pendus. Heureux encore quand ces malhonnêtes
gens ne sont point des gens malhonnêtes.
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PIERRE-NARCISâE GUERIN l83
Je viens d^exhaler ma bile ; je devrois parler de sang froid.
M. Rîchomme n'a point encore repris sa planche d'Andro-
maque. Il est, dites-vous, découragé. C'étoit cependant assez
de ma part, il me semble, d'attendre pendant un an que le
courage lui revînt, car il y a tout juste ce temps qu'il a
cessé d'y travailler. Au lieu <le se décider à quelques retou-
ches, il me propose d'en demeurer propriétaire en me rem-
boursant le prix total qu'il avoit consenti. Je pense bien que
ce seroit peut-être le seul moyen de voir cette planche terminée
et même assez promptement, mais je n'accepterai cependant
pas cette proposition directement contraire aux vues qui
m'ont toujours guidé et souvent si mal réussi, en faisant
graver, celles de pouvoir diriger l'exécution des planches de
manière à ce que la réputation du tableau n'en souffrit pas.
Je sais que mes intérêts en souffriront plus longtems, mais
ces messieurs m'ont tellement accoutumé à l'abnégation à
cet égard que je ne dois guère faire entrer ce motif en ligne
de compte. J'attendrai donc et, sur votre avis, lui laisserai le
printemps pour revenir à l'exécution de ses engagemens et à
des procédés plus délicats, mais, passé ce tems, je crains bien
que la patience ne m'échappe et que, de gré ou de force, je
ne lui fasse rendre la planche dans l'état où elle est restée.
Quand à traiter directement, cela m'est tout à fait impossible.
Je ne me sens pas la force de me contraindre assez pour que
des vérités dures ne viennent se placer malgré ;noi sous ma
plume. Vous aurez donc encore, mon cher Bourdon, tout
Peimui des suites de cette négociation, et je sens par moi-
même combien l'accomplissement de cette commission est
un sacrifice fait à l'amitié.
Vos instances en ma faveur n'ont guère eu plus de succès
à ce qu'il paroit auprès de MM. Girard et Jazet. Leurs
ouvrages dévoient être terminés sous six mois après mon
départ et il y en a trente-neuf que je suis absent. Mais qui
ne sait que cette qualité d'absent est le plus grand tort que l'on
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184 lETUE DES DOCUMENTS IflSTOUQUES
puisse avoir? Au moins ne risque-t-on pas d'être battu;
c'est encore quelque chose. Poursuivez cependant ces Mes-
sieurs, si vous en avez le courage. Obsédez-les; c'est le seul
moyen d'en obtenir quelque chose.
Comme il faut cependant, en raison du mélange élémen-
taire du bien et du mal qui fut exister et se mouvoir toutes
choses ; comme il faut, dis-je, qu'il se trouve des compen-
sations, j'espère les trouver dans le talent et les procédés
du loyal Forster. Il m'a envoyé une épreuve de Didon, et
cette planche me paroit marcher aussi rapidement qu'il est
possible. Il y a déjà une quantité de parties qui font préjuger
que cène estampe lui fera le plus grand honneur. La tcte
de Didon surtout m'a paru parfaite; mais on ne peut se
dissimuler l'extrême difficulté d'amener l'effet de <xx ouvrage
i la douceur et à la clarté qui en forment les deux condi-
tions principales. Il faut pour cela une justesse, une dr-
conspexion de moyens qui me paroissent déjà un peu
transgressés dans plusieurs parties. Je lui adresse, à cet
égard, les réflexions que l'examen réfléchi de l'épreuve m'a
suggéré. Elles portent en grande partie sur les ombres de
la figure d'Énée qui me paroissent avoir trop de ton et pas
assez de transparence. Je me suis longuement étendu sur
les raisons qui me paroissent motiver ces observations criti-
ques et me suis permis de dire de quelle manière je m'y
prendrois pour les rectifications ou corrections à faire.
M. Forster a trop de jugement et trop de désir de bien faire
pour se formaliser de ce que probablement M. Richôme
appeleroit des leçons, mais si vous vous apperceviezcq>endant
que cela lui eut causé quelque déplaisir, faites m'en part
aussitôt, car j'en aurois un r^et extrême et m'empresse-
rois de réparer le mal. S'il vous montre les épreuves de sa
planche, dites -lui franchement si mtes observations vous
paroissent justes ou non; si déjà le ton du fond, celui des
ombres, des chairs de l'Énée, des demi-teintes des contours
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PIERRE-NARCISSE GUERIN l85
d'Âscagne ne sont pas déjà trop poussés de vigueur. Je
pense que cela vous fera le même effet qu'à moi ; et , en
cherchant à me rendre compte des vigueurs possibles à
ajouter, j'ai cru reconnoitre qu'elles ne suflSroient pas pour
détruire celles qui sont déjà trop fortes. Je le dis à M. Fors-
ter, malgré cette forte correction à faire, je ne suis point
inquiet du succès de la planche néanmoins, et recom-
mandez-le lui aussi. Cela devient un motif de plus d'user
d'une grande circonspection dan3 l'emploi du noir pour un
effet de cette nature.
Parlons maintenant de vous. Vous voilà déjà livré aux
contrariétés théâtrales , et les portes de la scène vous sont
jusqu'à ce moment déniées. Sans doute, vous vous serez permis
de laisser pressentir -votre opinion et n'aurez point voulu
sacrifier à celle du jour. Aussi le passeport vous a-t-il été
refusé. Je vous plains d'avoir affaire avec des administra-
tions de théâtres, des censeurs et de toute espèce de gens
qui ne connoissent de juste que ce qui convient à leur intérêt
en flattant l'opinion dominante. Écrivez toujours néanmoins
suivant votre [conscience, car il vaut mieux être tourmenté
pour elle que par elle.
Rien de nouveau dans ce pays : des meurtres comme à
l'ordinaire , peut-être même davantage , malgré l'année
sainte ; peu d'étrangers , si ce n'est de longues figures an-
glaises. Nous n'avons point encore vu passer M'' C. La-
vigne et son frère (i). Ils sont sans doute encore en Sicile.
Mais si les littérateurs sont rares parmi les voyageurs, nous
avons en revanche une multitude d'artistes, ou pour mieux
dire d'étudians qui viennent chercher à Rome un brevet
d'habiles gens qu'ils retournent ensuite faire viser par les
sots de notre pays. Cela est fort commode, mais pour une
réputation de courte durée; tant pis pour eux.
A l'égard des estampes que je vous ai demandé, mon
(i) Casimir Delavigne, malade, voyageait alors en Italie avec son frère Germain.
TOME V. 24
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|86 REVlîE DES DOCCMKNTS HISTORIQUES
cher Bourdon, vous voyez qu'il n'y faut pas comprendre
TAndromaque. Je désire même que vous m'envoyiez de
suite ce que vous aurez recueilli , car la personne qui les
désire va partir dans le courant du mois prochain. Voas
pourriez donc, pour qu'elles m'arrivassent promptement, les
confier à un courrier de Roschild. Voici, à cet égard, où
vous pourrez vous adresser pour en donner la commission :
chez M. Delanchy^ rue Beaurepaire, n* 22, ou chez le por-
tier de M. Roschild, en le chargeant de les remettre au cour-
rier de Naples, et avec l'adresse de M. Narcisse Pouleur, à
Rome, pour m'être remises.
Adieu, mon cher ami ; j'ai fait une si longue lettre qu'il ne
me reste plus que le tems de vous prier de faire agréer à
vos dames mes hommages bien affectueux et l'expression du
désir que j'ai de les revoir. Quant à vous, vous devez
penser si ce désir augmente, et celui de retrouver le plus ancien
et le plus affectionné de mes amis est le plus fréquent de
ceux qui me reviennent au cœur.
Deux ans plus tard, Guerin, toujours à Rome, accusa réception d'une
épreuve de la gravure de sa Didon. Il n'épargna pas les compliments à
Forster, tout en regrettant cependant quelques imperfections de détail
dans cette belle œuvre. Guerin parle aussi, non sans amertume, du pro-
chain Salon et de la décadence de Tart. Cétait cependant de son atelier
qu'avait surgi la nouvelle école. ^
Rome, le 16 février 1828.
L'attente d'une autre lettre que me promettoit la vôtre du
14 nov. ou d'une réponse à celle que je vous adressai le 27
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PIERRE-NARCISSE GUERIN ,187
et qui contenoit une épreuve retouchée pour Forster ; une
suite de petits dérangemens et surtout la pernicieuse habitude
de remettre au lendemain ce qu'il faudroit faire au moment
même, tels sont, mon cher Bourdon, les motifs qui ont
différé ma réponse à votre dernière précitée et dans laquelle
vous me donnez le compte de ma situation financière par
rapport à ce dont vous avez bien voulu vous charger. Que
la totalité de mes intérêts n^a-t-elle été dans vos mains ? Mais
ce qui est fait est fait. Cest seulement une cruelle leçon.
Dieu veuille qu'elle me profite et me rende plus circonspect
à Tavenir.
Votre compte est aussi clair que possible. Je sais aussi
par une lettre de M. David, qui va jusqu'au 22 janvier, qu'il
a tout réglé avec mon précédent fondé de pouvoirs et que
vous lui avez remis pour mon compte 18000 francs. Vous
pourrez continuer à lui verser les fonds qui vous rentreront
par la vente de mes gravures, sauf à conserver de quoi faire
face aux dépenses que cet objet ou d'autres nécessiteront. Je
me fais conscience et me reproche souvent de vous trans-
former ainsi en marchand, vous qui n'avez pas plus que
moi le goût du commerce. Mais que voulez- vous ? il est dit
que je dois être à charge à mes amis, et c'est une raison pour
que cela porte plus sur vous que sur d'autres.
Je n'ai point le terrain que vous me conseilliez d'acheter ;
il s'est vendu trop cher. Je désirerois bien que Coustin veillât
à ce que les constructions qu'on y doit faire ne portassent
plus préjudice à ma propriété. Je ne doute pas de sa bonne
volonté à cet égard, mais faites-moi cependant le plaisir de
lui en rafifraichir la mémoire en me rappelant à son souvenir.
Vous voilà bien près du terme de l'exposition. Cela vous
importe peu, à la vérité, puisque vous n'y avez rien mis.
Par les journaux, les lettres particulières et les rapports des
voyageurs, nous la connoissons presqu'aussi bien que si
nous l'avions vue, ou du moins nous pouvons en avoir une
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l88 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
assez juste idée, mais qui n'est guère satisfaisante pour ceux
qui ont la conscience de l'art, Tamour du bon et du beau.
Au surplus c'est la faute du siècle, car tout marche dans k
même sens, c'est-à-dire à rebrousse poil de la conscience.
N'importe, conservons la comme dédommagement et pour
notre satisfaction.
Cette lettre commencée, j*en viens de recevrâ* une de
Forster dans laquelle étoit incluse une épreuve de la Didoo
à peu près terminée. Je ne sais, vu la direction actuelle du
goût, comment réussira cette planche; mais elle me paroit
l'une des meilleures qui aient été faites, au moins de celles
que je connois. J'espère que sa réussite dans tous les cas ne
pourroit être contestée que par des gens dont le goût passera
de mode parce que, comme vous me le disiez, le bon ne
cessant jamais de Têtre on finit par y revenir. Cependant il
seroit encore mieux sous le double rappon de l'intérêt et de
la réputation que Ton voulut en convenir de suite.
A la satisfaction que j'éprouve en examinant cette belle
estampe se mêle cependant le regret que la retouche du del
n'ait pu se faire. Il est resté beaucoup trop sombre dans
toute la partie qui a été reprise et les taches, à ce que je
vois, n'ont pu disparoître. Taches pour taches, j'aurois
préféré qu'au moins la valeur de la teinte locale y eut été
ramenée en éclaircissant. Malheureusement il n'est plus temps.
Le tirage doit être en train, peut-être même avancé ; ainsi,
mon cher Bourdon, n'en parlez pas à Forster, qui s'afiBige-
roit inutilement de mon regret. Il doit être fatigué au dernier
point d'un travail de si longue haleine, et je serois désolé
moi-même de troubler un repos dont il a si grand besoin et
qu'il a si honorablement acquis. J'ai cru remarquer même
que cette fatigue s'est fait sentir dans les dernières retouches,
qui n'ont été opérées dans beaucoup de parties que foiblemcnt,
sous le rapport de la vivacité de l'effet. Ainsi, par exemple, les
piqués de bruns auroient pu être plus fermes et plus nets,
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PIERRE-NARCISSE GUERIN 189
comme aussi quelques lumières plus vives et plus brillantes.
L'extrême douceur qu'il a cherché et qu'il a su si bien mettre
dans l'ensemble comme dans les parties de cette belle gra-
vure» l'a un peu retenu ; il a craint la sécheresse, la dureté,
et cela lui a fait perdre un peu de brillant, de netteté. Je le
répète, mon cher Bourdon, gardez ces observations pour
vous par la double raison qu'il n'est plus tems (je ne devrois
peut-être pas moi-même les faire) et que si jamais traduction
a pu satisfaire l'auteur de l'original, c'est bien certainement
celle-là. Je désire que le public en soit aussi content que
moi, que moi qui suis la partie la plus intéressée.
La publication de cette planche va encore vous dévorer
bien du tems. Ce sont des détails et des soins à n'en plus finir,
et je ne puis vous soulager dans aucun. Il est même de
certaines prévoyances que je devrois avoir et qui n'arrivent
que trop tard à mon esprit. Vous avez cependant un antécé-
dent, la publication de l'Andromaque, qui devra vous gui-
der, soit que vous jugiez qu'il faille procéder absolument de
la même manière, soit que vous trouviez des améliorations à
y ajouter. Vous déciderez tout cela avec Forster, et tout ce
que vous ferez sera bien fait. Vous comprenez que les mêmes
personnes à qui j'ai offert des épreuves de l'Andromaque
devront en avoir aussi de la Didon.
Vu le très petit nombre d'épreuves avant la lettre, tachez
d'en réserver le plus possible et de n'en donner surtout aux
marchands qu'avec la condition d'en prendre le double avec
la lettre. Nous avons fait une chose fort honorable de rame-
ner les avant-la-lettre au nombre fixe de cent; mais pour
profitable, je ne le crois pas. Celui qui veut rester coq dans le
pays des renards finit par en être le dindon. Cependant tout
cela ne veut pas dire qu'il faille revenir sur notre première
détermination : soyons honnêtes gens quand même.
Vous ne m'avez pas rappelé le nombre d'épreuves stipulé
entre Forster et moi. Je ne me rappelle pas même la somme
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igO REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
convenue. Voyez combien ma mémoire est devenue mau*
vaise I Je vais lui répondre très-incessamment; heureux de
n'avoir qu^à me louer de son talent, de son zèle, de tous ses
procédés. Celui-ci m'aura dédomagé amplement de ce
que j'ai eu à souffrir avec tant d'autres.
Adieu, mon cher ami. Je me porte mieiu, quoique toujours
souffrant de mes rhumatismes ; mais je prends ce mal en
patience. Le Carnaval a été jusqu^à ce moment assez beau
et toujours très-bruyant* C'est ici une fièvre, un délire; ils
étourdissent leur misère.
Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de Madame
Bourdon et de sa sœur, en leur faisant agréer mes a&c»
tueux hommages, et croyez-moi votre bien dévoué.
Gderin.
En 1828, Guerin céda son poste k Horace Veraet. H retint à Paris
et fut créé baron par Charles X. Cependant, sa santé s'afiaiblissait de
plus en plus. Au commencement de Tannée i833, cédant à une idée de
malade, il partit pour Rome avec son successeur Vernet, qui était venu
passer quelques jours à Paris. C'est peu après son arrirée dans la ville
étemelle que Guerin écrivit à son ami Bourdon la lettre suivante :
Rome, le 6 avril i833.
Mon cher Bourdon,
Je vous prie avant de vous entretenir d'autre chose, de
vouloir bien remettre chez M. Tresse, notaire, rue des
Petits-Champs, près le passage Choiseul, la somme de cinq
cents francs que m^a avancé ici M. Bodinier (i) et dont il
se remboursera par ime traite de la même somme sur
M. Tresse. Vous m'obligeriez que cette somme soit remise
avant la fin d'avril.*
Je vous ai renvoyé le 23 du mois dernier la quittance
relative à la légion d'honneur. J'attends la lettre que me
(I) Un de tes élèvet.
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PIERRE-NARCISSE GUERIN IQI
promettent vos trois lignes dans Tenveloppe. Si votre tems
vous permet de la faire longue, tant mieux ; sinon je vous
excuse d'avance, parce que je sais toute la difficulté de trouver
le moment opportun. Moi-même, qui n'ai rien à faire, je
ne parviens que très difficilement à écrire quelques lignes.
Aussi ne reçois-je que des plaintes de tous côtés. Qu'y
faire? je ne puis me changer. M. David (i), Annette et
Cogniet (2) m'ont écrit; ce sont trois réponses que je ne
voudrois pas faire languir et qui n'ont que de l'attrait pour
moi; aussi vais-je les faire au premier jour.
Comme mon voyage a été un essai pour ma santé, il est
bon que je continue à vous dire que son influence est toujours
favorable. Vivant plus à l'air, je me sens moins souffrant et
plus fort. Je ne suis contrarié que par des rhumes de tête que
je dois aux vents de mars. Maintenant que le tems se calme
et que. la chaleur du printems se fait sentir, je serai sans
doute plus constamment mieux. C'est ce que j'éprouve depuis
quelques jours ; point de retour de crachement de sang
depuis mon départ.
L'on vit ici dans une sphère d'activité que je ne partage
guère, bien que je sois dans le tourbillon; mais je ne m'y
agite pas. C'est un travail de visites, de cartes, de soirées, de
diners à n'en plus finir, car la foule des étrangers est grande,
et parmi eux se trouve un plus grand nombre de Français
qu'à l'ordinaire. Pâques va nous faire raison de tout ce fracas
et Rome reprendra son immobilité accoutumée. Une très
jolie dame (malheureusement fort souffrante par son état de
grossesse) m'a demandé si je pouvois lui donner de vos
nouvelles. C'est Madame des Graviers, qui voyage ainsi que
son mari en société de M. et* Madame de Perceval. J'ai
(i) Sans doote le sculpteur David d'Âogers, auquel il légua le tableau de la Mort de
Priam,
(s) Léon Cognietf un de ses élàves favoris.
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193 REVUE DES DOCUMENTS HtSTOUQUES
promis que si je recevois quelque lettre de vous, je satisferois
à son désir.
Comme je ne vais jamais où va tout le monde, par crainte
de la fouie, je n'ai point vu les cérémonies de la Semaine
sainte. Je les connais d'ailleurs d'ancienne date, et c'est
toujours la même chose, c'est-à-dire égards pour les grands
personnages, et force bourades pour les pauvres plébéiens.
J'irai cependant demain voir la Bénédiction papale dans la
place de S^Pierrc. Si vous ne la voyez, vous la recevrez
comme moi, car elle est pour toute la terre; c'est un des
plus beaux spectacles de Rome.
Vous êtes sans doute nK>ins occupés du salon à Paris que
nous ne le sommes id, et cela parce que vous pouvez le
voir. Nous en sommes réduits aux chinions très divei^entes
et quelquefois assez saugrenues de Messieurs les Journalistes.
Nous voyons bien quel est le saint qu'on encense maintenant,
mais il nous semble (bien que de loin) que les parfums dont
on l'enivre ne sont pas toujours de première qualité, et que
souvent l'encensoir lui va heurter le nez. Bien heureux qui
n'a que des amis adroits.
Je devrois bien vous parler un peu de mes affaires; mais
je ne vois rien de très urgent à vous dire, et j'attends là dessus
ce que vous aurez à me mander. Je vous avois parlé d'achats
de rentes, mais il faut que je sache ce que vous aurez pu
rassembler de fonds avant de prendre un parti à cet égard.
Il me semble aussi que le cours, élevé comme il est, est pea
déterminant. Nous en reparlerons quand je saurai la quotité
que je pourrois y employer.
Cogniet m'a parlé des craintes que mon voyage avoit
inspirées à Forster% J'y reconnois la sollicitude de son amitié
pour moi, mais rassurez-le complettement. Je suis déjà bien
mieux qu'à Paris, et je ne pense pas qu'avec de la prudence
il puisse m'en arriver mal. Faites-lui mille amitiés et répétez-
lui, je vous prie, ce que je lui ai dit avant de partir, c'est de
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PIERRE-NARCISSE GUERIN ig3
ne pas mettre de discrétion à prendre chez vous ce que je me
trouve lui devoir sur notre compte d'épreuves, pour peu qu'il
en aie le désir ou le besoin.
Adieu, mon cher ami. Je vous souhaite le tems que nous
avons en ce moment; il est admirable, mais, dussent mes
vœux être exaucés, je ne crois pas que votre ciel de Long-
champs puisse valoir celui de notre Villa Borghese.
Mille affectueux complimens à vos Dames. Beaucoup
d'amitiés à David, si vous le rencontrez, à G>gniet, à Husson,
à mes cousines (i), enfin à ceux dont je sais l'affection. Je vous
embrasse de cœur.
GuERIN.
Toute la famille Vernet est très bien. Horace fera proba-
blement le voyage d'Alger vers la fin de ce mois. Cette fois,
je le laisserai prendre la mer sans moi, tout intéressante que
puisse être cette excursion.
Les espérances de Guerin ne se réalisèrent pas. Le mal, qui paraissait
vaincu, accabla de nouveau le pauvre artiste, qui mourut à Rome le
i6 juillet i833, à l'âge de cinquante-cinq ans. L'auteur de Marcus
Sextus et de Didon fut inhumé dans l'église Saint-Louis des Français,
où on lui a élevé un monument, qui se compose d'un buste du peintre
et d'un bas-relief représentant l'Immortalité montrant le papillon de
l'âme à l'Histoire, qui inscrit sur ses tablettes les titres des œuvres
principales de Guerin (2). Au-dessus du bas-relief on lit simplement
ces mots :
PIERRE OUERIN
peintre français
né à Pans le i3 mars 1774, mort à Rome le 16 juillet i833.
Au-dessous du bas-relief est gravée cette inscription :
A sa mémoire
ses parents, ses amis, ses élèves.
(1) C'est à CM cousines que Guerin légua sa petite fortune.
(3) Cf. Archives de l'Art français, t. V, p. 35.
TOME V. 2 5
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TABLE DES PIECES INÉDITES
CONTENUES DANS CE VOLUME
Albmbert (Jean-Lerond d'). — Por-
trait de lui par Grimm, p. lo.
Allemagne. — Lettres de Gritnm,
p. 8 à 66. — Lettre du prince de
Hardenberg, p. 1 70.
Anglkbert (Jean-Henri d*). — Quit-
tance de lui, p. 96.
Anolbterre. — Jugement de Grimm
sur David Hume, p. Si. — Départ
de Rousseau pour Londres, p. 58.
Anne d'Autriche, reine de France.
— Lettre d'elle, p. 148.
Antin (le duc d'). — Lettres à
Louis XIV, p. III.
Argrital (le comte d*). — Lettre à
Grimm, p. 68.
Arpajon. — Lettre du chancelier de
L'Hospital, datée de Vert-le-Grand
près Arpajon, p, 7.
Bailly (J.-S.). — Regrets de Madame
de Staél sur sa mort, p. 119.
Baluzs (Etienne). — Lettre de lui,
p. 109.
Bayle (Pierre). — Lettre de Chaufe-
pie sur le supplément à son diction-
naire, p. 141.
BouLLE (André-Charles I»'). — Cité
dans une lettre du duc d' Antin,
p. ii3.
BouRMONT (le comte de). — Conversa-
tion avec un officier du général
Hédouville, p. 157.
Bretagne. — Mission d'Armand Car-
rel dans ce pays, p. 98.
Carmontelle (Louis). — Ses estam-
pes, p. II.
Carrbl (Armand). — Lettre de lui,
p. 98.
Catherine II, impératrice de Russie.
— Achète la bibliothèque de Dide-
rot, p. 59.
Chateaubriand (le vicomte de). —
Lettre à Pie VII^ p. i5i. — Lettre
de Fontanes à lui adressée, p. i52.
Chatillon (Godet, comte de). —
Conversation avec un officier du
général Hédouville, p. 157.
Chaufepié (Jacques-Georges de). —
Lettre de lui, p. 141.
Chenier (Constantin-Xavier de). —
Déclaration relative à la succession
de son frère Marie-Joseph, p. 78.
Chenier (Marie-Joseph de). — Sa
succession, p. 78.
Clergé. — Charte sur l'abbaye de
Saint-Maixent, p. 83. — Lettres de
Louise-Marie de France, p. 1 24. —
Lettre d'Hardouin de Perefixe, p.
180.
Coiffure. — Livre sur Tart de la
coiffure des dames françaises, p. 55.
CoLBERT (J.-B.). — Lettre de Baluze
à lui adressée, p. 109.
Dammartin (Antoine de Chabannes,
comte de). — Lettre à Louis XI,
p. I.
Desmoulins (Camille). — Pièce con-
cernant son fils, p. 86.
Diderot (Denis''. — Son compte rendu
du salon de 1 763, p. aï. — Sa bi-
bliothèque achetée par Catherine II,
p. 59.
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i(>6
RE>'UE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
de
Dubois (Jean], peintre. - Figure dans
le contrat de mariage de son fils,
p. 89,
Dubois (Louis), peintre* — Son con-
trat de mariage, p. 87.
Domoc (Michel). — Lettre dn prince
de Hardenberg, à lai adressée,
p. 17a.
Du TnifiY (l'abbé Conrbon). —
Lettre de Marie-Louise de France
sur lui, p. laS. — Lettre du comte
de Provence à lui adressée, p. 136.
FotrrAmsBLKAU. ^ Contrat de
riage de Louis Dubois, p. 87.
FoMTAMBS (Louis-Marcellin de).
Lettre de lui, p. i5i.
FonsTBB (Francis). — Lettres
Guérin sur lui, p. 184.
FiuuicuffBaRO (Silyius-Fréd.«Louis,
baron de), ministre d^Etatde Saxe*
Gotha. -> Pouvoir donné à Gnmm,
p. 68.
Fainiaic II, roi de Prusse. — Cité
dans les lettres de Grimm, p. 27,
33, 36.
GiiuaD DB Natal. — Lettre de lui,
p. 81.
Gauoc (le baron de). — Lettres, p. 8
i 66. — Traité avec Guiard liour
le mausolée de la duchesse de Saxe*
Gotha, p. 69.
GuBRiN (Pierre-Narcisse). — Lettre
de lui, p. 181.
GuiARD (Laurent), sculpteur. — Sa
biographie, p. 67. — Lettre du
comte d'Argental sur lui, p. 68. —
Traité avec Grimm pour le mauso-
lée de la duchesse de Saxe-Gotha,
p. 69.
HiBERT (Fr.-René). — Son ordre
d'exécution, p. 97. .
HiDOtJviLLB (le général). — Docu-
ment concernant son attitude dans
la pacification de la Vendée, p. i bj,
Hblvctius (Cl.-Adrien). — Cité dans
les lettres de Gnmro, p. 34, 89, 4a.
HuBXR (Jean). — > Ses découpures, p.
27, 3a.
HoMB (David). — Cité dans les lettres
de Grimm, p. 49. — Jugement de
Grimm sur lui, p. 5a.
JoLT DE Flsurt (Omcr). » Lettre de
lui, p. i36.
La Fatkttb (le marquis de). — Let-
tre de Madame de Staâ sur hL
p. laa.
LALAima (Michel*Richard de), surin-
tendant de la musique de Louis XV.
— Son traitement, p. 77.
Lamcth (Alexandre de). — Lettre de
Madame de Staél à lui adressée.
p. 130.
L'Hos^rrAL (Michel de). — Lettre de
lui, p. 6.
LiBRAmiB. — Lettre de Baluse, p. 109.
Lotns XI, roi de France. — Lettre du
comte de Dammartin à lui adressée,
p. I.
Louis XIV, roi de France. — Lettre
du duc d'Antin i lui adressée,
p. 1 1 1 . — Lettre d'Anne d'Autridic
pendant la Fronde, p. 149.
Louis XV, roi de France. — MusiqBe
de sa chambre, 77. — Lettres de
sa fille Louise-Marie de France,
p. 1 34. — Lettre du comte de Pro-
vence sur sa mort, p. 136. — Ré-
clamations sur son testament,
p. 139.
Louis XVI, roi de France, — Lettre
de Louise-Marie de France à loi
adressée, p. 139.
Louis XVIII, roi de France. — Let-
tre sur la mort de Louis XV, p. 126.
Louis, dauphin de France, fils de
Louis XV. — Sa mort, p. 5o.
Louisb-Marib de France, fiUe de
Louis XV. — Lettres d'elle, p. 124-
Lyon. — Représentations données
par Talma dans cette ville, p. 94.
Marly. — Lettres du duc d'Antin,
p. m.
MBAtJx. — Acte de l'évêque Tristan
de Salaxar, p. 5.
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TABLE DES PIECES INEDITES
197
MiQUE, architecte. — Lettres de Ma-
rie-Louise de France à lui adres-
sées, p. iSg.
MiROMéNiL (Hue de). — Lettre de
Marie-Louise de France à lui adres-
sée, p. i33, i38.
Mozart (W.-A.). — Son séjour à
Londres, p. 29.
MusiQUE. — Lettre de Grimm rela-
tive à Mozart, p. 29. — Etat des
sommes dues à la musique de
Louis XV, p. 77. — Quittance de
d'Anglebert, p. 96.
Napoléon I«^ — Lettre de Fontanes
le concernant, p. 1 52. — Pièce sur
la pacification de la Vendée, p. i Sj.
— Lettre du prince de Hardenberg,
p. 172,
Paris. — Pièce sur l'Académie de
peinture, p. 107. — Lettre de l'ar-
chevêque Haraouin de Perefixe,
p. 180.
PBiNTtjRE (Académie de). — Lettre
au surintendant, p. 107.
PsiNTURt. — Lettres du baron Gue-
rin, p. 181.
Perefixb (Hardouin de). — Lettre de
lui, p. 180.
PiRiER (Casimir). — Lettre d'Armand
Carrei à lui adressée, p. 97.
Pie vu, pape. — Lettre de Chateau-
briand a lui adressée, p. i5i.
PoLiGNAc (le cardinal Melchior de).—
Etat des sommes dues à la musique
du Roi, p. 77.
PoRT-RoYAL DES Champs. — Lettre
d^Hardouin de Perefixe aux reli-
gieuses de ce couvent, p. 180.
RivoLtmON FRANÇAISE. — Pièce sur
le fils de Camille Desmoulins, p. 86.
— Ordres d'exécution de Madame
Roland et des Hébertistes, p. 97.
— Lettres de Madame de Staél,
p. 118.
RiCHOMME (Théodore). — Lettre de
Guerin sur lui, p. i83.
Roland (Madame). — Son ordre
d'exécution, p. 97.
Rousseau (J.-J.). — Ses Lettres de
la Montagne, p. 39. — Jugement
de Grimm sur lui, p. 40, 45. —
Persécutions contre lui, p. 48. —
Son passage à Paris, p. 5 1 . — Son
départ pour Londres, p. 58.
Russie. — Catherine II achète la bi-
bliothèque de Diderot, p. 59. —
Lettre du prince de Hardenberg
sur l'empereur Alexandre, p. 172.
Saint-Denis. — Lettre de Marie-
Louise de France sur le monastère
des Carmélites de Saint -Denis,
p. 128 et suiv. — Lettre d'Anne
d'Autriche à la supérieure des Ur-
sulinesde Saint-Denis, p. 148.
Saint-Maixeht (abbaye de). — Charte
de 1244, p. 83.
Salazar (Jean de). — Notice sur lui,
p. 5.
Salazar (Tristan de), arch. de Sens.
^ Pièce de lui, p. 5.
^axe-Gotha (Louise-Dorothée, du-
chesse de). — Lettres de Grimm à
elle adressées, p. 8 à 66.
Saxe-Gotha (Ernest IL duc de). —
Lettres de Grimm à lui adressées,
p. 28.
ScuLPTtjRE. — Tombeau de la du-
chesse de Saxe-Gotha par Guiard,
p. 67.
Sens. — Acte de l'archevêque Tristan
de Salazar, p. 5.
Stael (Madame de). — Lettres d'elle,
p. 118.
Talleyrand (le prince de). — Lettre
de Madame de Staël à son sujet,
p. 118.
Talma (Fr.-Jos.). — Lettre de lui,
p. 93.
Tronchin (le docteur). ■— Cité dans
les lettres de Grimm, p. 36, 56.
Vendée. — Lettre d'Armand Carrel,
p. 08. — Pièce sur la pacification
de la Vendée, p. 1 57.
Versailles. — Lettre du duc d'Antin,
p. III.
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INDEX DES ARCHIVES
DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES
ET DES COLLECTIONS PARTICCLIÈRES
d'où proviennent les pièces PUBLIEES DANS CE VOLUME
Archipts du Ministère de
la Guerre.
Pièce relative à U pacificadon de la
Vendée, p. 157.
Bibliothèque nationale.
Lettre de Baluxe, p. 109.
M. Alfred Bopel.
Lettre de Madame de Staél, p. 120.
Af. Etienne Charavay.
Lettre du comte de Dammaitin, p. i .
— Music^ue de Louis XV, p. 77. —
Constantm- Xavier de Chenier,
p. 78. ^ Jean et Louis Dubois»
p. 08. — Académie de peinture,
p. 107. — Le duc d'Antin, p. 11 1.
^ Louise-Marie de France, p. 124.
— Hardenberg, p. 171.
M. Benjamin Fi lion.
Charte sur Saint-Maizent» p. 83. —
Lettre d* Armand Cairel, p. 97. —
Jacques - Georges de Chaufepié ,
p. 141.
M. Ed. de Manne.
Lettre de Talma, p. 93.
M. de la Sicotière.
Pièce relative à la pacification de la
Vendée, p. 157.
Archives de Saxe-Gotha.
Lettres de Grimm, p. 8 à 66.
M. Alfred Sensier.
Lettre de Michel de LHospittl, p. 6.
^ Pièce sur le fils de Camille Des-
moulins, p. 86. — Quittance de
d'Anglebert, p. 96. — Ordre d'exé-
cution de Madame Roland et des
Hébertistes, p. 97.
M. Maurice Toumeux.
Lettres de Grimm, p. 8 à 66. —Traité
de Guiard, p. 67.
M. Laurent Vejrdt.
Lettre de Chateaubriand, p. i5i.—
Lenre d'Hardouin de Perefixe.
p. 180.
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TABLE DES FAC-SIMILE
CONTENUS DANS CE VOLUME
Anqlebbrt (Jean-Henri d'). — Signa-
ture, p. 90.
Annb d'Autriche. — Signature,
p. 149.
Antin (le duc d). —Signature, p. 1 14.
Carrsl (Armand). — Signature,
p. 106.
CHAtiFBPié (Jacques-Georges de). —
Signature, p. 147.
Dammartin (Antoine de Chabannes,
conate de). — Signature, p. 4.
Dubois (Jean), peintre. — Signature,
p. 92.
Dubois (Louis), peintre. — Signa-
turc, p. 92.
Franckenberc ( Silvius - Frédéric -
Louis, baron de), — Signature,
p. 69.
Grimm (le baron de). — Signature,
p. 75.
GuBRiN (Pierre-Narcisse). — Signa-
ture, p. 1 86.
GuiARt} (Laurent). — Dessin du tom-
beau de la duchesse de Saxe-
Gotha, p. 69. — Signature, p. 75.
— Modèle du tombeau de la
duchesse de Saxe-Gotha, p. 76.
Hardenberg (le prince de). — Signa-
ture, p. 178.
Hubert (Fr.-René). — Son ordre
d'exécution, p. 97.
L'HospiTAL (Michel de).— Lettre, p. 7.
Louis XIV, roi de France. — Parafe,
p. 117.
Louis XVIII, roi de France. — Let-
tre, p. 127.
Louise-Marie de France. — Signature
comme princesse, p. 1 24. — Lettre
comme carmélite, p. 1 28.
Perefixe (Hardouin de). — Lettre de
lui, p. 180.
Roland (Madame). — Son ordre
d'exécution, p. 97.
Saint-M AIXENT (Abbaye de). — Charte
de 1244, p. 84.
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